TAFUNAST IGUJILEN – LA VACHE DES ORPHELINS

  • Exorde d’une autre interprétation du conte kabyle

« Pourquoi ce conte est-il si aimé chez les autochtones de Kabylie ? » me questionnait un jour mon ami et maître Joseph Gabel[1]. Beaucoup de raisons peuvent s’ajouter à celles que je viens de donner ci-dessus. La première déduction, cheville ouvrière du récit, s’inscrit dans la mythologie kabyle.

Dans ce récit mythologique qui est consacré à l’enfant orphelin, l’on comprend qu’une société ne peut atteindre un certain degré de « viabilité », de « civilisation » au sens « d’humanisation » et non pas au sens galvaudé par les civilisations occidentales pour s’opposer à d’autres grandes civilisations considérées comme « primitives » ou « agrestes et arriérées ». A la lecture de ce conte, nous comprenons que les anciens Kabyles mettaient en avant quelques référents sociétaux et psychosociaux sans lesquels une société ne peut prétendre au titre de « société civilisée » ou de « peuple ouvert et laïc » (agdud awesԐan, anaRexsi), selon leur formule. Cette ouverture est celle de l’esprit et de l’intelligence ouverts vers l’autre, l’inconnu, l’étranger. Ce dernier, d’où qu’il vienne et quelles que soient ses croyances, pouvait bénéficier de l’asile sans condition aucune ; comme si c’était lui qui dictait les conditions de l’attribution de ce droit ! Et le sort qui est fait à l’enfant orphelin, tout comme celui qui est fait à l’étranger, sont les deux indicateurs – aux yeux des Anciens – qui permettent de dire haut et fort que la société kabyle peut prétendre au titre de « société civilisée », d’où le nom qu’ils ont donné à leur confédération : l’Arch[2] (LԐarc).

Nous avons lu comment les gens d’armes ou gardiens de la cité du roi – avaient été choqués par la vision d’Aïcha, jeune fille étrangère, habillée bizarrement, comme « une sauvageonne et accompagnée d’une gazelle. La ville est différente de la campagne où chacun est ouvert à chacun ; où l’assiette de l’étranger était mise tous les soirs… Et on laissait chaque jour une part du repas, avec cette interrogation : « Et si un étranger de passage venait à se présenter… qu’aurions-nous à lui donner ? »

« Si l’étranger est parfois accueilli avec méfiance, c’est en grande partie parce qu’il est porteur d’une historicité non comprise ou ignorée ; il apparaît comme un Dasein de pure spatialité[3]. Il est assez curieux d’observer à cet égard qu’un passé inconnu indispose souvent davantage l’opinion publique qu’un passé connu, fût-il notoirement défavorable[4].

Pour mieux comprendre le mot Dasein, qui exprime l’altérité, je ne puis que renvoyer au vocable qui désigne l’étranger dans la langue kabyle : awerdali, mot composé qui signifie « celui qui n’est pas d’ici » (a-wer-da-ur-illi).

L’Archisation, si je puis me permettre ce néologisme, consistait à mettre en place un certain nombre de garde-fous pour permettre aux plus faibles – notamment la femme veuve ou sans appui, l’enfant orphelin, la personne âgée et l’étranger démuni qui a été obligé de quitter les siens et sa maison[5] – non seulement d’avoir un espace commun aux autres, mais aussi et surtout de conserver une place dans la collectivité.

L’orphelin disposait ainsi de certains droits ou faveurs[6]. Il était stagiaire de l’Assemblée générale de citoyens (amanun n Wegraw) pour apprendre le fait politique. Pris en charge par les sages de la cité, il pouvait ainsi en apprendre le fonctionnement politique afin de devenir un citoyen comme tous les autres enfants dont les parents assuraient cet enseignement à la maison. Le dicton dit : « Chaque père conseille son fils, s’il veut qu’il écoute sa mère ! » (Yal baba-s ittwessi mmi-s ma yella ibgha ad isel i yemma-s !)

Ce sont, me semble-t-il, tous ces ingrédients qui parsèment le conte kabyle et qui demeurent l’une des clés essentielles pour l’éducation des enfants dans une société qui se veut viable et capable de donner un avenir rayonnant à son peuple. Pour ce faire, aucune société ne peut s’en sortir sans un seuil minimum de rentabilité culturelle. Une relation de causalité et de dépendance qui engendre une société où il fait bon de vivre.

Aujourd’hui, les parents ne racontent plus de contes à leurs enfants. On comprend alors la déchéance culturelle qui règne dans un pays comme l’Algérie, où la Kabylie a perdu tous ses repères faute de ne pouvoir se renouveler dans ce qu’elle recèle de richesses culturelles laissées à l’abandon.

[1] J. Gabel, La fausse conscience, éditions de Minuit, 1969. L’auteur fut médecin, psychosociologue spécialiste de l’aliénation. Cf  Y. Allioui, « Les chasseurs de lumière » – Iseggaden n tafat, L’Harmattan, 2015.

[2] Et non pas Aârouch (bélier de race), comme d’aucuns continuent de l’écrire ! Pour faciliter la lecture du mot arch, la voyelle a est mise en avant en lieu et place de la constrictive pharyngale Ԑ (â), (lԐarc/lâarc).

[3] Une sorte d’existence atemporelle (dasein, en allemand).

[4] La fausse conscience, op. cit. p. 107.

[5] Extrait du code de l’étranger, (lqanun/asqif uwerdali) du village Ibouzidène (communication de mon père et de Dda Mohand Qasi At Boujemâa Ibouziden). Nous sommes bien loin de l’accueil qui est fait aux réfugiés en Europe, et un peu partout à travers le monde, aujourd’hui ! Il semble que l’enfermement sur soi et le rejet de l’autre soient les caractéristiques des temps actuels.

[6] Ce qui est mis en avant dans le récit « Le mythe de la lune et l’orphelin » (Izri n wagur d-ugujil). Lire Y. Allioui, Sagesses de l’olivier – Timucuha n tzemmurt, L’Harmattan, 2009, 214 p.

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Publié par : youcefallioui | octobre 17, 2017

CAFE LITTERAIRE avec YOUSSEF ZIREM – 29 OCTOBRE 2017

CAFE LITTERAIRE AVEC YOUCEF ZIREM – LE 29 OCTOBRE A PARIS 20ème
320 rue des Pyrennées – Métro Jourdain ou Pyrennées.

Ceux et celles qui veulent un livre particulier (de ce que j’ai écrit), qu’il me le signale pour que je le commande. Merci de votre venue !
Pensées Kabyles de mon père Mohand Améziane Ouchivane :

– Siwel ! Ula d Rebbi a-k-d Isel ! Appelle (dans ta langue), et même Dieu t’entendra !
– Ezzu, essew, ekrez, leqqem nagh ddunnit a-k tdeqqem !
– Ezzu nagh aru ! Yiwet deg’sent nagh i snat ttawint Agdud ar tafat !
– Agdud d tameslayt, tameslayt d-agdud ; mmi temmut tmeslayt, agdud ittemmat nagh ittâawwad isem.
– Bnu axxam, a d-ibin gma-k !
– Nanna-s i wleccac (tejra), anwa argaz yifen irgazen ?
– Tenna-yas : Argaz yifen irgazen, d wid i-yi izzan, iy isswen, iy ifersen, lghella-ynu tezga ger-asen.
– Tamurt mi temmughben, d-irgazen i’gxussen.
– Tenna-yas Teslent (I d-Ijna – i d-xleq – Ugellid Ameqqwran d aleccac amezwaru ar ddunnit : « Ijna-yid- Ugellid Ameqqwran bac a d-ikkes deg’i Agdud ittharaben izuran ».
– Yal-ma ara teghli tejra, d-amdan i’gemmuten.
– Wid ur nezzi, wid ur neghri, wid ur necfi, lxir ur ssinen, ur d-ttbin tmurt-nsen !
– Lmut yiwet, tudert atas ! Atas !

  • Kra ggwin iknan zdat ddel, Irennu-yas Rebbi asadel ! Celui qui s’incline devant l’oppression et l’injustice, Dieu lui rajoute un bâillon sur la bouche !
  • Ssnen-t d-argaz yifen irgazen : ikkat ighil yerna Irumyen : iwala acemlal yeghli : ghlin-as-d imetawen ! (Les gens le connaissent comme un brave : il est courageux et s’est battu contre les  Français : quand il a vu le grand olivier tomber : des larmes coulèrent de ses yeux !

AMESLAY N YEMMA : Tawes Ou-Chivane :

  • « Anda tenter tmettut, lehbus ccuren d-irgazen ! (Là où la femme est brimée, les prisons sont pleines de braves).
  • Tenna-yas tqubaât : « Wi’sâan tahbut, yecc kan azgen ! Wi’sâan azgen, yecc kan tarebâett ! Win ibghan tilawin, yagh kan yiwet ! »
  • Traduction : Qui possède une galette, n’en mange que la moitié ! Qui possède la moitié (d’une galette), qu’il n’en mange que le quart ! Celui qui aime les femmes, qu’il n’en épouse qu’une seule ! »
  • Mebla tamettut, tenger tefsut ! Sans la femme (heureuse), plus jamais de printemps !
  • Tamurt ibghan tafsut, a-tt hader tamettut ! (Le pays qui veut le printemps : qu’il fasse attention à la femme !)
  • Ttgallan jmaâ liman, nutni ddren amzun d-ileghwman ! (Ils jurent par toutes les croyances, alors qu’ils vivent semblables aux chameaux !)
  • Taqcict ma tedhsa, saâd n tmurt iban ! (La fille, si elle heureuse, le bonheur du pays est tracé !)
  • Argaz yifen irgazen ; ssawalen-as « Mmi-s g_emma-s, macci mmi-s n baba-s ! » (L’homme digne de ce nom est appelé « fils de sa mère » et non pas « fils de son père » !
  • Tamacahutt mezziyet ; azal-is meqqwer : Jjan-tt-id Imezwura ! (Le conte est petit, mais il est très important : c’est l’héritage des ancêtres !)
  • LEQDER AM Uâaqqa n lleft : ad ighli al-lqaâa, ur t-tettafedh ara ! (Le respect est comme un grain de navet : il tombe par terre et tu ne le retrouves plus !)
  • Leqder am tmes: win ur t-nessin : ad iregh yerna ad ixnunes ! (Le respect est pareil au feu : celui qui ne le connaît : il se brûle et se met les cendres sur la figure !)

Ceci est une introduction au café littéraire de Youssef ZIREM, journaliste, écrivain et historien kabyle.
Je vous invite donc à cette rencontre à laquelle Youssef m’avait gentiment convié le dimanche 29 octobre à 15h – 320 rue des Pyrennées – Métro Jourdain ou Pyrennées Paris 20ème
Si vous souhaitez que nous discutions un peu autour de notre langue et de notre culture, soyez nombreux et venir à cette rencontre. Je prendrai plein d’ouvrages sur moi. Pour ceux et celles que cela intéresserait de me lire, je serais heureux de leur dédicacer un ouvrage de leur choix… Si d’aventure quelqu’un est intéressé par un ouvrage particulier, qu’il me le signale pour que je n’oublie pas de le commander à mon éditeur pour la circonstance.
Je vous remercie en terminant par une phrase de mon défunt père : Ezzu nagh aru ! Yiwet deg’sent nagh snat ttawint Agdud ar tafat ! Traduction : « Plante ou écris ! L’une et l’autre action conduisent un peuple vers la lumière ! »
Asset-d, a-nessiwel, i-wakken Rebbi ad agh d-sel !
Ar tufat, lehna tafat fella-kwent d fella-wen !

Je ne puis terminer sans remercier mon ami Youssef Zirem pour tout ce qu’il fait et pour l’intérêt qu’il veut bien porter à ce que j’écris… Car, quand j’étais au pays, j’avais aussi beaucoup planter… Juste avant de venir en France (Février 1974), j’avais planté 27 arbres fruitiers. Et ma défunte mère m’avait dit : »Ce sont ces arbres que tu viens de planter qui feront que la protection des Ancêtres (Laânay Imezwura) te poursuivra où que tu ailles !

Vers 1930, comme nous n’avions pas encore de puits, elle allait chercher de l’eau à la Soummam avec son outre pour irriguer les figuiers qu’elle venait de planter devant la maison… Les figuiers, le caroubier et les frênes qu’elle avait plantés (car il ne reste que ça) sont toujours là.

Pensée kabyle : « Win isâan imawlan iqerîiyen, hader a-ten ittu, xas wlac-iten ! » Traduction : « Celui qui a des parents au noble coeur, même s’ils ne sont plus là, il ne doit jamais les oublier ! »
Ay imawlan izenfan ! Akwen Ig Ugellid Ameqqwran di Tgemmi Ynes !

Ass n 29 di tubert 2017, a d-nawi ameslay af ayen i-yi tlemdem. Le 29 octobre 2017, j’essayerai de dire ce que vous m’aviez enseigné. J’espère que je ne vous ferai pas défaut et que chacun de mes mots soit le plus juste possible pour vous rendre hommage et vous signifier que je pense à vous chaque jour qui passe.

Publié par : youcefallioui | septembre 12, 2017

L’avenir d’un pays, ce sont ses enfants…

Pour mes ami(e)s praticiennes et praticiens et pris encore dans les filets de l’enfance…

Dicton kabyle des Babors : « Un pays sans enfants est un pays sans arbres » (Tamurt mebla arrac, amzun ur tesai aleccac). Les anciens Kabyles disaient : « A chaque fois que tu vois un arbre tomber, c’est un enfant qui vient de perdre la vie. Et quand il n’y aura plus d’arbres sur la terre, c’en est fini de l’humanité… ».

Un autre dicton kabyle : « Agrud d tafat n ddunnit » (Un enfant, c’est la lumière du monde).

Voici Le Programme et les Modalités d’Inscription à

 » La 20ème Journée Annuelle de la

Petite Enfance à l’Adolescence  »

Marseille

Parc Chanot – Palais des Congrès

Vendredi 1er décembre 2017

« culture, religion, psyché : quel impact sur les enfants ? »

pour la 14ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l’Adolescence Marseille vendredi 2 décembre 2011

« Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide

Il y a tant de torpeurs
De musiques antalgiques
Tant d’anti-douleurs dans ces jolis cantiques
Il y a tant de questions et tant de mystères
Tant de compassions et tant de révolvers

Tant d’angélus
Qui résonnent
Et si en plus
Y’a personne »

Alain Souchon Laurent Voulzy

Croyants, non croyants, quelques soient la culture, la famille, l’origine géographique, l’étude du religieux soulève des interrogations qui sont au cœur de la psychologie.

Le mot religion a deux étymologies : relegere qui veut dire rassembler et religare qui signifie le lien.

Serait-ce un facteur de lien ? Concorde ou discorde ?

Mais le jeune enfant est animisme, comme l’écrit Jean Piaget à propos de le la psychologie du développement chez l’enfant de 6 à 14 ans, c’est-à-dire tendance à concevoir les choses comme vivantes et douées d’intention.

Il rappelle que de 6 à 7 ans il y a confusion entre vie et action, puis vers 7-8 ans assimilation de la vie au mouvement, puis vers 9-10 ans l’enfant tient la vie pour le mouvement propre, enfin vers 11-12 ans l’enfants va attribuer la vie qu’aux plantes et aux animaux.

Aussi ce sont les influences éducatives, le milieu familial, le groupe social, qui vont en grande partie décider de l’orientation religieuse ou non de l’enfant.

L’humanité a toujours voulu guider ses enfants, en les nourrissant, en les protégeant, en essayant de leur transmettre des connaissances pour qu’ils puissent s’intégrer plus facilement dans la société.

Cette enculturation est (Margareth Mead) le processus par lequel le groupe va transmettre à l’enfant dès sa naissance des éléments culturels, des normes, des valeurs partagées.

Le christianisme veut nourrir le coeur et l’esprit des enfants en mettant certains interdits qui doivent favoriser la vie spirituelle et la relation à Dieu, l’essentiel de la foi musulmane consiste à faire grandir l’être humain en leur transmettant des valeurs morales, intellectuelles et spirituelles, le judaïsme privilégie la responsabilité, l’engagement, la décision, l’hindouisme voit le principe divin en toute chose, croit en la réincarnation et la redoute, considère toute l’humanité comme divine, le bouddhisme, lui est basé sur l’éveil à la sagesse.

En fait les enfants partagent, construisent et se transmettent des croyances, des représentations qui font sens à des pratiques la plupart du temps collectives. Mais on ne peut ignorer la créativité, l’imaginaire des enfants dans ce domaine ou l’éventuelle singularité d’une religiosité enfantine.

Mais la psychologie suffit-elle à expliquer la religion, car la religion est aussi un phénomène social qui a un système de valeur et d’obligation sacrée, et aussi loin qu’on se retourne on s’aperçoit que la religion a toujours fait partie de l’homme.

Les intervenants, tous des professionnels, des chercheurs, de grande renommée vont, tout au long de cette journée, nous offrir une perspective neutre et éclairante sur ce thème «psychologie, religion et culture» qui interroge chacun de nous.

Françoise-Flore COLLARD

Présidente de « Couleur d’Enfants »

1 ) Le Programme de La Journée :

de 8h à 12h10 et de 13h15 à 17h30

NB : Les horaires sont précisés sous réserves. Les temps d’intervention environ 40 minutes. Des modifications d’heures de passages des orateurs pourraient se produire.

> dès 8h pour récupérer vos badges d’entrée : Ouverture des portes

9h Pr George TARABULSY « attachement, développement moral et foi : la construction de l’identité de l’enfant »

Ph. D.- Directeur scientifique – Centre de recherche universitaire sur les jeunes et les familles CRUJeF CIUSSS de la Capitale nationale – Professeur titulaire, Ecole de psychologie, Université Laval-Québec-Canada

9h40 Pr Thierry BAUBET « transculturel et religieux dans la clinique avec les enfants »

Professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent-Chef de Service de Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, Psychiatrie Générale et Addictologie Spécialisée – CHU Avicennes – Bobigny – Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité – CESP Inserm 1178

10h20 à 10h45 pause

10h45 Pr Vassilis SARAGLOU « Croyance et enfance : l’être humain est-il naturellement religieux ou athée ? »

Professeur de Psychologie – Directeur du Centre de Psychologie de la Religion – Université Catholique de Louvain – Belgique

11h25 à 12h10 questions – réponses

après-midi

13h30 M. Jean-Pierre DANIEL – court métrage –

Artisan Pédagogue en Cinéma – Président de l’association des Enfants de Cinéma – Marseille

14h Mme Christine RODIER « pluralités religieuses quel marqueur d’identité pour les enfants ? »

Docteur en Sociologie – Maître-Assistante à la Faculté de Théologie et de Sciences des Religions (FTSR) de l’Université de Lausanne – Suisse

14h40 Pr Boris CYRULNIK « Attachements et croyance »

Psychiatre-Éthologue – Directeur d’Enseignement d’Éthologie Université Toulon-Var

15h20 à 16h questions – réponses et pause

16h Mme Hélène ROMANO « mort et religiosité »

Docteur en Psychopathologie clinique – HDR – Consultation spécialisée de psycho-traumatisme – Expert près les Tribunaux

16h40 Pr Boris CYRULNIK conclusion

Psychiatre-Éthologue – Directeur d’Enseignement d’Éthologie Université Toulon-Var

15h20 à 16h questions – réponses

17h30 fin de la Journée

modérateur : Dr Michel AUBRY

Psychiatre – Chargé de cours à l’Université Aix-Marseille

* L’Association Couleur d’Enfants ne pourra pas être tenue pour responsable en cas d’éventuelle(s) défection(s) de certains orateurs ou de modification(s) d’heures de passages *

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2 ) Votre Inscription :

Oui, je veux assister à cette Journée et

Pour m’inscrire, je choisis, ci-après, mon mode de règlement de ma participation aux frais d’organisation de cette Journée :

J’ai bien compris que je dois régler le montant de mon inscription, qui est ma participation de 37 € aux frais d’organisation de cette Journée.

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Règlement de Votre Inscription

Pour pouvoir être Prioritaire, avoir la certitude d’être inscrit(e) immédiatement

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Je reçois immédiatement confirmation de mon inscription par dans ma boite mail
Je reçois sous 48 h ma facture acquittée, à mon adresse email que je vais vous indiquer
Je reçois par email le plan d’accès à l’amphithéâtre + des adresses d’hôtels
Je reçois les consignes pour retirer mon badge d’accès le 1er décembre + des adresses de restauration pour la pause de midi

Pour profiter de ces 5 avantages,

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de la Petite Enfance à l’Adolescence du vendredi 01 décembre 2017

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Dans l’attente de vous accueillir à cette Journée pleine d’enseignement.

Merci pour votre intérêt et votre fidélité.

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avec l’aimable participation :

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Pour Contacter l’Organisatrice

Association « Couleur d’Enfants » Présidente : Mme Françoise-Flore COLLARD

229 avenue du Prado – F – 13008 Marseille ☎ 04 91 82 24 70

email : couleurdenfants@gmail.com

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La vache des orphelins… Et ma famille.

Ma grande soeur Zahra : « Tu as écrit beaucoup de contes ? »
Moi : »Quelques uns, seulement, a Nanna ! »
Nanna Zahra : « As-tu écrit sur « La vache des orphelins » ?
Moi : « Mazal, a Nanna ! »
Nanna Zahra : « Alors, tu n’as rien écrit du tout ! » ‘Ihi, ur turid kra nagh kra ! »

Vous allez découvrir pourquoi ma grande soeur a été si sévère avec moi, en lisant ce petit manuscrit où je transcris en kabyle et en français – sur fond de l’histoire de ma famille – le conte aux mille et une versions : « La vache des orphelins » (Tafunast Igujilen).

Il y est question d’une grande dame que les gens de mon village avait surnommée « La Vache des orphelins ».
Une histoire d’amour que seule la Kabylie pouvait nous en donner un exemple qui ne courait pas les contrées !
Ne croyez donc pas ceux et celles qui avaient écrit que les Kabyles n’ont pas de mots pour désigner l’amour… De L’ethnologie coloniale résumée ainsi par une pensée kabyle : « L’étranger ne voit que ce qu’il connaît » (Awerdali, ala ayen yessen i’gettwali !)

Publié par : youcefallioui | septembre 7, 2017

Le conte et la mémoire de ma mère

Ma mère : « Mes chers enfants, sachez que c’est par le conte que tout commence… À machu tellam cahu !

De Yemma Yennayer et du « Sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf)

Mon cher Mohand – Voici quelques précisions par rapport à ce que vous avez entendu…

1 – Du « Sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf) :
« Le sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf) n’est pas le nom du « Porteur de masque » (Bu_Aâfif). J’avais fait un raccourci dans mes écrits ; et cette erreur a été reprise par tous ceux qui, comme vous dites, « m’ont pompé ! » Si ces auteurs m’avaient cité, ils se seraient ainsi dédouanés d’une erreur qui n’appartient qu’à moi seul. Les Anciens disaient : « Win yekkan asaka, a d-yini ansi yekka ! » En clair, qui a emprunté quelque chose, doit dire à qui il l’a emprunté ! » Cette démarche scientifique en cours dans les Universités était déjà mise en pratique de façon scrupuleuse par les anciens Kabyles.
En réalité, « Le sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf) n’est que le personnage endossé par l’enfant dit « porteur de masque » (Bu_aâfif) quand il veut énoncer la satyre (taceffayt) à l’encontre (ou au bénéfice) d’un adulte (souvent une femme) de son village.
Avant que l’enfant ne prononce sa satyre (taceffayt-ynes), il prenait toujours soin de mettre en avant une expression qui qualifie « Le Sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf).
C’est à travers cette expression que l’on comprend plus exactement « le mythe du Sage au tesson » (Izri n Wemghar Uceqquf).
J’ai parlé de ce personnage important dans mon livre « Les chasseurs de lumière ». C’est ce personnage qui avait donné naissance au « conte désacralisé » (Izri-Gzem) de « Vava Inuva d Ghrova » (Père-Servant et Ghrova).

2 – De Yemma-s n ddunnit (La Mère-du-Monde) :
Autre inexactitude de cet auteur : Yemma-s n ddunnit, ce n’est pas la vieille mise en scène dans « l’emprunt » (dernière journée de Yennayer, empruntée à Furar (pour punir la vieille qui lui avait manqué de respect). Celle-là s’appelle (selon les Anciens de mon Arch) « Yemma Yennayer » et non pas « Yemma-s n ddunnit » !!
3 – « De l’interdit des figues » (Tamuqint) :
Cet interdit ne s’applique pas aux olives, puisqu’il porte le nom « Interdit des figues » (Tamuqint n tbexsisin). Cet interdit s’appliquait donc seulement aux figues et aux raisins.
Les olives ne font l’objet d’aucun interdit. Il s’agissait d’une recommandation inscrite dans le calendrier mythologique et cosmogonique dont j’ai donné les différents noms ainsi que les explications du sage Dda Lhadj Mohand Qasi At Bujemâa des Ibouziden. Quelques précisions ont été apportées par Dda Lakhdar Ou-Jaâbi – dit « Jeddi » – lors de notre entretien en 2012.
4 – Yennayer et Anayer :
Ce sont des substantifs très proches, c’est pour cela que beaucoup les confondent. Chez les anciens Kabyles, ce sont des homonymes qui veulent dire et signifier des choses tout à fait différentes.
Sans vouloir donner de leçon à qui que ce soit – je ne pense pas être assez armé pour ça – il est fort souhaitable que ceux qui disent et écrivent énoncent leurs sources… Car, si celles-ci sont entachées d’omissions ou d’erreurs, ils n’auront pas à « les porter », comme on dit en kabyle. Je m’excuse donc auprès de toi pour certaines imprécisions qui me semblaient aller de soi (un ouvrage est en préparation sur Yennayer et le calendrier kabyle).
Quant aux autres éléments énoncés par l’auteur dont vous parlez (et que je me garderai de citer), ce ne sont que des aphorismes pour des « vieux » comme moi qui avions porté des mocassins en peau de bœuf… Mais, c’est tout à l’honneur de l’auteur de les rappeler (avec quelques erreurs dont je viens de souligner quelques-unes) pour les générations actuelles qui connaissent peu de choses de l’ancienne Kabylie (Tamawya).
Mais, encore une fois, c’est en se trompant qu’on avance ! Je ne puis jeter la pierre aux autres, alors qu’il m’arrive de me tromper dans ma hâte de transmettre ce que j’ai reçu des Anciens et des Anciennes de mon Arch… dont je salue la mémoire et le grand savoir.
Taddart ur nesâi amghar am urti ur nesâi ddekkwar !
Axxam mebla tamghart, am urti mebla taddekkwart !

Gret Tamawt : Nous devons à Ali et F. SAYAD un magnifique agenda (Tibbur’useggwas) qui gagnerait beaucoup à être réédité. La première édition date de 1982.

Publié par : youcefallioui | janvier 12, 2017

De La Mère-du-Monde (Yemma-s n Ddunnit) chez les Kabyles

A PROPOS DE LA MERE DU MONDE (YEMMA-S N DDUNNIT)
Et de la mythologie kabyle…
Azul a Mohand !
Vous dites que beaucoup « me pompent » à travers ce que j’écris sur mon blog ; et notamment en ce qui concerne Yennayer et quelques aspects de notre mythologie comme « Yemma-s n ddunnit » ; et vous vous élevez contre le fait que je ne sois jamais cité… ou presque !
Yennayer appartient à tous les Imazighen, voire tout le monde ; et chacun en possède une certaine connaissance. Car Yennayer peut différer d’une région à une autre, d’un Arch à un autre, voire même d’un village kabyle à un autre et j’irai encore plus loin, en vous disant de façon sûre et certaine que cette fête divine et bénie se passe aussi différemment d’une famille à une autre… Ce que je raconte – et que d’aucuns reprennent à leur compte – est donc propre à ma famille ! Les mythes me viennent de mes parents et de mes grands-parents ainsi que de certains sages de mon village.

De la transmission orale (TAXERDA)

Mon père avait l’habitude de dire :  » La transmission orale, ce n’est pas du vol ! » (Taxerda macci d takwerda !) Comprenne qui pourra !

J’ai pu bénéficier des savoirs de beaucoup de sages de ma tribu… Et ce grâce au respect que je portai d’abord à mon père de qui j’étais très proche. Les sages l’avaient surnommé « La poutre de l’arch » (Ajeggu n lâarc), c’est dire ce que mon père « valait » à leurs yeux.

Monsieur Bouguermouh (père de mon ami Abderrahmane, cinéaste fort connu), disait en pleine Assemblée à un vieux qui voulait « donner des leçons de kabyle » : « Celui qui veut entendre la langue kabyle, qu’il aille voir Mohand Améziane Ouchivane ! »

Quand nous avions quelque difficulté à dire les choses, mes frères et moi, mon père nous reprenait en disant d’un ton ferme : « Mes enfants, donnez de la hauteur aux mots ! » (A tarwa, fket lqedd i wawal ! » C’est ainsi que nous avons été élevés : dans une école kabyle d’excellence !

 
Je sais donc qui m’a pompé et qui ne l’a pas fait… Car dans une transmission culturelle familiale (taxerdha, comme on dit en kabyle, ou plus exactement dans la métalangue dite tahutzit.
S’agissant de Yemma-s n ddunnit, il est facile de voir si quelqu’un « m’a pompé » comme vous dites ou non… Il suffit de voir s’il connaît le mythe qui en parle… S’il sait raconter ce mythe ; c’est-à-dire, comment les anciens Kabyles le racontent et la démarche qu’il faut respecter…
D’ailleurs, ce sont les mêmes règles qui président quand on veut parler de Yennayer… Si cette personne ne connaît rien de ces règles fondamentales et obligatoires – car il est question à travers Yennayer et la Mère du Monde – de récits sacrés -, cela signifie qu’il m’a effectivement « pompé ».
Il y a environ 700 pages sur mon blog et plusieurs articles où je parle de Yennayer et de récits sacrés, comme celui qui parle de « La Mère du Monde » (Yemma-s n Ddunnit).
J’aurai pu faire en sorte que ces articles ne puissent pas être imprimés… Mais, bien au contraire, je voulais les mettre à la disposition de tous. D’aucuns m’écrivent pour me remercier… C’est donc pour ces personnes-là aussi que ce travail est ouvert à tous.
Je vais vous raconter une anecdote : « Nous étions en cours de linguistique à la Sorbonne avec le grand professeur et défenseur de la langue amazighe, Louis-Jean CALVET. Ce fut ce grand érudit nous avait décomplexés par rapport aux notions, parfois idéologiques, de « langue » et de « dialecte ».
Auteur, entre autres, de livres indispensables, qu’il faut absolument lire : « Linguistique et colonialisme », « Les langues véhiculaires », « Pour et contre Saussure ».
Un camarade (Kaci) lui posa un jour cette question : « Monsieur, j’ai lu un ouvrage où l’auteur a repris à travers plusieurs paragraphes ce que vous avez écrit ; mais il ne vous a jamais cité ! »
ET que lui répondit monsieur Louis-Jean CALVET : « Mais, cher ami, c’est comme ça que les hommes et la science avancent ! »
C’est un peu, ce que j’ai envie de vous dire, par rapport à ceux et celles qui me « pompent » : « C’est ainsi que les hommes et la science avancent ! »
C’est lui qui disait : « La langue est un dialecte qui a réussi ; car il dispose d’un Etat, d’une police, d’une gendarmerie, d’une armée et surtout d’une école ! » Cette phrase est mémorable car, grâce à elle, nous avons fini d’être complexés. Car dans les années 70, les choses n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui… Nous avons fait un pas immense en avant ! Et plus rien ne nous fera reculer !

YENNAYER ANAYER ! Comme disaient les Anciens !

Publié par : youcefallioui | décembre 27, 2016

Chant de voeux de Yennayer – Nouvel an amazigh-berbère

Ccna n Wurawen n Yennayer, laεwacer n tafat

A WI BUDDEN YENNAYER

A-wi budden yennayer,
Yennayer !
I-wakken a-ttelhu ddunnit
Kra yellan ad yesεu sser
Ad yesεu sser !
Ccedda a-ttughal t-talwit
Yal ighzer ad yessenser
Ad yessenser !
Akal ad yerwu tissit.

A-wi budden yennayer
Yennayer !
Lehna a-tress g-exxamen
Aεeqqa ihudr-it yifer
Ihudr-it yifer !
Tagmatt tedda d watmaten
Lghella a-ttefsu iger !
Tamusni a-ttezdegh ulawen.

A-wi budden yennayer
Yennayer !
Tafat i medden merra
Yal afrux ad yefferfer
Ad yefferfer !
Di tmurt i tdel laεnaya
Tudert a-ttebnu af liser
A-ttebnu af liser !
Akken nnan Imezwura.

Chant des vœux de Yennayer – La fête de la lumière

Souhaits de Yennayer

Heureux qui célèbre Yennayer
Pour que la vie soit douce sur terre
Chaque chose aura son charme
Chaque tourment deviendra paix
Chaque rivière coulera
La terre sera irriguée.

Heureux qui célèbre Yennayer
La paix veillera sur chaque maison
Le fruit est protégé par la feuille
Comme les frères protègent l’union
Une bonne récolte éclora les champs
La sagesse occupera les cœurs.

Heureux qui célèbre Yennayer
Chaque être aura sa lumière
Chaque oiseau pourra voler
Dans un pays où le droit d’asile est sacré
Où la vie est faite de bonheur et de paix
Tel est le message de nos Ancêtres.

Publié par : youcefallioui | décembre 14, 2016

Qui a une langue se sent en sécurité ! Win isaân iles yetwennes !

Qui a une langue se sent en sécurité !
Win isaân iles, yetwennes !

Les histoires et les sagesses berbères-amazighes à l’école ?

Quoi de plus optimistes et de plus constructifs à tout point de vue, , pour les enfants Imazighen/berbères, que ces quelques aphorismes ou pensées de mère Awicha des Ijâad Ibouziden ?

Cette arrière-grand-mère – comme toutes les mères et les grands-mères kabyles – était tellement en avance sur son époque ! On aurait aimé que de telles pensées, comme les contes et les comptines et autres pans de la littérature orale kabyle et berbère, soient étudiées à l’école par les enfants algériens.

1 – « Sans amour et sans sagesse, aucun pays ne connaît de fleurs au printemps ! » (Mebla lehmala t-tmusni, wlac tamurt yessnen ijejjigen di tefsut !)

2 – « Le pays où la femme souffre, les prisons sont remplies de braves ! » (Anda tenter timettut, lehbus ççuren d-irgazen !)

3 – « Entends ta femme et Dieu t’ouvrira toutes les portes ! » (Sel i tmettut-ik, Rebbi a-k yelli tiggura !)

4 – « Si tu aimes ta dame et tes frères, tu entendras l’oiseau te le chanter chaque matin ! » (Ma yella themmled lalla-k d wayetma-k, as tesled i wefrux m’ara-k t-iccennu yal asru !)

5 – « L’homme qui sait, sait que la femme sait. » (Azgaz yessnen ; yehsa s tmettut tessen !)
6 – « Une maison où les enfants rient : c’est l’homme et la femme qui se tiennent par la main. » (Axxam anda ttadsan warrac, d-argaz t-tmettut i-geddan afus deg’wfus).

7 – « L’homme qui aime voit mieux que les autres : sa femme éclaire son chemin. » (Argaz ihemmlen, izer xir g-wiyyid : d lalla-s is igan tafat g_webrid).

8 – « Ce qu’il faut à un pays pour connaître le printemps, c’est la liberté de la femme ! » (Is ilaqen i tmurt bac at-tissin tafsut, d llwi n tmettut !)

Ce sont ces messages de sagesse, d’amour et de liberté que les enfants berbères devraient d’abord apprendre à l’école plutôt que ces messages idéologiques et religieux qui les plongent dans un obscurantisme d’un autre âge !
Ce sont ces contes, ces fables et ces comptines que l’enfant algérien devrait retrouver à l’école. Au lieu de cela, il se retrouve face à une langue étrangère (l’arabe classique) et un système pédagogique désastreux. On se retrouve alors avec tous les travers de l’aliénation linguistique que j’ai déjà analysée au cours de mes recherches en sociolinguistique. D’où la réflexion d’un père kabyle sur l’école algérienne et l’arabisation : « Je ne comprends pas ! Nous les envoyons pétillants d’intelligence, ils en font des ânes tout juste bons à se mordre entre eux ! »

En effet, le choc est brutal au niveau psychologique. Aphasie, psittacisme et autres troubles psychologiques sont ainsi observables chez l’enfant kabyle . Depuis plus d’un siècle maintenant, tous les spécialistes insistent sur la nécessité d’introduire la langue maternelle à l’école, surtout dans les premières années scolaires de l’enfant. Ils en sont tous arrivés à la même conclusion : une langue seconde, étrangère, ne peut être solidaire de l’intelligence l’enfant dans les premières années de sa scolarisation, notamment au niveau logique et psychique.

C’est tout le drame de l’enfant kabyle et berbère à qui l’on refuse une « algérianité » et une amazighité pleines et entières, puisque sa langue maternelle (tamazight) est ignorée du système scolaire, voire âprement combattue par les imbéciles et les ignorants.

Depuis peu, la langue amazighe dispose d’un statut secondaire et précaire. Une situation qui ne prédispose point l’enfant à la sécurité psychique qu’il est en droit d’attendre du système scolaire de son pays.
Et l’on comprend alors pourquoi mon vieux père nous ressassaient cette pensée que lui-même tenait de son père : « Qui a une langue se sent en sécurité » (Win isâan iles yetwennes !)

Comme je l’ai maintes fois écrit : « Quand une langue meurt, c’est son peuple qui disparaît ! » Tameslayt d-agdud ! Agdud d tutlayt !

Il suffit de s’interroger pourquoi la majorité des Berbères se disent Arabes. Et il suffit de s’interroger pourquoi le ministre de l’Education Nationale en France, madame Najat Vallaud Belkacem, d’origine berbère du Maroc, veut mettre notre langue de côté pour favoriser, en lieu et place, l’arabe !

 

Publié par : youcefallioui | décembre 11, 2016

MON PERE : LE SAGE DES LUMIERES – Vava : Lewli n tafat…

LE SAGE DES LUMIERES

Mon père : « QUE DIEU ME CASSE COMME ON CASSE UN VASE ! »

Il y a 45 ans, mon père se brisa en tombant du haut d’un olivier. Quelle idée de grimper aux arbres à 74 ans !

« Ô Souverain Suprême ! Si j’ai quelque considération à tes yeux, casse-moi comme on casse un vase ! » (A Rebbi, ma Ԑzizegh ghur-ek, erz-iyi taruzi ubuqal !)

Par une matinée de décembre 1971, alors qu’il était en haut d’un olivier en train de gauler les olives, mon père glissa du haut de l’arbre et, dans sa chute, se fracassa la tête contre terre. Il était onze heures du matin, le 11 décembre 1971.

Ses vœux, d’être brisé comme un vase, furent exaucés ! Et dans ce fracas du vase qui se brisait, je sentis les débris de verre me lacérer l’âme et le cœur.

Mon père : « Si tu veux pleurer, cache-toi et confie-toi aux arbres : eux seuls t’écouteront en silence, sans te moquer ni te juger. Toutes les consolations sont dans la nature. L’arbre est simplement une personne qui fait du silence et de la sérénité son ultime aboutissementC’est de l’arbre que le Souverain Suprême avait taillé le premier homme – Verver Amezwaru – notre ancêtre. Rappelle-toi : à chaque fois qu’un arbre tombe, c’est un homme qui se meurt…»

 Il me disait aussi : « Si tu es au fond des océans, je t’en sortirai ; si tu es pris dans un incendie, je l’éteindrais ; par la puissance divine et celle des ancêtres ! »

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Je devais donc m’y résoudre, m’y faire à la perte non seulement du père le meilleur du monde, mais aussi du meilleur ami qu’il m’a été donné de connaître sur cettre terre ; du meilleur professeur que j’eus depuis qu’il me tenait sur ses genoux pour m’apprendre les choses de la vie à force d’énigmes, de dictons, de contes et formules savantes, dans une langue kabyle que je n’entendrai plus jamais ailleurs.

Je sentis que les digues de la jeunesse venaient de rompre à jamais. Je ne voyais plus la vie comme avant : claire, joyeuse et sans entraves. Avec la disparition de mon père – disparition physique, car il est toujours dans mes pensées et mon cœur – la vie n’avait plus aucun goût. Je ne voyais que du noir partout. Mes sentiments étaient si confus que je suis encore incapable de pouvoir décrire cette douleur indicible qui me brisait le cœur… J’apprenais juste ce qu’était la solitude et l’amertume de n’avoir plus goût à rien. Au bout de deux mois, j’avais perdu 13 kilos.

Je quittais la caserne avec une permission d’une semaine. C’était la cueillette des olives et le temps des labours… Je ne savais plus où donner de la tête. J’attendais un appui du côté de mes frères et il ne venait pas. Chacun d’eux était occupé à faire face à ses propres problèmes. Mohand Rachid était malade. Mohand Tayeb était pressé de revenir à Paris, fêter Noël ; et Mohand Amokrane devait rejoindre son poste de cheminot à Alger.

Je devais donc faire face aux travaux et aux choses. Et la permission de 7 jours était loin d’être suffisante. Ma mère et moi, aidés des femmes de ma tribu, avions continué la cueillette des olives. Nous devions aussi faire les semailles et les labours. Et, à chaque fois, les femmes de ma tribu (Awzellaguen) brillaient comme le firmament ; et aucune étoile du hasard ou de Dieu ne pouvait égaler l’une d’elles. Et leur rire sonore qui emplissait la belle vallée de la Soummam était comme un baume sur ma blessure ouverte à jamais.

Accaparé par les travaux, j’avais complètement oublié que j’étais en permission.

Un matin, je devais monter au village faire quelques achats. J’empruntais le chemin dit de la gare. Voilà que face à moi venait une land-rover de gendarmerie. J’avais le pressentiment qu’ils venaient pour moi. Cela faisait trois semaines que j’ai quitté la caserne…

Arrivé à mon niveau, le chauffeur passa la tête à travers la vitre et m’apostropha en arabe, sans me dire bonjour : « Tu ne connaîtrais pas un certain nommé Youcef Allioui ? » Je lui répondis que oui ! « Comment pouvons-nous arriver chez lui ? » ajouta-t-il. Je lui répondis qu’il était impossible, car la route était impraticable ; mais que j’étais prêt à aller le chercher après avoir fait mes commissions.

Le gendarme me remercia : « Que Dieu bénisse tes parents ! Nous t’accompagnons faire tes commissions, ensuite nous t’attendrons à la gare, en attendant que tu ailles le chercher ! »

 

J’acceptais de bonne grâce. Après avoir fait quelques achats, ils me ramenèrent jusqu’à la gare où ils m’attendaient.

Je continuais mon chemin, à travers les cactus, jusqu’à la maison. J’expliquais alors à ma mère qu’il était temps que je retourne à la caserne… Elle me répondit : « Oh oui ! Mon fils ! Je n’osais pas te le dire ! Si les gendarmes venaient te chercher, les marabouts (elle parlait de nos voisins) se moqueraient de nous ! Tu les connais et tu sais ô combien ils sont mauvais, excepté Si Tahar ! »

J’entrais dans ma chambre prendre mon cabas. Ma mère y mit galettes de blé et autres gateaux qui servirent à accueillir les visiteurs.

Je me suis changé et je l’ai prise dans mes bras en lui demandant de faire attention à elle et de faire appel à mes amis en cas de besoin.

J’arrivais à la gare où les gendarmes m’attendaient. Le chauffeur sortit la tête de la voiture et me dit : « Tu ne l’as pas trouvé ?! »

Je lui répondis : « Si ! Je l’ai retrouvé ! C’est moi que vous cherchez ! »

Je m’attendais à ce qu’ils soient courroucés, mais pas du tout. A partir de ce moment-là, ils me traitèrent comme un ami, plaisantant même sur ma désertion ! Ils avaient reçu l’ordre de me conduire jusqu’à Constantine…

Enigme de mon père : « A mesure qu’elle augmente, elle diminue – La vie » (Akken i tettzid i tneqqes –Tudert)

 

1971 –  J’étais à Batna. Je faisais mon service militaire. J’étais en train de faire la sieste dans ma chambre au 6ème étage. Pour avoir un peu de pénombre, j’ai mis ma casquette sur les yeux. Je somnolais. Ce fut dans un demi-sommeil que je sentis une ombre faire irruption de façon furtive dan ma chambre. A ce jour, je n’ai jamais su qui c’était. Je sentis quelque chose de léger glisser sur ma poitrine. On aurait dit un papillon. Je ne savais pas que ce serait un papillon de nuit. J’enlève la casquette, je me redresse et je vois un bout de papillon violet tomber par terre près de mon lit. Je me redresse. Je m’inclines et ramasse le papier. Je constatais que c’était un télégramme. Je l’ouvre. Je lis. « Mon père est mort. Devons-nous t’attendre pour l’enterrement ? Ton grand frère Mohand Amokrane. »

Je relis plusieurs fois cette phrase que j’eus du mal à croire. Tout en relisant le texte, je descendis vers le bureau du commandant Chaker. Je traverse la cours qui séparait le bâtiment de son bureau. Je frappe et j’entre. Je lui montre le télégramme en jugeant utile de lui répéter la première phrase. Celle-là qui me déchirait la langue, l’âme et le coeur.

Le commandant Chaker me dit : « Vous êtes sûr que ce n’est pas une plaisanterie d’un copain pour que vous ayez une permission ? » J’allais lui répondre pour lui dire qu’aucun de mes copains ne pouvaient se permettre une telle plaisanterie, quand le téléphone sonna.

Le commandant Chaker décrocha. Il me regarda et dit : « C’est pour vous ! » Je pris le combinet. Ce fut la voix de mon grand-frère Mohand Amokrane : « Est-ce que nous t’attendons pour l’enterrement ? » Je lui répondis d’un ton assuré et froid : « Bien sûr ! J’arrive ! » Comme si je m’accordais moi-même la permission.

Le commandant Chaker me dit alors : « Je vous présente mes sincères condoléances ! Je vous accorde une semaine ! Bonne route et ne revenez pas en retard ! »

Je remonte dans ma chambre, prends quelques affaires et me voilà un quatre d’heure après à la gare de Batna dans les Aurès. Je faisais mon service militaire à l’Ecole Nationale des Armes de Combat. Je pris le billet et j’eus la chance de constater que le train arrivait dans le quart qui suivait.

Quelques heures après, me voici à Constantine. Comme ma correspondance pour la Kabylie n’arrivait qu’à 17h30, je pris le temps d’aller saluer mon ami Akli. Le hasard fit bien les choses, je le trouve avec deux de ses copains « arabes » de Constantine. Des jeunes bien élevés que j’ai vite fait d’apprécier. Nous passames ainsi l’après ensemble en vadrouillant dans la ville que j’aimais beaucoup. Après avoir flâné dans la belle Cirta – ancienne capitale amazighe de Massinissa -, Akli et ses deux copains me raccompagnèrent à la gare de Constantine.

Je pris congé d’eux. Je montai dans le train. J’entrai dans un compartiment et passai ma tête par la fenêtre. Ils attendaient le quai pour me saluer.

C’est alors qu’Akli me demanda : « Au fait, tu reviens quand ? » Je me suis surpris à lui répondre : « Je ne sais pas… Je vais à l’enterrement de mon père… ». Comme si je venais de réaliser une telle chose, un tel événement. Tous les trois me regardèrent médusés, interloqués ! C’est vrai que j’ai été d’un tempérament plutôt gai pendant tout l’après-midi. C’est ce qui expliquait leur étonnement !

Le train démarra et aucun d’eux ne put ouvrir la bouche de nouveau. Ils me suivirent du regard un long moment. Ils se regardèrent longuement avant de tourner les talons et de quitter le quai de la gare tout en continuant de tourner la tête pour suivre le train des yeux.

Quelques heures après, je devais reprendre une autre correspondre à Beni-Mansour. Un train desservait la vallée de la Soummam et, en ce temps-là, s’arrêtait à Ighzer Amokrane. J’ai toujours été un autre en dehors de la Kabylie. C’est d’ailleurs un sentiment tout à fait confus et involontaire. Je me devais d’adopter une autre conduite comme si je changeais totalement de personnalité. Ai-je été l’espace d’un temps – de toutes ces années passées en dehors de la Kabylie natale – un schizophrène ? Toujours est-il que je ne redevenais moi-même qu’en terre kabyle. Comme si l’environnement me parlait déjà dans cette langue que j’ai apprise au berceau. C’est ça ! Je reviens dans mon berceau !

Ailleurs, je me rendais compte que je n’étais plus moi-même dans le plus mauvais sens du terme. Il m’arrivait d’être grossier, menteur et roublard car j’avais à faire à des Algériens qui avaient perdu la langue de leurs pères. Je ne me sentais à l’aise et dans ma peau et dans ma tête qu’en compagnie d’autres Kabyles. Nous étions liés par le même cordon ombilical à cette Kabyle où les racines amazighes étaient encore vivaces et lumineuses.

Ce  n’est donc qu’une fois dans le train en partance pour la maison que les larmes me brouillèrent les yeux avant de se transformer en sanglots que j’essayai d’émettre avec le plus de silence possible. Bien heureusement, le compartiment était vide. Ce jour-là, il y avait peu de monde dans le train. Seul le contrôleur qui passa et qui m’entendant pleurer, n’osa pas me demander mon billet. Il faut dire que c’est une vieille connaissance. Il me fit un sourire compatissant comme s’il devinait la tragédie que je suis en train de vivre.

Il avait bien vieilli mais je me rappellais de lui quand j’allais au collège de Sidi-Aïch. Je trichais ; je resquillais. Nous jouions à cache-cache et j’arrivais toujours à passer entre les mailles du filet jusqu’au jour où toute une armada de contrôleurs nous attendaient à la gare de Sidi-Aïch. J’écopais d’une amende salée, mais comme je n’avais pas de quoi payer, je finis au commissariat. J’expliquais au commissaire qui parlait avec un accent des At Weghlis que je n’avais pas le sous et qu’il m’arrivait souvent de faire les 12 kilomètres, qui séparaient Ighzer Amokrane du collège, à pied ! « D’accord, dit-il, mais ne reviens pas ! Débrouille-toi pour payer ton voyage ! »

Je fus tiré de ma rêverie par son cri : « Akbou ! Akbou ! » Je n’étais plus qu’à deux stations de la maison : d’abord Mechâav, et ensuite Ighzer Amokrane. Plus que 12 kilomètres pour vivre l’expérience la plus éprouvante que j’aurai à vivre de toute ma vie. Je ne savais pas alors que la mort de ma mère m’affecterait tout autant, sinon plus.

C’est alors seulement que l’image de mon père vint à moi. Il avait l’habitude de guetter le train du samedi matin dans l’espoir de m’y voir descendre. Bien avant que le train ne s’arrête, je regardais par la vitre et je le voyais surveillant de loin, juste au dessus de la maison de notre voisin Waâmer At Mohand, s’il pouvait détecter ma présence. Je dis bien « détecter » car il avait le flair dès qu’il s’agissait de deviner si j’étais dans le train.

Je viens de m’apercevoir que j’ai utilisé le verbe « deviner ». Ce verbe fait ressurgir aussitôt de ma mémoire la dernière lettre de mon père dont le contenu était fort insolite. Sept pensées des Anciens dont il en attribuait une à mon grand-père, son propre père et mieux encore, vingt-sept énigmes belles et surprenantes dont la dernière fut prémonitoire : il s’agissait de l’énigme sur la vie qui diminue à mesure qu’elle augmente, à mesure que l’homme vieillissant s’approche de la mort.

Sept jours, jour pour jour, séparait cette dernière lettre, du télégramme qui m’annonçait sa mort. Une lettre soignée et bien écrite comme toutes les lettres où mon père voulait me faire passer un message important. Notre langue se revêtait, à ses yeux d’un sceau des lumières, d’une marque à tonalités divines. Une langue dont les mots, selon mon père, répandait une lumière sur le peuple autochtone qu’est le peuple kabyle.

Les mots de mon père marquaient en moi une présence indélibile. Je la sentais en moi où que je fus. Mes plus beaux rêves étaient ceux où il apparaissait avec son grand sourire et sa voix claire, forte  dans une tendresse infinie à mon égard. Je me réveillais alors heureux, plein d’optimisme, comme si le monde m’appartenait. Quand je devais quitter la Kabylie et aller en région arabophone pour continuer mes études, je lui fis part de mon appréhension face au racisme dont nous étions déjà en butte de la part de nos « frères » berbères arabisés.

Je ne lui disais pas tout. Je ne lui disais rien de ces disputes qui parfois se transformaient en bagarres où la violence des mots dépassait celle des coups. Il en était fort conscient. Il me mettait toujours en garde, car il avait vécu la même chose. Il me disait d’un ton solennelle, comme pénétré par la puissance divine ! « Défends-toi comme se défendent les nobles, car nous sommes de noble lignée ! Dans les moments où tu te sentirais en danger, sache que, par la puissance divine et celle de nos ancêtres, si tu es au fond des océans, je t’en sortirai ; si tu es pris dans un incendie, je l’éteindrais ! »

C’est à mourir de rire, n’est-ce pas ? Et pourtant !! Il suffit parfois de croire… Et la mort ne devient alors qu’un passage par lequel tout peut passer ; même ce qui, habituellement, ne passe pas… Il est ainsi des mystères que l’être humain n’arrivera jamais à percer.

 

LA PROTECTION DES ANCETRES EST PAREILLE A CELLE OFFERTE PAR MILLE LIONS !
Laânaya Imezwura am tin tgemma n yizmawen !

Quand on scrute les moindres recoins de la mythologie kabyle, on croit déceler un effort d’adaptation à la nature et à l’autre qui est peut-être différent de soi, mais qui peut être aussi très proche pour peu que l’on veuille bien faire l’effort d’aller vers lui et de l’accepter comme le dit si bien l’énigme de chez nous : « Lui c’est moi, moi c’est lui ; même si nous sommes différents. »
C’est, me semble-t-il, de ce dépassement, de cet affranchissement de soi, de ses propres codes et de ses croyances que prend sa source la mythologie berbère de Kabylie, comme d’ailleurs d’autres mythologies anciennes. Un dicton kabyle ancien dit : « On peut juger de la civilisation d’un peuple à sa façon de traiter celui qui vient de loin : celui qui a laissé les siens, sa maison et sa terre, l’étranger. »
C’est d’ailleurs sur cette pensée que les cités kabyles anciennes avaient construit leur droit d’asile. Ce droit qui faisait que l’étranger était sacré et qu’il pouvait disposer du droit d’asile sans condition aucune dans n’importe quelle cité sur tout le territoire berbère. Notre mythologie ne refuse pas l’autre. Elle le respecte et elle cherche à le comprendre afin de mieux le protéger. Celui qui la transmet croit toujours conforter ses propres croyances en essayant de comprendre, voire d’adopter celles de son prochain. C’est ainsi qu’il faut comprendre le prosélytisme successif des Berbères, d’abord judaïsés, puis christianisés et enfin islamisés dans un syncrétisme savamment cultivé et revendiqué à jamais.

Beaucoup n’y ont vu là qu’une simple faiblesse de caractère chez le peuple berbère. La pérennité du peuple amazigh et celle de sa langue et de sa culture démontrent le contraire. En réalité, en adoptant les religions venues d’ailleurs, nombreux sont les Berbères qui ne se sont jamais détachés de celle de leurs ancêtres.
Cette façon de croire n’est pas propre aux Imazighen. Nous la retrouvons chez tous les peuples autochtones qui se disent eux-mêmes, comme les Kabyles « Les fils de la terre » (At-tmurt); comme chez les Esqimaux qui avaient embrassé la religion chrétienne et se sentent si proches de Jésus. Ils l’expliquent aussi de cette manière : « le mythe de Jésus, se sacrifiant pour son peuple, les rapproche de leur mythe à eux où tout grand sage, tout grand homme ou tout grand chef doit se sacrifier pour sa communauté ». Mais le mythe est parole ; il est aussi langue. La parole est culture. La culture est peuple.

C’est donc grâce à ce syncrétisme revendiqué que les Anciens disaient : « Si Dieu te réclame ton cœur, donne-le- lui ! S’il te réclame ta terre et ta langue, dis-lui : « Non ! » Car sans ta terre et ta langue, tu n’as ni cœur ni foi ! »

Le grand philosophe français François Hadot, professeur au collège de France et maître de l’art de vivre dans une société décente et démocratique, disait : « Le bien-être, c’est savoir vivre en pleine conscience, en pleine lucidité, en donnant toute son intensité à chacun de ses instants et un sens à sa vie tout entière. »
C’est à peu de chose près ce que disait mon père : « Notre culture et notre mythologie nous ont appris à vivre dans le bien-être et la spiritualité en nous mettant en garde contre toutes les oppressions et tous les fanatismes. C’est pour cela que les Anciens prêtaient serment en s’appuyant sur toutes les croyances. C’est aussi pour cela que nous disons : « Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même. »
Axxam herz-it
Mmi-k rebbi-t
Gma-k hader-it
Iger essew-it
Aleccac leqqem-it
Erfed w’ur nesâi ifadden
Ma d Rebbi, anef-as i medden !

Ta maison, protège-la
Ton enfant, éduque-le
Ton frère, fais attention à lui
Ton champ, irrigue-le
L’arbre, greffe-le
Prête secours à celui qui est démuni
Quant à Dieu, laisse-le aux autres !

Publié par : youcefallioui | septembre 17, 2016

Couleurs d’enfants… Lenwal n warrac

  • Bonjour à mes amies et amis psychologues et autres « spécialistes » de l’enfance.
  • Si vous souhaitez participer à

     » La 19ème Journée Annuelle de la

    Petite Enfance à l’Adolescence « .

  • Je vous invite à vous inscrire… Vous apprendrez tellement de choses sur l’enfance et l’adolescence et sur vous-mêmes au contact de personnalités enrichissantes tel que monsieur Boris Cyrulnik : « De la souffrance peut naître le meilleur ».
  • Youcef Allioui : « Ce qui est en nous de meilleur peut guérir de toutes les souffrances ».

« C’est ainsi que l’enfant blessé, qui pleure tout seul dans la nuit, fait descendre la lune qui brille au loin dans le ciel, pour le consoler… Ce sont les larmes de l’enfant que l’on voit conserver par la lune ; larmes qu’elle porte sous forme de cicatrices… » (Conte kabyle : La lune et l’orphelin).

———————————————–

Voici Le Programme et les Modalités d’Inscription à

 » La 19ème Journée Annuelle de la

Petite Enfance à l’Adolescence « 

Marseille

Parc Chanot – Palais des Congrès

Vendredi 2 décembre 2016

«  le chaos affectif : la carence mène-t-elle à la délinquance ? « 

 pour la 14ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l'Adolescence Marseille vendredi 2 décembre 2011  …On ne sait pas toujours à quel point les enfants

Gardent de leurs blessures un souvenir cuisant

Ni le temps qu’il faudra pour apprendre à guérir

Alors qu’il suffisait  peut-être d’un sourire  – Yves Duteil (blessures d’enfance)

     Une toute petite variation des données de départ peut, par une succession d’accumulation provoquer des résultats inattendus. Edward Lorenz parle d’effet  papillon. Ce qui veut dire qu’un battement d’aile d’un papillon en Amérique peut finir par déclencher une tornade en mer de Chine et c’est le chaos…

    Or dans cette théorie il y a des processus qu’on ne peut complètement prédire, il est difficile d’envisager un comportement sur le long terme.

    Cette journée va essayer de nous apporter des réponses sur ce que et sur ce qui provoque le chaos affectif, sur les carences que l’enfant va supporter ou non, sur l’éventuelle délinquance vers laquelle il peut être amener à se laisser aller.

    Que va faire notre cerveau limbique pour réguler des émotions ressenties alors que tout est confus, désordonné, et est ressenti comme inextricable.

    La bonne qualité des inter-réactions entre l’enfant et l’environnement  lui permet d’acquérir des repères constants nécessaires à son développement harmonieux. Mais quand il existe une insuffisance de maternage ou un excès de maternage, voire une absence complète de maternage: comment va-t-il s’en sortir sans basculer dans la violence, dans la délinquance.

    Au vu du comportement de l’enfant : protestation, révolte, alternance d’espoir et de désespoir, on peut constater qu’une certaine dose de détachement émotionnel se met en place comme si après la disparition ou l’abandon de l’image sécurisante, le comportement se réorganisait sur l’absence permanente et l’effacement de la culpabilité ;

    Carences affectives ou excès fusionnels ces enfants manquent ou ont manqué d’intégrations structurantes précoces et plus tard ces victimes de ce chaos affectif ne vont être capable, la plupart du temps, d’intégrer aucune règle et ne pourront se soumettre en rien…

 

    Pourtant on peut poser la question : pourquoi et comment certains adolescents arrivent-ils à se reconstruire après un choc psychique et d’autres non. Comment s’en sortent ces enfants dit « cas-sociaux, qui sont en institutions ou en famille d’accueil  ou ballottés de droite à gauche ?

    Quelles sont donc les composantes neuro endocriniennes de nos animaux. Que nous apprennent-ils ? Par exemple qu’un agneau dispose de 48 heures pour s’attacher à sa mère et si la colle affective ne prend pas, son espérance de vie ne dépassera pas quelques jours. A l’inverse, un chaton privé de mère se développe quand même.

     Et ces enfants ?

     Certains vont, après une rupture du lien se créer un cadre sécuritaire et d’autres n’y arriveront peut-être pas.

     Pourtant les personnes qui parviennent à déclencher un processus résilient après avoir affronté le chaos deviennent au contraire, altruistes. Elles ne se replient pas dans un clan pour affronter l’adversaire, mais rêvent d’aider ceux qui ont connu le même malheur et de leur procurer les moyens de s’en sortir alors comment vont s’en sortir ces « 40 voleurs en carence affective » ?

     Comme le dit Boris Cyrulnik: « De la souffrance peut naître le meilleur ».

… des questionnements qui vont certainement trouver réponse tout au long de cette 19ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l’Adolescence.

             Françoise-Flore COLLARD

             Présidente de « Couleur d’Enfants »

Association « Couleur d’Enfants » Présidente : Mme Françoise-Flore COLLARD

229 avenue du Prado – F – 13008 Marseille ☎ 04 91 82 24 70

email :  couleurdenfants@gmail.com

Association « Couleur d’Enfants » loi 1901 déclarée en Préfecture des Bouches-du-Rhône le 30/12/1999 sous n°0133094448

N° de prestataire de formation professionnelle : 93 13 1332 13

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Publié par : youcefallioui | juin 25, 2016

Lwennas MATOUB… Un jour…

MA RENCONTRE AVEC LWENNAS MATOUB

 

(Le poète et chanteur kabyle fut assassiné en 1998[1]

« Al-bâad yella wlac-it

Al-bâad wlac-it yella ! »

D’aucuns sont là, mais ils sont absents,

D’aucuns sont absents, mais ils sont toujours là. Ainsi il en est de Lwennas Matoub.

 

Un jour, en sortant de la Sorbonne, je tombai nez à nez sur Lwennas MATOUB alors qu’il était en retard pour assister à un séminaire sur le racisme. Je le connaissais « comme tout le monde » ; mais non personnellement. J’ai eu déjà l’occasion de l’apprécier quand je lui avais recommandé un jeune photographe (Hafid de Revin – Ardennes). Hafid m’avait demandé de lui faire parvenir les photos qu’il avait faites de lui lors de son passage au Zénith (une salle de spectacle parisienne).

Je lui ai donc envoyé les photos par l’intermédiaire de Be-Ben (ACB – Paris 20ème).

Quelque temps après, Hafid m’apprend que Matoub l’avait contacté personnellement e qu’il acceptait qu’il devienne l’un de ses photographes attitrés.

Quand Lwennas arriva en face de moi (à la Sorbonne), je voyais un jeune homme tout de blanc vêtu : tennis blanches, pantalon blanc et un tee-shirt de la même couleur. Je ne le reconnus donc pas… Quelle ne fut pas surprise  (et cela fut une très grande et bonne surprise !) quand il s’approcha de moi et me prit dans ses bras comme si nous étions des amis de longue date !

Je ne laissai rien paraître de ma grande surprise, cachée sans doute par la joie immense que j’avais de le serrer dans mes bras !

Sur ces entre-faits, il me dit : « Je crois que je suis en retard pour le séminaire ? » Je lui répondis qu’en effet, car j’en sortais.

Lwennas : « C’est bien dommage ! Mais, je profite de votre rencontre pour que nous en parlions autour d’un verre, si vous êtes d’accord. » Je fus également ému qu’il se mette à me vouvoyer ! Je lui répondis en le tutoyant : « Akken is yenna Dda Slimane : wlac ssur ger-anegh ! » Il avait compris !

Nous voilà dans la place qui donne sur l’entrée de la Sorbonne. Nous prîmes place dehors, à la terrasse.

Lwennas : « D-acu ara teswedh ? Qu’est-ce que tu prends ? Ajouta-t-il en français ! Je lui répondis : « Ini-d qbel keccini d-acu ara teswed ! Dis-moi d’abord, toi, ce que tu vas prendre ! » Il me répondit : « Wergin ! Di laânaya-k ! » Ce que je pourrai traduire en français : « Jamais, je ne ferai de demande avant toi ! » C’est vous dire que j’étais « scotché » par tant de respect à l’égard de ma petite personne, de la part d’un grand homme comme Matoub !

Un ami commun, qui le connaissait bien, m’avait parlé de son «goût » pour la bière…

Je lui dis : « Nekki, akken is yenna Dda Slimane AZEM : Hemlegh kan lamonate, ugar le coca ! » Si je puis traduire encore : « Moi, comme avait-dit Dda Slimane Azem, je n’aime que la limonade, surtout le coca ! »

A ma grande surprise : « S’il vous plait, monsieur, deux coca ! » Commanda-t-il de sa grande et belle voix !

Je découvrais, grâce à Lwennas MATOUB ce que devait être le respect entre les gens et notamment entre les Kabyles… Ce qui manque en ces temps où, comme il me disait avec une pointe de regret, : « Des maquerelles et des gourous ; de ces Kabyles qui passent leur temps à vous dénigrer ou à vouloir vous bannir… ».

Et s’ensuivait une discussion qui dura un peu plus de deux heures… Je profitai pour lui faire un reproche : le seul que je voulais lui faire depuis longtemps : « Dans un cercle fermé, je t’ai entendu parler en mal de ce que les généraux français avaient appelé « La Petite Kabylie ».

Il me regarda longuement, fixement, visiblement ému, car il ne s’attendait pas à une telle remarque : « Eccdhegh… Ilha ssmeh ! Mebla kunwi, ur nettili ! »  J’ai glissé et je demande pardon (le pardon est de bon aloi ! Sans vous, nous ne serions pas ! »)

Je fus ému… Et je ne trouvai rien d’autre à lui dire que la phrase suivante : « Je suis content que tu te sois rendu compte que nous t’aimons… ».

Il m’entoura de ses bras en disant : « J’apprends tous les jours… Je suis fougueux et toujours plein de colère et de ressentiment pour le mauvais destin qui nous est fait… ».

Nous avions parlé de beaucoup de choses… et notamment de notre littérature orale… Avant qu’il ne me dise : « Je vais te raconter, moi aussi, un conte… Peut-être qu’un jour, vous le transcrirez…  ». (Ula d nekki ad ak d-hkugh yiwet tmacahutt… Yibbwas ahat, ad-att tarudh… ).

Conte que je n’ai pas encore transcrit…

Au moment de nous séparer, il me dit : « Je te laisse mon numéro de téléphone, si vous voulez qu’on se revoie un jour… N’hésite surtout pas à m’appeler…, me dit-il encore, en reprenant le tutoiement. Et, avant de nous séparer, il me dit dans le sourire juvénile qu’on lui connaissait :

« A-wi’ddan d wi’tyifen, ad yettâannadh a-t yawedh ! »

Sur à quoi, je répondis : « A wi’ddan yid-ek a Lwennas, wlac wi’ik yifen d-amwanas ! »

Il éclata de son rire sonore avant d’entrer dans le taxi (non sans m’avoir proposé que le taxi me dépose chez moi). Je déclinai l’offre car je me rendais chez des amis…

 

Pour toi Lwennas :

« Pour toi je fais silence avec tous les mots et toutes les voix.

Est-ce que tu m’entends ?

Pour toi je fais silence.

Pour toi je fais silence avec tous les mots et toutes les voix. »

Tu étais si respectueux, si bon, si courageux, si grand et si puissant… de générosité et de talent.         

 

PS : Je n’ai jamais appelé Lwennas… A mon grand regret… qui me fait à chaque fois la gorge nouée… Pourquoi ? A chaque fois que je voulais lui parler, il était entouré… très ou trop entouré

[1] Le poète et chanteur kabyle fut assassiné en 1998 (en Kabylie) à l’âge de 42 ans.

Je lui ai rendu hommage dans l’un de mes ouvrages : « Les Chasseurs de Lumière » (Iseggaden n tafat).

 

Publié par : youcefallioui | avril 7, 2016

L’âne et l’abeille – Aghyul d tizizwit…

Tamusni am tafat…

Ay ul-iw ili-k d-amnay

Ur rekkeb ara f lhawa

Lhila ixezznen t-tament

Aslagh-ynes d nniya

Kra g-gwin yeggwden ar tafat

S ssber i-tt-id ihella !

La sagesse et le savoir sont une lumière…

Ô mon coeur, sois bon cavalier !

Ne chevauche pas le vent !

La jarre qui est pleine de miel

Son ange-gardien, c’est l’humilité !

Tous ceux qui arrivent à la lumière et au savoir

C’est avec courage qu’ils les ont conquis ! (Ma mère, Tawes Ouchivane – 1909-1992).

 

L’âne et l’abeille – Aghyul d tizizwit

Un dernier petit livre pour les enfants amazighs ou Imazighen (et les adultes aussi !) qui souhaitent apprendre des choses sur la langue et la culture amazighes… Comment lire en tifinagh et en transcription latine. – Comment jouer et chanter les animaux, les oiseaux, les insectes dans le monde amazigh-berbère de Kabylie, où la nature était sacrée. Comme disaient les Anciens : « C’est sur la nature que toutes les choses de la vie reposent ! » (Af tarwest kullec i’gress !)

A l’heure où l’officialisation de notre langue maternelle, tamazight se pose et s’impose – la langue originelle de tous les Algériens et de tous les Africains du Nord (Imazighen), peuple premier et autochtone (arabophones compris !) – il faut encourager nos enfants à découvrir ce trésor culturel – énigmes, poèmes et comptines – que le monde entier nous envie !

Nous avons de quoi être fiers en tant que peuple premier ! Il suffit pour cela que nous nous réapproprions le trésor millénaire que nos ancêtres « Les hommes libres » (Imazighen) – Tel le grand Aguellid Masensen (Massinissa) qui ouvrit, en son temps, l’école aux enfants amazighs après avoir, selon les historiens, créé un alphabet tifinagh dont les enfants se servaient pour apprendre leur langue amazighe (tamazight) en même temps que la langue grec…

Dicton kabyle : « Qui a une langue se sent en sécurité ! » (Win isaân iles, yetwennes !)

Car, quand une langue ne se parle plus, son peuple cesse d’exister !

I-mi, mecki tameslayt teffegh iles, agdud-is teffegh-it tudert !

Ane et Abeille

Publié par : youcefallioui | avril 2, 2016

Kabylie…Et la réification continue…

HOMMAGE A JEDDI ET HMANU

Azul Azenfan a’gma Waâli !

Et tous mes remerciements pour le respect que vous continuez de me porter !

Je vous réponds de façon décousue, vous m’en excuserez !

Mais, c’est une bonne et belle occasion pour rendre hommage à deux grands hommes de mon arch dont la mémoire est encore vive en nous : Dda Lakhdar Oujaâvi – que nous appelions Jeddi – et mon ami Hmanu, Abderrahmane BOUGHERMOUH  – Cinéaste et réalisateur de « La Colline oubliée » (Tawrit itwattun). Comme quoi, même les ahuris peuvent nous conduire vers des chemins auxquels ils sont incapables d’accéder !

 

« Il a préparé un doctorat de sociologie »… Au début, je vous avoue de ne pas avoir bien compris où vous vouliez en venir… Faut dire que je reçois parfois des insultes, mais je devine quels en sont les auteurs… Et ce ne sont pas toujours des « étrangers », hélas !

Comme quoi, malgré mon grand âge, je conserve encore une part de naïveté et surtout un amour indéfectible dès qu’il s’agit de mon peuple, malgré tous les ahuris !

Mais, j’ai fini par comprendre pourquoi vous aviez relevé la nuance…dont cette personne semble connaître aussi la portée ! Mais, je ne vais pas étaler ici mes diplômes ! Je suis trop vieux maintenant et seuls les actes comptent !

Vous étiez mon élève en économie et en gestion des entreprises au temps de l’Institut Patronal. Comme vous le savez, en ma qualité d’expert-comptable et de psychosociologue, j’ai été pendant près de 23 ans Conseiller dans une structure du patronat français : le MEDEF. Structure, soit dit en passant, ouverte et capable d’accueillir des talents, et ce d’où qu’ils viennent et quelle que soit leur origine.

Mais, par-delà diplômes des écoles étrangères dont nous sommes tous bardés, il reste une seule école qui demeure, à mes yeux, la référence, c’est l’école de mon père et des Anciens de ma tribu. J’ai eu le bonheur et l’immense honneur d’avoir été reçu, pendant près de deux heures (alors qu’il était souffrant !), par le dernier grand Amusnaw des Awzellaguen – Dda Lakhdar Ou-Jaâvi – que les gens des Awzellaguen appellent « Grand-père » (Jeddi). Vous comprendrez sans peine pourquoi nous l’appelions ainsi. Ce fut un moment extraordinaire ! Deux heures pendant lesquelles Jeddi était revenu sur l’histoire de la Kabylie dans une langue kabyle que seules quelques personnes utilisent encore. Et, même si ma modestie devait en souffrir,  j’ose dire, haut et fort, que j’en fais partie. Je suis fier de revendiquer mon appartenance à cette prodigieuse école qui fait de la langue et de l’antilogie ses bases maîtresses qui ont permis que le peuple kabyle demeure encore dans sa noblesse de peuple amazigh, malgré tous les ahuris – et j’oserai dire : les abrutis !- que la Kabylie continue de compter en son sein.

Avec toute la modestie, dont je pense être capable, ce vilain monsieur – qui se permet de cracher sur la mémoire d’Abderrahmane Bouguermouh – gagnerait à avoir une autre lecture de la Kabylie (Tamurt n Leqvayel). Il gagnerait aussi à me lire afin de reprendre sa diégèse qui manque d’objectivité et de discernement… Il apprendra tellement de choses, qu’il finirait peut-être  –  à moins que nous soyons en présence d’un obstiné réifié –  par sortir de la réactance dans laquelle il continue de vivre…

Comme je l’écrivais dans mon livre sur l’histoire des Archs kabyles : « Pendant que les Arabes parlent de Umma âarabiya, certains Kabyles croient encore que nous sommes sous le joug des généraux français qui ont divisé la Kabylie, et continuent de la dilacérer de façon stupide et préréflexive…  ».

Ibn Khaldoun avait démontré que les Zwawa (Igawawen) du Djurdjura Occidental sont les frères des Zewagha (Izeggwaghen) des Babors… Ils tirent leur origine d’un même ancêtre, Semgan de la nation Kotama des Babors…  (Cf. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, pp. 255 et ss). Une question historique cruciale que j’avais déjà traitée dans un modeste mémoire de maîtrise d’histoire intitulé : « Brève histoire de la Kabylie – Etude historique et linguistique de l’antiquité à nos jours », Université Paris 8 Vincennes, (1976/77).

Venons-en aux faits !

Je vous remercie pour ce lien qui, au-delà de ses insuffisances connotés par le mépris de son auteur (inconscient dans sa bêtise !), mérite quand même quelques éloges, même si, comme vous dites, l’auteur est encore prisonnier de l’école Bugeaud et consort. 2016 – 2966 !

A l’heure où tant de défis restent à relever pour que nous sortions enfin de la domination arabo-islamique, d’aucuns sont encore au stade de « Petite Kabylie » et « Grande Kabylie » ! Pour ce monsieur qui veut dépasser le stade aliénant dans lequel nous avaient cantonnés l’ethnologie coloniale – c’est raté !!

On peut d’ailleurs se demander pourquoi il fait un travail – si méritoire et méritant – de façon anonyme. Contribution importante (à mes yeux), qu’il affabule du titre Polynésie ??? !! Je perds mon latin, je veux dire mon kabyle, car c’est la seule langue dont je peux prétendre la maîtrise et la connaissance presque parfaite.

Qu’il me traite avec mépris, comme vous l’aviez senti, ne me touche absolument pas… J’oserai même vous dire que vous exagérez… mais, j’en suis revenu à votre intuition après avoir lu ce qu’il s’est permis d’écrire sur mon ami d’enfance, le cinéaste Abderrahmane BOUGUERMOUH, réalisateur du premier film kabyle en adaptant le livre de Mouloud Mammeri « La colline oubliée » (Tawrirt itwattun). Et oui ! J’ai fini par comprendre où vous vouliez situer le débat quand j’ai constaté qu’il a situé Abderrahmane BOUGUERMOUH au stade de simple assistant (d’un autre réalisateur algérien) et mit en sourdine le fait qu’il fut le réalisateur de Tawrirt Ittwattun « La colline oubliée » !

Cette insulte de la mémoire de Abderrahmane BOUGUERMOUH n’est atténuée que par le fait qu’elle vient d’un abruti aliéné et réifié.

Toutes les choses ont des limites, sauf la bêtise et l’ignorance : « Si tsegla i d-yekka lxuf ! » N’est-ce-pas ? Et j’ai compris alors pourquoi l’auteur de ce travail, somme toute méritant, n’ait pas osé décliner son identité ! « Il fait la part gros pour « Ceux » de sa Grande Kabylie, comme vous dites ! » C’est bien triste, n’est-ce pas ! Nous sommes en présence d’une personne réifiée et la Kabylie en compte encore beaucoup ! Hélas ! Mille fois hélas ! Mais, comme dit encore le dicton : « Les chiens aboient, la caravane passe ! » (Iqwjan seglafen, tirkeft teggwi abrid !)

Mais, ce genre d’individus me renvoient à cette pensée extraite d’un conte kabyle – qu’il devrait chercher à connaître ! – dont le titre est révélateur du drame de l’aliénation linguistique auquel nous devons encore faire face : « Yenna-yas Waârab : Leqvayel wergin ur rebban lefhel ! » Traduction en français : « L’Arabe a dit : Les Kabyles ont de tout temps sacrifié leurs braves ! »

Mais, qu’à cela ne tienne : S-nnig webrid, s-ddew webrid, leqrar-is d-abrid !

Il est simplement dommage que cette personne ait gâché une contribution si importante ! A la connaissance parfaite, nul n’est tenu ! Par conséquent, je ne puis lui reprocher SON AGNOSIE qu’en regard du respect que je continue de témoigner pour la mémoire de mon ami d’enfance Hmanu, Abderrahmane BOUGHERMOUH qui reste – et que les esprits agnosiques le veuillent ou non ! –  le seul et unique réalisateur du premier film kabyle « La Colline oubliée » (Tawrirt Itwattun) !

Et comme Hmanu me disait lui-même : « Moi, mon travail, je l’ai fait ! Et je l’ai bien fait ! Quant aux esprits chagrins et aliénés, je les emmerde ! »

Conclusion en hommage à Jeddi et Hmanu qui nous ont quittés après avoir fait, chacun à sa façon, leur devoir d’hommes libres, leur devoir d’Imazighen :

Avant de le quitter, Jeddi crut bon de clôturer notre rencontre par une formule sacrée. La formule qui clôture le mythe fondateur « Le maître des montagnes » (Bab Idurar) – où le peuple kabyle était comparé à l’arbre de vie. C’est à travers cet arbre de vie, (Aleccac n tudert) que les anciens Kabyles voyaient leur fédération (Tamawya) Laquelle n’a pas encore terminé avec le stade le plus ultime de l’aliénation : la réification dans laquelle certains encore prisonniers de l’ethnologie coloniale.

Extrait du mythe fondateur « Le maître des montagnes et des vallées » : (selon Jeddi, il fallait rajouter « et des vallées » (d yelmaten).

A tarwa n Tmawya ! A tarwa n Tmawya !

A-kwen Ig Ugellig Ameqqwran

Am tasaft tezdi ccetla !

At Wadda d Ljedra ! (Archs du Djurdjura occidental jusqu’aux  plaines, Bouira, Dellys et Tigzirt)

At Ufella d Lghella ! (Archs du Djurdjura oriental, Vallée de la Soummam, Tiggura, Aguergur, Achtoub, Takintoucht, Babors jusqu’au massif du Collo).

Iten isddukklen d-izuran !

A Ceux qui crachent en l’air et qui suivent du regard où leur crachat va retomber… (sur leur visage !)

Iqqar baba, a-t Ig Ugellid Ameqqwran di Tgemmi-ynes : « Tella tadsa di twaghit ! »

A bon entendeur salut !..

Publié par : youcefallioui | mars 25, 2016

Bruxelles, ma belle… Tu souriras encore !

Bruxelles, ma belle… Tu pleures et je pleure avec  toi… Mais, tu sauras panser tes blessures et retrouver ton beau sourire ! Alors ta Grand Place te prendra dans ses bras pour rire encore et encore !

Pour mes amis et frères Belges :

En hommage profond à Dick Hannegarn, le poète à la juste parole…

 

Ce matin du 24 mars 2016, – comme tous les autres matins, j’écoutais France Inter. Après la matinale de Patrick Cohen, arrivait l’émission « Boomerang » d’Augustin Trapenard. L’invité de l’émission est le chanteur-poète Belge Dick Hannegarn, le géant blond-roux que j’ai eu le bonheur de voir sur scène dans cette belle ville de Bruxelles dans les années 70 – au temps du « Sacré Géranium » -, alors que j’étais hébergé par des amis, en attendant des jours meilleurs…

Interrogé par l’animateur sur sa poésie, qu’elle ne fut ma surprise de l’entendre faire référence à « La parole juste des Berbères ». Il racontait alors à l’animateur – lequel porte pourtant un illustre prénom berbère, Augustin –, mais qui visiblement n’était pas du tout intéressé par le sujet ! –, comment les Berbères du Maroc rencontraient Juifs et Arabes marocains pour leur faire entendre « La juste parole » (Ameslay azerfan) pour que la paix et l’entente cordiale et respectueuse continuent de s’étendre et d’essaimer entre les trois communautés marocaines ; afin qu’une coexistence pacifique, harmonieuse et fraternelle continue donc de régner entre eux et sur eux pour les prémunir de ressentiments qui mettraient vite en danger cet équilibre que les Berbères voyaient comme un précieux héritage de l’histoire.

Devant son insistance sur ces rencontres où les Berbères (nous, nous nous disons Imazighen), tenaient à semer leurs justes paroles, j’attendais encore de l’animateur qu’il saisisse la balle au bond et qu’il l’interroge sur le sujet pour en savoir davantage car, visiblement, Dick Hannegarn pensait aux événements tragiques qui venaient de frapper la capitale belge, « sa belle Bruxelles ». Vaine attente, d’un animateur fermé sur lui-même !

Je n’ai pas pu m’empêcher d’être interpellé par « cette anecdote berbère » ? Pourquoi diable, le chanteur Belge, fit-il allusion à cette cérémonie que les Berbère appellent Izlan – une joute oratoire faite pour instaurer et faire durer l’entente entre un groupe de personnes ou simplement entre deux personnes du même village ou un couple).

C’est un fait qui peut paraître anodin, au moment où Bruxelles vit la même tragédie que celle qui avait frappé Paris. Mais alors, quel rapport m’étais-je demandé ? Le chanteur Belge serait-il à ce point stupide d’oublier ces événements et d’aller fourrer son nid dans une coutume berbère du Maroc ?

C’est à ce moment qu’une intervention, datant de la veille, d’une journaliste de France Inter m’interpella. Dans son compte-rendu sur la tragédie qui avait frappé Bruxelles, la dite journaliste – dont je tairai le nom par simple « décence berbère » que tout homme doit à la femme – dans son compte-rendu sur les attentats fit un détour historique – qu’elle aurait dû éviter – à partir duquel elle spécula sur la forte migration berbère du Rif vers Bruxelles. Elle en parlait comme d’une « invasion », en mettant le nombre de 500.000 Rifains lesquelles, selon elle, serait arrivés en masse à Bruxelles ! Il fallait frapper l’imagination de l’auditeur pour le faire plonger dans la confusion…

A défaut de dire tout et n’importe quoi, les journalistes ont besoin de s’initier à l’histoire des pays quand ils sont appelés à traiter des faits qui peuvent les toucher les peuples de près ou de loin.

L’amalgame – toujours conscient ou inconscient – est là ! Et il nous effleure, je veux dire plus exactement, nous coupe comme une lame de rasoir !

Manifestement, cette journaliste – comme beaucoup d’autres en ce moment ! – parlait de choses et d’événements dont elle semble ignorer les fondements de l’histoire tragique des Imazighen du Rif. Les Rifains s’étaient réfugiés en Belgique et dans d’autres pays (comme l’Algérie). Ce fut à cause d’une guerre sanglante qu’ils durent supporter contre une coalition qui regroupaient les armées de trois pays : La France, l’Espagne et l’armée du roi du Maroc de l’époque !

Cette guerre avait causé des centaines de milliers de victimes – dont plusieurs dizaines de milliers d’enfants !

En 1926, pourquoi ces trois pays s’étaient-ils unis pour faire la guerre au peuple amazigh du Rif ? Parce que un homme juste, un Amazigh, qui répondait au nom de Mohand Abdelkrim, ne supportait plus de voir son peuple réduit à l’état d’esclavage ! Devant les crimes, les injustices et les famines subis par son peuple, il poussa un cri – un juste cri ! Une parole juste, de révolte contre l’état esclavagiste dans lequel le peuple amazigh du Rif était plongé.

Ce fut au nom de cette juste parole berbère – à laquelle faisait allusion le chanteur et poète Belge (Dick Hannegarn) que la dite coalition leur fit une guerre meurtrière et INJUSTE. Une guerre barbare qui avait causé l’exode de centaines de milliers de Rifains qui abandonnèrent leur terre pour un pays plus juste où ils pouvaient – juste – se reconstruire et bâtir un tant soit peu de nouveau un avenir, même incertain…

Cet exode fut massif vers la Belgique. Il est aisé d’en saisir les raisons : ce pays n’avait pas participé aux massacres qu’ils durent subir de cette coalition INJUSTE qui leur daignait le droit de vivre justement sur leur terre en qualité d’autochtones amazighs ; une terre sur laquelle leurs ancêtres vivaient, selon la formule juste berbère, « depuis la nuit des temps » (Seg-wasmi i d-tejna ddunnit).

Le stade le plus haut de l’aliénation culturelle conduit vers ce que le sociologue juif de l’aliénation, Joseph Gabel, appelait « la réification ». Un stade au-delà duquel l’individu se transforme au point de perdre tout semblant d’humanité. Sa parole est alimentée, dans une explication sans fin par de pseudo-spécialistes en mal de représentation. Ces derniers prétendent qu’ils sont capables de décrypter la pensée d’un individu entré en transe dans le syndrome de l’assassin, si cher à mon ami et maître feu Joseph Gabel.

En ces temps troublés, il est triste et dommageable pour tous que des journalistes et des animateurs soient englués dans l’ignorance et les amalgames.

C’est cela qui manque le plus à travers le monde et chaque jour davantage également en Europe !

L’absence de paroles justes – surtout quand elles émanent de journalistes – ajoute bois sur bois au feu de ceux dont la réification a atteint un point de non-retour.

Et l’on comprend alors pourquoi Dick Anneggarn – en poète averti – voulut mettre l’accent sur « la parole juste des Berbères ». Il voulait (juste) dire que le vivre ensemble exigeait beaucoup de retenue, de respect de l’autre, d’écoute et de fraternité, surtout en ces temps pollués et souillés par des paroles injustes qui ont besoin, plus que jamais, d’une parole juste, fut-elle berbère !

Parlant de la Shoah et des guerres coloniales, Joseph Gabel avait coutume de me dire, lors de nos veillées nocturnes : « Voyez-vous, cher ami, l’histoire est comme une mère : Elle n’aime pas qu’on l’oublie ! Car, en l’oubliant, on perd la notion du temps, des choses et des événements. Pire encore, tout notre espace de vie se déshumanise en s’ouvrant à tous les fanatismes… C’est si simple pourtant : il suffit juste de lui dire : « Pardon de t’avoir oubliée » pour qu’aussitôt s’éclaire son visage et regarde de nouveau le soleil qui brille dans le ciel ! »

Une pensée amazigh/berbère dit : « Les paroles justes peuvent faire face aux actes les plus abominables » (Awal ma yesâa nnafâa, izmer ad icc llafâa !) Littéralement : « La parole juste est capable de dévorer l’hydre à sept tête ! »

Merci ! Mille fois merci ! Monsieur Dick Hannegarn, le poète à la juste parole.

L’Association des Juristes Berbères de France (AJBF) – Pourquoi les Berbères en général et les Kabyles en particulier sont-ils attachés à la laïcité ?

L’Association des Juristes Berbères de France (AJBF) existe depuis 24 ans. En apprenant son existence, il y a déjà quelques années, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un certain plaisir, un certain bien-être !
Pourquoi ? Les média, les journalistes et les politiques ont pour habitude de noyer – le verbe n’est pas assez fort ! – les Berbères (Imazighen, de leur vrai nom) dans ce qui est appelé « la communauté musulmane », faisant fi ainsi à la fois de la minorité chrétienne berbère et de sa majorité laïque !
Il y a quelques jours, un ami, soucieux du mot juste, me dit : « Enfin une Association de professionnels qui n’a pas peur d’afficher sa berbérité, là où il est toujours plutôt de bon ton de cacher ses origines ! »
En effet, beaucoup de Berbères – Imazighen – n’osent pas toujours faire autant : déclarer leur berbérité ! Les causes sont trop nombreuses pour qu’on s’y attarde dessus dans cet article, à travers lequel ma seule ambition est de rendre hommage à cette Association où la gent féminine s’impose à la fois par le nombre et la qualité .
Les juristes berbères de France ne voulaient donc pas séparer équité et devoir de la fierté d’être Soi comme acteurs majeurs dans le grand espace républicain qu’est la France. Et, en ces temps troublés où la violence fait place à l’intelligence, je mesure, à l’aune de toutes les vicissitudes quotidiennes, le courage de tous les membres de l’AJBF.
Cette position qui paraissait toute naturelle aux acteurs de l’AJBF devrait normalement, dans le meilleur des mondes, s’imposer à toute la communauté berbère (amazigh) sans peur et sans honte aucune, car comme disaient si bien nos vieilles grands-mères kabyles fières et chauvines à l’excès : « Il n’y a pas de honte à se montrer quand on est beau et fier ! »
C’est donc tout naturel que des Juristes berbères ont voulu consciemment restituer dans un pays où règne un climat démocratique (bien malmené ces derniers temps, par ce que l’un de mes amis appelle, à travers un article : « La déchéance de la pensée », ce qu’ils connaissent et ressentent de la vie démocratique et laïque de la cité berbère (Ighrem amazigh).
A mes yeux, c’est donc de façon tout-à-fait spontanée, c’est-à-dire autochtone, que la création de l’AJBF avait vu le jour. Après mûre réflexion, je suis arrivé à l’heureuse conclusion suivante : pour chacune et chacun de ces juristes qui mettent en avant leur berbérité (leur amazighité), ce n’est qu’une façon claire et sans détour d’affirmer qu’ils sont porteurs d’un projet revendiqué comme un renouvellement d’un héritage démocratique et laïc ancestral qui leur vient de la nuit des temps. De cette nuit qui avait vu naître – un peu comme le raconte notre mythologie – l’Agraw, c’est-à-dire l’Agora berbère.

Comment apprend-on la démocratie dans la société berbère ?

Je me rappelle d’une matinée de mon enfance où mon père et moi allions chercher du bois à dos d’âne et de mulet. Pour atteindre la forêt, il nous fallait traverser un fleuve mythique qui s’appelle encore « Le fleuve acide » (Asif Asemmam). Pour traverser ce fleuve, il fallait bien le connaître pour trouver le chenal ou le gué, c’est-à-dire le passage où nous pouvions traverser en tout sécurité ; car, en ce temps-là, le torrent fluvial était fort et, par conséquent, dangereux.
Une fois que nous avions fini de traverser le fleuve, mon père se retourna vers moi et me dit : « Tu vois, mon fils, pourquoi les Kabyles appellent « la démocratie » du même nom que « le gué » ; car il permet d’aller librement à ses occupations en traversant en toute sécurité même les endroits les plus dangereux ».
Comme mon père avait coutume de le faire, pour mieux frapper mon imagination d’enfant et d’adolescent, je venais donc d’apprendre que « le gué » s’appelle en kabyle « Asaka » ; et c’est par le même terme que les Kabyles anciens désignaient « la démocratie » et « la grande question qui la sous-tend ».

Lisant sans doute dans mes pensées, mon père compléta sa remarque par l’envers de la démocratie, c’est-à-dire la dictature. Comme de coutume (qui est porteuse de droit !), les yeux pétillants de malice et, je crois aussi du bonheur de m’apprendre des choses qui étaient importantes à ses yeux, mon père ajouta : « Sais-tu par quel mot on désigne « le dictateur, dans notre chère et belle langue ?
Il n’attendit pas ma réponse et continua : « On l’appelle « Awersus ». Et sais-tu ce que le mot Awersus signifie aussi dans notre chère et belle langue ? » Un peu gêné, je lui répondis que non.
« Je te le montrerai tout à l’heure », me dit-il !
Que croyez-vous que mon père m’avait montré et qui porte le même nom que le dictateur ? C’est un buisson très épineux ! Et mon père de conclure : « Tu vois, fiston, ce buisson est si épineux que même les ânes ne s’en approchent pas ! Il faut au paysan kabyle beaucoup de courage et de détermination pour l’élimer de ses terres.»

En me remémorant, cette traversée du fleuve, je trouvai d’emblée la réponse à la réflexion que me posait mon cet ami. Ce fut avec fierté (je l’avoue !), que je me mis à expliquer à ce vieil ami les raisons profondes qui ont, probablement, présidé à la création de L’AJBF. Des mots précieux aux yeux de mon père et des anciens Kabyles : La démocratie et la laïcité.

Souffrez que je vous en dise encore quelques mots, tels que la cité berbère de Kabylie les vivait et continue (tant bien que mal…) de les vivre.

Les mots de la démocratie dans la langue kabyle

Comme chacun sait, en démocratie, les mots sont extrêmement importants. Les soubassements de la démocratie sont appelés Tamfadda. Et ceux qui veillent au respect de ces fondations démocratiques étaient appelés Imfadden (Timfaddin, au féminin). Ces hommes et ces femmes étaient également désignées par une belle métaphore : « Les poutres de la cité » (Isulas n yighrem).
Qu’il me soit permis de donner encore quelques lexèmes sociopolitiques et juridiques importants usités dans la « république kabyle » : « La Fédération » (Tamawya/Taqbilt), « La pentapole » (Adni), « l’ordonnance ou décret de loi » (takana ), « L’Assemblée solennelle » (Agraw akufi), « Institutionnaliser » (Xezzeb), « Autonomie » (Tazwit), « Pluralisme » (Tasegwta), « Laïcité » (Tassnarexsa ), « Election démocratique » (Tiferni usaka), « Elections entachées d’irrégularités » (Tiferni uwersus). Le président de « La république kabyle », au sens que lui donna le chantre de la culture berbère l’écrivain, grammairien et poète, Mouloud Mammeri, qui était élu démocratiquement était appelé « Mezwer Usaka » et le président de la cité kabyle élu de façon non démocratique était appelé « Mezwer dictateur » (Mezwer awersus), etc.
« Le majoral ou président de la cité » (Mezwer/Lmezwer/Amezwaru n taddart nagh n yighrem) est attesté depuis l’antiquité, c’est-à-dire depuis bien avant l’époque de Massinissa et de Jugurtha. Le chef de la cité s’appelle différemment selon les confédérations kabyles : Lamine, Amghar ou Amokrane. Une autre belle métaphore le désigne par « Le berger de la cité » (Ameksa n taddart).

De l’élection du Majoral ou Mezwer en Kabylie

Je vais vous dire quelques mots sur cette démocratie berbère de Kabylie que nos juristes ont réactualisée (inconsciemment ou consciemment) à travers la création de l’Association des Juristes Berbères de France.

Le soir de l’élection du « Majoral » (Mezwer) par « les grands électeurs, issus des primaires » (Igan n Wegraw), le crieur public, sillonnait les ruelles de la cité en criant : « Ô gens de la cité, soyez heureux ! Ce soir, c’est l’élection du Majoral de la cité ! L’Assemblée est à tout le monde, mais à chacun ses idées ! » (Ay At-taddart a-t rebhem, iv-agi t-tiferni Umezwaru ! Agraw i medden, yal-wa d rray-is !)

Après « les primaires » (Tiferni n Wedrum), on arrivait à ce qui était appelé « L’élection au capuchon » (Tiferni uqelmun). Car, le soir de la désignation du Majoral (Mezwer), il était fait obligation « aux grands électeurs », représentants des différents clans, (Igan n tferni) et les chefs des différents partis et sages du village (Imeskanen), de poser le capuchon de leur burnous sur la tête, au niveau de la fontanelle. Le dicton dit : « Celui pour qui tombe le capuchon doit quitter son parti ! » (Win wi yeghli uqelmun ad yeffegh ahrum !)
La règle est sévère ! Cette façon de procéder avait pour but d’empêcher les hommes de s’emporter. Nous connaissons tous le caractère ombrageux du démocrate kabyle ! Ce qui les obligeait ainsi à discuter calmement de l’élection (ou de la réélection pour une année encore) du Majoral ou Mezwer. Le Mezwer n’était élu que pour une période d’un an. Il ne pouvait être réélu plus de trois fois que si ses pairs venaient à lui accorder le titre symbolique mais, ô combien honorifique, de « Majoral montreur de la voie (démocratique) » (Amezwaru Amaskan).

Une fois l’élection terminée, le crieur public sillonnait de nouveau les ruelles de la cité kabyle en criant : « Ô gens du village, soyez heureux, c’est un untel qui est élu Majoral de la cité ! » (Ay At taddart a-t rebhem, d flan i d-Amezwaru n taddart !)

Aussi, permettez-moi de me répéter en faisant une dernière observation, que suscite en moi le procès herméneutique dont il est question ici. Il me semble que les modes de création et d’interprétation que sous-tendent les juristes de l’AJBF ne sont qu’une remontée sans fin à des présupposés politiques, socioculturels et juridiques à travers une réactualisation constante de la mémoire collective berbère.

Publié par : youcefallioui | février 25, 2016

VOUS AVEZ DIT : » Langue maternelle !?  » – D tamazight, anagh ?

Vous avez dit : « Langue maternelle ? »

Même l’âne sait quand on l’appelle en kabyle !
(Ula d-aghyul yehsa mi-s ssawlen s teqvaylit)

J’avais à peine six ans quand mon frère Mohand Rachid alla dire à mon père que j’étais incapable de prononcer correctement le mot « âne » (aghyul). Un miracle se produisit quand mon père m’appela d’une voix douce pour me demander de répéter le mot aghyul ! Comme à son habitude, il avait le don pour me faire franchir tous les obstacles de la langue. En retour, je m’appliquais à faire honneur à son enseignement. Une fois devant lui, je ne sus comment j’avais fait pour prononcer correctement le mot aghyul ! Qu’elle ne fut pas ma fierté et celle de mon père qui me dit : « Bravo, mon fils ! La langue kabyle est votre seule lumière ! » (Ahhuddu, a mmi, taqbaylit i t-tafat-nwen !)

Le bonheur absolu est dans la langue maternelle de l’enfant qui ne saurait être heureux sans utiliser à loisir les mots de sa langue maternelle. La terrible guerre d’Algérie nous avaient mis devant cette évidence : grâce à notre langue maternelle, nous arrivions à chanter à et jouer malgré les bombes, les canons et les avions qui bombardaient nos maisons que l’armée française avait fini par détruire.
Les enfants kabyles s’adonnaient aux jeux divers et variés et parfois, inconsciemment, de façon intense pour oublier ! Ils jouaient et chantaient autant pour défier la peur de la mort et tous les interdits que la guerre voulait imposer ! Tous les jours étaient des jours en sursis. Et l’on ne peut mesurer le courage de nos mères et de nos grands-mères qui nous encourageaient à continuer de jouer malgré les larmes de sang que nous avions vu si souvent couler sur leurs beaux visages flétris par la guerre et la torture psychologique de ne pas savoir de quoi demain sera fait.
A ceux qui continuent de nous dire que nous n’avions pas besoin de notre langue, je rétorque qu’aucune autre langue que sa langue maternelle ne saurait apporter à l’enfant la joie de vivre et le véritable enchantement d’être avec les siens ; et surtout pas l’arabe dit classique – qui n’a de classique que le nom ! – cette langue qui tue les Berbères chaque jour qui passe ! Chaque jour qui passe des noms de lieux disparaissent de notre langue et sont remplacés par des noms en arabe qui ne signifient rien pour nous mais qui en disent long sur les visées arabo-islamistes du pouvoir algérien.
Pendant la colonisation, nous étions frappés violemment par les instituteurs militaires français dès qu’ils nous entendaient parler en kabyle à l’école. Et nous étions loin d’imaginer que des instituteurs arabes venus d’Egypte et d’Orient nous humilieraient encore davantage quand l’Algérie accèderait à son indépendance dont – pour paraphraser le dramaturge kabyle Fellag – « Elle avait perdu le mode d’emploi ! » Nous étions interpellés et souvent insultés à la fois par les policiers, les gendarmes – qui régnaient en nouveaux maîtres – par les douaniers et par n’importe quel autre quidam dont la mission était de nous imposer une langue étrangère, l’arabe ! « Parlez en arabe et laissez tomber votre barbarisme ! », nous disait-on avec véhémence et mépris !
Mais, nous avions notre langue et nous y tenions comme à la vie ! A cause de cette tyrannie arabo-islamique, qui a vu le jour avec l’indépendance de l’Algérie, nous assistions à la réapparition des mêmes dictons, poèmes, chants, contes et comptines qui avaient stigmatisé la tyrannie de la France coloniale à l’encontre de celle encore plus pernicieuse mise en place par les gourous de l’Algérie arabo-islamique. Depuis, chaque jour qui passe, contrairement aux années de guerre, les enfants amazighs doivent jouer et chanter pour ne pas oublier. Attiser la flamme de notre langue menacée d’extinction. Ne pas oublier les mots sacrés de notre langue maternelle. Car aucune autre langue ne saurait porter ce que la langue maternelle amazighe a de sacré ! Conscientes du danger, nous entendions souvent nos mères nous dire d’un ton combattif : « La lumière de l’enfant, c’est la langue de sa mère ! » (Tafat n weqcic, t-tameslayt g_emma-s !) Une grande dame de ma tribu – Lla Dehbiya At Muhend – nous racontait comment, lors d’un voyage à Alger avec quelques voisines, des voyageurs (arabes ou qui se prétendent comme) les avaient apostrophées, alors qu’elles discutaient en kabyle, en leur enjoignant de s’exprimer en arabe ! « Moi, disait Lla Dehbiya, je leur ai répondu en kabyle, en leur disant haut et fort « La comptine du faucon et du vautour » (Tahjenjent n lbaz d-ufalku).

Extrait de « La comptine du faucon et du vautour noir »

Le temps a changé ! Le temps a changé !
Le ciel s’est obscurci ! La terre est troublée !
Le brave a fui ! Il a fui le brave ! Ô faucon royal, dis-nous pourquoi ?
Le temps a changé ! Le temps a changé !
Le ciel s’est obscurci ! La terre est troublée !
Ô faucon royal, dis-nous pourquoi ?
Le Français parti, le vautour fait peur ! Le Français parti, le vautour fait peur !
De grâce, ô faucon, dis au vautour : les mots de ma mère : jamais ne mourront !

La Dehbiya racontait : « Pendant que des jeunes Kabyles se levèrent pour demander des comptes à ceux qui s’étaient permis de les « insulter » ; qu’elle ne fût leur surprise quand d’autres voyageurs se levèrent pour l’applaudir et la féliciter ! Il ne restait plus aux provocateurs « arabes » qu’à quitter le bus le plus vite possible ! »
Des faits analogues sont très nombreux. On en remplirait des volumes avec les insultes et les vexations que subissent les Berbères en Algérie et au Afrique du Nord. Les événements récents de Ghardaïa – où des Imazighen sont tués avec la complicité de la police et leurs maisons saccagés et brûlées –, sont là pour nous tenir éveillés. On peut lire dans la presse algérienne tous les rejets et les arguties avancés par les tenants du modèle dominant arabo-islamique dès qu’il s’agit de l’officialisation de la langue amazighe en Algérie. Ces sbires se morfondent alors dans un discours où notre langue est passée au crible dialectal. Ces soi-disant spécialistes ignorent que toutes les langues sont d’abord et avant tout des dialectes. La langue est simplement un dialecte qui dispose d’un Etat.

Ma vieille maman qui n’a jamais été à l’école nous disait : « La langue maternelle est la lumière de l’enfant !) (Tameslayt tayemmat i t-tafat n weqcic !) Un jour, je voulais voir qu’elle serait sa réaction en lui posant la question suivante : « Mère, la kabylité, c’est quoi pour toi ? » Elle me regarda et sourit avant de me répondre : « Mais, mon fils, tu ne sais pas encore que c’est ta mère ! » (Akka, a mmi, mazal teêsiv belli d yemma-k !)

Taqbaylit signifie plusieurs choses importantes pour les Kabyles : « La femme, la langue, la culture, l’honneur et le système de pensée et philosophique qui met en avant les valeurs humaines essentielles comme la liberté, la laïcité, la démocratie et le respect de l’étranger qui bénéficiait du droit d’asile sans condition aucune. D’où le dicton : « Le droit d’asile est comme Dieu, il se suffit à lui-même ! » (Laânaya am Rebbi, tekfa iman-is !)

A force de violences, d’humiliations et de batailles rangées, j’ai fini par me rendre compte que mon père avait raison de nous répéter : « Remerciez Dieu de vous avoir faits Kabyles, et soyez-en dignes ! »

Journée de la langue maternelle ! On l’aura attendue longtemps, celle-là !

URAWEN N YENNAYER –  2967 IY IMAZIGHEN ANDA MA LLAN YAKW D MEDDEN N TALSA – HEUREUX YENNAYER 2966/2967 POUR TOUS LES IMAZIGHEN ET TOUS LES PEUPLES DE LA TERRE !!

LAAWACER N YENNAYER 2967
Yennayer, fête divine amazighe des lumières

Dicton kabyle : « Dieu multiplie les fêtes pour que nous vivions unis et en bonne intelligence ! » (A Rebbi ssigwet laâwacer, i-wakken a-nezg a-nâacer !)

Je ne vous parlerai que du Yennayer de ma mère et de la femme kabyle en général et des enfants qui s’empare du pouvoir pendant l’une des journées de la fête des lumières de Yennayer. Par conséquent, il ne sera pas question ici de mythologie latino-romaine ou du Dieu Janus. Personnellement, j’ai toujours fêté Yennayer dans ma famille tel que je vous le raconte aujourd’hui. Il y a probablement des choses que je n’ai pas bien compris, tel le rite de Yemma Yennayer. En revanche, j’ai participé avec mes parents et mes grands-parents et surtout ma mère à la préparation de cette fête. J’ai pris part au carnaval (buâfif) avec mes frères et mes sœurs et nous sacrifions toujours le mouton pour la rencontre des neiges dans la vallée de la Soummam. Et bon nombre de chants et de poèmes que je rapporte ici ont été entendus et recueillis auprès de ma mère (Tawes Ouchivane) ; chants encore connus des femmes de ma famille.
C’est d’ailleurs par l’un d’eux – qui s’appelle « les vœux de Yennayer » (Urawen n Yennayer » que je commencerai mon propos. Car je tiens à vous souhaiter le nouvel an berbère – Aseggwas amaynut amazigh – comme nos ancêtres le souhaitaient autrefois en se rendant visite mutuellement : les portes d’entrée devaient rester ouvertes pour que les visiteurs sachent qu’ils étaient les bienvenus. Les invités remerciaient leurs hôtes au nom de « Notre mère Yennayer ». Mon père disait : « Que le Souverain Suprême fasse que la lumière de Yennayer rejaillisse sur nous tous ! Cette lumière de la vie que l’on porte au fond de soi afin que chaque jour garde la saveur des fêtes d’antan héritées des ancêtres » (Ad ig Ugellid Ameqqwran tafat n Yennayer a d-senfeg fell-anegh akken nella ! Tafat-agi n tudert nettawi yid-negh bac yal-ass ad yettef di lbenna n laâwacer igh d-jjan Imezwura !)

Voilà donc comment on formulait les vœux de Yennayer en kabyle.

Nous disions : Urawen-iw n Yennayer, Laâwacer n tafat !

« Nous fêtons Yennayer de la lumière », se dit en kabyle : Nnreccel Yennayer n tafat !

Ce qui signifie : « Mes vœux de Yennayer, fête divine et de lumière ! »

Fête des lumières, Yennayer recèle pleines de particularités.

C’est d’abord la fête du nouvel an amazigh.
-C’est aussi la fête des enfants – Jour du Carnaval (Aâfif ou Amghar Uceqquf qui s’appelle Vava-Inuva… Chanté par Idir, sur une adaptation de Ben Mohammed…
– Un jour parmi la semaine de Yennyer est dit : Ass n Wegraw n warrac. Les enfants s’emparent du pouvoir pour régler leurs comptes avec les adultes qu’ils estiment ne pas avoir été assez respectueux à leur égard…

Le carnaval des enfants

Cette journée, le convoi des enfants, guidé par un seul adulte qui doit se taire – car la parole est uniquement aux enfants – passent devant toutes les maisons du village. Devant chaque maison, la maîtresse et le maître de la maison devaient être devant la porte cochère qui restait ouverte le temps que le convoi (Agraw n yennayer) passe. Les enfants s’arrêtent donc devant chacune des maisons. Un enfant masqué s’avance et dit ce que l’on appelait :  « La satyre de satisfaction des enfants ». Celle-ci pouvait être acerbe vis-à-vis d’une maîtresse de maison qui n’a pas été gentille, tout comme elle pouvait revêtir le cachet d’un compliment.

Bonheur, paix et lumière sur  le monde berbère et le monde entier  au seuil de ce nouvel an berbère 2967 !!

Que nous soyons enfin reconnus dans notre monde de paix, de culture, de laïcité, de respect de l’autre. Que le monde de notre peuple « le monde amazigh/berbère » soit reconnu par le genre humain et les hommes et les femmes de bonne volonté où qu’ils soient ! Nous voulons garder notre différence de peuple autochtone pour mieux enrichir l’humanité de nos valeurs universelles de liberté, de paix, de respect  et de savoir ; valeurs et croyances ancestrales autochtones ouvertes sur le monde et le respect de tout être humain, de sa culture, de ses croyances et de ses racines… Comme dit la pensée des anciens Kabyles : « Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même ! » (Yal tamurt s wudmawen-is, ma d Rebbi yiwen i’gellan !)

N.B. : Cet article a été supprimé en grande partie, car d’aucuns s’approprient mes écrits sans même avoir la délicatesse de me citer… Je sais que, selon la délicate formule du grand linguiste Louis-Jean CALVET, « C’est comme ça que les hommes et la science avancent » ; mais, quand même, il y a des limites…

D’aucuns mettent en avant le personnage mythologique kabyle « La mère du monde » (Yemma-s n ddunnit), alors que le mythe n’est connu de personne… D’ailleurs, « La mère du monde » porte un prénom qui révèle comment elle a été créée par le Souverain Suprême… Cette même création fait l’objet du « chant de la genèse kabyle »… Il y a plein d’éléments qui montrent que la source n’appartient pas à certains qui osent se permettre de se l’approprier !

Surtout quand de petits étudiants s’érigent en « donneurs de leçons » en avançant par un « nous de majesté » qu’ils sont spécialistes de la culture berbère ! Spécialiste ! Rien que ça ! Comme si la culture berbère avait besoin de spécialistes qui ne maîtrisent même son support fondamental : la langue !

Publié par : youcefallioui | janvier 13, 2016

Langue amazighe officielle en Algérie ? Nous n’avons rien oublié…

PROJET DE LOI D’OFFICIALISATION DE LA LANGUE AMAZIGHE EN ALGERIE – ETAT DES LIEUX…
Iswi usaduf n tinesba n tmazight – Ansa i d-nekka…
______________________

TAMAZIGHT TUNSIBT DI TMURT-IS.
La langue amazighe va enfin être officielle dans son pays : L’Algérie. Un peuple digne de ce nom doit se pencher sur son passé (Lâarc yeddan di temghwer, itallay ansi d-yekka !)

L’amazighe ou bien le tamazight est en passe de devenir langue nationale et officielle en Algérie. C’est du moins ce que prévoit un projet de loi du gouvernement algérien.
Beaucoup de questionnement se font jour. Mais, au-delà de la méfiance justifiée de beaucoup d’hommes et de femmes avertis, pour avoir été confrontés, comme nous tous, à une politique du gouvernement algérien qui n’a jamais caché ses véritables visées idéologiques arabo-islamiques ; au-delà des incertitudes et des circonspections, tout nous porte à rester vigilants. Cette position ne diminue en rien notre foi en un combat légitime pour notre langue, la langue première des Algériens. Nous restons confiants dans l’avenir ; car, comme dit encore cette pensée des Anciens : « Tous ceux qui se battent pour la vérité et la liberté de dire et de parler dans leur langue maternelle – le souffle du peuple – finissent par déboucher sur la victoire ».
Rendons hommage à ce grand homme qui, bien qu’arabisé, avait toujours revendiqué de son vivant son amazighité : la langue, la culture et l’histoire amazighes, Kateb Yacine.

« On croirait aujourd’hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu’au jour où je me suis perdu en Kabylie. Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route. Je lui ai parlé en arabe. Il m’a répondu en tamazight. Impossible de se comprendre. Ce dialogue de sourds m’a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j’aurais dû parler tamazight, la première langue du pays depuis les temps préhistoriques. » (Kateb Yacine, in Les ancêtres redoublent de férocité, Paris, Editions TNP, 1967).

Par conséquent, par-delà toutes les controverses que nous pouvons lire ici et là, nous ne pouvons nous priver de cette joie singulière qui nous vient du temps où nos mères et nos grands-mères nous abreuvaient tous les soirs – autour du magique kanoune – de contes merveilleux et de fables dont le dénouement heureux finit toujours par s’ouvrir, après de nombreuses brimades, humiliations et violences, sur un heureux dénouement ! Rappelez-vous la fable kabyle du chacal- qui se croyait rusé – qui défia l’âne pour une traversée du désert… Qu’avez répondu au chacal, l’âne modeste, intelligent et travailleur – l’animal préféré des Kabyles et du grand et immortel Matoub Lounès et de mon ami d’enfance Massine HAROUN – : « Laisse-moi juste effleurer l’eau de mes lèvres… ».
Par conséquent, quels que soient nos doutes et nos circonspections, nous disons aussi : « Laissez-nous seulement effleurer notre langue de nos lèvres… »

Le drame dialectique de l’Aliénation linguistique
Pour un rétablissement du champ sémantique
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Pensée amazighe de Kabylie
Akal kerz-it
Aleccac leqem-it
Iger ssew-it
Axxam herz-it
Aqcic rebb-it
Gma-k hader-it
Iles-ik seggem-it
Erfed w’ur nesâi ifadden
Ma d Rebbi, a-nef-as i medden !

La terre, laboure-là
L’arbre, greffe-le
Le champ, irrigue-le
La maison, protège-la
L’enfant, éduque-le
Ton frère, protège-le
Ta langue, arrange-la
Aide celui qui est démuni
Quant à Dieu, laisse-le tranquille (laisse-le aux gens !) !

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L’Afrique du Nord et le Maghreb dit « arabe » s’appelle Tamazgha. Comme son nom l’indique, Tamazgha est la patrie des Imazighen. De cet aphorisme découle la réalité suivante: Tamazgha est un pays « Sans nom universellement admis (1) ». De ce fait, nous avons pris l’habitude de lire un peu partout, à peu de choses près, ce qui suit : Les Imazighen, un peuple sans écriture, sans Histoire, sans Nation, sans territoire, sans langue universellement admise.» Les Imazighen sont donc réduits à l’état de fossiles tout justes bons à continuer de nourrir une littérature ethnographique et pseudo-intellectuelle souvent malveillante, de quoi justifier bien des jugements malhonnêtes, outranciers, racistes, « outrageux ou pour le moins équivoques (S. Chaker) ». Des Etats qui, par le présent, portent au mieux (et en arabe et en français seulement) le nom de leurs capitales. Des Etats indépendants qui continuent, aussi paradoxale que cela puisse paraître, d’entretenir cette situation d’intolérance en excluant (et en s’excluant de) leurs langues premières et donc de leurs origines amazighes.

Les Imazighen (« Hommes Libres ») qui n’ont de libre que le nom (et encore !), ont « trop d’anniversaires et pas assez de présent(3) », ou pas du tout. Exproprié de sa langue et par là de toutes ses autres réalités ou libertés quotidiennes, le peuple amazigh vit dans la peau de l’autre. Une peau qui le serre chaque jour davantage et qui finira par l’étouffer à jamais.

Les gouvernements de Tamazgha (Afrique du Nord) ne se disent pas Imazighen mais Arabes et uniquement Arabes. C’est un droit que nous leur aurions concédé sans peine, si par cet engagement politique, ils ne nous mettent pas dans une situation anormale et dangereuse car, nous ne pouvons nous affirmer en tant que tels sur la terre-même de nos ancêtres. Pour reprendre un dicton kabyle, « Nous sommes des exilés sur notre propre terre » (d-ighriben di tmurt nnegh) .

Pensée que jeunes et vieilles générations mâchent et remâchent pour lui donner chaque jour un sens nouveau : de la fatalité, on constate un passage à une affirmation, et de cette affirmation on passe à l’action pour ouvrir la porte d’une cause qui tend à devenir plus chère que la vie. En effet, beaucoup de jeunes Kabyles ont perdu leur vie car ils ont eu la malchance (ou le bonheur, selon certains) de naître Amazighophones, c’est-à-dire des Berbères non encore arabisés.

L’intolérance et l’autoritarisme, s’ils engendrent au premier stade la peur en faisant de la violence une loi, ils finissent toujours par provoquer aussi la colère qui conteste, soulève et déchire le système dont le souci est d’éliminer les mouvements et les renouvellements incessants d’appels à la liberté d’un pays ou d’une communauté ou d’un peuple – tel le peuple amazigh – depuis trop longtemps brimés. Lorsque le bon sens qui appelle à la liberté est brimé pour laisser place à l’intolérance, c’est souvent la violence qui instaure un langage plus sensé entre les hommes (1).

Depuis les indépendances des pays de Tamazgha, l’idéologie dominante arabo-islamique exerce un monopole sur la vie culturelle, intellectuelle et politique des pays de Tamazgha, considérés comme arabo-islamiques et uniquement comme tels.
L’appel d’air apporté par les indépendances n’est plus fondé sur les libertés fondamentales des hommes et des femmes, mais sur la censure et l’autoritarisme. Cette idéologie tourne le dos à toutes les valeurs d’universalité et de tolérance de l’Islam : l’arabo-islamisme officiel ne cache en fait qu’un arabisme virulent dont l’objectif avéré est d’imposer à l’Algérie, La Libye, le Maroc et la Tunisie et, par-delà Tamazgha à toute l’Afrique, des modèles culturels et politiques obscurantistes et despotiques, dont on observe des réalisations achevées dans le Moyen-Orient arabe, dont l’exemple phare est porté par l’Arabie Saoudite. Il est important de souligner que les puissances occidentales supporte activement et amicalement ces pays qui ont cultivé depuis toujours le salafisme, idéologie qui dénie toute autre réalité et existence sociologiques et culturelles que celles véhiculées par le wahabisme de l’Arabie Saoudite.
L’amitié des Occidentaux secondée par la sujétion des pays d’Afrique du Nord à la mouvance wahhabite ne laissent aucun champ de liberté et de vie au peuple autochtone d’Afrique du Nord, le peuple amazigh.

La langue amazighe et les Imazighen sont une réalité et une vérité niées. L’anormal et l’aberrant restent dans la réponse que chaque gouvernement de Tamazgha donne à la question de ces rapports qui lient hommes, langue et liberté de disposer de son environnement et de pouvoir en exploiter toutes les ressources naturelles qu’elles soient culturelles ou matérielles (comme les ressources minières ou pétrolières). En niant l’une – la langue amazighe –- les autres n’ont plus aucune liberté sur laquelle elles puissent mettre en avant leur soif d’existence : il ne leur reste plus qu’à se fondre dans le modèle culturel dominant et obcurantiste.

Mais les Imazighen ont aussi l’art de cultiver l’équivoque ; tout comme ceux qui ont trop subi l’acculturation, « laquelle réduit bien souvent l’individu au stade de l’animal domestique » (J.P. Sartre). Nous ne revendiquons notre culture qu’à demi-mot quand nous ne nous en prenions pas à nous-mêmes ! La peur, le manque de solidarité et d’union (magistralement analysés par le poète kabyle Lewnis Aït Menguellat) paralyse autant que l’intérêt matériel. Nous sommes restés au stade de l’opium, la carotte et le béton.
L’écartèlement que nous subissons depuis la nuit des temps ne semble pas sur le point de prendre fin. Aussi est-ce pour cela que « les hommes de parole, dans tous les sens du mot, ne doivent pas se taire devant les écrivances des bureaucrates toujours résumables en deux mots: impuissance et soumission (1).

Aliénation et fausse conscience chez les Kabyles…

Avant d’aller plus loin, citons notre ami Khalfa Mammeri : « Le mal kabyle vient d’abord des Kabyles eux-mêmes. Là est la source de leur faiblesse. »
« Tant que vous continuerez à dire des âneries comme « Grande Kabylie » et « Petite Kabylie » en lieu et place des « At Wadda » et des « At Oufella », il n’y a que les Arabes qui pourront faire quelque chose de positif pour vous car si vous en prenez exemple, vous serez unis comme eux… car restés à ce stade, tout ce qui émanera de vous sera plus destructeur que constructif… Sinon, comment le peuple kabyle pouvait-il être réduit au stade d’un peuple sans envergure ? Car vous parlez trop en français et vous oubliez le véritable sens de vos mots… Ughalet ar Teqvaylit ad awen-d tbin tafat… Akken qqaren zik-nni : Ma yella wawal yeffegh-it wasal, agdud hesseb-it am lmal ! »  Akken yella di tnewya-nnegh : « Yenna-yasen Bab Idurar : « A Tarwa n Tamawya ! A tarwa n Tamawya ! Akkwen Ig Ugellid Ameqqwran am tasaft tezdi ccetla : At Wadda d Ljedra, At Ufella d lghella, iten isdukklen d-izuran ! »  Dans nos croyances premières, il était dit dans le mythe « Le maître des montagnes et l’arbre de vie : « O enfants de Tamawya ! Que le Souverain Suprême fasse que vous soyez comme le chêne aux glands doux : Ceux d’En-Bas seront la souche, Ceux-d’En-Haut seront les fruits, les racines les uniront ! »(Mon père, Mohand Améziane Ouchivane).

C’est vrai, tous nos maux ne viennent pas de l’extérieur… Nous les engendrons nous-mêmes… Tous nos poètes ont déjà analysé ce problème… Mais, sommes-nous pour autant éveillés et prêts à changer nos comportements ? Le dicton ne dit-il pas : « Tixsi i-tt inghan d-idamen-is !? »

Chacun connaît bien l’apologue de l’olivier qui interroge la hache en train de le couper : « Que t’ai-je donc fait pour que tu me coupes ainsi ? » La hache lui répondit : « Ignore-tu donc que « La main » qui te coupe vient de toi !? » Nous savons tous ce que l’expression « Donner la main »(ifka afus) signifie dans notre langue…

La situation actuelle fait clairement apparaître que tant que nous aurons peur d’assumer nos culpabilités kabylo-kabyles – en expurgeant notre pensée des spéculations mensongères de l’ethnologie coloniale – nous n’arriverons jamais à donner le poids nécessaire aux implications politiques qu’engendre notre revendication culturelle et linguistique ; nous ne serions jamais à même capables d’assumer cette liberté que nous revendiquons à travers l’officialisation de notre langue, l’amazigh. Nous butons certes contre la violence dont font usage nos frères au pouvoir, (pas toujours arabisés, d’ailleurs !) ; mais ce n’est qu’en nous remettant d’abord en question que nous pourrons redoubler d’effort et de détermination pour arriver à faire comprendre et entendre raison à nos frères arabophones et « Kabyles de service » que notre lutte, pour nos droits culturels et linguistiques, est aussi la leur. Que nous « œuvrons » pour leur bien et pour le nôtre ; car la langue amazighe appartient à tous les Algériens et par-delà l’Algérie à tous les habitants d’Afrique du Nord, Tunisiens compris*.

« Le colonisé linguistique est souvent une personne désintéressée. Le colonisé linguistique est désintéressé en ce sens qu’il se désintéresse de sa propre langue et de sa propre culture comme de toutes les cultures à l’exception de la culture colonisatrice. Le colonisé linguistique est désintéressé en ce sens qu’il se met gratuitement au service de la langue dominante; c’est un colonisé volontaire puisqu’il va au-devant des exigences de la langue dominante colonisatrice et propose souvent, non seulement des renforcements massifs et intensifs de la langue dominante, mais l’exclusion de toutes les autres langues, y compris sa langue maternelle qui est réduite à l’état de langue facultative et d’apparat » (2)

Et en ce qui concerne l’amazigh, cette permission est fort limitée. Ainsi que ce soit au Maroc, en Algérie, en Tunisie et (dans le pire des cas) en Lybie, lorsqu’un berbérophone se présente devant un tribunal ou un bureau de police, il est tenu de parler en arabe dialectal (*). S’il ne le parle pas, il doit se faire assister par un interprète. D’où la nécessité aussi de reconnaître aux citoyens le droit de réponse dans leur langue (l’amazigh) lors des séances des tribunaux. Accepter que le tamazight investisse, comme avant la colonisation, tous les espaces publics.

Le berbérophone, ou plus exactement l’amazighophone, est ainsi infantilisé à tous les niveaux. Une infantilisation qui déforme la conscience linguistique quand elle ne provoque pas l’indignation, la colère et le dégoût : nous demeurons des mineurs qui grossissent les rangs de nos sœurs, les femmes du monde dit « arabe ». Car la condition de la femme n’est pas réductible à quelques problèmes qui la concerneraient elle-seule : elle nous renvoie l’image de notre conditionnement idéologique et culturel sous la bannière de l’islamisme. Et la fable d’un islamisme libérateur de la femme ne résiste guère à la confrontation de la réalité. L’émancipation des femmes ne saurait être garantie par un pouvoir qui invoque l’Islam comme critère fondamental de notre identité ; qui au nom de l’arabo-islamisme abolit le pluralisme culturel et étouffe les libertés que véhicule le respect de la langue autochtone qu’est la langue amazighe.

Selon un autre courant obscurantiste, les langues populaires s’opposeraient au langage de la religion, autre recours pour empêcher les hommes et les femmes et la culture du dominé de s’exprimer en faisant entendre un ordre culturel différent et dominateur (4). Cela fait donc plus d’un demi-siècle d’indépendance que nous espérions pouvoir dire à nos frères arabisés : « Pouvons-nous être Amazighs ? » Cette question lancinante de liberté ne commence à être entendue qu’à demi-oreille par nos frères qui ont perdu l’usage de la langue de leurs ancêtres, les Imazighen. Et ce n’est qu’au prix de 130 vies de jeunes massacrés par la gendarmerie algérienne que notre langue maternelle est enfin devenue « nationale ». Oui, nationale !
Il y a quelque temps, j’ai formulé cela à un ami suédois ; il a d’abord souri – car il n’avait pas compris pas le sens de ma phrase, avant de me dire : « Je pensais que la langue amazighe était la langue autochtone de l’Afrique du Nord… ».

J’ai dû lui expliquer qu’il fallait un certificat médical pour être dispensé de sport ; mais que pour fréquenter les cours de langue amazighe – qui est facultative – il faut l’autorisation des parents. Et si, pendant ce temps-là, l’enfant kabyle, préfère traîner dans la rue, il fait tout pour persuader ses parents – et, aliénation linguistique oblige, il suffit de peu ! – de ne pas lui fournir l’autorisation de fréquenter les cours de sa langue maternelle. J’ai dû m’y reprendre à trois reprises pour que mon ami – pourtant fin psycholinguiste – comprenne ! Il s’exclama alors : « C’est vraiment du Kafka à l’état réifiant ! »
« La culture au singulier (et la langue qui lui sert de support) devient une mystification politique. Bien plus, elle est mortifère. Elle menace la créativité (3). « Le langage ne cesse de devenir l’un des plus grands champs d’affrontements politiques de la vie quotidienne : c’est à ce niveau qu’il importe de lutter contre les mythes (de langue nationale unique) et de les détruire (7) ».

Nous sommes en plein dans le stade ultime de l’aliénation linguistique, la réification ; c’est-à-dire le point de non-retour à partir duquel un peuple autochtone glisse imperceptiblement vers sa mort. Car ses sujets ont tendance à ignorer que la langue fait le peuple et que lorsque sa langue se meurt, lui-même disparaît !

(*)- Je n’oublierai jamais la réaction de ces trois Tunisiens qui parlaient tamazight dans leur boutique à Tunis. Quand je me retournai pour leur dire que j’étais heureux de les entendre parler en tamazight ; le plus vieux d’entre eux – sans doute le père – me répondit en arabe en me disant gentiment : « Mon fils, si tu veux acheter quelque chose, sinon llah isahel aâl-ik ! »
(1)- GAUTIER (E.F.) Le passé de l’Afrique du Nord, op. cit.
(2)- ROUISSI, (M), Population et société au Maghreb », Cérès Productions, Tunis, 1977, p. 19.
(3)- DE CERTEAU,'(M), la Culture au pluriel, C. Bourgois éditeur, Paris, 1980, p. 20.
(*)- Révolte du printemps 1980 en Kabylie, appelée « Printemps berbère » (Tafsut Imazi$en).
————————–
(1)- De Certeau, La culture au pluriel, p. 25.
(2)- GOBARD, (H.), L’Aliénation linguistique, op. cit. p. 17.
(3)- GOBARD, op. cit. p. 166.
(4)- AKOUAOU (A.)- « Les études berbères au Maroc », in TAFSUT 1, p. 166.
(5)- CHERIFI (Hnifa), « Témoignage d’une femme algérienne berbère », in TAFSUT n°1, pp. 94-96.
(6)- DE CERTEAU, op. cit. p. 67.
(7) – DE CERTEAU, op. cit. p.36
—————————
(*)- C’est dans des cas analogues que l’arabe populaire détient le rôle d’intermédiaire accepté par le pouvoir.
Dans un article écrit en 1975, Yves Person remarquait déjà que 1’avenir des Kurdes en tant que peuple porteur d’une culture originale n’est pas assuré car ils seront sans doute confrontés à une politique d’arabisation, « même si, ajoutait-il, elle est moins systématique que celle qui vise à la disparition totale des Berbères en Afrique du Nord (in Le Nouvel Observateur du 14/04/1975).

URAWEN USEGGWASS AMAYNUT 2016/2966

I YEMDUKAL ANDA MA LLAN YAKW T-TMURT N

IMAZIGHEN

 

Une flamme dans le vent…

 

Si chacun de mes vœux pouvait être exaucé

Les fontaines taries seraient par deux lacs remplacées

La vieille grand-mère kabyle m’enverrait un habit

Un burnous tissé de soleil et de pluie

Pour bâton de sagesse, la forêt me donnerait

Alors que je cours le monde, mon pays me manquait

Et je vais ici et là dans le noir que je vois

Comme un pauvre chien de rue frissonne de froid

Je brise des liens qui me sont pourtant chers

Et dans le kanoune aussitôt flambe un feu clair

Je me sépare des miens, de ceux qui ne reviennent

J’ai oublié mes champs, mes vallées et mes plaines

Je m’en vais au loin, là où je vais pâtir

J’entends ma douce mère, je l’entends encore me dire

Tu t’en vas et tu fuis comme un bateau sur les flots

Jamais tu ne reviendras, sinon à travers mes mots

Qu’importe ce que l’on dira, tu es fier comme avant

Tu feras de tes vœux une flamme dans le vent !

URAWEN USEGGWASS AMAYNUT 2016/2966

I Vussaâd Berrichi yakw d wid i d-ifkan urawen-nsen

 Pour certains ami(e)s qui sont en Kabylie, le message par portable ne passe pas… Veuillez trouver ici toutes mes excuses.

 

 

Publié par : youcefallioui | décembre 18, 2015

AGRAW… au temps des Imusnawen – La parole et l’Assemblée

Couverture - AmusnawPensée Kabyle : Awal yessirid wayed –
« Toute parole qui manque de sens peut être lavée par d’autres mots. »

Reprendre ce texte me semblait nécessaire à plus d’un titre… Evacuer les quelques coquilles que les lecteurs m’ont déjà signalées ; simplifier les phrases et les expressions auxquelles les lecteurs ne sont plus habitués ; expliquer davantage les points d’ombre que présente le texte original. Tous ces « allègements » ne sont nécessaires que pour une raison principale : montrer – à l’exemple d’un Raymond QUENEAU pour la langue française – que la langue kabyle recèle de grandes facultés d’adaptation et d’adhésion à « tout sens de langage ambigu venu d’ailleurs » (J. Gabel) pour appréhender de mille et une façons un texte qui peut être difficile tant du point de vue grammatical, lexical ou prosodique .
C’est donc pour rendre ce texte plus accessible pour tous que cette nouvelle édition m’a parue nécessaire. J’espère ainsi avoir tenu compte des remarques de celles et ceux qui avaient lu la première version.
« Nous constatons alors qu’une traduction n’a de sens que si
le traducteur pense à obtenir, autant que faire se peut, le
fidèle enracinement qui lie la langue cible à sa société, à ses
usagers. Un peu comme dans le dicton ancien qui dit : « La
racine suit la tige » (Azar yettabaâ tara), sous peine de n’être
reconnue par personne et de connaître le même
anéantissement – que nous avait imposé l’école française
pendant la colonisation –, la langue amazighe doit d’abord et
avant tout suivre la société et le peuple où elle a pris racine.
Les anciens Kabyles utilisaient un dicton qui synthétise et
stigmatise l’aliénation linguistique : « Qui a une langue se
sent plus en sécurité ! » (Win isâan iles yetwennes !)
Ma sage maman disait : « La lumière de l’enfant, c’est sa
langue maternelle. » Sans doute qu’elle se rappelait le jour de
septembre 1961 où je revins de l’école… les mains
ensanglantées pour avoir osé parler en kabyle. (p. 118, in la première version : Amsayer).

AGRAW… au temps des Imusnawen

Mon père disait : « Un mot (malheureux) peut être lavé par un autre mot (sensé) » (Awal yessirid wayed).
C’est en pendant aux enseignements de mon père – Mohand Améziane Ouchivane – que j’ai pensé redonner une autre version du texte de Khalil GIBRAN : Le Prophète (The Prophet).
Paru la première fois avec le titre de Amsayer (Le Prophète), la nouvelle édition porte un nouveau titre : Amusnaw (Le Sage). Et ceux et celles qui ont connu mon père savent ô combien ce titre lui sied à merveille…

C’est une version dont j’ai clôturé chaque chapitre par une pensée de mon père. C’est aussi une version que j’ai voulue plus légère : en apportant un maximum d’éclaircissements lexicaux et textuels pour que le lecteur puisse pénétrer et comprendre toutes les nuances de ce texte dont la richesse n’est plus à démontrer.
C’est une version qui, à l’instar d’un Raymond QUENEAU, montre que notre langue – Taqvaylit – peut s’adapter à plusieurs niveaux de traductions. « Du degré zéro », de Roland BARTHES au degré sapiential de Mouloud MAMMERI selon le Cheikh Mohand Ou-Lhocine.
Pensées que mon père attribuait au sien, mon grand-père Mohand Achivane :
1 – Yal tamurt s wudmawen-is, ma d Rebbi yiwen i’gellan ! (Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même !)
2 – Axxam herz-it !
Aqcic rebb-it !
Gma-k hader-it !
Iger essew-it !
Erfed w’ur nesi ifadden, ma d Rebbi anef-as i medden !

Ta maison, protège-la !
Ton enfant, éduque-le !
Ton frère, prends-en soin !
Ton champ, irrigue-le !
Aide celui qui est démuni ; quant à Dieu, laisse-le aux autres !

Anecdote racontée par l’Amusnaw Mohand Qasi At Bujemâa (Dda Muhend Qasi) :
Awal ibexsen, yessirid-it wawal iggerzen – Un mot malheureux peut être lavé par un mot admirable.
« Mohand Ichaddiwen, dans un excès de colère, lâcha en cours d’Assemblée : « Cette Assemblée manque de discernement ! » (Agraw-agi ixuss deg’wasal !)
Mohand Achivane (mon grand-père) lui répondit : « Xas twaladh ixuss Wegraw-agi, a Muhend Ichaddiwen, kecci nessen-ik ur t-xussed ara ; tzeggdhedh-d kan deg’wmeslay ! » (Mon cher Mohand des Ichaddiwen, même si cette Assemblée te semble manquer de discernement ; toi, nous te savons plein de sagesse ; tu as juste ajouté un mot de trop ! »
Et, comme cela arrivait souvent à l’époque où les hommes et les femmes se mesuraient au degré de leur sagesse, pour se faire « pardonner », Mohand Ichaddiwen dit alors ce poème :
D-iles-iw i d-yeggwin lada
Buddegh-as lmus a-t yegzem !
Kulci i teddu s lehdada
Tejja-yi tmusni ger irgazen
Ar yidma s’kr’illan da
Nettwasser s wudmawen-nwen !

C’est ma langue qui a jeté l’opprobre
Elle mérite d’être coupée au couteau !
Toute chose a besoin de retenue
La sagesse m’a laissé nu entre les hommes
J’implore les sages de cette Assemblée
Et que le pardon me soit concédé !

Les anciens Kabyles disaient aussi : « Awal yessefsay uzal » (Le mot peut faire fondre le fer) ; « Bu yiles, medden akw ynes » (Qui a l’éloquence a tout le monde à lui : diction cher à Dda Lmulud) ; « Bu-yiles izmer ad itedh taseda ! » (Qui a l’éloquence peut boire le lait de la lionne !)
J’ai recensé près de 40 proverbes et pensées sur « la parole » (Ameslay) ou « le mot » (Awal). Car dans la langue kabyle, la nuance entre les deux termes est très ténue.
Ameslay deg’s awal, awal ibennu ameslay (La parole est faite de mot, le mot construit la parole).
– Alors si vous voulez faire un cadeau de fin d’année ou de nouvel an… Offrez un livre !
– Dgha, ma yella tebgham a-t gem asefk n yixf useggwass nagh n useggwas amaynut… Ssifket adlis !
Win isâan iles yetwennes !
Qui a une langue se sent en sécurité !

Publié par : youcefallioui | décembre 18, 2015

Couverture Amusnaw

Publié par : youcefallioui | novembre 21, 2015

L’économie, l’homme et la liberté… Daniel Cohen sur Awal – BRTV

L’économie, l’homme et la liberté… Selon Daniel COHEN
(Ablalas, amdan d tillelli, sghur Daniel COHEN)

A travers son émission AWAL sur BRTV, le professeur Hafid ADNANI nous offre une fois de plus deux heures de réflexion. Consacrée aux Sciences économiques, l’émission nous livre la pensée d’un professeur d’économie de talent dont la réflexion, empreinte de philosophie et d’humanisme, dépasse la simple vision économiciste à laquelle nous avaient habitués bon nombre d’économiste. Une vision qui oscille souvent entre un étalage de chiffres suivant de constatations dérisoires et tardives qui ne présentent aucun intérêt pour ceux et celles qui veulent comprendre un peu plus sur les méandres de l’économie.
Daniel COHEN semble avoir échappé à cette vision vieillotte de la doxa économiste en apportant une vision à la fois philosophique et humaniste du développement – lui parle de croissance – économique.
Dans son dernier ouvrage au titre fort éloquent « Le monde est clos et le désir infini », il nous offre une réflexion qui rejoint subtilement celle qui a été développé par un éminent prédécesseur qui nous avait offert les véritables clés de la compréhension de l’économie telle qu’elle devrait être enseignée et portée à la connaissance de tout un chacun.
Daniel Cohen a ce mérite d’être clair dans sa vision et son discours économiques, même lorsqu’il s’agit d’aspects abscons (ruptures) dont les répercussions trouvent leur « fondement » et leurs explications dans le politique et les phénomènes ou retentissements au niveau social. Nous avons déjà lu et également perçu cette avance sur les idées (économiques) chez l’économiste Y. Bresson (cf. Le revenu d’existence ou la métamorphose de l’être social).
Ce que je retiens est la clarté du discours économique de Daniel COHEN . A tous égards, il est également proche de cette liberté de voir et de mieux comprendre les desseins de la croissance économique du grand économiste Amartya Sen, professeur au Trinity College de Cambridge et prix Nobel d’économie en 1998.
Malgré quelques chiffres qui sont davantage des constatations ludiques pour mettre l’auditeur et le lecteur dans « le bain économique » et au-delà de la vision Keynésienne, Daniel Cohen s’était employé à nous livrer dans une clarté sans faille ce qui nous anime. La consommation est son objet – à consommer – est devenu un objet de désir qui anime L’Homo economicus (un titre de l’un de ses nombreux ouvrages) nous mène vers un horizon où la relation sociale va se tendre et se crisper pour mener les hommes et le monde dans un monde où la violence s’imposera encore davantage au détriment du plus faible… Et c’est aussi là que Daniel COHEN nous offre une autre vision psychosociologique – qui fait de son champ économique, sans doute aussi étendu que celui de Serge Latouche et d’Amartya SEN – où les crispations du moment vont tendre vers l’instauration d’une violence qu’il explique par la théorie (le mot est de moi) du bouc émissaire… engendré par le capitalisme (D. Cohen n’utilise quasiment jamais ce mot).
Il nous explique alors comment le monde entre dans ces champs psychosociologiques en mettant l’accent sur le repli sur soi dans une société qui, par la force des choses économiques, finira par provoquer la segmentation de la société… Une approche, que d’aucuns vont considérer comme simpliste, alors qu’elle nous offre (au contraire !) les éclaircissements de l’effondrement des classes sociales. L’exégèse est claire à travers une classe moyenne fuyante dont l’affaissement sera l’une des causes, sinon la principale cause qui conduirait à tous les extrêmes d’un point de vue social et psychologique.
Daniel COHEN nous avait déjà apporté certains éclaircissements dans deux de ces précédents ouvrages : « Richesse du monde et pauvreté des Nations » et « Nos temps modernes » dont il rappelle encore une fois de façon ludique, ce qu’il appelle « La féodalité moderne du constructeur automobile Ford ; et le film « Le temps modernes » (Flammarion) de Charlie CHAPLIN ou Charlot. Il ne manque qu’un pas pour que nous soyons plongés dans une théorie purement marxiste de l’économie ! C’est réconfortant ! Car nous ne sommes pas loin de la vision économique marquée de Y. Bresson qui va jusqu’à faire le procès du capitalisme qui se construit sur une grande partie de la perte de dignité et de la déchéance de de l’homme (Y. Bresson, in Revenu d’existence et solidarité).
Dans son ouvrage « La prospérité du vice », un chef-d’œuvre littéraire et philosophique !, D. Cohen nous invite à comprendre ce que sont « Les infortunes de la prospérité », concepts et représentations que nous retrouvons en filigrane dans « Un nouveau modèle économique » d’A. Sen. (Odile Jacob, 2013).
Daniel COHEN nous offre toutes les clés pour ouvrir les portes de « ce monde clos ». A ce titre et à bien d’autres – notamment la clarté de son discours et sa vision humaniste et philosophique. Si l’idée de Keynes est de comprendre l’économie à partir des passions humaines, il est important d’en saisir quelques rouages.
Le discours de Daniel Cohen est de se poser en « monsieur qui ne connaît rien », dans un rôle de néophyte pour apporter des éclaircissements sur l’état du monde au triple niveau économique, philosophique et psychosociologique. C’est certes là une envergure intellectuelle qui mérite d’être saluée ; du moins pour ce que j’ai pour comprendre.
C’est pour toutes ces raisons « économiques » que la raison et l’entendement humains ne comprennent pas toujours que je vous invite à écouter attentivement :
L’émission Awal de Hafid ADNANI (BRTV) consacré à cet économiste de talent qu’est Daniel COHEN.

PS : Je ne peux pas vous soumettre la vidéo de l’entretien : elle a été supprimée du compte de Youtube-associé. C’est bien dommage !

 

 

 ASSOCIATION BERBERE TAFERKA MONTREUIL

CONFERENCE-DEBAT

L’association Berbère TAFERKA organise une conférence-débat avec

le Dr Youcef Allioui,

autour de son dernier ouvrage intitulé :

« La langue et la mémoire »

« Tameslayt D Wasal »

Editions bilingue berbère-français. L’Harmattan

Samedi 31 octobre 2015 à 14 h 30

 Entrée libre – un pot d’amitié sera offert

 Au 60 rue Franklin, métro Mairie de Montreuil

Tél. : 06 23 01 53 62

Association régie par la loi du 01 juillet 1901, déclarée à la préfecture de la seine saint Denis sous le n° w931002121.Adresse: 49, bis avenue de la Resistance-93100 Montreuil .site : www.taferka.fr – E-mail :berberetaferka@yhaoo.fr

 

 CONFERENCE ET PRESENTATION

DE L’OUVRAGE

La langue et la mémoire – Tameslayt D wasal

ARGUMENTS

« Une seule braise éclaire la maison – L’énigme » (Yiwet tirgit teccur axxam – TamsaԐreqt)

« Un grain qui appelle et surgit une merveille – L’énigme » (Yessawel uâeqqa, teffegh-d tbaqa – – TamsaԐreqt)

Mohand Améziane Ouchivane, mon père  : « Une énigme est semblable au papillon qui se pose sur une fleur au printemps » (Tamsaâreqt am ufertetu yersen af ujeggig di tefsut.)

 Le philosophe et psychosociologue de l’aliénation Joseph GABEL : « Il y a quelque part des traces linguistiques d’une intense perspicacité chez d’autres peuples autochtones semblables au peuple berbère… Des traces d’une immensité première, vivifiantes à souhait et porteuses d’un sens profond qui plonge ses racines dans l’histoire de l’humanité. C’est ce que les Berbères devraient attiser et se garder d’oublier – comme ces contes et ces énigmes venus des premiers âges où, probablement, vos ancêtres régnaient encore sur l’Egypte ancienne – sous peine de disparaître comme bon nombre de peuples premiers. »

Un peuple sans culture ne peut aspirer à une vie décente ni à la prise en main de son avenir. Mon père exagérait sans doute quand il me disait : « Un seul conte kabyle vaut tous les livres du monde (Yiwet tmacahutt nnegh tif yakw tiktabin n ddunnit !)

Ce n’est qu’en prenant de l’âge et après avoir travaillé – pendant de longues années dans de centres de recherches – que j’ai pu comprendre un tant soit où mon vieux père voulait situer le débat : un conte dit (et écrit) dans notre langue signifie que le peuple amazigh est encore et sera à jamais de ce monde… Il avait senti que les peuples premiers et autochtones (At-tmurt, comme disaient les anciens Kabyles) disparaissaient imperceptiblement devant l’indifférence et la satisfaction des modèles dominants et glottophages.

Roland Barthes disait à juste titre : « Voler son langage à un homme au nom même du langage, tous les meurtres légaux commencent par là. »

Je l’avais très vite compris quand à je fis mon entrée à l’école française à l’âge de 11 ans : Je fus violemment frappé à la fois par l’instituteur français et l’instituteur arabe pour la même raison : J’avais osé parler en kabyle à l’école !

Avec l’officialisation prochaine de notre langue en Algérie et partout en Tamazgha terre des Imazighen, notre espoir et notre détermination s’inscrivent dans un avenir proche où les contes, le joutes oratoires, la poésie, les énigmes, les comptines ainsi que tous les pans de notre littérature orale – dans un souffle nouveau – soient repris soit repris dans toutes les écoles de Tamazgha. 

De l’utilisation des énigmes à des fins pédagogiques

Résumé de ces recommandations (cf. Conclusion du livre).

Pour qu’ils puissent participer pleinement au jeu, l’élève, l’auditeur et le téléspectateur ont besoin de plus de précisions et des règles de transmissions instaurées par les Anciens. Ce sont ces règles que je me fais un devoir d’exposer et d’expliciter dans tous mes ouvrages et notamment ceux qui traitent des énigmes :

1 – Quelles sont les modalités de création des énigmes et des devinettes ?

2 – Quelle différence y a-t-il entre énigme et devinette ?

3 – Quelles sont les règles qui président au jeu des énigmes ?

4 – Quelles sont la structure et la morphologie qui dominent dans la « langue particulière » des énigmes : utilisation d’hapax, d’une morphosyntaxe malaisée, d’expressions idiomatiques et polysémiques, de dictons et des maximes détournés au bénéfice des énigmes, des incipits tirés de proverbes, de contes et de mythes.

5 – Expliquer la portée polysynthétique ou incorporative  de la langue kabyle ainsi que le génie linguistique des Anciens qui se jouent, par exemple, des géminées, comme dans l’énigme suivante :

« C’est dans le trèfle que j’ai trouvé son nom – L’hyène. » (Deg iffis i yufi isem-is – Ifis.)

Le rôle pédagogique porté par tous les pans de notre littérature orale nous donne aussi vers la fonction symbolique qui caractérise davantage encore le message et la forme littéraire de l’énigme. Une fonction symbolique où le non-dit, le sens caché, est révélé à travers les images et les symboles d’un monde, d’une pensée synthétique voire holistique plutôt qu’individualiste et analytique. La voie holistique voit toutes les choses et tous les êtres vivants comme liés. Cette approche ne sépare pas l’élément du tout, l’individu du groupe ou l’homme de la nature. Aussi, ce qui me paraît digne d’intérêt, c’est l’importance accordée par les anciens Kabyles à l’environnement et à la nature. Les éléments qui les composent sont considérés de façon quasi religieuse ou ordalique.

La fonction psychologique : au plus haut de l’échelle de la sagesse, tout comme pendant les rencontres de « gens ordinaires », il est possible d’entrer de pleine conscience (taguri di wasal) dans ce niveau caché où le message s’adresse parfois au plus profond de chacun. Le lecteur ne manquera pas de relever la fonction historique – à laquelle nous avions déjà fait allusion à plusieurs reprises – à travers le jeu magnifique des énigmes qui a aussi et surtout une fonction de divertissement sans laquelle les autres fonctions n’auraient probablement pas existé, ou à tout le moins n’auraient pas eu le poids de cette universalité que l’on retrouve à travers la littérature orale.

Cette littérature d’une richesse extraordinaire, laissée pour compte en Afrique du Nord est pourtant mise en valeur un peu partout dans le monde éducatif occidental. Il est impossible d’entrer dans une école – du stade maternel à celui de l’Université – sans que l’on soit interpellé par l’intérêt qui est porté à cette littérature qui fait partie du patrimoine immatériel de l’humanité.

Si seulement cela pouvait encourager les Imazighen en général et les Kabyles en particulier à s’emparer de ce trésor légué par les ancêtres afin qu’il ne tombe pas dans l’oubli.

Aujourd’hui que les Anciens nous ont tous quittés, la transmission vécue n’existe plus. Il ­nous reste la transmission orale pour peu d’années­ encore, tant il est vrai que lorsque la première ­s’arrête, la seconde, à son tour, ne tarde pas à disparaître. Car une civilisation est d’abord vécue ­avant d’être pensée et transmise sous forme d’énigmes, ­d’adages, de maximes, de contes, de mythes, de proverbes et­ d’axiomes percutants ou « porteurs » pour empêcher le temps et les ignorants de l’emporter sur ce que l’humanité à d’universel. Qu’on ne s’y trompe pas, une langue meurt quand plus ­personne ne la parle et ne la transmet. Notre devoir est de préserver la nôtre, en butte aux hostilités de l’idéologie culturelle dominante. Ce n’est ­qu’ainsi que nous pouvons témoigner aux générations ­futures notre soif de vouloir servir toute l’Humanité.

La littérature orale, qui véhicule l’ensemble des connaissances sur le monde, la nature et la société – l’Homme amazigh et sa pensée – peut contribuer à l’éveil de la conscience d’un peuple, tout particulièrement lorsqu’il s’agit d’un peuple opprimé, comme le peuple berbère/amazigh. Cet éveil passe notamment par la recouvrance et l’exaltation de sa langue maternelle grâce à l’assignation d’une dimension universelle faite à la littérature orale traditionnelle autochtone qui tient ses racines d’une civilisation amazighe millénaire.

Youcef ALLIOUI

Publié par : youcefallioui | octobre 14, 2015

Chérif AHMED-CHAOUCH ou la lumière de l’esprit.

Chérif AHMED-CHAOUCH ou la lumière de l’esprit.

 

Je viens de voir une exposition d’un peintre algérien que je découvre avec une satisfaction et une joie que je ne saurai taire, c’est pour cela que je souhaite la partager avec ma famille, mes amis et tous les autres, qu’ils soient de ce beau ciel d’Algérie ou d’ailleurs. Car, comme me disait ma défunte grand-mère Ferroudja « Tayedjert » : « Le ciel réunit tous les hommes et les femmes qui aiment le soleil, la lune et les étoiles… car en chacun de nous, il y a une étoile qui brille… »

Chez Chérif AHMED-CHAOUCH, c’est un peu ce que j’ai ressenti en regardant ses toiles… Un mystère dans la lumière et la profondeur de l’œuvre que je retrouve dans ce ciel de ma grand-mère Ferroudja… Alors, je n’ai pu m’empêcher de ressentir un soulagement devant toutes les barbaries que le monde et l’humanité vivent actuellement.

Tout comme moi, vous quitterez la grisaille pour entrer dans un monde qui vous invitera à faire un beau voyage où la couleur peint le corps et l’esprit.

Tout comme moi, vous entendrez les murs qui parlent et qui vous invitent au voyage d’un imaginaire que l’on peut toucher non pas du doigt mais de l’âme et du cœur. Les couleurs vous porteront dans une contrée où tous les bonheurs sont possibles ; vous y goûterez les saveurs d’une recherche qui n’a d’objectif que celui d’un instant de paix et sérénité que vous verrez à travers chacune de ses toiles…

L’une de mes arrières grands-mères – Awicha des Ijaâd Ibouziden – avait dit un jour à l’un de mes grands oncles – Yahia des Ijaâd – qui lui reprochait de faire trop veiller les enfants en leur racontant des histoires : « Ô Yahia des Ijâad ! Les enfants ont autant besoin de contes que de couscous ! »

 

Vous verrez des toiles qui vous rappelleront sans doute quelque chose ou quelqu’un… Une grand-mère ou un grand-père, une mère ou un père, un frère ou une soeur, un ami ou une amie, dont vous entendez encore la sonorité des mots bien qu’ils soient loin de vous ou partis depuis déjà fort longtemps… Ce sont des sonorités que seule la culture sous toutes ses formes sait faire teinter en faisant abstraction du temps qui passe… Seule la culture fait qu’un peuple vit pleinement son histoire et son combat face à tous les destins, fussent-ils sombres et sans lumières.

Devant chaque toile, vous vous sentirez rêver en cherchant à déceler le grain magique qui fait d’elle une étoffe de vie suspendue au mur afin que vous soyez pénétré par la plénitude d’un peintre qui déploie son talent pour que vous éprouviez un certain bonheur à vous dire : « J’aurais aimé être un peintre ! Ou peut-être un musicien ! Ou peut-être un écrivain ! Ou peut-être… quoi déjà ? Le monde des peut-être est celui de l’enfance qui rattache l’homme et la femme à ce qu’ils ont de meilleurs en eux.

Vous éprouverez une certaine légèreté et esquisserez un sourire quand Chérif AHMED-CHAOUCH vous ouvrira grandement les portes d’un univers où tous les bonheurs sont permis… Votre enfance rejaillira alors dans ce qu’elle a de plus prometteur… Il faut que je fasse quelque chose moi aussi qui puisse éveiller en moi et chez les autres ce sentiment de liberté qui manque tant au monde et surtout à ce pays que nous aimons tant, cette terre berbère où nous avions pris racines, l’Algérie…

Faites un petit tour à la Sorbonne et vous ne le regretterez point… Vous verrez chez ce peintre du beau et de l’harmonie qui éveilleront en vous la force de l’âme et de l’esprit où chacun de nous porte son Algérie des Lumières dans un Univers où la pensée humaine s’est débarrassée de toutes les fioritures et de toutes les aliénations.

 

Suivez le lien et vous serez guidé pas à pas :

http://cherifac.pagesperso-orange.fr/artiste.htm

Chérif AHMED-CHAOUCH

Né en 1949 à Tébessa en Algérie, arrivé en France en 1966 après des études secondaires en Algérie, j’ai entrepris une formation dans les arts graphiques au lycée technique de Reims.

C’est un apprentissage consacré aux divers métiers de l’imprimerie. J’ai obtenu le CAP d’imprimeur.

Mon admiration pour Rembrandt, Michel Ange, mais aussi Racim, le miniaturiste a suscité ma passion pour l’art et en particulier les métiers d’art.
Parallèlement à ma carrière professionnelle, j’ai entrepris, en cours du soir, une formation artistique : J’ai travaillé le dessin, la peinture, la gravure.

J’ai souhaité aller plus loin dans l’art, avec l’initiation à la peinture sur soie, la réalisation de masques de théâtre, la poterie… et je découvre la technique de la laque chinoise à l’école de dessin supérieur de la ville de Paris.

Aujourd’hui, mes créations artistiques sont uniquement réalisées avec cette technique, dont j’ai gardé la tradition ancestrale.

Une recherche intense dans le domaine des couleurs et des oxydations sur des matériaux tels que les feuilles d’argent et de cuivre, me permettent d’obtenir des effets de transparence et surtout de profondeur sur les tableaux.

Mes créations sont inspirées de mes origines et de nombreux symboles sont présents : la Croix du Sud, la Khamsa, l’écriture, un coucher de soleil sur le Hoggar…

Ma démarche artistique permet de marier l’audace du peintre, mêlée à la dorure et au vernis, donnant à l’œuvre une éclatante luminosité.

Publié par : youcefallioui | octobre 13, 2015

2084 – Boualem SANSAL ou le combattant contre la fausse conscience.

Emission Awal – BRTV – Hafid ADNANI

Cher ami Hafid,

Je commencerai par te dire : Bravo !!!! J’ai écouté par trois fois ton entretien avec Boualem SANSAL. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut faire parler (pour que les autres puissent l’écouter) un écrivain de cette hauteur et de cette qualité ! Je venais juste de terminer de lire son dernier livre : 2084, ouvrage monumental qui a fait l’objet de ton entretien (sur BRTV) avec l’auteur.

 

Je l’ai également écouté lors de son passage sur France Inter. J’ai été fort déçu de l’accueil qui lui a été fait par les lecteurs « officiels » de « La librairie francophone ». Une certaine incompréhension de ces lecteurs et lectrices m’a un peu heurté ! Tu as su rétablir l’œuvre dans ce qu’elle recèle de majestueux et de grandiose, encore une fois : Bravo et merci !

 

J’ai lu tous les autres livres de Boualem SANSAL qui sont d’un apport immense tant du point de vue littéraire que psychosociologique et historique. Je recommande notamment le « Petit éloge de la mémoire » (2 euros !!) où l’auteur rend un hommage saisissant à ses ancêtres les Imazighen. C’est réconfortant de lire un grand monsieur comme Sansal. J’ai également lu « Le village allemand » où il est question de la Shoah.

C’est donc lui, bien avant Anouar Benmalek, qui avait traité du sujet d’une façon saisissante et autrement plus singulière…

Dans « Le village allemand », Boualem SANSAL l’a traité de façon magistrale en liant l’histoire de l’Algérie à celle de la Shoah.

Boualem SANSAL demeure, à mes yeux, l’écrivain algérien qui a su faire entrer, à travers son œuvre magistrale, L’Algérie dans un univers des « Chasseurs de lumière ». Sa façon d’écrire surprend par la richesse de sa réflexion qui est simple et limpide, à la portée de tous, qui s’éloigne du haut niveau d’abstraction dont certains auteurs algériens aiment se gargariser.

 Il serait trop long ici de dire tout ce que je ressens en lisant ce grand homme qui possède une plume qui n’a d’égal que son courage et sa détermination face à toutes les réifications. C’est cela-même, 2084 est un roman profondément philosophique qui traite de la réification : le stade ultime de toutes les aliénations.

Avec 2084, le lecteur averti se retrouvera dans un monde en ruines vertigineuses, que l’auteur nous demande de participer à sa sauvegarde… loin de beaucoup d’autres œuvres qui regorgent de ce que les spécialistes de l’aliénation appellent la « pseudologie » : Les limites du vrai et du faux comme celles de la raison et de la folie sont effacées, tout comme celles du Moi et du Monde. Cette confusion dans les répères humains empreints d’ingrédients de paix et de civilisation est encore une forme morbide de la fausse conscience.

Boualem SANSAL demeure dans l’essentiel de ce qu’un amoureux de la littérature – qui porte sur tous les sujets et notamment sur les malheurs du monde – peut espérer. Et de l’espoir, malgré la noirceur des événements et des hommes traités dans son œuvre, il le sème à travers toutes les pages, pourvu que les lecteurs, que nous sommes, puissions comprendre et nous saisir d’une réalité qui ne demande qu’aux hommes et aux femmes de ne pas reculer devant la barbarie et la monstruosité des inclinaisons meurtrières dictées par la fausse conscience des systèmes totalitaires qui veulent réduire l’âme humaine – riche et pleine d’amour – à un tronc sans vie. A travers les pages de 2084, Boualem SANSAL montre un monde réifiant où la pseudologie et la réification peuvent gangréner la terre dans un détraquement qui n’est pas fortuit, mais dans les symptômes  proviennent d’une certaine anonymographie où tous les mensonges – soutenant la haine et la barbarie – sont permis.

Tout est résumé en la page 271

Faut-il pour autant accepter ce monde barbare, inhumain et sans lumière ? L’histoire nous a montré que les hommes ne sont pas à leurs premiers actes barbares… L’histoire ne fait que se renouveler dans l’effroi de génocides où les mots manquent pour décrire toutes les horreurs dont les hommes peuvent se montrer capables… Jusqu’à ce que les Justes réagissent et se lèvent comme un seul homme, comme une seule femme – pareils à des chasseurs de lumière – pour rétablir le soleil vivifiant à travers lequel l’œil humain a besoin de porter l’amour et le respect de son prochain pour vivre en paix en ce bas monde… en vérité le seul paradis qui est offert à l’humanité. Comme disaient les anciens Kabyles : « Tu auras beau durer ô nuit, la lumière finira toujours par jaillir de tes ténèbres ! » (Akken tebghud ghezzifed a yid ; ulaqrar a d-tbin tafat !)

Tant et si bien que « Le serment des barbares » ne sera jamais celui qui s’imposera aux hommes et aux femmes de bonne volonté qui croient qu’il n’y a rien dans Dieu qui puisse excuser la barbarie !

Voilà ma réflexion bien rapide et sans aucun doute incomplète !

Ar tufat, lehna tafat !

Voici Le Programme et les Modalités d’Inscription à

 » La 18ème Journée Annuelle de la

Petite Enfance à l’Adolescence « 

Marseille

Parc Chanot – Palais des Congrès

Vendredi 4 décembre 2015

 » l’attachement… trait d’union, trait de fracture « 

…« Est-il retraite plus douce

Qu’un sein de mère, et quel abri

Recueille avec moins de secousse

Un cœur fragile endolori ? »

René-Françoise Sully-Prudhomme

  

Parler d’attachement c’est parler du sentiment de sécurité mais aussi des situations pouvant engendrer des difficultés d’attachement, des troubles de l’attachement comme l’abandon, la négligence, la séparation, la maltraitance.

C’est à John Bowlby, dans les années 50, que nous devons la théorie de l’attachement. Il propose le terme d’attachement pour désigner le lien, si particulier si caractéristique qui se met en place dès la naissance entre le nouveau-né et la figure d’attachement dont la plus fréquente est celui de sa mère.

L’attachement à cette figure maternelle est la base de sécurité de l’enfant et va lui permettre une exploration sécurisante de son environnement.

La figure maternelle, que l’enfant choisit au départ, peut être sa mère, une tante, le père ou tout autre personne caregiver c’est-à-dire celui ou celle qui lui donne les soins, qui s’occupe de lui, qui fait attention à lui.

Un peu plus tard Mary Ainsworth identifie 3 modèles d’attachement.

–          Secure : l’enfant montre son mécontentement lors de la séparation et sa joie lorsque la figure d’attachement, le plus souvent sa mère, revient. La mise en place de la parole avec la figure d’attachement secure est un sentiment de totale quiétude.

–           Insecure évitant : l’enfant parait indifférent à la séparation et ne cherche pas le contact au retour de sa mère.

–           Insecure ambivalent : au retour de la mère l’enfant a un comportement qui mélange détresse et rejet du contact.

En 1985 Main propose une autre catégorie :

–           Insecure désorganisée : l’enfant reste dans une profonde angoisse et sa mère ne peut soulager sa détresse.

Il est important de réfléchir sur le pourquoi et le comment de l’attachement qui est la base de toutes relations car, comme l’a dit Boris Cyrulnik dans une émission à la TV canadienne (l’encyclopédie de la création) « Un enfant sans attachement n’a aucune chance de se développer, il flotte, il erre, il n’a pas de valeurs dans sa vie, ça ou autre chose, debout ou assis, mort ou vivant, ça n’a pas d’importance. »

S’interroger aussi sur les conséquences des attachement multiples, quelle place pour le père, les nouvelles familles et les niveaux d’attachement, le processus d’attachement de l’animal à l’enfant qui résulte de la phase sensible de familiarisation, la rupture du lien, l’angoisse de séparation et le sentiment d’abandon, le contexte culturel, l’attachement et les structures d’accueil, le déni familial, le deuil, les maladies graves… autant de questionnements qui vont certainement trouver réponse tout au long de cette 18ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l’Adolescence.

Françoise-Flore COLLARD

Présidente de « Couleur d’Enfants »

1 ) Le Programme de La Journée :

de 8h45 à 17h

NB : Les horaires seront précisés ultérieurement. Les temps d’intervention environ 30 minutes. Des modifications d’heures de passages des orateurs pourraient se produire.

Inauguration

Dr Nicole GUEDENEY        » besoin d’attachement du bébé, réponse des adultes : le paradoxe de notre époque « 

Pédopsychiatre – Praticien Hospitalier, Institut Mutualiste Montsouris-Paris – ancien chef de clinique – Docteur ès Sciences, Université Pierre et Marie Curie Paris VI

Pr Georges TARABULSY        » attachement secure et insecure : le développement « 

Ph. D. en psychologie, Université Laval-Québec-Canada – Professeur titulaire, Psychologie du développement (enfance et adolescence)

Pr Blaise PIERREHUMBERT        » fondations solides, fondations fragiles « 

Docteur en psychologie – Maître d’enseignement et de recherche, Privat-Docent – Chercheur au Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent – Université de Lausanne

M. Jean-Pierre DANIEL       – court métrage –

Artisan Pédagogue en Cinéma – Marseille

Dr Claude BEATA        » un lien unique, un lien si fort « 

Docteur Vétérinaire – Comportementaliste diplôme des ENVF – Diplomate du Collège Européen de Médecine Comportementale Vétérinaire Animaux de compagnie (ECVBM-CA) – D.U. Ethologie – Président d’Honneur de ZooPsy – Président du Groupe d’Etude du Comportement des Animaux Familiers (Gecaf-Afvac)  – Coordonnateur du DU de Psychiatrie Vétérinaire (UCBL1)

Pr Jacqueline WENDLAND        » troubles de l’attachement « 

Directrice des études – Master 2 Psychologie Clinique et Psychopathologie Intégrative – PCPI Université Paris Descartes, Institut de Psychologie Sorbonne Paris Cité – Laboratoire de Psychopathologie et Processus de Santé – LPPS

Pr Michel DELAGE        » ces attachements familiaux et leurs aléas « 

Psychiatre – Ancien chef de service de l’Hôpital d’instruction des Armées – Sainte Anne – Toulon

Mme Hélène ROMANO        » savoir se détacher pour continuer à vivre au-delà des maltraitances « 

Docteur en Psychopathologie clinique – HDR – Consultation spécialisée de psycho-traumatisme – Expert près les Tribunaux

Pr Boris CYRULNIK        » instinct et attachement « 

Psychiatre-Éthologue – Directeur d’Enseignement d’Éthologie Université Toulon-Var

Pr Boris CYRULNIK       conclusion

Psychiatre-Éthologue – Directeur d’Enseignement d’Éthologie Université Toulon-Var

modérateur : Dr Michel AUBRY

Psychiatre – Sexologue – Chargé de cours à l’Université Aix-Marseille

NB : Les horaires seront précisés ultérieurement. Les temps d’intervention environ 30 minutes. Des modifications d’heures de passages des orateurs pourraient se produire.

_______________________

 2 ) Votre Inscription :

Oui, je veux assister à cette Journée et

Pour m’inscrire, je choisis, ci-après, mon mode de règlement de ma participation aux frais d’organisation de cette Journée :

soit par Paypal pour un règlement carte bleue

soit par l’envoi d’un chèque

Je reçois à mon adresse mail que je vais indiquer, la confirmation de mon inscription réglée

Il me sera donné, à mon adresse mail, une semaine avant la date de la Journée, un plan d’accès du « Parc Chanot – Palais des Congrès » de Marseille où se déroulera cette Journée

J’ai bien noté que mon badge d’accès à cette Journée sera à retirer le vendredi 4 décembre sur le lieu même dans le hall de réception, suivant les consignes qui me seront communiquées d’ici-là par mail et redites au micro au moment de la Journée.

J’ai bien compris que je dois régler le montant de mon inscription, qui est ma participation de 27 € aux frais d’organisation de cette Journée.

__________________________________

Nota : N° Identification Formateur 93 13 13 332 13 – nous contacter – tarif Formation Professionnelle  75 € /personne

___________________________________________

NE TARDEZ PAS POUR VOUS INSCRIRE :

Pas d’inscription sur place

Règlement de Votre Inscription

  Réglez par Paypal : C’est la solution de paiement intégrée sur Internet la plus utilisée et la plus sécurisée. Par l’intermédiaire de PayPal, vous pouvez au choix :

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-ou utiliser le solde de votre compte PayPal

Important! A la fin de la transaction, PayPal vous envoie par mail un reçu de paiement.

* aucun versement ne pourra faire l’objet de remboursement si vous annuliez votre inscription *

Pour recevoir confirmation de votre Inscription après votre règlement  

> > > cliquez sur ce bouton orange :

Pensez à réserver votre place suffisamment tôt!

Rappel : Pas d’inscription sur place

Votre inscription est définitive et n’est pas cessible au profit d’une autre personne.
Votre inscription n’est pas remboursée en cas de votre annulation, ou de votre empêchement partiel ou total,
ou suite à votre non-présence à La Journée du vendredi 04 décembre 2015.
Le montant de l’inscription est une participation aux frais d’organisation de La Journée Annuelle
de la Petite Enfance à l’Adolescence du vendredi 04 décembre 2015

___________________________

 OU  Réglez par chèque :

(tenez compte des délais postaux et des perturbations éventuelles )

  Important! 

IMPÉRATIF … Imprimez, remplissez et joignez à votre (vos) chèque(s) le bulletin suivant :

cliquez sur ce lien bleu pour l’imprimer puis le compléter :

http://www.conv2pdf.com/file.php?reference=8932&key=1hT1v6H5ByNh7cnQ

Pensez à réserver votre place suffisamment tôt!

Rappel : Pas d’inscription sur place

Dès réception du règlement de votre participation aux frais d’organisation de cette Journée, vous recevrez à votre adresse mail -merci de nous l’indiquer- confirmation de votre inscription.

  Votre chèque de participation de 27 € par personne est à mettre à l’ordre de :                                 (15 € pour les étudiants sur justificatif de la carte d’étudiant 2015-2016)

« Association Couleur d’Enfants »

  et à envoyer avec le(s) bulletin(s) d’inscription à :

Mme Francoise-Flore COLLARD
Association « Couleur d’Enfants »
229 avenue du Prado
13008 MARSEILLE

* aucun versement ne pourra faire l’objet de remboursement si vous annuliez votre inscription *

Votre inscription est définitive et n’est pas cessible au profit d’une autre personne.
Votre inscription n’est pas remboursée en cas de votre annulation, ou de votre empêchement partiel ou total,
ou suite à votre non-présence à La Journée du vendredi 04 décembre 2015.
Le montant de l’inscription est une participation aux frais d’organisation de La Journée Annuelle
de la Petite Enfance à l’Adolescence du vendredi 04 décembre 2015

________

* L’Association Couleur d’Enfants ne pourra être tenue pour responsable en cas d’éventuelle(s) défection(s) de certains orateurs ou de modification(s) d’heures de passages *

________

Dans l’attente de vous accueillir à cette Journée pleine d’enseignement.

Merci pour votre intérêt et votre fidélité.

 ________

avec l’aimable participation :

Office du Tourisme et des Congrès Ville de Marseille –

Direction de la Santé Publique Ville de Marseille

                       

laboratoires :

ROTTAPHARM

                           SANOFI-PASTEUR M.S.D.

                          stands :                                                  

                            HABA    Créateur pour enfants joueurs

                            AKALYS    Mobilier enfants crèche – maternité

                            LIBRAIRIE PRADO PARADIS    Marseille

                            I. & S. Informatique Service    Marseille 04 91 53 36 36

Mme Laurence MILLIAT

Directrice de la Filière Pediatrique – AP-HM

Monsieur Christian ROSSI

Ancien Secrétaire Général de l’Assistance Publique -Hôpitaux de Marseille

________________

site :  www.couleurdenfants.fr

Pour Contacter l’Organisatrice

Association « Couleur d’Enfants » Présidente : Mme Françoise-Flore COLLARD

229 avenue du Prado – F – 13008 Marseille ☎ 04 91 82 24 70

email :  couleurdenfants@gmail.com

Association « Couleur d’Enfants » loi 1901 déclarée en Préfecture des Bouches-du-Rhône le 30/12/1999 sous n°0133094448

N° de prestataire de formation professionnelle : 93 13 1332 13

Conformément à l’article 34 de la loi Informatique et Liberté
du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès, de modification, de rectification et de suppression
des données vous concernant. – Association déclarée auprès de la CNIL n° 1295747 en date du 24-05-2008

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Quand La vache devient un âne ! Mecki tafunast tettughal d-aghyul !

 

1963 : Moi, revenant de l’école après un cours d’arabe : « Maman, c’est quoi, « El-baqqaratun ? » (Yemma, d-acu-t « El-baqqaratun » ?)

Ma mère : « Mon fils, si Dieu ne fait pas mentir, je crois que c’est un âne ! (A mmi, m’ur-yi skaddeb ara Rebbi, waqila d-aghyul ! »

 

Déclaration de l’islamologue Kamel Chekkat (El Watan, 04/08/2015).

« L’enfant n’est nullement gêné d’apprendre une nouvelle langue dès sa premières année scolaire. Si on se fie aux études psychologiques et éducatives. Autrement dit, l’argument de ne pas choquer l’enfant dès le jeune âge avec l’arabe classique ne tient plus la route. » (El Watan, 04/08/2015)

Nous ne saurions dire qu’elle est part de bonne foi et celle de mauvaise foi devant de telles déclarations.

J’ai longtemps travaillé sur l’aliénation linguistique à l’Ecole Normale Supérieure de Paris (Laboratoire de l’ERMI). Voilà exactement l’affirmation des psychologues en termes d’éducation pour redresser, les propos de monsieur Chekkat que je soupçonne d’édulcoration pour masquer les terribles conséquences de l’aliénation linguistique que subissent les enfants amaziphones : « L’enfant n’est nullement gêné d’apprendre une nouvelle langue dès sa premières année scolaire, s’il s’appuie d’abord dès l’entrée sur sa LANGUE MATERNELLE. Car c’est sa langue maternelle qui lui donne la sécurité psychique pour aborder une ou plusieurs langues dès les premières années de sa scolarité.

 

C’est cette nuance – où se joue tout le drame de l’aliénation linguistique – que monsieur Chekkat a balayée d’une phrase qui voile la réalité de ce qu’est la réification, voire la chosification – stade le plus déchirant provoqué par l’absence de la langue maternelle de l’enfant amazigh.

On me dira que l’enfant arabophone souffre aussi de cette absence. Je ne peux que répondre par l’affirmative. Mais, on n’a jamais moqué, frappé, violenté, brimé un enfant arabophone quand il s’exprime en arabe dit « dialectal ». Ce qui a été et demeure la réalité quotidienne de l’enfant amazighophone. Là est toute la différence ! On apostrophe pas l’arabophone par des brimades, voire des insultes du genre : « Parle dans ta langue » (c’est-à-dire l’arabe, quand il lui arrivait de s’exprimer naturellement en tamazight ; « Laisse-nous avec ton barbarisme ! », etc. Ces remarques insultantes sont faites avec véhémence et dans un irrespect total des libertés fondamentales de l’Algérien amazighophone. Je me rappelle d’un douanier qui apostrophât ma sœur Malika parce qu’elle parlait en kabyle à son jeune garçon !

J’ai vu mon père aux prises avec les gendarmes à Ighzer Amokrane alors qu’ils s’en prenaient à un jeune qui ne comprenait rien à l’arabe ! Il fallait l’intervention d’un cousin – lui-même gendarme – pour « calmer l’affaire ».

Durant la colonisation, nous étions souvent violemment frappés par les instituteurs français pour avoir parlé en kabyle. Seul le français (et l’arabe !) étaient permis à l’école, même du temps de la colonisation ! Car la France coloniale s’était mise dans l’idée qu’il fallait arabiser les Kabyles… Je rappelle à toutes fins utiles que c’étaient « les bureaux arabes » qui étaient chargés de la gestion de la Kabylie. Et quand un Kabyle « avait à faire » avec ces fameux bureau, obligation lui était faite de se faire assister d’une personne parlant arabe. Nous voyons tout ce qui sépare les deux statuts arabophone et amazighophone depuis la colonisation à ce jour…

Pire encore, à l’indépendance de l’Algérie – dont on a jamais retrouvé le véritable mode d’emploi, pour paraphraser le dramaturge Fellag – nous subissions le même traitement et la même violence de la part des instituteurs orientaux, syriens et égyptiens !

Et le cauchemar ne s’était jamais arrêté ! Il a même continué de plus belle, car de fades panégyristes et des censeurs bêtes et amers se sont emparés de nos rêves d’enfants au grès de certains ignorants prôneurs d’un système qui n’a jamais rien compris au rêve et au bonheur auquels pouvaient prétendre – car elle en possède toutes les dimensions – l’Algérie des Lumières (Lezdayer n tafat).

 

Argument d’enfant raconté par Ali – Ecole Primaire d’Ighzer Amokrane (Awzellaguen).

 

Quand « l’orge » devient « Poiles du pubis ! »

Nous étions en cours d’arabe avec un maître Syrien. C’était le moment de la dictée sur les moissons. L’institueur dictait en répétant avec insistance : « A-Chaïr » en arabe. Pendant que les garçons riaient, les filles sortaient une à une de la classe !

Les pères ne tardèrent pas à venir expliquer au maître qu’il fallait qu’il évite des sujets pareils où des mots tout à fait ordinaires en arabe peuvent signifier des choses obscènes en tamazight. Car l’orge se dit « timzin » en kabyle et que le mot en arabe signifie tout à fait autre chose…

L’instituteur Syrien se défendit en disant : « Ce n’est quand même pas de ma faute si le gouvernement algérien refuse l’enseignement de votre langue maternelle ! »

 

Je termine ma réflexion en disant à monsieur Chekkat : « Est-ce qu’il lui est arrivé de se retrouver dans un pays étranger dont il ne comprend pas la langue ! Le drame est moindre, car il sait de conscience – bien que très gêné – qu’il est en pays étranger. Que dire alors de l’enfant amazigh qui se retrouve dans la même situation, mais étranger dans son propre pays… !

Il serait donc temps que monsieur Chekkat et consort – protégé par un système dominant qui méprise et balaie d’un mauvais vent la langue maternelle amazighe, langue autochtone et millénaire des Algériens et de tous les Africains du Nord – sortent du cercle infernal de la mauvaise foi en se faisant passer pour « les langues armées » d’un gouvernement qui se veut depuis plus d’un demi-siècle arabo-islamique et oriental alors qu’il n’est rien de cela. A tout le moins s’accepte si l’on permet aux Algériens de regarder devant eux pour admirer d’autres horizons que ceux qui sont bouchés depuis qu’ils ont libéré leur pays du joug colonial. Une situation néo-colonial ne peut se traduire que par la langue maternelle de l’enfant amazigjh qui arrive dans une école dont les limites psychopédagogiques, construites sur un manque total de psychologie éducative, lui signifient que son « ticket linguistique » n’est plus valable.

Dès lors, peut-on parler d’une quelconque « sécurité psychique » de l’enfant ? Je me rappelle encore de la peur qui nous envahissait dès que nous foulions de nos pieds la cour de cette institution qui refusait notre identité : notre langue et notre histoire. Une école qui nous réduisait à l’état de choses insignifiantes et réifiantes au grès des institueurs qui étaient davantage là pour nous brimer que pour nous servir de guides ! Une école au fronton de laquelle il est écrit : « Au-delà de cette limite, votre langue n’est plus valable ! »

Selon l’adage des Anciens, nous étions des étrangers dans notre propre pays aussi bien pendant la colonisation qu’après celle-ci. La blessure est d’autant plus grave que la déchirure est provoquée par l’Algérie indépendante ! Mon pays disait souvent : « Je suis prêt à pardonner aux Français d’avoir tué mes enfants et mes frères et d’avoir détruit ma maison et mes terres ; mais je ne pardonnerai jamais aux Algériens ce qu’ils ont fait et continuent de faire à d’autres Algériens ! »

Les anciens Kabyles, qui n’étaient pas des psychopédagogues, disaient : « Qui a une langue maternelle se sent en sécurité ! »

Mon vieux pères qui n’a jamais été à l’école me disait à ce propos : « C’est juste une question de bon sens, mon fils ! » (T-tamsal n wasal kan, a mmi !) Nous avions appris grâce à d’éminents linguistes comme Louis-Jean Calvet, pour ne citer que lui, que la seule différence qui existe entre le dialecte et la langue, c’est que cette dernière dispose d’une armée, d’une police, d’un gouvernement et d’un système idéologique qui lui permet de mettre main basse sur l’école. En voulant à tout prix effacer la langue maternelle des enfants algériens, ce système ne fait que tuer l’école Algérienne.

Monsieur Khaled Ahmed déclare (Dépêche de Kabylie du 06/08/2015) :

 

« Il faut chercher des solutions à d’autres problèmes fondamentaux au lieu de faire tout un tapage médiatique sur l’utilisation de la langue maternelle dan l’école… ».

 

Comme on dit en kabyle : « Am win ihekkun lhemm-is i tmettut m_baba-s ! »

 

 

Nous constatons avec amertume que nous ne sommes pas encore au bout de nos peines pour que nous soyons entièrement acceptés par les tenants du système dominant. Nous n’avons pas fini avec l’histoire stigmatisante et ô combien réifiante où ma pauvre vieille mère réduisait à l’état d’un âne une pauvre vache !

 

Pour terminer (plus sérieusement) mon propos, citons le grand philosophe et fabuliste kabyle Slimane Azem qui avait fait de son œuvre poétique un pamphlet extraordinaire contre l’aliénation linguistique et notamment le rejet de la langue kabyle par le système dominant arabo-islamique : « Les enfants sont comme les oiseaux, ils possèdent des chants différents. » (Arrac am yefrax, yal yiwen akken ittizzif).

 

LE MYTHE DE LA LANGUE MATERNELLE

IZRI N TMESLAYT TAYEMMATT

 Ceci est un mythe… Ecoutez et soyez heureux !

 Que la langue de vos ancêtres vous protège et vous guérisse de tous les maux ! Que la langue de votre mère vous rappelle à jamais ce que vous aviez appris dès le berceau ! Vous avez la clé de tous les trésors, et qu’à jamais l’ignorance et la bêtise ne viennent à pénétrer votre conscience et votre cœur !

 1 – Il était une fois une cité kabyle qui s’appelait Azrou-Gzem. C’était une grande cité où les gens vivaient dans le bonheur et la paix. Comme toutes les cités kabyles, celle-ci avait son Assemblée, sa maison des passagers, son temple, ses grandes fontaines, ses beaux jardins, mais aussi son fou – plutôt un simple d’esprit – qui amusait les enfants et qui s’appelait Hemmou. Un fou pas méchant, que les enfants aimaient beaucoup car il leur racontait plein d’histoires. Nous parlons d’une époque lointaine où les enfants, les jeunes et les grands, les adultes et les vieux croyaient aux histoires. Les sages d’antan disaient : « Une nuit passée sans histoire est pareille au jour fermé sur l’avenir. »

Un jour d’hiver, un jour parmi les jours du Souverain Suprême, le fou quitta le village et s’absenta pendant plusieurs semaines. Quand il fut de retour, les enfants l’accueillirent avec ferveur et grande joie. L’un d’eux lui dit alors : « Hemmou, où étais-tu parti pendant toutes ces semaines ? » Le fou esquissa un sourire avant de répondre d’un air solennel et mystérieux : « Je suis allé au paradis ! »

Un autre enfant lui demanda alors : « Pourquoi étais-tu parti au paradis, ne sommes-nous pas heureux dans notre village ? »

Le fou continua de sourire et répondit : « Ecoutez-moi bien les enfants, je vais vous dire quelque chose de très important. Ce pourquoi je suis allé au paradis. Savez-vous que juste à la sortie du village, en bas du ravin couvert par le brouillard, il y a la porte du paradis ? »

Un autre garçon lui dit encore : « Hemmou, dis-nous, c’est quoi le paradis ? »

Le fou réfléchit un instant et bégaya : « Le paradis ? Heuu… Et bien le paradis, c’est un grand jardin où les enfants peuvent faire et manger tout ce qu’ils veulent. Il y a même des oranges en été, des figues et du raisin en hiver ! ! »

Les enfants s’exclamèrent en chœur : « Des figues et du raisin, en hiver !!? Comment pouvons-nous y aller ? »

 Le fou sentit son emprise sur les enfants. Il sourit et leur répondit : « Pour y aller, c’est tout simple : il suffit de sauter du haut de la falaise et vous tomberez juste en face de la porte du paradis ! »

 Aussitôt, tous les enfants se levèrent et coururent vers le ravin en poussant des cris de joie. Arrivés au bord de la falaise, dans un même élan, ils sautèrent tous ensemble. Quelque temps après, quand le fou arriva sur les lieux, il ne put que constater la puissance de son pouvoir. Il en était très fier !

 2 – Le soir venu, chaque mère s’inquiétait de ne pas voir rentrer ses enfants. Elles sortirent vers l’aire de jeux du village. Elles ne trouvèrent personne ! Elles ne trouvèrent aucune trace des enfants. Aussitôt, l’alerte fut donnée. Tous les gens du village se mirent à organiser la recherche. Ils ne trouvèrent aucun enfant. Le crieur public parcourut les ruelles du village pour informer tous les gens du village qu’une Assemblée extraordinaire allait se tenir très vite. Tout le monde y était convié. Pendant qu’ils tenaient conseil à l’Assemblée, un oiseau, un coucou, se posa sur le mur et se mit à chanter : « Coucou ! Coucou ! Demandez au fou ! Coucou ! Coucou ! Demandez au fou ! »

 Les gens se tournèrent vers le fou. Dans leur regard, une seule question : « Qu’étaient-ils advenus des enfants ? » Ce dernier leur raconta en riant comment les enfants avaient couru vers le ravin avant de s’y jeter.

Le président de l’Assemblée de la cité lui demanda : « Pourquoi ont-ils sauté ? »

Le fou lui répondit : « Je leur avais dit que là-bas se trouvait le paradis où ils pourraient manger des figues et du raisin même en hiver. »

L’Assemblée décida de le condamner à la peine capitale. Une vieille sage se leva et dit : « Il ne faut pas qu’il meure, dit-elle, c’est sa langue, et non sa tête, qui est responsable de la mort des enfants. Il faut donc lui couper la langue ! »

L’Assemblée s’inclina devant la décision de la vieille femme. Ils attrapèrent le fou. Ils le forcèrent à ouvrir la bouche et ils lui coupèrent la langue. Il poussa un cri vers son Créateur, de sa bouche coulait le sang. Il partit en courant devant lui jusqu’à la falaise d’où s’étaient précipités les enfants et se jeta lui aussi dans le vide.

Alors un tremblement de terre coupa en deux le plateau sur lequel était bâtie la cité. Beaucoup de maisons s’écroulèrent et beaucoup de gens moururent. Les rescapés décidèrent alors d’abandonner le village et de partir vers d’autres pays. Chacun prit ce qu’il put prendre et quitta la cité. Mais les pays étrangers étaient très durs et hostiles. Nulle part, ils ne furent les bienvenus. Nulle part, ils ne purent bénéficier du droit d’asile. Pensez-vous que quelqu’un les ait accueillis !? Pensez-vous que quelqu’un se soucia de savoir s’ils avaient faim ou froid ! ? Ils ne rencontrèrent que regards de travers et propos acerbes ! Certains d’entre eux furent même dépouillés du peu qu’ils avaient sur eux ! Nulle colline, nul horizon ne leur offrit un abri. Beaucoup d’entre eux moururent de froid et de faim. Mais ceux qui moururent de chagrin étaient encore plus nombreux !

3 – Des jours, des mois et des saisons passèrent. Un jour de printemps, seule la vieille qui avait décidé de la sentence à infliger au fou revint au village. Dans sa sagesse, elle disait : « Mourir pour mourir, autant mourir chez soi ! »

Quand elle entra dans la cité, elle entendit des voix d’enfants qui venaient de l’aire de jeux. Tout en décidant d’aller voir, elle se croyait devenue folle. Mais arrivée sur le plateau, elle vit bien les enfants en train de jouer, seuls. Tous les enfants étaient là : les plus sages comme les plus turbulents.

Elle s’approcha doucement d’eux et leur dit : « Vous êtes revenus les enfants, vous n’êtes pas morts !? »

Les enfants répondirent en chœur : « Oui, grand-mère, nous sommes tous revenus, nous ne sommes pas morts ! »

Elle leur demanda encore : « Et le fou, où est-il, lui ? »

Les enfants lui répondirent : « Lui, il ne pourra jamais revenir ! »

Alors la vieille leur demanda : « Et pourquoi ne peut-il pas revenir, lui ? »

Les enfants lui répondirent encore : « Parce que lui, il avait perdu sa langue ! »

C’est un mythe, soyez heureux !

Je l’ai dit la nuit, la lumière va le démêler,

Je l’ai conté au jeune noble, le rocher a ri et pleuré,

Je l’ai conté au clair de lune, le vent l’a essaimé !

 La protection du mythe est pareille à celle du lion !

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El Watan – 30 juillet 2015

Les baâthistes et les islamo-conservateurs partent à nouveau en croisade contre la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit.

Ayant déjà déversé leur haine sur elle dès sa nomination, ils reviennent à la charge, cette fois-ci, en prétextant «une menace sur la langue arabe», dont ils s’autoproclament défenseurs attitrés.

Pour cela, ils saisissent au vol une proposition sur l’introduction des langues maternelles dans l’enseignement primaire, faite à l’occasion de la conférence nationale sur l’évaluation de la réforme de l’éducation, tenue au début de la semaine à Alger.

Cette mesure, proposée par des pédagogues et des spécialistes, porte sur l’introduction graduelle de la langue maternelle dans l’enseignement primaire afin de permettre aux élèves d’avoir une meilleure intégration dans le système éducatif.

Ce qui est considéré par ce courant islamo-conservateur comme «une manière déguisée de briser l’enseignement de la langue arabe classique en Algérie». De ce fait, il enclenche la bataille idéologique qui a miné le système éducatif algérien durant les années 1970 et 1980.

Et pour cela, ce courant a actionné ses relais médiatiques et politiques afin de s’attaquer directement à la personne de la ministre de l’Education, qualifiée une nouvelle fois de «juive» et d’«ennemi de cette langue arabe».

Loin de tout débat basé sur des approches scientifiques et linguistiques qui régissent la question de l’enseignement des langues et sans se référer aux expériences internationales en la matière, les représentants de ce courant hostile à toute évolution positive de la société ont déjà affiché leur refus de cette décision.

A travers les journaux et les chaînes de télévision qui leur sont proches et en utilisant les réseaux sociaux, de nombreux «idéologues et dépositaires» autoproclamés de la langue arabe demandent l’annulation de la «mesure».

Le premier à lever les boucliers contre cette mesure est l’Association des oulémas qui, selon certains titres de la presse nationale, «demande au Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et à la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, d’annuler cette décision qui constitue un précédent grave dans l’histoire de l’enseignement en Algérie».

Le gouvernement soutiendra-t-il la ministre ?

Pour sa part, le responsable de l’Association pour la défense de la langue arabe, Ahmed Benaamane, met à nouveau en avant sa thèse de «la langue officielle unique en Algérie qui ne devrait être que la langue arabe, alors que la dardja et les autres langues parlées ne devraient pas avoir le même statut».

Les partis islamistes saisissent aussi cette occasion pour tirer à boulets rouges sur la ministre de l’Education, en usant parfois un langage odieux. C’est le cas du député du parti FJD de Abdallah Djaballah, Lakhdar Benkhallaf, qui n’a pas hésité à s’en prendre à Mme Benghebrit en adoptant un langage qui frise l’insulte à l’égard de la ministre, pour la simple raison qu’il la considère comme une francophone ou une «francophile».

La même posture est affichée par le chargé de communication du mouvement Ennahda, Mohamed Hadibi. Sur sa page facebook, ce dernier estime que «les tenants du pouvoir livrent leur bataille contre la langue arabe», avant de poster une photo de la ministre de l’Education frappée d’une croix et d’une mention «dégage !».

La mobilisation des islamistes a eu lieu même à l’intérieur de l’APN où le groupe parlementaire de l’Alliance de l’Algérie verte (AAV) a également dénoncé, dans un communiqué, cette mesure.

Ce courant rétrograde se sent visiblement renforcé, notamment depuis sa «victoire» face à l’ancien ministre du Commerce sur la question de la vente d’alcool et le ministère de la Justice en bloquant le projet de loi contre les violences faites aux femmes. Sa force, il la tire essentiellement de la faiblesse du pouvoir qui prête le flanc, en jouant sur le populisme, à ce courant.

Et l’intervention du Premier ministre pour bloquer la mesure de Benyounès en est une preuve. Abdelmalek Sellal va-t-il, cette fois-ci, soutenir Mme Benghebrit ?

Madjid Makedhi (El Watan, 30/07/2015)

La ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, se déclare «surprise» de la polémique suscitée par la proposition d’introduire la langue dialectale dans l’enseignement primaire.

L’introduction de la langue dialectale dans le cycle primaire suscite la polémique. Qu’en est-il au juste ?

Il faut préciser que l’introduction de la langue dialectale dans l’enseignement n’est pas encore décidée. Cette mesure fait partie des 200 recommandations élaborées par plusieurs groupes de travail, mis en place lors de la conférence nationale sur l’éducation, qui s’est tenue à Alger le week-end dernier.

De celles-ci nous avons tiré quelques actions à soumettre au gouvernement en septembre prochain, pour être mises en place durant l’année scolaire 2015-2016. Il s’agit de mesures pédagogiques qui permettront d’améliorer la qualité de l’enseignement et surtout l’apprentissage, dont l’outil est la langue.

S’il y a un taux d’échec dans le cycle primaire, c’est parce qu’il y a un problème dans la transmission du savoir. Nous ne voulons pas faire uniquement le diagnostic de l’enseignement, mais aussi les actions à mener à court et moyen termes pour améliorer la situation.

Raison pour laquelle nous avons organisé une rencontre de trois jours, à Laghouat, regroupant les proviseurs, les inspecteurs, les chefs d’établissement, les conseillers pédagogiques de dix wilayas du sud du pays, à laquelle j’ai pris part avec l’ensemble du staff du ministère, soit près de 150 participants.

L’objectif est d’abord d’exprimer notre insatisfaction quant aux résultats assez faibles que ces wilayas ont enregistrés, mais surtout de réfléchir ensemble à des mesures pour améliorer les résultats l’année prochaine.

C’est vous dire que nous ne voulons pas rester passifs face à cette situation. Une rencontre similaire regroupera dix autres wilayas des Hauts-Plateaux à Alger, les 2 et 3 août prochain.

L’introduction du dialecte dans l’enseignement primaire sera-t-il à l’ordre du jour à la prochaine rentrée scolaire ?

D’abord, je tiens à souligner que cette recommandation est née d’un débat très riche lors des travaux en plénière de la conférence nationale, ainsi que des ateliers techniques. Les spécialistes étaient unanimes à dire que l’apprentissage chez les enfants repose sur la langue maternelle.

En l’utilisant dans l’enseignement, expliquent les spécialistes en neurosciences, on développe une partie importante du cerveau. Ils disent également que pour augmenter les capacités linguistiques des enfants, il faut s’appuyer sur les langues maternelles. Il y a consensus autour de cette question.

Ce qui est important pour nous, c’est d’intégrer ces éléments et d’aller plus loin, dans le but d’améliorer l’apprentissage de la langue arabe. Dans les régions berbérophones, par exemple, nous avons constaté que les échecs touchent surtout les enfants qui arrivent à l’école sans passer par le préscolaire.

Cette étape est primordiale parce qu’elle permet d’habituer l’enfant à la langue arabe, de le familiariser avec elle et de lui permettre d’être plus réceptif une fois à l’école. La langue maternelle n’est qu’un outil ou moyen de transfert du savoir.

Ce qui est fondamental pour nous, c’est qu’il faut améliorer l’apprentissage de la langue arabe.

Que pensez-vous des attaques virulentes contre cette mesure ?

J’en ai été surprise. Sachez cependant que pour nous ce qui est important sur le plan didactique, c’est la nécessité absolue d’améliorer l’apprentissage de la langue arabe et de valoriser le patrimoine algérien dans le contenu de l’enseignement. Savez-vous que les auteurs algériens sont presque absents des contenus des manuels scolaires.

Il est donc important d’asseoir la dimension algérienne à l’enseignement et revenir aux trois langues : l’arabe, le tamazight et le français.

Selon vous, y a-t-il eu incompréhension ?

Probablement, surtout que la conférence a été intensive et que peut-être nous n’avons pas suffisamment communiqué. De toute façon, aucune décision n’a été prise pour l’instant. Mais le constat établi lors de la conférence est unanime.

La langue arabe est très mal enseignée. Même dans les wilayas du Sud, comme par exemple Adrar, où un nombre important d’enfants fréquente les écoles coraniques, les résultats sont très faibles. Et ce n’est pas par hasard que les échecs sont souvent importants durant le cycle primaire. Il y a donc un grand problème d’ordre didactique et pédagogique.

C’est à partir de ce constat que nous avons décidé de mettre tous les inspecteurs de langue ensemble à Laghouat, pour débattre et arriver à une méthodologie pédagogique. S’il n’y pas de maîtrise de la langue arabe scolaire, il n’y aura pas de réussite, y compris dans les matières scientifiques et les mathématiques.

Nous avons pu identifier toutes les propositions à mettre en œuvre dès la rentrée prochaine. Nous sommes tous convaincus que l’éducation a besoin de s’appuyer sur un véhicule qui est l’arabe scolaire, mais aussi l’élargissement de l’enseignement de tamazight, qui passe de 11 wilayas à 20 à la prochaine rentrée scolaire. Nous avons réuni les wilayas qui ont obtenu de bons résultats et celles qui ont enregistré un taux d’échec important pour favoriser les échanges d’expérience à travers des ateliers pour se placer dans une dimension opérationnelle, afin d’apporter des corrections aux erreurs. Nous ne nous contentons pas de diagnostics. Ensemble, nous réfléchissons à des solutions pédagogiques.
 

Salima Tlemçani (El Watan, 30/07/2015)

Conclusion ? – Les anciens Kabyles disaient : « Toutes les choses ont une limite, sauf l’ignorance ! » La seule question que nous nous posons encore : « Quand l’Algérie des lumières, qui se noie dans la nuit, en sortira-t-elle ? »

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