Publié par : youcefallioui | septembre 17, 2016

Couleurs d’enfants… Lenwal n warrac

  • Bonjour à mes amies et amis psychologues et autres « spécialistes » de l’enfance.
  • Si vous souhaitez participer à

     » La 19ème Journée Annuelle de la

    Petite Enfance à l’Adolescence « .

  • Je vous invite à vous inscrire… Vous apprendrez tellement de choses sur l’enfance et l’adolescence et sur vous-mêmes au contact de personnalités enrichissantes tel que monsieur Boris Cyrulnik : « De la souffrance peut naître le meilleur ».
  • Youcef Allioui : « Ce qui est en nous de meilleur peut guérir de toutes les souffrances ».

« C’est ainsi que l’enfant blessé, qui pleure tout seul dans la nuit, fait descendre la lune qui brille au loin dans le ciel, pour le consoler… Ce sont les larmes de l’enfant que l’on voit conserver par la lune ; larmes qu’elle porte sous forme de cicatrices… » (Conte kabyle : La lune et l’orphelin).

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Voici Le Programme et les Modalités d’Inscription à

 » La 19ème Journée Annuelle de la

Petite Enfance à l’Adolescence « 

Marseille

Parc Chanot – Palais des Congrès

Vendredi 2 décembre 2016

«  le chaos affectif : la carence mène-t-elle à la délinquance ? « 

 pour la 14ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l'Adolescence Marseille vendredi 2 décembre 2011  …On ne sait pas toujours à quel point les enfants

Gardent de leurs blessures un souvenir cuisant

Ni le temps qu’il faudra pour apprendre à guérir

Alors qu’il suffisait  peut-être d’un sourire  – Yves Duteil (blessures d’enfance)

     Une toute petite variation des données de départ peut, par une succession d’accumulation provoquer des résultats inattendus. Edward Lorenz parle d’effet  papillon. Ce qui veut dire qu’un battement d’aile d’un papillon en Amérique peut finir par déclencher une tornade en mer de Chine et c’est le chaos…

    Or dans cette théorie il y a des processus qu’on ne peut complètement prédire, il est difficile d’envisager un comportement sur le long terme.

    Cette journée va essayer de nous apporter des réponses sur ce que et sur ce qui provoque le chaos affectif, sur les carences que l’enfant va supporter ou non, sur l’éventuelle délinquance vers laquelle il peut être amener à se laisser aller.

    Que va faire notre cerveau limbique pour réguler des émotions ressenties alors que tout est confus, désordonné, et est ressenti comme inextricable.

    La bonne qualité des inter-réactions entre l’enfant et l’environnement  lui permet d’acquérir des repères constants nécessaires à son développement harmonieux. Mais quand il existe une insuffisance de maternage ou un excès de maternage, voire une absence complète de maternage: comment va-t-il s’en sortir sans basculer dans la violence, dans la délinquance.

    Au vu du comportement de l’enfant : protestation, révolte, alternance d’espoir et de désespoir, on peut constater qu’une certaine dose de détachement émotionnel se met en place comme si après la disparition ou l’abandon de l’image sécurisante, le comportement se réorganisait sur l’absence permanente et l’effacement de la culpabilité ;

    Carences affectives ou excès fusionnels ces enfants manquent ou ont manqué d’intégrations structurantes précoces et plus tard ces victimes de ce chaos affectif ne vont être capable, la plupart du temps, d’intégrer aucune règle et ne pourront se soumettre en rien…

 

    Pourtant on peut poser la question : pourquoi et comment certains adolescents arrivent-ils à se reconstruire après un choc psychique et d’autres non. Comment s’en sortent ces enfants dit « cas-sociaux, qui sont en institutions ou en famille d’accueil  ou ballottés de droite à gauche ?

    Quelles sont donc les composantes neuro endocriniennes de nos animaux. Que nous apprennent-ils ? Par exemple qu’un agneau dispose de 48 heures pour s’attacher à sa mère et si la colle affective ne prend pas, son espérance de vie ne dépassera pas quelques jours. A l’inverse, un chaton privé de mère se développe quand même.

     Et ces enfants ?

     Certains vont, après une rupture du lien se créer un cadre sécuritaire et d’autres n’y arriveront peut-être pas.

     Pourtant les personnes qui parviennent à déclencher un processus résilient après avoir affronté le chaos deviennent au contraire, altruistes. Elles ne se replient pas dans un clan pour affronter l’adversaire, mais rêvent d’aider ceux qui ont connu le même malheur et de leur procurer les moyens de s’en sortir alors comment vont s’en sortir ces « 40 voleurs en carence affective » ?

     Comme le dit Boris Cyrulnik: « De la souffrance peut naître le meilleur ».

… des questionnements qui vont certainement trouver réponse tout au long de cette 19ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l’Adolescence.

             Françoise-Flore COLLARD

             Présidente de « Couleur d’Enfants »

Association « Couleur d’Enfants » Présidente : Mme Françoise-Flore COLLARD

229 avenue du Prado – F – 13008 Marseille ☎ 04 91 82 24 70

email :  couleurdenfants@gmail.com

Association « Couleur d’Enfants » loi 1901 déclarée en Préfecture des Bouches-du-Rhône le 30/12/1999 sous n°0133094448

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Publié par : youcefallioui | juin 25, 2016

Lwennas MATOUB… Un jour…

MA RENCONTRE AVEC LWENNAS MATOUB

 

(Le poète et chanteur kabyle fut assassiné en 1998[1]

« Al-bâad yella wlac-it

Al-bâad wlac-it yella ! »

D’aucuns sont là, mais ils sont absents,

D’aucuns sont absents, mais ils sont toujours là. Ainsi il en est de Lwennas Matoub.

 

Un jour, en sortant de la Sorbonne, je tombai nez à nez sur Lwennas MATOUB alors qu’il était en retard pour assister à un séminaire sur le racisme. Je le connaissais « comme tout le monde » ; mais non personnellement. J’ai eu déjà l’occasion de l’apprécier quand je lui avais recommandé un jeune photographe (Hafid de Revin – Ardennes). Hafid m’avait demandé de lui faire parvenir les photos qu’il avait faites de lui lors de son passage au Zénith (une salle de spectacle parisienne).

Je lui ai donc envoyé les photos par l’intermédiaire de Be-Ben (ACB – Paris 20ème).

Quelque temps après, Hafid m’apprend que Matoub l’avait contacté personnellement e qu’il acceptait qu’il devienne l’un de ses photographes attitrés.

Quand Lwennas arriva en face de moi (à la Sorbonne), je voyais un jeune homme tout de blanc vêtu : tennis blanches, pantalon blanc et un tee-shirt de la même couleur. Je ne le reconnus donc pas… Quelle ne fut pas surprise  (et cela fut une très grande et bonne surprise !) quand il s’approcha de moi et me prit dans ses bras comme si nous étions des amis de longue date !

Je ne laissai rien paraître de ma grande surprise, cachée sans doute par la joie immense que j’avais de le serrer dans mes bras !

Sur ces entre-faits, il me dit : « Je crois que je suis en retard pour le séminaire ? » Je lui répondis qu’en effet, car j’en sortais.

Lwennas : « C’est bien dommage ! Mais, je profite de votre rencontre pour que nous en parlions autour d’un verre, si vous êtes d’accord. » Je fus également ému qu’il se mette à me vouvoyer ! Je lui répondis en le tutoyant : « Akken is yenna Dda Slimane : wlac ssur ger-anegh ! » Il avait compris !

Nous voilà dans la place qui donne sur l’entrée de la Sorbonne. Nous prîmes place dehors, à la terrasse.

Lwennas : « D-acu ara teswedh ? Qu’est-ce que tu prends ? Ajouta-t-il en français ! Je lui répondis : « Ini-d qbel keccini d-acu ara teswed ! Dis-moi d’abord, toi, ce que tu vas prendre ! » Il me répondit : « Wergin ! Di laânaya-k ! » Ce que je pourrai traduire en français : « Jamais, je ne ferai de demande avant toi ! » C’est vous dire que j’étais « scotché » par tant de respect à l’égard de ma petite personne, de la part d’un grand homme comme Matoub !

Un ami commun, qui le connaissait bien, m’avait parlé de son «goût » pour la bière…

Je lui dis : « Nekki, akken is yenna Dda Slimane AZEM : Hemlegh kan lamonate, ugar le coca ! » Si je puis traduire encore : « Moi, comme avait-dit Dda Slimane Azem, je n’aime que la limonade, surtout le coca ! »

A ma grande surprise : « S’il vous plait, monsieur, deux coca ! » Commanda-t-il de sa grande et belle voix !

Je découvrais, grâce à Lwennas MATOUB ce que devait être le respect entre les gens et notamment entre les Kabyles… Ce qui manque en ces temps où, comme il me disait avec une pointe de regret, : « Des maquerelles et des gourous ; de ces Kabyles qui passent leur temps à vous dénigrer ou à vouloir vous bannir… ».

Et s’ensuivait une discussion qui dura un peu plus de deux heures… Je profitai pour lui faire un reproche : le seul que je voulais lui faire depuis longtemps : « Dans un cercle fermé, je t’ai entendu parler en mal de ce que les généraux français avaient appelé « La Petite Kabylie ».

Il me regarda longuement, fixement, visiblement ému, car il ne s’attendait pas à une telle remarque : « Eccdhegh… Ilha ssmeh ! Mebla kunwi, ur nettili ! »  J’ai glissé et je demande pardon (le pardon est de bon aloi ! Sans vous, nous ne serions pas ! »)

Je fus ému… Et je ne trouvai rien d’autre à lui dire que la phrase suivante : « Je suis content que tu te sois rendu compte que nous t’aimons… ».

Il m’entoura de ses bras en disant : « J’apprends tous les jours… Je suis fougueux et toujours plein de colère et de ressentiment pour le mauvais destin qui nous est fait… ».

Nous avions parlé de beaucoup de choses… et notamment de notre littérature orale… Avant qu’il ne me dise : « Je vais te raconter, moi aussi, un conte… Peut-être qu’un jour, vous le transcrirez…  ». (Ula d nekki ad ak d-hkugh yiwet tmacahutt… Yibbwas ahat, ad-att tarudh… ).

Conte que je n’ai pas encore transcrit…

Au moment de nous séparer, il me dit : « Je te laisse mon numéro de téléphone, si vous voulez qu’on se revoie un jour… N’hésite surtout pas à m’appeler…, me dit-il encore, en reprenant le tutoiement. Et, avant de nous séparer, il me dit dans le sourire juvénile qu’on lui connaissait :

« A-wi’ddan d wi’tyifen, ad yettâannadh a-t yawedh ! »

Sur à quoi, je répondis : « A wi’ddan yid-ek a Lwennas, wlac wi’ik yifen d-amwanas ! »

Il éclata de son rire sonore avant d’entrer dans le taxi (non sans m’avoir proposé que le taxi me dépose chez moi). Je déclinai l’offre car je me rendais chez des amis…

 

Pour toi Lwennas :

« Pour toi je fais silence avec tous les mots et toutes les voix.

Est-ce que tu m’entends ?

Pour toi je fais silence.

Pour toi je fais silence avec tous les mots et toutes les voix. »

Tu étais si respectueux, si bon, si courageux, si grand et si puissant… de générosité et de talent.         

 

PS : Je n’ai jamais appelé Lwennas… A mon grand regret… qui me fait à chaque fois la gorge nouée… Pourquoi ? A chaque fois que je voulais lui parler, il était entouré… très ou trop entouré

[1] Le poète et chanteur kabyle fut assassiné en 1998 (en Kabylie) à l’âge de 42 ans.

Je lui ai rendu hommage dans l’un de mes ouvrages : « Les Chasseurs de Lumière » (Iseggaden n tafat).

 

Publié par : youcefallioui | avril 7, 2016

L’âne et l’abeille – Aghyul d tizizwit…

Tamusni am tafat…

Ay ul-iw ili-k d-amnay

Ur rekkeb ara f lhawa

Lhila ixezznen t-tament

Aslagh-ynes d nniya

Kra g-gwin yeggwden ar tafat

S ssber i-tt-id ihella !

La sagesse et le savoir sont une lumière…

Ô mon coeur, sois bon cavalier !

Ne chevauche pas le vent !

La jarre qui est pleine de miel

Son ange-gardien, c’est l’humilité !

Tous ceux qui arrivent à la lumière et au savoir

C’est avec courage qu’ils les ont conquis ! (Ma mère, Tawes Ouchivane – 1909-1992).

 

L’âne et l’abeille – Aghyul d tizizwit

Un dernier petit livre pour les enfants amazighs ou Imazighen (et les adultes aussi !) qui souhaitent apprendre des choses sur la langue et la culture amazighes… Comment lire en tifinagh et en transcription latine. – Comment jouer et chanter les animaux, les oiseaux, les insectes dans le monde amazigh-berbère de Kabylie, où la nature était sacrée. Comme disaient les Anciens : « C’est sur la nature que toutes les choses de la vie reposent ! » (Af tarwest kullec i’gress !)

A l’heure où l’officialisation de notre langue maternelle, tamazight se pose et s’impose – la langue originelle de tous les Algériens et de tous les Africains du Nord (Imazighen), peuple premier et autochtone (arabophones compris !) – il faut encourager nos enfants à découvrir ce trésor culturel – énigmes, poèmes et comptines – que le monde entier nous envie !

Nous avons de quoi être fiers en tant que peuple premier ! Il suffit pour cela que nous nous réapproprions le trésor millénaire que nos ancêtres « Les hommes libres » (Imazighen) – Tel le grand Aguellid Masensen (Massinissa) qui ouvrit, en son temps, l’école aux enfants amazighs après avoir, selon les historiens, créé un alphabet tifinagh dont les enfants se servaient pour apprendre leur langue amazighe (tamazight) en même temps que la langue grec…

Dicton kabyle : « Qui a une langue se sent en sécurité ! » (Win isaân iles, yetwennes !)

Car, quand une langue ne se parle plus, son peuple cesse d’exister !

I-mi, mecki tameslayt teffegh iles, agdud-is teffegh-it tudert !

Ane et Abeille

Publié par : youcefallioui | avril 2, 2016

Kabylie…Et la réification continue…

HOMMAGE A JEDDI ET HMANU

Azul Azenfan a’gma Waâli !

Et tous mes remerciements pour le respect que vous continuez de me porter !

Je vous réponds de façon décousue, vous m’en excuserez !

Mais, c’est une bonne et belle occasion pour rendre hommage à deux grands hommes de mon arch dont la mémoire est encore vive en nous : Dda Lakhdar Oujaâvi – que nous appelions Jeddi – et mon ami Hmanu, Abderrahmane BOUGHERMOUH  – Cinéaste et réalisateur de « La Colline oubliée » (Tawrit itwattun). Comme quoi, même les ahuris peuvent nous conduire vers des chemins auxquels ils sont incapables d’accéder !

 

« Il a préparé un doctorat de sociologie »… Au début, je vous avoue de ne pas avoir bien compris où vous vouliez en venir… Faut dire que je reçois parfois des insultes, mais je devine quels en sont les auteurs… Et ce ne sont pas toujours des « étrangers », hélas !

Comme quoi, malgré mon grand âge, je conserve encore une part de naïveté et surtout un amour indéfectible dès qu’il s’agit de mon peuple, malgré tous les ahuris !

Mais, j’ai fini par comprendre pourquoi vous aviez relevé la nuance…dont cette personne semble connaître aussi la portée ! Mais, je ne vais pas étaler ici mes diplômes ! Je suis trop vieux maintenant et seuls les actes comptent !

Vous étiez mon élève en économie et en gestion des entreprises au temps de l’Institut Patronal. Comme vous le savez, en ma qualité d’expert-comptable et de psychosociologue, j’ai été pendant près de 23 ans Conseiller dans une structure du patronat français : le MEDEF. Structure, soit dit en passant, ouverte et capable d’accueillir des talents, et ce d’où qu’ils viennent et quelle que soit leur origine.

Mais, par-delà diplômes des écoles étrangères dont nous sommes tous bardés, il reste une seule école qui demeure, à mes yeux, la référence, c’est l’école de mon père et des Anciens de ma tribu. J’ai eu le bonheur et l’immense honneur d’avoir été reçu, pendant près de deux heures (alors qu’il était souffrant !), par le dernier grand Amusnaw des Awzellaguen – Dda Lakhdar Ou-Jaâvi – que les gens des Awzellaguen appellent « Grand-père » (Jeddi). Vous comprendrez sans peine pourquoi nous l’appelions ainsi. Ce fut un moment extraordinaire ! Deux heures pendant lesquelles Jeddi était revenu sur l’histoire de la Kabylie dans une langue kabyle que seules quelques personnes utilisent encore. Et, même si ma modestie devait en souffrir,  j’ose dire, haut et fort, que j’en fais partie. Je suis fier de revendiquer mon appartenance à cette prodigieuse école qui fait de la langue et de l’antilogie ses bases maîtresses qui ont permis que le peuple kabyle demeure encore dans sa noblesse de peuple amazigh, malgré tous les ahuris – et j’oserai dire : les abrutis !- que la Kabylie continue de compter en son sein.

Avec toute la modestie, dont je pense être capable, ce vilain monsieur – qui se permet de cracher sur la mémoire d’Abderrahmane Bouguermouh – gagnerait à avoir une autre lecture de la Kabylie (Tamurt n Leqvayel). Il gagnerait aussi à me lire afin de reprendre sa diégèse qui manque d’objectivité et de discernement… Il apprendra tellement de choses, qu’il finirait peut-être  –  à moins que nous soyons en présence d’un obstiné réifié –  par sortir de la réactance dans laquelle il continue de vivre…

Comme je l’écrivais dans mon livre sur l’histoire des Archs kabyles : « Pendant que les Arabes parlent de Umma âarabiya, certains Kabyles croient encore que nous sommes sous le joug des généraux français qui ont divisé la Kabylie, et continuent de la dilacérer de façon stupide et préréflexive…  ».

Ibn Khaldoun avait démontré que les Zwawa (Igawawen) du Djurdjura Occidental sont les frères des Zewagha (Izeggwaghen) des Babors… Ils tirent leur origine d’un même ancêtre, Semgan de la nation Kotama des Babors…  (Cf. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, pp. 255 et ss). Une question historique cruciale que j’avais déjà traitée dans un modeste mémoire de maîtrise d’histoire intitulé : « Brève histoire de la Kabylie – Etude historique et linguistique de l’antiquité à nos jours », Université Paris 8 Vincennes, (1976/77).

Venons-en aux faits !

Je vous remercie pour ce lien qui, au-delà de ses insuffisances connotés par le mépris de son auteur (inconscient dans sa bêtise !), mérite quand même quelques éloges, même si, comme vous dites, l’auteur est encore prisonnier de l’école Bugeaud et consort. 2016 – 2966 !

A l’heure où tant de défis restent à relever pour que nous sortions enfin de la domination arabo-islamique, d’aucuns sont encore au stade de « Petite Kabylie » et « Grande Kabylie » ! Pour ce monsieur qui veut dépasser le stade aliénant dans lequel nous avaient cantonnés l’ethnologie coloniale – c’est raté !!

On peut d’ailleurs se demander pourquoi il fait un travail – si méritoire et méritant – de façon anonyme. Contribution importante (à mes yeux), qu’il affabule du titre Polynésie ??? !! Je perds mon latin, je veux dire mon kabyle, car c’est la seule langue dont je peux prétendre la maîtrise et la connaissance presque parfaite.

Qu’il me traite avec mépris, comme vous l’aviez senti, ne me touche absolument pas… J’oserai même vous dire que vous exagérez… mais, j’en suis revenu à votre intuition après avoir lu ce qu’il s’est permis d’écrire sur mon ami d’enfance, le cinéaste Abderrahmane BOUGUERMOUH, réalisateur du premier film kabyle en adaptant le livre de Mouloud Mammeri « La colline oubliée » (Tawrirt itwattun). Et oui ! J’ai fini par comprendre où vous vouliez situer le débat quand j’ai constaté qu’il a situé Abderrahmane BOUGUERMOUH au stade de simple assistant (d’un autre réalisateur algérien) et mit en sourdine le fait qu’il fut le réalisateur de Tawrirt Ittwattun « La colline oubliée » !

Cette insulte de la mémoire de Abderrahmane BOUGUERMOUH n’est atténuée que par le fait qu’elle vient d’un abruti aliéné et réifié.

Toutes les choses ont des limites, sauf la bêtise et l’ignorance : « Si tsegla i d-yekka lxuf ! » N’est-ce-pas ? Et j’ai compris alors pourquoi l’auteur de ce travail, somme toute méritant, n’ait pas osé décliner son identité ! « Il fait la part gros pour « Ceux » de sa Grande Kabylie, comme vous dites ! » C’est bien triste, n’est-ce pas ! Nous sommes en présence d’une personne réifiée et la Kabylie en compte encore beaucoup ! Hélas ! Mille fois hélas ! Mais, comme dit encore le dicton : « Les chiens aboient, la caravane passe ! » (Iqwjan seglafen, tirkeft teggwi abrid !)

Mais, ce genre d’individus me renvoient à cette pensée extraite d’un conte kabyle – qu’il devrait chercher à connaître ! – dont le titre est révélateur du drame de l’aliénation linguistique auquel nous devons encore faire face : « Yenna-yas Waârab : Leqvayel wergin ur rebban lefhel ! » Traduction en français : « L’Arabe a dit : Les Kabyles ont de tout temps sacrifié leurs braves ! »

Mais, qu’à cela ne tienne : S-nnig webrid, s-ddew webrid, leqrar-is d-abrid !

Il est simplement dommage que cette personne ait gâché une contribution si importante ! A la connaissance parfaite, nul n’est tenu ! Par conséquent, je ne puis lui reprocher SON AGNOSIE qu’en regard du respect que je continue de témoigner pour la mémoire de mon ami d’enfance Hmanu, Abderrahmane BOUGHERMOUH qui reste – et que les esprits agnosiques le veuillent ou non ! –  le seul et unique réalisateur du premier film kabyle « La Colline oubliée » (Tawrirt Itwattun) !

Et comme Hmanu me disait lui-même : « Moi, mon travail, je l’ai fait ! Et je l’ai bien fait ! Quant aux esprits chagrins et aliénés, je les emmerde ! »

Conclusion en hommage à Jeddi et Hmanu qui nous ont quittés après avoir fait, chacun à sa façon, leur devoir d’hommes libres, leur devoir d’Imazighen :

Avant de le quitter, Jeddi crut bon de clôturer notre rencontre par une formule sacrée. La formule qui clôture le mythe fondateur « Le maître des montagnes » (Bab Idurar) – où le peuple kabyle était comparé à l’arbre de vie. C’est à travers cet arbre de vie, (Aleccac n tudert) que les anciens Kabyles voyaient leur fédération (Tamawya) Laquelle n’a pas encore terminé avec le stade le plus ultime de l’aliénation : la réification dans laquelle certains encore prisonniers de l’ethnologie coloniale.

Extrait du mythe fondateur « Le maître des montagnes et des vallées » : (selon Jeddi, il fallait rajouter « et des vallées » (d yelmaten).

A tarwa n Tmawya ! A tarwa n Tmawya !

A-kwen Ig Ugellig Ameqqwran

Am tasaft tezdi ccetla !

At Wadda d Ljedra ! (Archs du Djurdjura occidental jusqu’aux  plaines, Bouira, Dellys et Tigzirt)

At Ufella d Lghella ! (Archs du Djurdjura oriental, Vallée de la Soummam, Tiggura, Aguergur, Achtoub, Takintoucht, Babors jusqu’au massif du Collo).

Iten isddukklen d-izuran !

A Ceux qui crachent en l’air et qui suivent du regard où leur crachat va retomber… (sur leur visage !)

Iqqar baba, a-t Ig Ugellid Ameqqwran di Tgemmi-ynes : « Tella tadsa di twaghit ! »

A bon entendeur salut !..

Publié par : youcefallioui | mars 25, 2016

Bruxelles, ma belle… Tu souriras encore !

Bruxelles, ma belle… Tu pleures et je pleure avec  toi… Mais, tu sauras panser tes blessures et retrouver ton beau sourire ! Alors ta Grand Place te prendra dans ses bras pour rire encore et encore !

Pour mes amis et frères Belges :

En hommage profond à Dick Hannegarn, le poète à la juste parole…

 

Ce matin du 24 mars 2016, – comme tous les autres matins, j’écoutais France Inter. Après la matinale de Patrick Cohen, arrivait l’émission « Boomerang » d’Augustin Trapenard. L’invité de l’émission est le chanteur-poète Belge Dick Hannegarn, le géant blond-roux que j’ai eu le bonheur de voir sur scène dans cette belle ville de Bruxelles dans les années 70 – au temps du « Sacré Géranium » -, alors que j’étais hébergé par des amis, en attendant des jours meilleurs…

Interrogé par l’animateur sur sa poésie, qu’elle ne fut ma surprise de l’entendre faire référence à « La parole juste des Berbères ». Il racontait alors à l’animateur – lequel porte pourtant un illustre prénom berbère, Augustin –, mais qui visiblement n’était pas du tout intéressé par le sujet ! –, comment les Berbères du Maroc rencontraient Juifs et Arabes marocains pour leur faire entendre « La juste parole » (Ameslay azerfan) pour que la paix et l’entente cordiale et respectueuse continuent de s’étendre et d’essaimer entre les trois communautés marocaines ; afin qu’une coexistence pacifique, harmonieuse et fraternelle continue donc de régner entre eux et sur eux pour les prémunir de ressentiments qui mettraient vite en danger cet équilibre que les Berbères voyaient comme un précieux héritage de l’histoire.

Devant son insistance sur ces rencontres où les Berbères (nous, nous nous disons Imazighen), tenaient à semer leurs justes paroles, j’attendais encore de l’animateur qu’il saisisse la balle au bond et qu’il l’interroge sur le sujet pour en savoir davantage car, visiblement, Dick Hannegarn pensait aux événements tragiques qui venaient de frapper la capitale belge, « sa belle Bruxelles ». Vaine attente, d’un animateur fermé sur lui-même !

Je n’ai pas pu m’empêcher d’être interpellé par « cette anecdote berbère » ? Pourquoi diable, le chanteur Belge, fit-il allusion à cette cérémonie que les Berbère appellent Izlan – une joute oratoire faite pour instaurer et faire durer l’entente entre un groupe de personnes ou simplement entre deux personnes du même village ou un couple).

C’est un fait qui peut paraître anodin, au moment où Bruxelles vit la même tragédie que celle qui avait frappé Paris. Mais alors, quel rapport m’étais-je demandé ? Le chanteur Belge serait-il à ce point stupide d’oublier ces événements et d’aller fourrer son nid dans une coutume berbère du Maroc ?

C’est à ce moment qu’une intervention, datant de la veille, d’une journaliste de France Inter m’interpella. Dans son compte-rendu sur la tragédie qui avait frappé Bruxelles, la dite journaliste – dont je tairai le nom par simple « décence berbère » que tout homme doit à la femme – dans son compte-rendu sur les attentats fit un détour historique – qu’elle aurait dû éviter – à partir duquel elle spécula sur la forte migration berbère du Rif vers Bruxelles. Elle en parlait comme d’une « invasion », en mettant le nombre de 500.000 Rifains lesquelles, selon elle, serait arrivés en masse à Bruxelles ! Il fallait frapper l’imagination de l’auditeur pour le faire plonger dans la confusion…

A défaut de dire tout et n’importe quoi, les journalistes ont besoin de s’initier à l’histoire des pays quand ils sont appelés à traiter des faits qui peuvent les toucher les peuples de près ou de loin.

L’amalgame – toujours conscient ou inconscient – est là ! Et il nous effleure, je veux dire plus exactement, nous coupe comme une lame de rasoir !

Manifestement, cette journaliste – comme beaucoup d’autres en ce moment ! – parlait de choses et d’événements dont elle semble ignorer les fondements de l’histoire tragique des Imazighen du Rif. Les Rifains s’étaient réfugiés en Belgique et dans d’autres pays (comme l’Algérie). Ce fut à cause d’une guerre sanglante qu’ils durent supporter contre une coalition qui regroupaient les armées de trois pays : La France, l’Espagne et l’armée du roi du Maroc de l’époque !

Cette guerre avait causé des centaines de milliers de victimes – dont plusieurs dizaines de milliers d’enfants !

En 1926, pourquoi ces trois pays s’étaient-ils unis pour faire la guerre au peuple amazigh du Rif ? Parce que un homme juste, un Amazigh, qui répondait au nom de Mohand Abdelkrim, ne supportait plus de voir son peuple réduit à l’état d’esclavage ! Devant les crimes, les injustices et les famines subis par son peuple, il poussa un cri – un juste cri ! Une parole juste, de révolte contre l’état esclavagiste dans lequel le peuple amazigh du Rif était plongé.

Ce fut au nom de cette juste parole berbère – à laquelle faisait allusion le chanteur et poète Belge (Dick Hannegarn) que la dite coalition leur fit une guerre meurtrière et INJUSTE. Une guerre barbare qui avait causé l’exode de centaines de milliers de Rifains qui abandonnèrent leur terre pour un pays plus juste où ils pouvaient – juste – se reconstruire et bâtir un tant soit peu de nouveau un avenir, même incertain…

Cet exode fut massif vers la Belgique. Il est aisé d’en saisir les raisons : ce pays n’avait pas participé aux massacres qu’ils durent subir de cette coalition INJUSTE qui leur daignait le droit de vivre justement sur leur terre en qualité d’autochtones amazighs ; une terre sur laquelle leurs ancêtres vivaient, selon la formule juste berbère, « depuis la nuit des temps » (Seg-wasmi i d-tejna ddunnit).

Le stade le plus haut de l’aliénation culturelle conduit vers ce que le sociologue juif de l’aliénation, Joseph Gabel, appelait « la réification ». Un stade au-delà duquel l’individu se transforme au point de perdre tout semblant d’humanité. Sa parole est alimentée, dans une explication sans fin par de pseudo-spécialistes en mal de représentation. Ces derniers prétendent qu’ils sont capables de décrypter la pensée d’un individu entré en transe dans le syndrome de l’assassin, si cher à mon ami et maître feu Joseph Gabel.

En ces temps troublés, il est triste et dommageable pour tous que des journalistes et des animateurs soient englués dans l’ignorance et les amalgames.

C’est cela qui manque le plus à travers le monde et chaque jour davantage également en Europe !

L’absence de paroles justes – surtout quand elles émanent de journalistes – ajoute bois sur bois au feu de ceux dont la réification a atteint un point de non-retour.

Et l’on comprend alors pourquoi Dick Anneggarn – en poète averti – voulut mettre l’accent sur « la parole juste des Berbères ». Il voulait (juste) dire que le vivre ensemble exigeait beaucoup de retenue, de respect de l’autre, d’écoute et de fraternité, surtout en ces temps pollués et souillés par des paroles injustes qui ont besoin, plus que jamais, d’une parole juste, fut-elle berbère !

Parlant de la Shoah et des guerres coloniales, Joseph Gabel avait coutume de me dire, lors de nos veillées nocturnes : « Voyez-vous, cher ami, l’histoire est comme une mère : Elle n’aime pas qu’on l’oublie ! Car, en l’oubliant, on perd la notion du temps, des choses et des événements. Pire encore, tout notre espace de vie se déshumanise en s’ouvrant à tous les fanatismes… C’est si simple pourtant : il suffit juste de lui dire : « Pardon de t’avoir oubliée » pour qu’aussitôt s’éclaire son visage et regarde de nouveau le soleil qui brille dans le ciel ! »

Une pensée amazigh/berbère dit : « Les paroles justes peuvent faire face aux actes les plus abominables » (Awal ma yesâa nnafâa, izmer ad icc llafâa !) Littéralement : « La parole juste est capable de dévorer l’hydre à sept tête ! »

Merci ! Mille fois merci ! Monsieur Dick Hannegarn, le poète à la juste parole.

L’Association des Juristes Berbères de France (AJBF) – Pourquoi les Berbères en général et les Kabyles en particulier sont-ils attachés à la laïcité ?

L’Association des Juristes Berbères de France (AJBF) existe depuis 24 ans. En apprenant son existence, il y a déjà quelques années, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un certain plaisir, un certain bien-être !
Pourquoi ? Les média, les journalistes et les politiques ont pour habitude de noyer – le verbe n’est pas assez fort ! – les Berbères (Imazighen, de leur vrai nom) dans ce qui est appelé « la communauté musulmane », faisant fi ainsi à la fois de la minorité chrétienne berbère et de sa majorité laïque !
Il y a quelques jours, un ami, soucieux du mot juste, me dit : « Enfin une Association de professionnels qui n’a pas peur d’afficher sa berbérité, là où il est toujours plutôt de bon ton de cacher ses origines ! »
En effet, beaucoup de Berbères – Imazighen – n’osent pas toujours faire autant : déclarer leur berbérité ! Les causes sont trop nombreuses pour qu’on s’y attarde dessus dans cet article, à travers lequel ma seule ambition est de rendre hommage à cette Association où la gent féminine s’impose à la fois par le nombre et la qualité .
Les juristes berbères de France ne voulaient donc pas séparer équité et devoir de la fierté d’être Soi comme acteurs majeurs dans le grand espace républicain qu’est la France. Et, en ces temps troublés où la violence fait place à l’intelligence, je mesure, à l’aune de toutes les vicissitudes quotidiennes, le courage de tous les membres de l’AJBF.
Cette position qui paraissait toute naturelle aux acteurs de l’AJBF devrait normalement, dans le meilleur des mondes, s’imposer à toute la communauté berbère (amazigh) sans peur et sans honte aucune, car comme disaient si bien nos vieilles grands-mères kabyles fières et chauvines à l’excès : « Il n’y a pas de honte à se montrer quand on est beau et fier ! »
C’est donc tout naturel que des Juristes berbères ont voulu consciemment restituer dans un pays où règne un climat démocratique (bien malmené ces derniers temps, par ce que l’un de mes amis appelle, à travers un article : « La déchéance de la pensée », ce qu’ils connaissent et ressentent de la vie démocratique et laïque de la cité berbère (Ighrem amazigh).
A mes yeux, c’est donc de façon tout-à-fait spontanée, c’est-à-dire autochtone, que la création de l’AJBF avait vu le jour. Après mûre réflexion, je suis arrivé à l’heureuse conclusion suivante : pour chacune et chacun de ces juristes qui mettent en avant leur berbérité (leur amazighité), ce n’est qu’une façon claire et sans détour d’affirmer qu’ils sont porteurs d’un projet revendiqué comme un renouvellement d’un héritage démocratique et laïc ancestral qui leur vient de la nuit des temps. De cette nuit qui avait vu naître – un peu comme le raconte notre mythologie – l’Agraw, c’est-à-dire l’Agora berbère.

Comment apprend-on la démocratie dans la société berbère ?

Je me rappelle d’une matinée de mon enfance où mon père et moi allions chercher du bois à dos d’âne et de mulet. Pour atteindre la forêt, il nous fallait traverser un fleuve mythique qui s’appelle encore « Le fleuve acide » (Asif Asemmam). Pour traverser ce fleuve, il fallait bien le connaître pour trouver le chenal ou le gué, c’est-à-dire le passage où nous pouvions traverser en tout sécurité ; car, en ce temps-là, le torrent fluvial était fort et, par conséquent, dangereux.
Une fois que nous avions fini de traverser le fleuve, mon père se retourna vers moi et me dit : « Tu vois, mon fils, pourquoi les Kabyles appellent « la démocratie » du même nom que « le gué » ; car il permet d’aller librement à ses occupations en traversant en toute sécurité même les endroits les plus dangereux ».
Comme mon père avait coutume de le faire, pour mieux frapper mon imagination d’enfant et d’adolescent, je venais donc d’apprendre que « le gué » s’appelle en kabyle « Asaka » ; et c’est par le même terme que les Kabyles anciens désignaient « la démocratie » et « la grande question qui la sous-tend ».

Lisant sans doute dans mes pensées, mon père compléta sa remarque par l’envers de la démocratie, c’est-à-dire la dictature. Comme de coutume (qui est porteuse de droit !), les yeux pétillants de malice et, je crois aussi du bonheur de m’apprendre des choses qui étaient importantes à ses yeux, mon père ajouta : « Sais-tu par quel mot on désigne « le dictateur, dans notre chère et belle langue ?
Il n’attendit pas ma réponse et continua : « On l’appelle « Awersus ». Et sais-tu ce que le mot Awersus signifie aussi dans notre chère et belle langue ? » Un peu gêné, je lui répondis que non.
« Je te le montrerai tout à l’heure », me dit-il !
Que croyez-vous que mon père m’avait montré et qui porte le même nom que le dictateur ? C’est un buisson très épineux ! Et mon père de conclure : « Tu vois, fiston, ce buisson est si épineux que même les ânes ne s’en approchent pas ! Il faut au paysan kabyle beaucoup de courage et de détermination pour l’élimer de ses terres.»

En me remémorant, cette traversée du fleuve, je trouvai d’emblée la réponse à la réflexion que me posait mon cet ami. Ce fut avec fierté (je l’avoue !), que je me mis à expliquer à ce vieil ami les raisons profondes qui ont, probablement, présidé à la création de L’AJBF. Des mots précieux aux yeux de mon père et des anciens Kabyles : La démocratie et la laïcité.

Souffrez que je vous en dise encore quelques mots, tels que la cité berbère de Kabylie les vivait et continue (tant bien que mal…) de les vivre.

Les mots de la démocratie dans la langue kabyle

Comme chacun sait, en démocratie, les mots sont extrêmement importants. Les soubassements de la démocratie sont appelés Tamfadda. Et ceux qui veillent au respect de ces fondations démocratiques étaient appelés Imfadden (Timfaddin, au féminin). Ces hommes et ces femmes étaient également désignées par une belle métaphore : « Les poutres de la cité » (Isulas n yighrem).
Qu’il me soit permis de donner encore quelques lexèmes sociopolitiques et juridiques importants usités dans la « république kabyle » : « La Fédération » (Tamawya/Taqbilt), « La pentapole » (Adni), « l’ordonnance ou décret de loi » (takana ), « L’Assemblée solennelle » (Agraw akufi), « Institutionnaliser » (Xezzeb), « Autonomie » (Tazwit), « Pluralisme » (Tasegwta), « Laïcité » (Tassnarexsa ), « Election démocratique » (Tiferni usaka), « Elections entachées d’irrégularités » (Tiferni uwersus). Le président de « La république kabyle », au sens que lui donna le chantre de la culture berbère l’écrivain, grammairien et poète, Mouloud Mammeri, qui était élu démocratiquement était appelé « Mezwer Usaka » et le président de la cité kabyle élu de façon non démocratique était appelé « Mezwer dictateur » (Mezwer awersus), etc.
« Le majoral ou président de la cité » (Mezwer/Lmezwer/Amezwaru n taddart nagh n yighrem) est attesté depuis l’antiquité, c’est-à-dire depuis bien avant l’époque de Massinissa et de Jugurtha. Le chef de la cité s’appelle différemment selon les confédérations kabyles : Lamine, Amghar ou Amokrane. Une autre belle métaphore le désigne par « Le berger de la cité » (Ameksa n taddart).

De l’élection du Majoral ou Mezwer en Kabylie

Je vais vous dire quelques mots sur cette démocratie berbère de Kabylie que nos juristes ont réactualisée (inconsciemment ou consciemment) à travers la création de l’Association des Juristes Berbères de France.

Le soir de l’élection du « Majoral » (Mezwer) par « les grands électeurs, issus des primaires » (Igan n Wegraw), le crieur public, sillonnait les ruelles de la cité en criant : « Ô gens de la cité, soyez heureux ! Ce soir, c’est l’élection du Majoral de la cité ! L’Assemblée est à tout le monde, mais à chacun ses idées ! » (Ay At-taddart a-t rebhem, iv-agi t-tiferni Umezwaru ! Agraw i medden, yal-wa d rray-is !)

Après « les primaires » (Tiferni n Wedrum), on arrivait à ce qui était appelé « L’élection au capuchon » (Tiferni uqelmun). Car, le soir de la désignation du Majoral (Mezwer), il était fait obligation « aux grands électeurs », représentants des différents clans, (Igan n tferni) et les chefs des différents partis et sages du village (Imeskanen), de poser le capuchon de leur burnous sur la tête, au niveau de la fontanelle. Le dicton dit : « Celui pour qui tombe le capuchon doit quitter son parti ! » (Win wi yeghli uqelmun ad yeffegh ahrum !)
La règle est sévère ! Cette façon de procéder avait pour but d’empêcher les hommes de s’emporter. Nous connaissons tous le caractère ombrageux du démocrate kabyle ! Ce qui les obligeait ainsi à discuter calmement de l’élection (ou de la réélection pour une année encore) du Majoral ou Mezwer. Le Mezwer n’était élu que pour une période d’un an. Il ne pouvait être réélu plus de trois fois que si ses pairs venaient à lui accorder le titre symbolique mais, ô combien honorifique, de « Majoral montreur de la voie (démocratique) » (Amezwaru Amaskan).

Une fois l’élection terminée, le crieur public sillonnait de nouveau les ruelles de la cité kabyle en criant : « Ô gens du village, soyez heureux, c’est un untel qui est élu Majoral de la cité ! » (Ay At taddart a-t rebhem, d flan i d-Amezwaru n taddart !)

Aussi, permettez-moi de me répéter en faisant une dernière observation, que suscite en moi le procès herméneutique dont il est question ici. Il me semble que les modes de création et d’interprétation que sous-tendent les juristes de l’AJBF ne sont qu’une remontée sans fin à des présupposés politiques, socioculturels et juridiques à travers une réactualisation constante de la mémoire collective berbère.

Publié par : youcefallioui | février 25, 2016

VOUS AVEZ DIT : » Langue maternelle !?  » – D tamazight, anagh ?

Vous avez dit : « Langue maternelle ? »

Même l’âne sait quand on l’appelle en kabyle !
(Ula d-aghyul yehsa mi-s ssawlen s teqvaylit)

J’avais à peine six ans quand mon frère Mohand Rachid alla dire à mon père que j’étais incapable de prononcer correctement le mot « âne » (aghyul). Un miracle se produisit quand mon père m’appela d’une voix douce pour me demander de répéter le mot aghyul ! Comme à son habitude, il avait le don pour me faire franchir tous les obstacles de la langue. En retour, je m’appliquais à faire honneur à son enseignement. Une fois devant lui, je ne sus comment j’avais fait pour prononcer correctement le mot aghyul ! Qu’elle ne fut pas ma fierté et celle de mon père qui me dit : « Bravo, mon fils ! La langue kabyle est votre seule lumière ! » (Ahhuddu, a mmi, taqbaylit i t-tafat-nwen !)

Le bonheur absolu est dans la langue maternelle de l’enfant qui ne saurait être heureux sans utiliser à loisir les mots de sa langue maternelle. La terrible guerre d’Algérie nous avaient mis devant cette évidence : grâce à notre langue maternelle, nous arrivions à chanter à et jouer malgré les bombes, les canons et les avions qui bombardaient nos maisons que l’armée française avait fini par détruire.
Les enfants kabyles s’adonnaient aux jeux divers et variés et parfois, inconsciemment, de façon intense pour oublier ! Ils jouaient et chantaient autant pour défier la peur de la mort et tous les interdits que la guerre voulait imposer ! Tous les jours étaient des jours en sursis. Et l’on ne peut mesurer le courage de nos mères et de nos grands-mères qui nous encourageaient à continuer de jouer malgré les larmes de sang que nous avions vu si souvent couler sur leurs beaux visages flétris par la guerre et la torture psychologique de ne pas savoir de quoi demain sera fait.
A ceux qui continuent de nous dire que nous n’avions pas besoin de notre langue, je rétorque qu’aucune autre langue que sa langue maternelle ne saurait apporter à l’enfant la joie de vivre et le véritable enchantement d’être avec les siens ; et surtout pas l’arabe dit classique – qui n’a de classique que le nom ! – cette langue qui tue les Berbères chaque jour qui passe ! Chaque jour qui passe des noms de lieux disparaissent de notre langue et sont remplacés par des noms en arabe qui ne signifient rien pour nous mais qui en disent long sur les visées arabo-islamistes du pouvoir algérien.
Pendant la colonisation, nous étions frappés violemment par les instituteurs militaires français dès qu’ils nous entendaient parler en kabyle à l’école. Et nous étions loin d’imaginer que des instituteurs arabes venus d’Egypte et d’Orient nous humilieraient encore davantage quand l’Algérie accèderait à son indépendance dont – pour paraphraser le dramaturge kabyle Fellag – « Elle avait perdu le mode d’emploi ! » Nous étions interpellés et souvent insultés à la fois par les policiers, les gendarmes – qui régnaient en nouveaux maîtres – par les douaniers et par n’importe quel autre quidam dont la mission était de nous imposer une langue étrangère, l’arabe ! « Parlez en arabe et laissez tomber votre barbarisme ! », nous disait-on avec véhémence et mépris !
Mais, nous avions notre langue et nous y tenions comme à la vie ! A cause de cette tyrannie arabo-islamique, qui a vu le jour avec l’indépendance de l’Algérie, nous assistions à la réapparition des mêmes dictons, poèmes, chants, contes et comptines qui avaient stigmatisé la tyrannie de la France coloniale à l’encontre de celle encore plus pernicieuse mise en place par les gourous de l’Algérie arabo-islamique. Depuis, chaque jour qui passe, contrairement aux années de guerre, les enfants amazighs doivent jouer et chanter pour ne pas oublier. Attiser la flamme de notre langue menacée d’extinction. Ne pas oublier les mots sacrés de notre langue maternelle. Car aucune autre langue ne saurait porter ce que la langue maternelle amazighe a de sacré ! Conscientes du danger, nous entendions souvent nos mères nous dire d’un ton combattif : « La lumière de l’enfant, c’est la langue de sa mère ! » (Tafat n weqcic, t-tameslayt g_emma-s !) Une grande dame de ma tribu – Lla Dehbiya At Muhend – nous racontait comment, lors d’un voyage à Alger avec quelques voisines, des voyageurs (arabes ou qui se prétendent comme) les avaient apostrophées, alors qu’elles discutaient en kabyle, en leur enjoignant de s’exprimer en arabe ! « Moi, disait Lla Dehbiya, je leur ai répondu en kabyle, en leur disant haut et fort « La comptine du faucon et du vautour » (Tahjenjent n lbaz d-ufalku).

Extrait de « La comptine du faucon et du vautour noir »

Le temps a changé ! Le temps a changé !
Le ciel s’est obscurci ! La terre est troublée !
Le brave a fui ! Il a fui le brave ! Ô faucon royal, dis-nous pourquoi ?
Le temps a changé ! Le temps a changé !
Le ciel s’est obscurci ! La terre est troublée !
Ô faucon royal, dis-nous pourquoi ?
Le Français parti, le vautour fait peur ! Le Français parti, le vautour fait peur !
De grâce, ô faucon, dis au vautour : les mots de ma mère : jamais ne mourront !

La Dehbiya racontait : « Pendant que des jeunes Kabyles se levèrent pour demander des comptes à ceux qui s’étaient permis de les « insulter » ; qu’elle ne fût leur surprise quand d’autres voyageurs se levèrent pour l’applaudir et la féliciter ! Il ne restait plus aux provocateurs « arabes » qu’à quitter le bus le plus vite possible ! »
Des faits analogues sont très nombreux. On en remplirait des volumes avec les insultes et les vexations que subissent les Berbères en Algérie et au Afrique du Nord. Les événements récents de Ghardaïa – où des Imazighen sont tués avec la complicité de la police et leurs maisons saccagés et brûlées –, sont là pour nous tenir éveillés. On peut lire dans la presse algérienne tous les rejets et les arguties avancés par les tenants du modèle dominant arabo-islamique dès qu’il s’agit de l’officialisation de la langue amazighe en Algérie. Ces sbires se morfondent alors dans un discours où notre langue est passée au crible dialectal. Ces soi-disant spécialistes ignorent que toutes les langues sont d’abord et avant tout des dialectes. La langue est simplement un dialecte qui dispose d’un Etat.

Ma vieille maman qui n’a jamais été à l’école nous disait : « La langue maternelle est la lumière de l’enfant !) (Tameslayt tayemmat i t-tafat n weqcic !) Un jour, je voulais voir qu’elle serait sa réaction en lui posant la question suivante : « Mère, la kabylité, c’est quoi pour toi ? » Elle me regarda et sourit avant de me répondre : « Mais, mon fils, tu ne sais pas encore que c’est ta mère ! » (Akka, a mmi, mazal teêsiv belli d yemma-k !)

Taqbaylit signifie plusieurs choses importantes pour les Kabyles : « La femme, la langue, la culture, l’honneur et le système de pensée et philosophique qui met en avant les valeurs humaines essentielles comme la liberté, la laïcité, la démocratie et le respect de l’étranger qui bénéficiait du droit d’asile sans condition aucune. D’où le dicton : « Le droit d’asile est comme Dieu, il se suffit à lui-même ! » (Laânaya am Rebbi, tekfa iman-is !)

A force de violences, d’humiliations et de batailles rangées, j’ai fini par me rendre compte que mon père avait raison de nous répéter : « Remerciez Dieu de vous avoir faits Kabyles, et soyez-en dignes ! »

Journée de la langue maternelle ! On l’aura attendue longtemps, celle-là !

URAWEN N YENNAYER – 2966 IY IMAZIGHEN ANDA MA LLAN YAKW D MEDDEN N TALSA – HEUREUX YENNAYER 2966 POUR TOUS LES IMAZIGHEN ET TOUS LES PEUPLES DE LA TERRE !!

LAAWACER N YENNAYER 2966
Yennayer, fête divine amazighe des lumières

Dicton kabyle : « Dieu multiplie les fêtes pour que nous vivions unis et en bonne intelligence ! » (A Rebbi ssigwet laâwacer, i-wakken a-nezg a-nâacer !)

Je ne vous parlerai que du Yennayer de ma mère et de la femme kabyle en général et des enfants qui s’empare du pouvoir pendant l’une des journées de la fête des lumières de Yennayer. Par conséquent, il ne sera pas question ici de mythologie latino-romaine ou du Dieu Janus. Personnellement, j’ai toujours fêté Yennayer dans ma famille tel que je vous le raconte aujourd’hui. Il y a probablement des choses que je n’ai pas bien compris, tel le rite de Yemma Yennayer. En revanche, j’ai participé avec mes parents et mes grands-parents et surtout ma mère à la préparation de cette fête. J’ai pris part au carnaval (buâfif) avec mes frères et mes sœurs et nous sacrifions toujours le mouton pour la rencontre des neiges dans la vallée de la Soummam. Et bon nombre de chants et de poèmes que je rapporte ici ont été entendus et recueillis auprès de ma mère (Tawes Ouchivane) ; chants encore connus des femmes de ma famille.
C’est d’ailleurs par l’un d’eux – qui s’appelle « les vœux de Yennayer » (Urawen n Yennayer » que je commencerai mon propos. Car je tiens à vous souhaiter le nouvel an berbère – Aseggwas amaynut amazigh – comme nos ancêtres le souhaitaient autrefois en se rendant visite mutuellement : les portes d’entrée devaient rester ouvertes pour que les visiteurs sachent qu’ils étaient les bienvenus. Les invités remerciaient leurs hôtes au nom de « Notre mère Yennayer ». Mon père disait : « Que le Souverain Suprême fasse que la lumière de Yennayer rejaillisse sur nous tous ! Cette lumière de la vie que l’on porte au fond de soi afin que chaque jour garde la saveur des fêtes d’antan héritées des ancêtres » (Ad ig Ugellid Ameqqwran tafat n Yennayer a d-senfeg fell-anegh akken nella ! Tafat-agi n tudert nettawi yid-negh bac yal-ass ad yettef di lbenna n laâwacer igh d-jjan Imezwura !)

Voilà donc comment on formulait les vœux de Yennayer en kabyle.

Nous disions : Urawen-iw n Yennayer, Laâwacer n tafat !

« Nous fêtons Yennayer de la lumière », se dit en kabyle : Nnreccel Yennayer n tafat !

Ce qui signifie : « Mes vœux de Yennayer, fête divine et de lumière ! »

Fête des lumières, Yennayer recèle pleines de particularités.

C’est d’abord une fête qui durait 7 jours. On disait Ccbaâ ou Assa-n-Yennayer. (GT : Assa macci d-ass, anamek-ynek : sebâa – Assa ne veut pas dire « Jour » mais « 7 jours », durée de la fête de Yennayer.

– C’est d’abord la fête du nouvel an amazigh.
– C’est aussi la fête des enfants – Jour du Carnaval (Aâfif ou Amghar Uceqquf qui s’appelle Vava-Inuva… Chanté par Idir, sur une adaptation de Ben Mohammed…
– Un jour parmi la semaine de Yennyer est dit : Ass n Wegraw n warrac. Les enfants s’emparent du pouvoir pour régler leurs comptes avec les adultes qu’ils estiment ne pas avoir été assez respectueux à leur égard…

Le carnaval des enfants – Buafif

Cette journée, le convoi des enfants, guidé par un seul adulte qui doit se taire – car la parole est uniquement aux enfants – passe devant toutes les maisons du village. Devant chaque maison, la maîtresse et le maître de la maison devaient être devant la porte cochère qui restait ouverte le temps que le convoi (Agraw n yennayer) passe. Les enfants s’arrêtent donc devant chacune des maisons. Un enfant masqué s’avance et dit ce que l’on appelait : Taceffayt n Waâfif nagh n warrac – « La satyre de satisfaction des enfants ». Celle-ci pouvait être acerbe vis-à-vis d’une maîtresse de maison qui n’a pas été gentille, tout comme elle pouvait revêtir le cachet d’un compliment.

1 – Exemple de Taceffayt tajelwaht – Satire ou diatribe de travers

« Voici les paroles du sage au tesson :

« Ô oncle Waâli ! Ô oncle Waâli !
Sache que ta femme est bien vilaine !
Elle n’a aucun charme
Elle ne dit jamais la vérité !
Elle est avare et sèche comme un vieil oignon !
Là où tu la mets, elle fera des siennes !
Elle tient des propos sur d’autres qui sont bien mieux qu’elle !
En vérité, il faut que tu saches
Elle ressemble au derrière d’une guenon ! »

Un enfant s’avance et dit : A-ta wawal n wemghar uceqquf :

A dda Waâli ! A dda Waâli !
Tameîîut-ik d m-xenfuî !
Ur tesâi sser, yerna di tidep ur tessin !
P-tamecêaêt teqqur am tebselt !
Anda t-tegres tesmeqnin !
Thedder yal lehdur af widan i-t-yifen !
Ma yella tebghid tidett,
Tecba taqerqurt tbekkitt !

Pour se faire pardonner, et surtout faire bonne figure, la maîtresse de maison , ainsi interpellée, devait jouer le jeu et offrait des friandises et des oeufs ! Le maître de la maison leur donnait une pièce en disant : « D-ayen is fkan, tuklal laεfu nwen g laânaya imezwura ! » (Elle est bien innocente, soyez indulgents avec elle, par la protection des ancêtres !)

2 – Exemple de Taceffayt taâencurt – Satire ou diatribe magnifique :

« Voici les paroles du sage au tesson :

« Ô oncle Améziane ! Ô oncle Améziane !
Nous allons te dire une parole qui porte
Tu as une lune dans ta maison
Quant à toi, tu es pareil au frêne dans les champs
Comme tu dois être heureux de l’avoir !
Elle est au-dessus de toutes les femmes !
Son visage est aussi pur que les premières lueurs de l’aube
Elle possède la stature ainsi que la beauté !

A-ta wawal n wemghar uceqquf :

A dda Mezyan ! A dda Mezyan !
Ad ak nini awal yezgan
Aggur yella deg’wexxam
Keçç am teslent di berra
Ay asaâd-ik i-tt isâan !
Yak tif tilawin merra
Udem-is yecba essxem yesfan
Teggwi lqedd terna ssurra !

C’est aussi la fête des femmes – Journée du lendemain où elles échangeaient leurs plats – beignets et autres gâteaux en parcourant les ruelles du village jusqu’à la fontaine.
C’est aussi la fête du pardon : on pardonne à ceux et celles qui nous ont blessés.
C’est aussi la fête de la jeune femme, la nouvelle bru qui arrive dans la maison et qui prend le surnom honorifique de « Yemma Yennayer », car, selon la formule des Anciens, « C’est sur ses épaules qu’elle porte la maison » (Af tuyat-is i terfed axxam !)

Ccna n Wurawen n Yennayer – laεwacer n tafat

A-wi budden yennayer,
Yennayer !
I-wakken a-ttelhu ddunnit
Kra yellan ad yesεu sser
Ad yesεu sser !
Ccedda a-ttughal t-talwit
Yal ighzer ad yessenser
Ad yessenser !
Akal ad yerwu tissit.

A-wi budden yennayer
Yennayer !
Lehna a-ttress g-exxamen
Aεeqqa ihudr-it yifer
Ihuder-it yifer !
Tagmatt tedda d watmaten
Lghella a-ttefsu iger !
Tamusni a-ttezdegh ulawen.

A-wi budden yennayer
Yennayer !
Tafat i medden merra
Yal afrux ad yefferfer
Ad yefferfer !
Di tmurt i tdel laεnaya
Tudert a-pebnu af liser
A-ttebnu af liser !
Akken nnan Imezwura !

Chant des vœux de Yennayer – La fête de la lumière

Heureux qui célèbre Yennayer
Pour que la vie soit douce sur terre
Chaque chose aura son charme
Chaque tourment deviendra paix
Chaque rivière coulera
La terre sera irriguée.

Heureux qui célèbre Yennayer
La paix veillera sur chaque maison
Le fruit est protégé par la feuille
Comme les frères protègent l’union
Une bonne récolte éclora les champs
La sagesse occupera les cœurs.

Heureux qui célèbre Yennayer
Chaque être aura sa lumière
Chaque oiseau pourra voler
Dans un pays où le droit d’asile est sacré
Où la vie est faite de bonheur et de paix
Tel est le message de nos Ancêtres.

Urawen n Yennayer 2966 iy Imazighen anda ma llan !

Bonheur, paix et lumière sur  le monde berbère et le monde entier  au seuil de ce nouvel an berbère 2966 !!

Que nous soyons enfin reconnus dans notre monde de paix, de culture, de laïcité, de respect de l’autre. Que le monde de notre peuple « le monde amazigh/berbère » soit reconnu par le genre humain et les hommes et les femmes de bonne volonté où qu’ils soient ! Nous voulons garder notre différence de peuple autochtone pour mieux enrichir l’humanité de nos valeurs universelles de liberté, de paix, de respect  et de savoir ; valeurs et croyances ancestrales autochtones ouvertes sur le monde et le respect de tout être humain, de sa culture, de ses croyances et de ses racines… Comme dit la pensée des anciens Kabyles : « Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même ! » (Yal tamurt s wudmawen-is, ma d Rebbi yiwen i’gellan !)

 

 

 

Publié par : youcefallioui | janvier 13, 2016

Langue amazighe officielle en Algérie ? Nous n’avons rien oublié…

PROJET DE LOI D’OFFICIALISATION DE LA LANGUE AMAZIGHE EN ALGERIE – ETAT DES LIEUX…
Iswi usaduf n tinesba n tmazight – Ansa i d-nekka…
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TAMAZIGHT TUNSIBT DI TMURT-IS.
La langue amazighe va enfin être officielle dans son pays : L’Algérie. Un peuple digne de ce nom doit se pencher sur son passé (Lâarc yeddan di temghwer, itallay ansi d-yekka !)

L’amazighe ou bien le tamazight est en passe de devenir langue nationale et officielle en Algérie. C’est du moins ce que prévoit un projet de loi du gouvernement algérien.
Beaucoup de questionnement se font jour. Mais, au-delà de la méfiance justifiée de beaucoup d’hommes et de femmes avertis, pour avoir été confrontés, comme nous tous, à une politique du gouvernement algérien qui n’a jamais caché ses véritables visées idéologiques arabo-islamiques ; au-delà des incertitudes et des circonspections, tout nous porte à rester vigilants. Cette position ne diminue en rien notre foi en un combat légitime pour notre langue, la langue première des Algériens. Nous restons confiants dans l’avenir ; car, comme dit encore cette pensée des Anciens : « Tous ceux qui se battent pour la vérité et la liberté de dire et de parler dans leur langue maternelle – le souffle du peuple – finissent par déboucher sur la victoire ».
Rendons hommage à ce grand homme qui, bien qu’arabisé, avait toujours revendiqué de son vivant son amazighité : la langue, la culture et l’histoire amazighes, Kateb Yacine.

« On croirait aujourd’hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu’au jour où je me suis perdu en Kabylie. Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route. Je lui ai parlé en arabe. Il m’a répondu en tamazight. Impossible de se comprendre. Ce dialogue de sourds m’a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j’aurais dû parler tamazight, la première langue du pays depuis les temps préhistoriques. » (Kateb Yacine, in Les ancêtres redoublent de férocité, Paris, Editions TNP, 1967).

Par conséquent, par-delà toutes les controverses que nous pouvons lire ici et là, nous ne pouvons nous priver de cette joie singulière qui nous vient du temps où nos mères et nos grands-mères nous abreuvaient tous les soirs – autour du magique kanoune – de contes merveilleux et de fables dont le dénouement heureux finit toujours par s’ouvrir, après de nombreuses brimades, humiliations et violences, sur un heureux dénouement ! Rappelez-vous la fable kabyle du chacal- qui se croyait rusé – qui défia l’âne pour une traversée du désert… Qu’avez répondu au chacal, l’âne modeste, intelligent et travailleur – l’animal préféré des Kabyles et du grand et immortel Matoub Lounès et de mon ami d’enfance Massine HAROUN – : « Laisse-moi juste effleurer l’eau de mes lèvres… ».
Par conséquent, quels que soient nos doutes et nos circonspections, nous disons aussi : « Laissez-nous seulement effleurer notre langue de nos lèvres… »

Le drame dialectique de l’Aliénation linguistique
Pour un rétablissement du champ sémantique
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Pensée amazighe de Kabylie
Akal kerz-it
Aleccac leqem-it
Iger ssew-it
Axxam herz-it
Aqcic rebb-it
Gma-k hader-it
Iles-ik seggem-it
Erfed w’ur nesâi ifadden
Ma d Rebbi, a-nef-as i medden !

La terre, laboure-là
L’arbre, greffe-le
Le champ, irrigue-le
La maison, protège-la
L’enfant, éduque-le
Ton frère, protège-le
Ta langue, arrange-la
Aide celui qui est démuni
Quant à Dieu, laisse-le tranquille (laisse-le aux gens !) !

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L’Afrique du Nord et le Maghreb dit « arabe » s’appelle Tamazgha. Comme son nom l’indique, Tamazgha est la patrie des Imazighen. De cet aphorisme découle la réalité suivante: Tamazgha est un pays « Sans nom universellement admis (1) ». De ce fait, nous avons pris l’habitude de lire un peu partout, à peu de choses près, ce qui suit : Les Imazighen, un peuple sans écriture, sans Histoire, sans Nation, sans territoire, sans langue universellement admise.» Les Imazighen sont donc réduits à l’état de fossiles tout justes bons à continuer de nourrir une littérature ethnographique et pseudo-intellectuelle souvent malveillante, de quoi justifier bien des jugements malhonnêtes, outranciers, racistes, « outrageux ou pour le moins équivoques (S. Chaker) ». Des Etats qui, par le présent, portent au mieux (et en arabe et en français seulement) le nom de leurs capitales. Des Etats indépendants qui continuent, aussi paradoxale que cela puisse paraître, d’entretenir cette situation d’intolérance en excluant (et en s’excluant de) leurs langues premières et donc de leurs origines amazighes.

Les Imazighen (« Hommes Libres ») qui n’ont de libre que le nom (et encore !), ont « trop d’anniversaires et pas assez de présent(3) », ou pas du tout. Exproprié de sa langue et par là de toutes ses autres réalités ou libertés quotidiennes, le peuple amazigh vit dans la peau de l’autre. Une peau qui le serre chaque jour davantage et qui finira par l’étouffer à jamais.

Les gouvernements de Tamazgha (Afrique du Nord) ne se disent pas Imazighen mais Arabes et uniquement Arabes. C’est un droit que nous leur aurions concédé sans peine, si par cet engagement politique, ils ne nous mettent pas dans une situation anormale et dangereuse car, nous ne pouvons nous affirmer en tant que tels sur la terre-même de nos ancêtres. Pour reprendre un dicton kabyle, « Nous sommes des exilés sur notre propre terre » (d-ighriben di tmurt nnegh) .

Pensée que jeunes et vieilles générations mâchent et remâchent pour lui donner chaque jour un sens nouveau : de la fatalité, on constate un passage à une affirmation, et de cette affirmation on passe à l’action pour ouvrir la porte d’une cause qui tend à devenir plus chère que la vie. En effet, beaucoup de jeunes Kabyles ont perdu leur vie car ils ont eu la malchance (ou le bonheur, selon certains) de naître Amazighophones, c’est-à-dire des Berbères non encore arabisés.

L’intolérance et l’autoritarisme, s’ils engendrent au premier stade la peur en faisant de la violence une loi, ils finissent toujours par provoquer aussi la colère qui conteste, soulève et déchire le système dont le souci est d’éliminer les mouvements et les renouvellements incessants d’appels à la liberté d’un pays ou d’une communauté ou d’un peuple – tel le peuple amazigh – depuis trop longtemps brimés. Lorsque le bon sens qui appelle à la liberté est brimé pour laisser place à l’intolérance, c’est souvent la violence qui instaure un langage plus sensé entre les hommes (1).

Depuis les indépendances des pays de Tamazgha, l’idéologie dominante arabo-islamique exerce un monopole sur la vie culturelle, intellectuelle et politique des pays de Tamazgha, considérés comme arabo-islamiques et uniquement comme tels.
L’appel d’air apporté par les indépendances n’est plus fondé sur les libertés fondamentales des hommes et des femmes, mais sur la censure et l’autoritarisme. Cette idéologie tourne le dos à toutes les valeurs d’universalité et de tolérance de l’Islam : l’arabo-islamisme officiel ne cache en fait qu’un arabisme virulent dont l’objectif avéré est d’imposer à l’Algérie, La Libye, le Maroc et la Tunisie et, par-delà Tamazgha à toute l’Afrique, des modèles culturels et politiques obscurantistes et despotiques, dont on observe des réalisations achevées dans le Moyen-Orient arabe, dont l’exemple phare est porté par l’Arabie Saoudite. Il est important de souligner que les puissances occidentales supporte activement et amicalement ces pays qui ont cultivé depuis toujours le salafisme, idéologie qui dénie toute autre réalité et existence sociologiques et culturelles que celles véhiculées par le wahabisme de l’Arabie Saoudite.
L’amitié des Occidentaux secondée par la sujétion des pays d’Afrique du Nord à la mouvance wahhabite ne laissent aucun champ de liberté et de vie au peuple autochtone d’Afrique du Nord, le peuple amazigh.

La langue amazighe et les Imazighen sont une réalité et une vérité niées. L’anormal et l’aberrant restent dans la réponse que chaque gouvernement de Tamazgha donne à la question de ces rapports qui lient hommes, langue et liberté de disposer de son environnement et de pouvoir en exploiter toutes les ressources naturelles qu’elles soient culturelles ou matérielles (comme les ressources minières ou pétrolières). En niant l’une – la langue amazighe –- les autres n’ont plus aucune liberté sur laquelle elles puissent mettre en avant leur soif d’existence : il ne leur reste plus qu’à se fondre dans le modèle culturel dominant et obcurantiste.

Mais les Imazighen ont aussi l’art de cultiver l’équivoque ; tout comme ceux qui ont trop subi l’acculturation, « laquelle réduit bien souvent l’individu au stade de l’animal domestique » (J.P. Sartre). Nous ne revendiquons notre culture qu’à demi-mot quand nous ne nous en prenions pas à nous-mêmes ! La peur, le manque de solidarité et d’union (magistralement analysés par le poète kabyle Lewnis Aït Menguellat) paralyse autant que l’intérêt matériel. Nous sommes restés au stade de l’opium, la carotte et le béton.
L’écartèlement que nous subissons depuis la nuit des temps ne semble pas sur le point de prendre fin. Aussi est-ce pour cela que « les hommes de parole, dans tous les sens du mot, ne doivent pas se taire devant les écrivances des bureaucrates toujours résumables en deux mots: impuissance et soumission (1).

Aliénation et fausse conscience chez les Kabyles…

Avant d’aller plus loin, citons notre ami Khalfa Mammeri : « Le mal kabyle vient d’abord des Kabyles eux-mêmes. Là est la source de leur faiblesse. »
« Tant que vous continuerez à dire des âneries comme « Grande Kabylie » et « Petite Kabylie » en lieu et place des « At Wadda » et des « At Oufella », il n’y a que les Arabes qui pourront faire quelque chose de positif pour vous car si vous en prenez exemple, vous serez unis comme eux… car restés à ce stade, tout ce qui émanera de vous sera plus destructeur que constructif… Sinon, comment le peuple kabyle pouvait-il être réduit au stade d’un peuple sans envergure ? Car vous parlez trop en français et vous oubliez le véritable sens de vos mots… Ughalet ar Teqvaylit ad awen-d tbin tafat… Akken qqaren zik-nni : Ma yella wawal yeffegh-it wasal, agdud hesseb-it am lmal ! »  Akken yella di tnewya-nnegh : « Yenna-yasen Bab Idurar : « A Tarwa n Tamawya ! A tarwa n Tamawya ! Akkwen Ig Ugellid Ameqqwran am tasaft tezdi ccetla : At Wadda d Ljedra, At Ufella d lghella, iten isdukklen d-izuran ! »  Dans nos croyances premières, il était dit dans le mythe « Le maître des montagnes et l’arbre de vie : « O enfants de Tamawya ! Que le Souverain Suprême fasse que vous soyez comme le chêne aux glands doux : Ceux d’En-Bas seront la souche, Ceux-d’En-Haut seront les fruits, les racines les uniront ! »(Mon père, Mohand Améziane Ouchivane).

C’est vrai, tous nos maux ne viennent pas de l’extérieur… Nous les engendrons nous-mêmes… Tous nos poètes ont déjà analysé ce problème… Mais, sommes-nous pour autant éveillés et prêts à changer nos comportements ? Le dicton ne dit-il pas : « Tixsi i-tt inghan d-idamen-is !? »

Chacun connaît bien l’apologue de l’olivier qui interroge la hache en train de le couper : « Que t’ai-je donc fait pour que tu me coupes ainsi ? » La hache lui répondit : « Ignore-tu donc que « La main » qui te coupe vient de toi !? » Nous savons tous ce que l’expression « Donner la main »(ifka afus) signifie dans notre langue…

La situation actuelle fait clairement apparaître que tant que nous aurons peur d’assumer nos culpabilités kabylo-kabyles – en expurgeant notre pensée des spéculations mensongères de l’ethnologie coloniale – nous n’arriverons jamais à donner le poids nécessaire aux implications politiques qu’engendre notre revendication culturelle et linguistique ; nous ne serions jamais à même capables d’assumer cette liberté que nous revendiquons à travers l’officialisation de notre langue, l’amazigh. Nous butons certes contre la violence dont font usage nos frères au pouvoir, (pas toujours arabisés, d’ailleurs !) ; mais ce n’est qu’en nous remettant d’abord en question que nous pourrons redoubler d’effort et de détermination pour arriver à faire comprendre et entendre raison à nos frères arabophones et « Kabyles de service » que notre lutte, pour nos droits culturels et linguistiques, est aussi la leur. Que nous « œuvrons » pour leur bien et pour le nôtre ; car la langue amazighe appartient à tous les Algériens et par-delà l’Algérie à tous les habitants d’Afrique du Nord, Tunisiens compris*.

« Le colonisé linguistique est souvent une personne désintéressée. Le colonisé linguistique est désintéressé en ce sens qu’il se désintéresse de sa propre langue et de sa propre culture comme de toutes les cultures à l’exception de la culture colonisatrice. Le colonisé linguistique est désintéressé en ce sens qu’il se met gratuitement au service de la langue dominante; c’est un colonisé volontaire puisqu’il va au-devant des exigences de la langue dominante colonisatrice et propose souvent, non seulement des renforcements massifs et intensifs de la langue dominante, mais l’exclusion de toutes les autres langues, y compris sa langue maternelle qui est réduite à l’état de langue facultative et d’apparat » (2)

Et en ce qui concerne l’amazigh, cette permission est fort limitée. Ainsi que ce soit au Maroc, en Algérie, en Tunisie et (dans le pire des cas) en Lybie, lorsqu’un berbérophone se présente devant un tribunal ou un bureau de police, il est tenu de parler en arabe dialectal (*). S’il ne le parle pas, il doit se faire assister par un interprète. D’où la nécessité aussi de reconnaître aux citoyens le droit de réponse dans leur langue (l’amazigh) lors des séances des tribunaux. Accepter que le tamazight investisse, comme avant la colonisation, tous les espaces publics.

Le berbérophone, ou plus exactement l’amazighophone, est ainsi infantilisé à tous les niveaux. Une infantilisation qui déforme la conscience linguistique quand elle ne provoque pas l’indignation, la colère et le dégoût : nous demeurons des mineurs qui grossissent les rangs de nos sœurs, les femmes du monde dit « arabe ». Car la condition de la femme n’est pas réductible à quelques problèmes qui la concerneraient elle-seule : elle nous renvoie l’image de notre conditionnement idéologique et culturel sous la bannière de l’islamisme. Et la fable d’un islamisme libérateur de la femme ne résiste guère à la confrontation de la réalité. L’émancipation des femmes ne saurait être garantie par un pouvoir qui invoque l’Islam comme critère fondamental de notre identité ; qui au nom de l’arabo-islamisme abolit le pluralisme culturel et étouffe les libertés que véhicule le respect de la langue autochtone qu’est la langue amazighe.

Selon un autre courant obscurantiste, les langues populaires s’opposeraient au langage de la religion, autre recours pour empêcher les hommes et les femmes et la culture du dominé de s’exprimer en faisant entendre un ordre culturel différent et dominateur (4). Cela fait donc plus d’un demi-siècle d’indépendance que nous espérions pouvoir dire à nos frères arabisés : « Pouvons-nous être Amazighs ? » Cette question lancinante de liberté ne commence à être entendue qu’à demi-oreille par nos frères qui ont perdu l’usage de la langue de leurs ancêtres, les Imazighen. Et ce n’est qu’au prix de 130 vies de jeunes massacrés par la gendarmerie algérienne que notre langue maternelle est enfin devenue « nationale ». Oui, nationale !
Il y a quelque temps, j’ai formulé cela à un ami suédois ; il a d’abord souri – car il n’avait pas compris pas le sens de ma phrase, avant de me dire : « Je pensais que la langue amazighe était la langue autochtone de l’Afrique du Nord… ».

J’ai dû lui expliquer qu’il fallait un certificat médical pour être dispensé de sport ; mais que pour fréquenter les cours de langue amazighe – qui est facultative – il faut l’autorisation des parents. Et si, pendant ce temps-là, l’enfant kabyle, préfère traîner dans la rue, il fait tout pour persuader ses parents – et, aliénation linguistique oblige, il suffit de peu ! – de ne pas lui fournir l’autorisation de fréquenter les cours de sa langue maternelle. J’ai dû m’y reprendre à trois reprises pour que mon ami – pourtant fin psycholinguiste – comprenne ! Il s’exclama alors : « C’est vraiment du Kafka à l’état réifiant ! »
« La culture au singulier (et la langue qui lui sert de support) devient une mystification politique. Bien plus, elle est mortifère. Elle menace la créativité (3). « Le langage ne cesse de devenir l’un des plus grands champs d’affrontements politiques de la vie quotidienne : c’est à ce niveau qu’il importe de lutter contre les mythes (de langue nationale unique) et de les détruire (7) ».

Nous sommes en plein dans le stade ultime de l’aliénation linguistique, la réification ; c’est-à-dire le point de non-retour à partir duquel un peuple autochtone glisse imperceptiblement vers sa mort. Car ses sujets ont tendance à ignorer que la langue fait le peuple et que lorsque sa langue se meurt, lui-même disparaît !

(*)- Je n’oublierai jamais la réaction de ces trois Tunisiens qui parlaient tamazight dans leur boutique à Tunis. Quand je me retournai pour leur dire que j’étais heureux de les entendre parler en tamazight ; le plus vieux d’entre eux – sans doute le père – me répondit en arabe en me disant gentiment : « Mon fils, si tu veux acheter quelque chose, sinon llah isahel aâl-ik ! »
(1)- GAUTIER (E.F.) Le passé de l’Afrique du Nord, op. cit.
(2)- ROUISSI, (M), Population et société au Maghreb », Cérès Productions, Tunis, 1977, p. 19.
(3)- DE CERTEAU,'(M), la Culture au pluriel, C. Bourgois éditeur, Paris, 1980, p. 20.
(*)- Révolte du printemps 1980 en Kabylie, appelée « Printemps berbère » (Tafsut Imazi$en).
————————–
(1)- De Certeau, La culture au pluriel, p. 25.
(2)- GOBARD, (H.), L’Aliénation linguistique, op. cit. p. 17.
(3)- GOBARD, op. cit. p. 166.
(4)- AKOUAOU (A.)- « Les études berbères au Maroc », in TAFSUT 1, p. 166.
(5)- CHERIFI (Hnifa), « Témoignage d’une femme algérienne berbère », in TAFSUT n°1, pp. 94-96.
(6)- DE CERTEAU, op. cit. p. 67.
(7) – DE CERTEAU, op. cit. p.36
—————————
(*)- C’est dans des cas analogues que l’arabe populaire détient le rôle d’intermédiaire accepté par le pouvoir.
Dans un article écrit en 1975, Yves Person remarquait déjà que 1’avenir des Kurdes en tant que peuple porteur d’une culture originale n’est pas assuré car ils seront sans doute confrontés à une politique d’arabisation, « même si, ajoutait-il, elle est moins systématique que celle qui vise à la disparition totale des Berbères en Afrique du Nord (in Le Nouvel Observateur du 14/04/1975).

URAWEN USEGGWASS AMAYNUT 2016/2966

I YEMDUKAL ANDA MA LLAN YAKW T-TMURT N

IMAZIGHEN

 

Une flamme dans le vent…

 

Si chacun de mes vœux pouvait être exaucé

Les fontaines taries seraient par deux lacs remplacées

La vieille grand-mère kabyle m’enverrait un habit

Un burnous tissé de soleil et de pluie

Pour bâton de sagesse, la forêt me donnerait

Alors que je cours le monde, mon pays me manquait

Et je vais ici et là dans le noir que je vois

Comme un pauvre chien de rue frissonne de froid

Je brise des liens qui me sont pourtant chers

Et dans le kanoune aussitôt flambe un feu clair

Je me sépare des miens, de ceux qui ne reviennent

J’ai oublié mes champs, mes vallées et mes plaines

Je m’en vais au loin, là où je vais pâtir

J’entends ma douce mère, je l’entends encore me dire

Tu t’en vas et tu fuis comme un bateau sur les flots

Jamais tu ne reviendras, sinon à travers mes mots

Qu’importe ce que l’on dira, tu es fier comme avant

Tu feras de tes vœux une flamme dans le vent !

URAWEN USEGGWASS AMAYNUT 2016/2966

I Vussaâd Berrichi yakw d wid i d-ifkan urawen-nsen

 Pour certains ami(e)s qui sont en Kabylie, le message par portable ne passe pas… Veuillez trouver ici toutes mes excuses.

 

 

Publié par : youcefallioui | décembre 18, 2015

AGRAW… au temps des Imusnawen – La parole et l’Assemblée

Couverture - AmusnawPensée Kabyle : Awal yessirid wayed –
« Toute parole qui manque de sens peut être lavée par d’autres mots. »

Reprendre ce texte me semblait nécessaire à plus d’un titre… Evacuer les quelques coquilles que les lecteurs m’ont déjà signalées ; simplifier les phrases et les expressions auxquelles les lecteurs ne sont plus habitués ; expliquer davantage les points d’ombre que présente le texte original. Tous ces « allègements » ne sont nécessaires que pour une raison principale : montrer – à l’exemple d’un Raymond QUENEAU pour la langue française – que la langue kabyle recèle de grandes facultés d’adaptation et d’adhésion à « tout sens de langage ambigu venu d’ailleurs » (J. Gabel) pour appréhender de mille et une façons un texte qui peut être difficile tant du point de vue grammatical, lexical ou prosodique .
C’est donc pour rendre ce texte plus accessible pour tous que cette nouvelle édition m’a parue nécessaire. J’espère ainsi avoir tenu compte des remarques de celles et ceux qui avaient lu la première version.
« Nous constatons alors qu’une traduction n’a de sens que si
le traducteur pense à obtenir, autant que faire se peut, le
fidèle enracinement qui lie la langue cible à sa société, à ses
usagers. Un peu comme dans le dicton ancien qui dit : « La
racine suit la tige » (Azar yettabaâ tara), sous peine de n’être
reconnue par personne et de connaître le même
anéantissement – que nous avait imposé l’école française
pendant la colonisation –, la langue amazighe doit d’abord et
avant tout suivre la société et le peuple où elle a pris racine.
Les anciens Kabyles utilisaient un dicton qui synthétise et
stigmatise l’aliénation linguistique : « Qui a une langue se
sent plus en sécurité ! » (Win isâan iles yetwennes !)
Ma sage maman disait : « La lumière de l’enfant, c’est sa
langue maternelle. » Sans doute qu’elle se rappelait le jour de
septembre 1961 où je revins de l’école… les mains
ensanglantées pour avoir osé parler en kabyle. (p. 118, in la première version : Amsayer).

AGRAW… au temps des Imusnawen

Mon père disait : « Un mot (malheureux) peut être lavé par un autre mot (sensé) » (Awal yessirid wayed).
C’est en pendant aux enseignements de mon père – Mohand Améziane Ouchivane – que j’ai pensé redonner une autre version du texte de Khalil GIBRAN : Le Prophète (The Prophet).
Paru la première fois avec le titre de Amsayer (Le Prophète), la nouvelle édition porte un nouveau titre : Amusnaw (Le Sage). Et ceux et celles qui ont connu mon père savent ô combien ce titre lui sied à merveille…

C’est une version dont j’ai clôturé chaque chapitre par une pensée de mon père. C’est aussi une version que j’ai voulue plus légère : en apportant un maximum d’éclaircissements lexicaux et textuels pour que le lecteur puisse pénétrer et comprendre toutes les nuances de ce texte dont la richesse n’est plus à démontrer.
C’est une version qui, à l’instar d’un Raymond QUENEAU, montre que notre langue – Taqvaylit – peut s’adapter à plusieurs niveaux de traductions. « Du degré zéro », de Roland BARTHES au degré sapiential de Mouloud MAMMERI selon le Cheikh Mohand Ou-Lhocine.
Pensées que mon père attribuait au sien, mon grand-père Mohand Achivane :
1 – Yal tamurt s wudmawen-is, ma d Rebbi yiwen i’gellan ! (Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même !)
2 – Axxam herz-it !
Aqcic rebb-it !
Gma-k hader-it !
Iger essew-it !
Erfed w’ur nesi ifadden, ma d Rebbi anef-as i medden !

Ta maison, protège-la !
Ton enfant, éduque-le !
Ton frère, prends-en soin !
Ton champ, irrigue-le !
Aide celui qui est démuni ; quant à Dieu, laisse-le aux autres !

Anecdote racontée par l’Amusnaw Mohand Qasi At Bujemâa (Dda Muhend Qasi) :
Awal ibexsen, yessirid-it wawal iggerzen – Un mot malheureux peut être lavé par un mot admirable.
« Mohand Ichaddiwen, dans un excès de colère, lâcha en cours d’Assemblée : « Cette Assemblée manque de discernement ! » (Agraw-agi ixuss deg’wasal !)
Mohand Achivane (mon grand-père) lui répondit : « Xas twaladh ixuss Wegraw-agi, a Muhend Ichaddiwen, kecci nessen-ik ur t-xussed ara ; tzeggdhedh-d kan deg’wmeslay ! » (Mon cher Mohand des Ichaddiwen, même si cette Assemblée te semble manquer de discernement ; toi, nous te savons plein de sagesse ; tu as juste ajouté un mot de trop ! »
Et, comme cela arrivait souvent à l’époque où les hommes et les femmes se mesuraient au degré de leur sagesse, pour se faire « pardonner », Mohand Ichaddiwen dit alors ce poème :
D-iles-iw i d-yeggwin lada
Buddegh-as lmus a-t yegzem !
Kulci i teddu s lehdada
Tejja-yi tmusni ger irgazen
Ar yidma s’kr’illan da
Nettwasser s wudmawen-nwen !

C’est ma langue qui a jeté l’opprobre
Elle mérite d’être coupée au couteau !
Toute chose a besoin de retenue
La sagesse m’a laissé nu entre les hommes
J’implore les sages de cette Assemblée
Et que le pardon me soit concédé !

Les anciens Kabyles disaient aussi : « Awal yessefsay uzal » (Le mot peut faire fondre le fer) ; « Bu yiles, medden akw ynes » (Qui a l’éloquence a tout le monde à lui : diction cher à Dda Lmulud) ; « Bu-yiles izmer ad itedh taseda ! » (Qui a l’éloquence peut boire le lait de la lionne !)
J’ai recensé près de 40 proverbes et pensées sur « la parole » (Ameslay) ou « le mot » (Awal). Car dans la langue kabyle, la nuance entre les deux termes est très ténue.
Ameslay deg’s awal, awal ibennu ameslay (La parole est faite de mot, le mot construit la parole).
– Alors si vous voulez faire un cadeau de fin d’année ou de nouvel an… Offrez un livre !
– Dgha, ma yella tebgham a-t gem asefk n yixf useggwass nagh n useggwas amaynut… Ssifket adlis !
Win isâan iles yetwennes !
Qui a une langue se sent en sécurité !

Publié par : youcefallioui | décembre 18, 2015

Couverture Amusnaw

Publié par : youcefallioui | novembre 21, 2015

L’économie, l’homme et la liberté… Daniel Cohen sur Awal – BRTV

L’économie, l’homme et la liberté… Selon Daniel COHEN
(Ablalas, amdan d tillelli, sghur Daniel COHEN)

A travers son émission AWAL sur BRTV, le professeur Hafid ADNANI nous offre une fois de plus deux heures de réflexion. Consacrée aux Sciences économiques, l’émission nous livre la pensée d’un professeur d’économie de talent dont la réflexion, empreinte de philosophie et d’humanisme, dépasse la simple vision économiciste à laquelle nous avaient habitués bon nombre d’économiste. Une vision qui oscille souvent entre un étalage de chiffres suivant de constatations dérisoires et tardives qui ne présentent aucun intérêt pour ceux et celles qui veulent comprendre un peu plus sur les méandres de l’économie.
Daniel COHEN semble avoir échappé à cette vision vieillotte de la doxa économiste en apportant une vision à la fois philosophique et humaniste du développement – lui parle de croissance – économique.
Dans son dernier ouvrage au titre fort éloquent « Le monde est clos et le désir infini », il nous offre une réflexion qui rejoint subtilement celle qui a été développé par un éminent prédécesseur qui nous avait offert les véritables clés de la compréhension de l’économie telle qu’elle devrait être enseignée et portée à la connaissance de tout un chacun.
Daniel Cohen a ce mérite d’être clair dans sa vision et son discours économiques, même lorsqu’il s’agit d’aspects abscons (ruptures) dont les répercussions trouvent leur « fondement » et leurs explications dans le politique et les phénomènes ou retentissements au niveau social. Nous avons déjà lu et également perçu cette avance sur les idées (économiques) chez l’économiste Y. Bresson (cf. Le revenu d’existence ou la métamorphose de l’être social).
Ce que je retiens est la clarté du discours économique de Daniel COHEN . A tous égards, il est également proche de cette liberté de voir et de mieux comprendre les desseins de la croissance économique du grand économiste Amartya Sen, professeur au Trinity College de Cambridge et prix Nobel d’économie en 1998.
Malgré quelques chiffres qui sont davantage des constatations ludiques pour mettre l’auditeur et le lecteur dans « le bain économique » et au-delà de la vision Keynésienne, Daniel Cohen s’était employé à nous livrer dans une clarté sans faille ce qui nous anime. La consommation est son objet – à consommer – est devenu un objet de désir qui anime L’Homo economicus (un titre de l’un de ses nombreux ouvrages) nous mène vers un horizon où la relation sociale va se tendre et se crisper pour mener les hommes et le monde dans un monde où la violence s’imposera encore davantage au détriment du plus faible… Et c’est aussi là que Daniel COHEN nous offre une autre vision psychosociologique – qui fait de son champ économique, sans doute aussi étendu que celui de Serge Latouche et d’Amartya SEN – où les crispations du moment vont tendre vers l’instauration d’une violence qu’il explique par la théorie (le mot est de moi) du bouc émissaire… engendré par le capitalisme (D. Cohen n’utilise quasiment jamais ce mot).
Il nous explique alors comment le monde entre dans ces champs psychosociologiques en mettant l’accent sur le repli sur soi dans une société qui, par la force des choses économiques, finira par provoquer la segmentation de la société… Une approche, que d’aucuns vont considérer comme simpliste, alors qu’elle nous offre (au contraire !) les éclaircissements de l’effondrement des classes sociales. L’exégèse est claire à travers une classe moyenne fuyante dont l’affaissement sera l’une des causes, sinon la principale cause qui conduirait à tous les extrêmes d’un point de vue social et psychologique.
Daniel COHEN nous avait déjà apporté certains éclaircissements dans deux de ces précédents ouvrages : « Richesse du monde et pauvreté des Nations » et « Nos temps modernes » dont il rappelle encore une fois de façon ludique, ce qu’il appelle « La féodalité moderne du constructeur automobile Ford ; et le film « Le temps modernes » (Flammarion) de Charlie CHAPLIN ou Charlot. Il ne manque qu’un pas pour que nous soyons plongés dans une théorie purement marxiste de l’économie ! C’est réconfortant ! Car nous ne sommes pas loin de la vision économique marquée de Y. Bresson qui va jusqu’à faire le procès du capitalisme qui se construit sur une grande partie de la perte de dignité et de la déchéance de de l’homme (Y. Bresson, in Revenu d’existence et solidarité).
Dans son ouvrage « La prospérité du vice », un chef-d’œuvre littéraire et philosophique !, D. Cohen nous invite à comprendre ce que sont « Les infortunes de la prospérité », concepts et représentations que nous retrouvons en filigrane dans « Un nouveau modèle économique » d’A. Sen. (Odile Jacob, 2013).
Daniel COHEN nous offre toutes les clés pour ouvrir les portes de « ce monde clos ». A ce titre et à bien d’autres – notamment la clarté de son discours et sa vision humaniste et philosophique. Si l’idée de Keynes est de comprendre l’économie à partir des passions humaines, il est important d’en saisir quelques rouages.
Le discours de Daniel Cohen est de se poser en « monsieur qui ne connaît rien », dans un rôle de néophyte pour apporter des éclaircissements sur l’état du monde au triple niveau économique, philosophique et psychosociologique. C’est certes là une envergure intellectuelle qui mérite d’être saluée ; du moins pour ce que j’ai pour comprendre.
C’est pour toutes ces raisons « économiques » que la raison et l’entendement humains ne comprennent pas toujours que je vous invite à écouter attentivement :
L’émission Awal de Hafid ADNANI (BRTV) consacré à cet économiste de talent qu’est Daniel COHEN.

PS : Je ne peux pas vous soumettre la vidéo de l’entretien : elle a été supprimée du compte de Youtube-associé. C’est bien dommage !

 

 

 ASSOCIATION BERBERE TAFERKA MONTREUIL

CONFERENCE-DEBAT

L’association Berbère TAFERKA organise une conférence-débat avec

le Dr Youcef Allioui,

autour de son dernier ouvrage intitulé :

« La langue et la mémoire »

« Tameslayt D Wasal »

Editions bilingue berbère-français. L’Harmattan

Samedi 31 octobre 2015 à 14 h 30

 Entrée libre – un pot d’amitié sera offert

 Au 60 rue Franklin, métro Mairie de Montreuil

Tél. : 06 23 01 53 62

Association régie par la loi du 01 juillet 1901, déclarée à la préfecture de la seine saint Denis sous le n° w931002121.Adresse: 49, bis avenue de la Resistance-93100 Montreuil .site : www.taferka.fr – E-mail :berberetaferka@yhaoo.fr

 

 CONFERENCE ET PRESENTATION

DE L’OUVRAGE

La langue et la mémoire – Tameslayt D wasal

ARGUMENTS

« Une seule braise éclaire la maison – L’énigme » (Yiwet tirgit teccur axxam – TamsaԐreqt)

« Un grain qui appelle et surgit une merveille – L’énigme » (Yessawel uâeqqa, teffegh-d tbaqa – – TamsaԐreqt)

Mohand Améziane Ouchivane, mon père  : « Une énigme est semblable au papillon qui se pose sur une fleur au printemps » (Tamsaâreqt am ufertetu yersen af ujeggig di tefsut.)

 Le philosophe et psychosociologue de l’aliénation Joseph GABEL : « Il y a quelque part des traces linguistiques d’une intense perspicacité chez d’autres peuples autochtones semblables au peuple berbère… Des traces d’une immensité première, vivifiantes à souhait et porteuses d’un sens profond qui plonge ses racines dans l’histoire de l’humanité. C’est ce que les Berbères devraient attiser et se garder d’oublier – comme ces contes et ces énigmes venus des premiers âges où, probablement, vos ancêtres régnaient encore sur l’Egypte ancienne – sous peine de disparaître comme bon nombre de peuples premiers. »

Un peuple sans culture ne peut aspirer à une vie décente ni à la prise en main de son avenir. Mon père exagérait sans doute quand il me disait : « Un seul conte kabyle vaut tous les livres du monde (Yiwet tmacahutt nnegh tif yakw tiktabin n ddunnit !)

Ce n’est qu’en prenant de l’âge et après avoir travaillé – pendant de longues années dans de centres de recherches – que j’ai pu comprendre un tant soit où mon vieux père voulait situer le débat : un conte dit (et écrit) dans notre langue signifie que le peuple amazigh est encore et sera à jamais de ce monde… Il avait senti que les peuples premiers et autochtones (At-tmurt, comme disaient les anciens Kabyles) disparaissaient imperceptiblement devant l’indifférence et la satisfaction des modèles dominants et glottophages.

Roland Barthes disait à juste titre : « Voler son langage à un homme au nom même du langage, tous les meurtres légaux commencent par là. »

Je l’avais très vite compris quand à je fis mon entrée à l’école française à l’âge de 11 ans : Je fus violemment frappé à la fois par l’instituteur français et l’instituteur arabe pour la même raison : J’avais osé parler en kabyle à l’école !

Avec l’officialisation prochaine de notre langue en Algérie et partout en Tamazgha terre des Imazighen, notre espoir et notre détermination s’inscrivent dans un avenir proche où les contes, le joutes oratoires, la poésie, les énigmes, les comptines ainsi que tous les pans de notre littérature orale – dans un souffle nouveau – soient repris soit repris dans toutes les écoles de Tamazgha. 

De l’utilisation des énigmes à des fins pédagogiques

Résumé de ces recommandations (cf. Conclusion du livre).

Pour qu’ils puissent participer pleinement au jeu, l’élève, l’auditeur et le téléspectateur ont besoin de plus de précisions et des règles de transmissions instaurées par les Anciens. Ce sont ces règles que je me fais un devoir d’exposer et d’expliciter dans tous mes ouvrages et notamment ceux qui traitent des énigmes :

1 – Quelles sont les modalités de création des énigmes et des devinettes ?

2 – Quelle différence y a-t-il entre énigme et devinette ?

3 – Quelles sont les règles qui président au jeu des énigmes ?

4 – Quelles sont la structure et la morphologie qui dominent dans la « langue particulière » des énigmes : utilisation d’hapax, d’une morphosyntaxe malaisée, d’expressions idiomatiques et polysémiques, de dictons et des maximes détournés au bénéfice des énigmes, des incipits tirés de proverbes, de contes et de mythes.

5 – Expliquer la portée polysynthétique ou incorporative  de la langue kabyle ainsi que le génie linguistique des Anciens qui se jouent, par exemple, des géminées, comme dans l’énigme suivante :

« C’est dans le trèfle que j’ai trouvé son nom – L’hyène. » (Deg iffis i yufi isem-is – Ifis.)

Le rôle pédagogique porté par tous les pans de notre littérature orale nous donne aussi vers la fonction symbolique qui caractérise davantage encore le message et la forme littéraire de l’énigme. Une fonction symbolique où le non-dit, le sens caché, est révélé à travers les images et les symboles d’un monde, d’une pensée synthétique voire holistique plutôt qu’individualiste et analytique. La voie holistique voit toutes les choses et tous les êtres vivants comme liés. Cette approche ne sépare pas l’élément du tout, l’individu du groupe ou l’homme de la nature. Aussi, ce qui me paraît digne d’intérêt, c’est l’importance accordée par les anciens Kabyles à l’environnement et à la nature. Les éléments qui les composent sont considérés de façon quasi religieuse ou ordalique.

La fonction psychologique : au plus haut de l’échelle de la sagesse, tout comme pendant les rencontres de « gens ordinaires », il est possible d’entrer de pleine conscience (taguri di wasal) dans ce niveau caché où le message s’adresse parfois au plus profond de chacun. Le lecteur ne manquera pas de relever la fonction historique – à laquelle nous avions déjà fait allusion à plusieurs reprises – à travers le jeu magnifique des énigmes qui a aussi et surtout une fonction de divertissement sans laquelle les autres fonctions n’auraient probablement pas existé, ou à tout le moins n’auraient pas eu le poids de cette universalité que l’on retrouve à travers la littérature orale.

Cette littérature d’une richesse extraordinaire, laissée pour compte en Afrique du Nord est pourtant mise en valeur un peu partout dans le monde éducatif occidental. Il est impossible d’entrer dans une école – du stade maternel à celui de l’Université – sans que l’on soit interpellé par l’intérêt qui est porté à cette littérature qui fait partie du patrimoine immatériel de l’humanité.

Si seulement cela pouvait encourager les Imazighen en général et les Kabyles en particulier à s’emparer de ce trésor légué par les ancêtres afin qu’il ne tombe pas dans l’oubli.

Aujourd’hui que les Anciens nous ont tous quittés, la transmission vécue n’existe plus. Il ­nous reste la transmission orale pour peu d’années­ encore, tant il est vrai que lorsque la première ­s’arrête, la seconde, à son tour, ne tarde pas à disparaître. Car une civilisation est d’abord vécue ­avant d’être pensée et transmise sous forme d’énigmes, ­d’adages, de maximes, de contes, de mythes, de proverbes et­ d’axiomes percutants ou « porteurs » pour empêcher le temps et les ignorants de l’emporter sur ce que l’humanité à d’universel. Qu’on ne s’y trompe pas, une langue meurt quand plus ­personne ne la parle et ne la transmet. Notre devoir est de préserver la nôtre, en butte aux hostilités de l’idéologie culturelle dominante. Ce n’est ­qu’ainsi que nous pouvons témoigner aux générations ­futures notre soif de vouloir servir toute l’Humanité.

La littérature orale, qui véhicule l’ensemble des connaissances sur le monde, la nature et la société – l’Homme amazigh et sa pensée – peut contribuer à l’éveil de la conscience d’un peuple, tout particulièrement lorsqu’il s’agit d’un peuple opprimé, comme le peuple berbère/amazigh. Cet éveil passe notamment par la recouvrance et l’exaltation de sa langue maternelle grâce à l’assignation d’une dimension universelle faite à la littérature orale traditionnelle autochtone qui tient ses racines d’une civilisation amazighe millénaire.

Youcef ALLIOUI

Publié par : youcefallioui | octobre 14, 2015

Chérif AHMED-CHAOUCH ou la lumière de l’esprit.

Chérif AHMED-CHAOUCH ou la lumière de l’esprit.

 

Je viens de voir une exposition d’un peintre algérien que je découvre avec une satisfaction et une joie que je ne saurai taire, c’est pour cela que je souhaite la partager avec ma famille, mes amis et tous les autres, qu’ils soient de ce beau ciel d’Algérie ou d’ailleurs. Car, comme me disait ma défunte grand-mère Ferroudja « Tayedjert » : « Le ciel réunit tous les hommes et les femmes qui aiment le soleil, la lune et les étoiles… car en chacun de nous, il y a une étoile qui brille… »

Chez Chérif AHMED-CHAOUCH, c’est un peu ce que j’ai ressenti en regardant ses toiles… Un mystère dans la lumière et la profondeur de l’œuvre que je retrouve dans ce ciel de ma grand-mère Ferroudja… Alors, je n’ai pu m’empêcher de ressentir un soulagement devant toutes les barbaries que le monde et l’humanité vivent actuellement.

Tout comme moi, vous quitterez la grisaille pour entrer dans un monde qui vous invitera à faire un beau voyage où la couleur peint le corps et l’esprit.

Tout comme moi, vous entendrez les murs qui parlent et qui vous invitent au voyage d’un imaginaire que l’on peut toucher non pas du doigt mais de l’âme et du cœur. Les couleurs vous porteront dans une contrée où tous les bonheurs sont possibles ; vous y goûterez les saveurs d’une recherche qui n’a d’objectif que celui d’un instant de paix et sérénité que vous verrez à travers chacune de ses toiles…

L’une de mes arrières grands-mères – Awicha des Ijaâd Ibouziden – avait dit un jour à l’un de mes grands oncles – Yahia des Ijaâd – qui lui reprochait de faire trop veiller les enfants en leur racontant des histoires : « Ô Yahia des Ijâad ! Les enfants ont autant besoin de contes que de couscous ! »

 

Vous verrez des toiles qui vous rappelleront sans doute quelque chose ou quelqu’un… Une grand-mère ou un grand-père, une mère ou un père, un frère ou une soeur, un ami ou une amie, dont vous entendez encore la sonorité des mots bien qu’ils soient loin de vous ou partis depuis déjà fort longtemps… Ce sont des sonorités que seule la culture sous toutes ses formes sait faire teinter en faisant abstraction du temps qui passe… Seule la culture fait qu’un peuple vit pleinement son histoire et son combat face à tous les destins, fussent-ils sombres et sans lumières.

Devant chaque toile, vous vous sentirez rêver en cherchant à déceler le grain magique qui fait d’elle une étoffe de vie suspendue au mur afin que vous soyez pénétré par la plénitude d’un peintre qui déploie son talent pour que vous éprouviez un certain bonheur à vous dire : « J’aurais aimé être un peintre ! Ou peut-être un musicien ! Ou peut-être un écrivain ! Ou peut-être… quoi déjà ? Le monde des peut-être est celui de l’enfance qui rattache l’homme et la femme à ce qu’ils ont de meilleurs en eux.

Vous éprouverez une certaine légèreté et esquisserez un sourire quand Chérif AHMED-CHAOUCH vous ouvrira grandement les portes d’un univers où tous les bonheurs sont permis… Votre enfance rejaillira alors dans ce qu’elle a de plus prometteur… Il faut que je fasse quelque chose moi aussi qui puisse éveiller en moi et chez les autres ce sentiment de liberté qui manque tant au monde et surtout à ce pays que nous aimons tant, cette terre berbère où nous avions pris racines, l’Algérie…

Faites un petit tour à la Sorbonne et vous ne le regretterez point… Vous verrez chez ce peintre du beau et de l’harmonie qui éveilleront en vous la force de l’âme et de l’esprit où chacun de nous porte son Algérie des Lumières dans un Univers où la pensée humaine s’est débarrassée de toutes les fioritures et de toutes les aliénations.

 

Suivez le lien et vous serez guidé pas à pas :

http://cherifac.pagesperso-orange.fr/artiste.htm

Chérif AHMED-CHAOUCH

Né en 1949 à Tébessa en Algérie, arrivé en France en 1966 après des études secondaires en Algérie, j’ai entrepris une formation dans les arts graphiques au lycée technique de Reims.

C’est un apprentissage consacré aux divers métiers de l’imprimerie. J’ai obtenu le CAP d’imprimeur.

Mon admiration pour Rembrandt, Michel Ange, mais aussi Racim, le miniaturiste a suscité ma passion pour l’art et en particulier les métiers d’art.
Parallèlement à ma carrière professionnelle, j’ai entrepris, en cours du soir, une formation artistique : J’ai travaillé le dessin, la peinture, la gravure.

J’ai souhaité aller plus loin dans l’art, avec l’initiation à la peinture sur soie, la réalisation de masques de théâtre, la poterie… et je découvre la technique de la laque chinoise à l’école de dessin supérieur de la ville de Paris.

Aujourd’hui, mes créations artistiques sont uniquement réalisées avec cette technique, dont j’ai gardé la tradition ancestrale.

Une recherche intense dans le domaine des couleurs et des oxydations sur des matériaux tels que les feuilles d’argent et de cuivre, me permettent d’obtenir des effets de transparence et surtout de profondeur sur les tableaux.

Mes créations sont inspirées de mes origines et de nombreux symboles sont présents : la Croix du Sud, la Khamsa, l’écriture, un coucher de soleil sur le Hoggar…

Ma démarche artistique permet de marier l’audace du peintre, mêlée à la dorure et au vernis, donnant à l’œuvre une éclatante luminosité.

Publié par : youcefallioui | octobre 13, 2015

2084 – Boualem SANSAL ou le combattant contre la fausse conscience.

Emission Awal – BRTV – Hafid ADNANI

Cher ami Hafid,

Je commencerai par te dire : Bravo !!!! J’ai écouté par trois fois ton entretien avec Boualem SANSAL. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut faire parler (pour que les autres puissent l’écouter) un écrivain de cette hauteur et de cette qualité ! Je venais juste de terminer de lire son dernier livre : 2084, ouvrage monumental qui a fait l’objet de ton entretien (sur BRTV) avec l’auteur.

 

Je l’ai également écouté lors de son passage sur France Inter. J’ai été fort déçu de l’accueil qui lui a été fait par les lecteurs « officiels » de « La librairie francophone ». Une certaine incompréhension de ces lecteurs et lectrices m’a un peu heurté ! Tu as su rétablir l’œuvre dans ce qu’elle recèle de majestueux et de grandiose, encore une fois : Bravo et merci !

 

J’ai lu tous les autres livres de Boualem SANSAL qui sont d’un apport immense tant du point de vue littéraire que psychosociologique et historique. Je recommande notamment le « Petit éloge de la mémoire » (2 euros !!) où l’auteur rend un hommage saisissant à ses ancêtres les Imazighen. C’est réconfortant de lire un grand monsieur comme Sansal. J’ai également lu « Le village allemand » où il est question de la Shoah.

C’est donc lui, bien avant Anouar Benmalek, qui avait traité du sujet d’une façon saisissante et autrement plus singulière…

Dans « Le village allemand », Boualem SANSAL l’a traité de façon magistrale en liant l’histoire de l’Algérie à celle de la Shoah.

Boualem SANSAL demeure, à mes yeux, l’écrivain algérien qui a su faire entrer, à travers son œuvre magistrale, L’Algérie dans un univers des « Chasseurs de lumière ». Sa façon d’écrire surprend par la richesse de sa réflexion qui est simple et limpide, à la portée de tous, qui s’éloigne du haut niveau d’abstraction dont certains auteurs algériens aiment se gargariser.

 Il serait trop long ici de dire tout ce que je ressens en lisant ce grand homme qui possède une plume qui n’a d’égal que son courage et sa détermination face à toutes les réifications. C’est cela-même, 2084 est un roman profondément philosophique qui traite de la réification : le stade ultime de toutes les aliénations.

Avec 2084, le lecteur averti se retrouvera dans un monde en ruines vertigineuses, que l’auteur nous demande de participer à sa sauvegarde… loin de beaucoup d’autres œuvres qui regorgent de ce que les spécialistes de l’aliénation appellent la « pseudologie » : Les limites du vrai et du faux comme celles de la raison et de la folie sont effacées, tout comme celles du Moi et du Monde. Cette confusion dans les répères humains empreints d’ingrédients de paix et de civilisation est encore une forme morbide de la fausse conscience.

Boualem SANSAL demeure dans l’essentiel de ce qu’un amoureux de la littérature – qui porte sur tous les sujets et notamment sur les malheurs du monde – peut espérer. Et de l’espoir, malgré la noirceur des événements et des hommes traités dans son œuvre, il le sème à travers toutes les pages, pourvu que les lecteurs, que nous sommes, puissions comprendre et nous saisir d’une réalité qui ne demande qu’aux hommes et aux femmes de ne pas reculer devant la barbarie et la monstruosité des inclinaisons meurtrières dictées par la fausse conscience des systèmes totalitaires qui veulent réduire l’âme humaine – riche et pleine d’amour – à un tronc sans vie. A travers les pages de 2084, Boualem SANSAL montre un monde réifiant où la pseudologie et la réification peuvent gangréner la terre dans un détraquement qui n’est pas fortuit, mais dans les symptômes  proviennent d’une certaine anonymographie où tous les mensonges – soutenant la haine et la barbarie – sont permis.

Tout est résumé en la page 271

Faut-il pour autant accepter ce monde barbare, inhumain et sans lumière ? L’histoire nous a montré que les hommes ne sont pas à leurs premiers actes barbares… L’histoire ne fait que se renouveler dans l’effroi de génocides où les mots manquent pour décrire toutes les horreurs dont les hommes peuvent se montrer capables… Jusqu’à ce que les Justes réagissent et se lèvent comme un seul homme, comme une seule femme – pareils à des chasseurs de lumière – pour rétablir le soleil vivifiant à travers lequel l’œil humain a besoin de porter l’amour et le respect de son prochain pour vivre en paix en ce bas monde… en vérité le seul paradis qui est offert à l’humanité. Comme disaient les anciens Kabyles : « Tu auras beau durer ô nuit, la lumière finira toujours par jaillir de tes ténèbres ! » (Akken tebghud ghezzifed a yid ; ulaqrar a d-tbin tafat !)

Tant et si bien que « Le serment des barbares » ne sera jamais celui qui s’imposera aux hommes et aux femmes de bonne volonté qui croient qu’il n’y a rien dans Dieu qui puisse excuser la barbarie !

Voilà ma réflexion bien rapide et sans aucun doute incomplète !

Ar tufat, lehna tafat !

Voici Le Programme et les Modalités d’Inscription à

 » La 18ème Journée Annuelle de la

Petite Enfance à l’Adolescence « 

Marseille

Parc Chanot – Palais des Congrès

Vendredi 4 décembre 2015

 » l’attachement… trait d’union, trait de fracture « 

…« Est-il retraite plus douce

Qu’un sein de mère, et quel abri

Recueille avec moins de secousse

Un cœur fragile endolori ? »

René-Françoise Sully-Prudhomme

  

Parler d’attachement c’est parler du sentiment de sécurité mais aussi des situations pouvant engendrer des difficultés d’attachement, des troubles de l’attachement comme l’abandon, la négligence, la séparation, la maltraitance.

C’est à John Bowlby, dans les années 50, que nous devons la théorie de l’attachement. Il propose le terme d’attachement pour désigner le lien, si particulier si caractéristique qui se met en place dès la naissance entre le nouveau-né et la figure d’attachement dont la plus fréquente est celui de sa mère.

L’attachement à cette figure maternelle est la base de sécurité de l’enfant et va lui permettre une exploration sécurisante de son environnement.

La figure maternelle, que l’enfant choisit au départ, peut être sa mère, une tante, le père ou tout autre personne caregiver c’est-à-dire celui ou celle qui lui donne les soins, qui s’occupe de lui, qui fait attention à lui.

Un peu plus tard Mary Ainsworth identifie 3 modèles d’attachement.

–          Secure : l’enfant montre son mécontentement lors de la séparation et sa joie lorsque la figure d’attachement, le plus souvent sa mère, revient. La mise en place de la parole avec la figure d’attachement secure est un sentiment de totale quiétude.

–           Insecure évitant : l’enfant parait indifférent à la séparation et ne cherche pas le contact au retour de sa mère.

–           Insecure ambivalent : au retour de la mère l’enfant a un comportement qui mélange détresse et rejet du contact.

En 1985 Main propose une autre catégorie :

–           Insecure désorganisée : l’enfant reste dans une profonde angoisse et sa mère ne peut soulager sa détresse.

Il est important de réfléchir sur le pourquoi et le comment de l’attachement qui est la base de toutes relations car, comme l’a dit Boris Cyrulnik dans une émission à la TV canadienne (l’encyclopédie de la création) « Un enfant sans attachement n’a aucune chance de se développer, il flotte, il erre, il n’a pas de valeurs dans sa vie, ça ou autre chose, debout ou assis, mort ou vivant, ça n’a pas d’importance. »

S’interroger aussi sur les conséquences des attachement multiples, quelle place pour le père, les nouvelles familles et les niveaux d’attachement, le processus d’attachement de l’animal à l’enfant qui résulte de la phase sensible de familiarisation, la rupture du lien, l’angoisse de séparation et le sentiment d’abandon, le contexte culturel, l’attachement et les structures d’accueil, le déni familial, le deuil, les maladies graves… autant de questionnements qui vont certainement trouver réponse tout au long de cette 18ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l’Adolescence.

Françoise-Flore COLLARD

Présidente de « Couleur d’Enfants »

1 ) Le Programme de La Journée :

de 8h45 à 17h

NB : Les horaires seront précisés ultérieurement. Les temps d’intervention environ 30 minutes. Des modifications d’heures de passages des orateurs pourraient se produire.

Inauguration

Dr Nicole GUEDENEY        » besoin d’attachement du bébé, réponse des adultes : le paradoxe de notre époque « 

Pédopsychiatre – Praticien Hospitalier, Institut Mutualiste Montsouris-Paris – ancien chef de clinique – Docteur ès Sciences, Université Pierre et Marie Curie Paris VI

Pr Georges TARABULSY        » attachement secure et insecure : le développement « 

Ph. D. en psychologie, Université Laval-Québec-Canada – Professeur titulaire, Psychologie du développement (enfance et adolescence)

Pr Blaise PIERREHUMBERT        » fondations solides, fondations fragiles « 

Docteur en psychologie – Maître d’enseignement et de recherche, Privat-Docent – Chercheur au Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent – Université de Lausanne

M. Jean-Pierre DANIEL       – court métrage –

Artisan Pédagogue en Cinéma – Marseille

Dr Claude BEATA        » un lien unique, un lien si fort « 

Docteur Vétérinaire – Comportementaliste diplôme des ENVF – Diplomate du Collège Européen de Médecine Comportementale Vétérinaire Animaux de compagnie (ECVBM-CA) – D.U. Ethologie – Président d’Honneur de ZooPsy – Président du Groupe d’Etude du Comportement des Animaux Familiers (Gecaf-Afvac)  – Coordonnateur du DU de Psychiatrie Vétérinaire (UCBL1)

Pr Jacqueline WENDLAND        » troubles de l’attachement « 

Directrice des études – Master 2 Psychologie Clinique et Psychopathologie Intégrative – PCPI Université Paris Descartes, Institut de Psychologie Sorbonne Paris Cité – Laboratoire de Psychopathologie et Processus de Santé – LPPS

Pr Michel DELAGE        » ces attachements familiaux et leurs aléas « 

Psychiatre – Ancien chef de service de l’Hôpital d’instruction des Armées – Sainte Anne – Toulon

Mme Hélène ROMANO        » savoir se détacher pour continuer à vivre au-delà des maltraitances « 

Docteur en Psychopathologie clinique – HDR – Consultation spécialisée de psycho-traumatisme – Expert près les Tribunaux

Pr Boris CYRULNIK        » instinct et attachement « 

Psychiatre-Éthologue – Directeur d’Enseignement d’Éthologie Université Toulon-Var

Pr Boris CYRULNIK       conclusion

Psychiatre-Éthologue – Directeur d’Enseignement d’Éthologie Université Toulon-Var

modérateur : Dr Michel AUBRY

Psychiatre – Sexologue – Chargé de cours à l’Université Aix-Marseille

NB : Les horaires seront précisés ultérieurement. Les temps d’intervention environ 30 minutes. Des modifications d’heures de passages des orateurs pourraient se produire.

_______________________

 2 ) Votre Inscription :

Oui, je veux assister à cette Journée et

Pour m’inscrire, je choisis, ci-après, mon mode de règlement de ma participation aux frais d’organisation de cette Journée :

soit par Paypal pour un règlement carte bleue

soit par l’envoi d’un chèque

Je reçois à mon adresse mail que je vais indiquer, la confirmation de mon inscription réglée

Il me sera donné, à mon adresse mail, une semaine avant la date de la Journée, un plan d’accès du « Parc Chanot – Palais des Congrès » de Marseille où se déroulera cette Journée

J’ai bien noté que mon badge d’accès à cette Journée sera à retirer le vendredi 4 décembre sur le lieu même dans le hall de réception, suivant les consignes qui me seront communiquées d’ici-là par mail et redites au micro au moment de la Journée.

J’ai bien compris que je dois régler le montant de mon inscription, qui est ma participation de 27 € aux frais d’organisation de cette Journée.

__________________________________

Nota : N° Identification Formateur 93 13 13 332 13 – nous contacter – tarif Formation Professionnelle  75 € /personne

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ou suite à votre non-présence à La Journée du vendredi 04 décembre 2015.
Le montant de l’inscription est une participation aux frais d’organisation de La Journée Annuelle
de la Petite Enfance à l’Adolescence du vendredi 04 décembre 2015

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Rappel : Pas d’inscription sur place

Dès réception du règlement de votre participation aux frais d’organisation de cette Journée, vous recevrez à votre adresse mail -merci de nous l’indiquer- confirmation de votre inscription.

  Votre chèque de participation de 27 € par personne est à mettre à l’ordre de :                                 (15 € pour les étudiants sur justificatif de la carte d’étudiant 2015-2016)

« Association Couleur d’Enfants »

  et à envoyer avec le(s) bulletin(s) d’inscription à :

Mme Francoise-Flore COLLARD
Association « Couleur d’Enfants »
229 avenue du Prado
13008 MARSEILLE

* aucun versement ne pourra faire l’objet de remboursement si vous annuliez votre inscription *

Votre inscription est définitive et n’est pas cessible au profit d’une autre personne.
Votre inscription n’est pas remboursée en cas de votre annulation, ou de votre empêchement partiel ou total,
ou suite à votre non-présence à La Journée du vendredi 04 décembre 2015.
Le montant de l’inscription est une participation aux frais d’organisation de La Journée Annuelle
de la Petite Enfance à l’Adolescence du vendredi 04 décembre 2015

________

* L’Association Couleur d’Enfants ne pourra être tenue pour responsable en cas d’éventuelle(s) défection(s) de certains orateurs ou de modification(s) d’heures de passages *

________

Dans l’attente de vous accueillir à cette Journée pleine d’enseignement.

Merci pour votre intérêt et votre fidélité.

 ________

avec l’aimable participation :

Office du Tourisme et des Congrès Ville de Marseille –

Direction de la Santé Publique Ville de Marseille

                       

laboratoires :

ROTTAPHARM

                           SANOFI-PASTEUR M.S.D.

                          stands :                                                  

                            HABA    Créateur pour enfants joueurs

                            AKALYS    Mobilier enfants crèche – maternité

                            LIBRAIRIE PRADO PARADIS    Marseille

                            I. & S. Informatique Service    Marseille 04 91 53 36 36

Mme Laurence MILLIAT

Directrice de la Filière Pediatrique – AP-HM

Monsieur Christian ROSSI

Ancien Secrétaire Général de l’Assistance Publique -Hôpitaux de Marseille

________________

site :  www.couleurdenfants.fr

Pour Contacter l’Organisatrice

Association « Couleur d’Enfants » Présidente : Mme Françoise-Flore COLLARD

229 avenue du Prado – F – 13008 Marseille ☎ 04 91 82 24 70

email :  couleurdenfants@gmail.com

Association « Couleur d’Enfants » loi 1901 déclarée en Préfecture des Bouches-du-Rhône le 30/12/1999 sous n°0133094448

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Quand La vache devient un âne ! Mecki tafunast tettughal d-aghyul !

 

1963 : Moi, revenant de l’école après un cours d’arabe : « Maman, c’est quoi, « El-baqqaratun ? » (Yemma, d-acu-t « El-baqqaratun » ?)

Ma mère : « Mon fils, si Dieu ne fait pas mentir, je crois que c’est un âne ! (A mmi, m’ur-yi skaddeb ara Rebbi, waqila d-aghyul ! »

 

Déclaration de l’islamologue Kamel Chekkat (El Watan, 04/08/2015).

« L’enfant n’est nullement gêné d’apprendre une nouvelle langue dès sa premières année scolaire. Si on se fie aux études psychologiques et éducatives. Autrement dit, l’argument de ne pas choquer l’enfant dès le jeune âge avec l’arabe classique ne tient plus la route. » (El Watan, 04/08/2015)

Nous ne saurions dire qu’elle est part de bonne foi et celle de mauvaise foi devant de telles déclarations.

J’ai longtemps travaillé sur l’aliénation linguistique à l’Ecole Normale Supérieure de Paris (Laboratoire de l’ERMI). Voilà exactement l’affirmation des psychologues en termes d’éducation pour redresser, les propos de monsieur Chekkat que je soupçonne d’édulcoration pour masquer les terribles conséquences de l’aliénation linguistique que subissent les enfants amaziphones : « L’enfant n’est nullement gêné d’apprendre une nouvelle langue dès sa premières année scolaire, s’il s’appuie d’abord dès l’entrée sur sa LANGUE MATERNELLE. Car c’est sa langue maternelle qui lui donne la sécurité psychique pour aborder une ou plusieurs langues dès les premières années de sa scolarité.

 

C’est cette nuance – où se joue tout le drame de l’aliénation linguistique – que monsieur Chekkat a balayée d’une phrase qui voile la réalité de ce qu’est la réification, voire la chosification – stade le plus déchirant provoqué par l’absence de la langue maternelle de l’enfant amazigh.

On me dira que l’enfant arabophone souffre aussi de cette absence. Je ne peux que répondre par l’affirmative. Mais, on n’a jamais moqué, frappé, violenté, brimé un enfant arabophone quand il s’exprime en arabe dit « dialectal ». Ce qui a été et demeure la réalité quotidienne de l’enfant amazighophone. Là est toute la différence ! On apostrophe pas l’arabophone par des brimades, voire des insultes du genre : « Parle dans ta langue » (c’est-à-dire l’arabe, quand il lui arrivait de s’exprimer naturellement en tamazight ; « Laisse-nous avec ton barbarisme ! », etc. Ces remarques insultantes sont faites avec véhémence et dans un irrespect total des libertés fondamentales de l’Algérien amazighophone. Je me rappelle d’un douanier qui apostrophât ma sœur Malika parce qu’elle parlait en kabyle à son jeune garçon !

J’ai vu mon père aux prises avec les gendarmes à Ighzer Amokrane alors qu’ils s’en prenaient à un jeune qui ne comprenait rien à l’arabe ! Il fallait l’intervention d’un cousin – lui-même gendarme – pour « calmer l’affaire ».

Durant la colonisation, nous étions souvent violemment frappés par les instituteurs français pour avoir parlé en kabyle. Seul le français (et l’arabe !) étaient permis à l’école, même du temps de la colonisation ! Car la France coloniale s’était mise dans l’idée qu’il fallait arabiser les Kabyles… Je rappelle à toutes fins utiles que c’étaient « les bureaux arabes » qui étaient chargés de la gestion de la Kabylie. Et quand un Kabyle « avait à faire » avec ces fameux bureau, obligation lui était faite de se faire assister d’une personne parlant arabe. Nous voyons tout ce qui sépare les deux statuts arabophone et amazighophone depuis la colonisation à ce jour…

Pire encore, à l’indépendance de l’Algérie – dont on a jamais retrouvé le véritable mode d’emploi, pour paraphraser le dramaturge Fellag – nous subissions le même traitement et la même violence de la part des instituteurs orientaux, syriens et égyptiens !

Et le cauchemar ne s’était jamais arrêté ! Il a même continué de plus belle, car de fades panégyristes et des censeurs bêtes et amers se sont emparés de nos rêves d’enfants au grès de certains ignorants prôneurs d’un système qui n’a jamais rien compris au rêve et au bonheur auquels pouvaient prétendre – car elle en possède toutes les dimensions – l’Algérie des Lumières (Lezdayer n tafat).

 

Argument d’enfant raconté par Ali – Ecole Primaire d’Ighzer Amokrane (Awzellaguen).

 

Quand « l’orge » devient « Poiles du pubis ! »

Nous étions en cours d’arabe avec un maître Syrien. C’était le moment de la dictée sur les moissons. L’institueur dictait en répétant avec insistance : « A-Chaïr » en arabe. Pendant que les garçons riaient, les filles sortaient une à une de la classe !

Les pères ne tardèrent pas à venir expliquer au maître qu’il fallait qu’il évite des sujets pareils où des mots tout à fait ordinaires en arabe peuvent signifier des choses obscènes en tamazight. Car l’orge se dit « timzin » en kabyle et que le mot en arabe signifie tout à fait autre chose…

L’instituteur Syrien se défendit en disant : « Ce n’est quand même pas de ma faute si le gouvernement algérien refuse l’enseignement de votre langue maternelle ! »

 

Je termine ma réflexion en disant à monsieur Chekkat : « Est-ce qu’il lui est arrivé de se retrouver dans un pays étranger dont il ne comprend pas la langue ! Le drame est moindre, car il sait de conscience – bien que très gêné – qu’il est en pays étranger. Que dire alors de l’enfant amazigh qui se retrouve dans la même situation, mais étranger dans son propre pays… !

Il serait donc temps que monsieur Chekkat et consort – protégé par un système dominant qui méprise et balaie d’un mauvais vent la langue maternelle amazighe, langue autochtone et millénaire des Algériens et de tous les Africains du Nord – sortent du cercle infernal de la mauvaise foi en se faisant passer pour « les langues armées » d’un gouvernement qui se veut depuis plus d’un demi-siècle arabo-islamique et oriental alors qu’il n’est rien de cela. A tout le moins s’accepte si l’on permet aux Algériens de regarder devant eux pour admirer d’autres horizons que ceux qui sont bouchés depuis qu’ils ont libéré leur pays du joug colonial. Une situation néo-colonial ne peut se traduire que par la langue maternelle de l’enfant amazigjh qui arrive dans une école dont les limites psychopédagogiques, construites sur un manque total de psychologie éducative, lui signifient que son « ticket linguistique » n’est plus valable.

Dès lors, peut-on parler d’une quelconque « sécurité psychique » de l’enfant ? Je me rappelle encore de la peur qui nous envahissait dès que nous foulions de nos pieds la cour de cette institution qui refusait notre identité : notre langue et notre histoire. Une école qui nous réduisait à l’état de choses insignifiantes et réifiantes au grès des institueurs qui étaient davantage là pour nous brimer que pour nous servir de guides ! Une école au fronton de laquelle il est écrit : « Au-delà de cette limite, votre langue n’est plus valable ! »

Selon l’adage des Anciens, nous étions des étrangers dans notre propre pays aussi bien pendant la colonisation qu’après celle-ci. La blessure est d’autant plus grave que la déchirure est provoquée par l’Algérie indépendante ! Mon pays disait souvent : « Je suis prêt à pardonner aux Français d’avoir tué mes enfants et mes frères et d’avoir détruit ma maison et mes terres ; mais je ne pardonnerai jamais aux Algériens ce qu’ils ont fait et continuent de faire à d’autres Algériens ! »

Les anciens Kabyles, qui n’étaient pas des psychopédagogues, disaient : « Qui a une langue maternelle se sent en sécurité ! »

Mon vieux pères qui n’a jamais été à l’école me disait à ce propos : « C’est juste une question de bon sens, mon fils ! » (T-tamsal n wasal kan, a mmi !) Nous avions appris grâce à d’éminents linguistes comme Louis-Jean Calvet, pour ne citer que lui, que la seule différence qui existe entre le dialecte et la langue, c’est que cette dernière dispose d’une armée, d’une police, d’un gouvernement et d’un système idéologique qui lui permet de mettre main basse sur l’école. En voulant à tout prix effacer la langue maternelle des enfants algériens, ce système ne fait que tuer l’école Algérienne.

Monsieur Khaled Ahmed déclare (Dépêche de Kabylie du 06/08/2015) :

 

« Il faut chercher des solutions à d’autres problèmes fondamentaux au lieu de faire tout un tapage médiatique sur l’utilisation de la langue maternelle dan l’école… ».

 

Comme on dit en kabyle : « Am win ihekkun lhemm-is i tmettut m_baba-s ! »

 

 

Nous constatons avec amertume que nous ne sommes pas encore au bout de nos peines pour que nous soyons entièrement acceptés par les tenants du système dominant. Nous n’avons pas fini avec l’histoire stigmatisante et ô combien réifiante où ma pauvre vieille mère réduisait à l’état d’un âne une pauvre vache !

 

Pour terminer (plus sérieusement) mon propos, citons le grand philosophe et fabuliste kabyle Slimane Azem qui avait fait de son œuvre poétique un pamphlet extraordinaire contre l’aliénation linguistique et notamment le rejet de la langue kabyle par le système dominant arabo-islamique : « Les enfants sont comme les oiseaux, ils possèdent des chants différents. » (Arrac am yefrax, yal yiwen akken ittizzif).

 

LE MYTHE DE LA LANGUE MATERNELLE

IZRI N TMESLAYT TAYEMMATT

 Ceci est un mythe… Ecoutez et soyez heureux !

 Que la langue de vos ancêtres vous protège et vous guérisse de tous les maux ! Que la langue de votre mère vous rappelle à jamais ce que vous aviez appris dès le berceau ! Vous avez la clé de tous les trésors, et qu’à jamais l’ignorance et la bêtise ne viennent à pénétrer votre conscience et votre cœur !

 1 – Il était une fois une cité kabyle qui s’appelait Azrou-Gzem. C’était une grande cité où les gens vivaient dans le bonheur et la paix. Comme toutes les cités kabyles, celle-ci avait son Assemblée, sa maison des passagers, son temple, ses grandes fontaines, ses beaux jardins, mais aussi son fou – plutôt un simple d’esprit – qui amusait les enfants et qui s’appelait Hemmou. Un fou pas méchant, que les enfants aimaient beaucoup car il leur racontait plein d’histoires. Nous parlons d’une époque lointaine où les enfants, les jeunes et les grands, les adultes et les vieux croyaient aux histoires. Les sages d’antan disaient : « Une nuit passée sans histoire est pareille au jour fermé sur l’avenir. »

Un jour d’hiver, un jour parmi les jours du Souverain Suprême, le fou quitta le village et s’absenta pendant plusieurs semaines. Quand il fut de retour, les enfants l’accueillirent avec ferveur et grande joie. L’un d’eux lui dit alors : « Hemmou, où étais-tu parti pendant toutes ces semaines ? » Le fou esquissa un sourire avant de répondre d’un air solennel et mystérieux : « Je suis allé au paradis ! »

Un autre enfant lui demanda alors : « Pourquoi étais-tu parti au paradis, ne sommes-nous pas heureux dans notre village ? »

Le fou continua de sourire et répondit : « Ecoutez-moi bien les enfants, je vais vous dire quelque chose de très important. Ce pourquoi je suis allé au paradis. Savez-vous que juste à la sortie du village, en bas du ravin couvert par le brouillard, il y a la porte du paradis ? »

Un autre garçon lui dit encore : « Hemmou, dis-nous, c’est quoi le paradis ? »

Le fou réfléchit un instant et bégaya : « Le paradis ? Heuu… Et bien le paradis, c’est un grand jardin où les enfants peuvent faire et manger tout ce qu’ils veulent. Il y a même des oranges en été, des figues et du raisin en hiver ! ! »

Les enfants s’exclamèrent en chœur : « Des figues et du raisin, en hiver !!? Comment pouvons-nous y aller ? »

 Le fou sentit son emprise sur les enfants. Il sourit et leur répondit : « Pour y aller, c’est tout simple : il suffit de sauter du haut de la falaise et vous tomberez juste en face de la porte du paradis ! »

 Aussitôt, tous les enfants se levèrent et coururent vers le ravin en poussant des cris de joie. Arrivés au bord de la falaise, dans un même élan, ils sautèrent tous ensemble. Quelque temps après, quand le fou arriva sur les lieux, il ne put que constater la puissance de son pouvoir. Il en était très fier !

 2 – Le soir venu, chaque mère s’inquiétait de ne pas voir rentrer ses enfants. Elles sortirent vers l’aire de jeux du village. Elles ne trouvèrent personne ! Elles ne trouvèrent aucune trace des enfants. Aussitôt, l’alerte fut donnée. Tous les gens du village se mirent à organiser la recherche. Ils ne trouvèrent aucun enfant. Le crieur public parcourut les ruelles du village pour informer tous les gens du village qu’une Assemblée extraordinaire allait se tenir très vite. Tout le monde y était convié. Pendant qu’ils tenaient conseil à l’Assemblée, un oiseau, un coucou, se posa sur le mur et se mit à chanter : « Coucou ! Coucou ! Demandez au fou ! Coucou ! Coucou ! Demandez au fou ! »

 Les gens se tournèrent vers le fou. Dans leur regard, une seule question : « Qu’étaient-ils advenus des enfants ? » Ce dernier leur raconta en riant comment les enfants avaient couru vers le ravin avant de s’y jeter.

Le président de l’Assemblée de la cité lui demanda : « Pourquoi ont-ils sauté ? »

Le fou lui répondit : « Je leur avais dit que là-bas se trouvait le paradis où ils pourraient manger des figues et du raisin même en hiver. »

L’Assemblée décida de le condamner à la peine capitale. Une vieille sage se leva et dit : « Il ne faut pas qu’il meure, dit-elle, c’est sa langue, et non sa tête, qui est responsable de la mort des enfants. Il faut donc lui couper la langue ! »

L’Assemblée s’inclina devant la décision de la vieille femme. Ils attrapèrent le fou. Ils le forcèrent à ouvrir la bouche et ils lui coupèrent la langue. Il poussa un cri vers son Créateur, de sa bouche coulait le sang. Il partit en courant devant lui jusqu’à la falaise d’où s’étaient précipités les enfants et se jeta lui aussi dans le vide.

Alors un tremblement de terre coupa en deux le plateau sur lequel était bâtie la cité. Beaucoup de maisons s’écroulèrent et beaucoup de gens moururent. Les rescapés décidèrent alors d’abandonner le village et de partir vers d’autres pays. Chacun prit ce qu’il put prendre et quitta la cité. Mais les pays étrangers étaient très durs et hostiles. Nulle part, ils ne furent les bienvenus. Nulle part, ils ne purent bénéficier du droit d’asile. Pensez-vous que quelqu’un les ait accueillis !? Pensez-vous que quelqu’un se soucia de savoir s’ils avaient faim ou froid ! ? Ils ne rencontrèrent que regards de travers et propos acerbes ! Certains d’entre eux furent même dépouillés du peu qu’ils avaient sur eux ! Nulle colline, nul horizon ne leur offrit un abri. Beaucoup d’entre eux moururent de froid et de faim. Mais ceux qui moururent de chagrin étaient encore plus nombreux !

3 – Des jours, des mois et des saisons passèrent. Un jour de printemps, seule la vieille qui avait décidé de la sentence à infliger au fou revint au village. Dans sa sagesse, elle disait : « Mourir pour mourir, autant mourir chez soi ! »

Quand elle entra dans la cité, elle entendit des voix d’enfants qui venaient de l’aire de jeux. Tout en décidant d’aller voir, elle se croyait devenue folle. Mais arrivée sur le plateau, elle vit bien les enfants en train de jouer, seuls. Tous les enfants étaient là : les plus sages comme les plus turbulents.

Elle s’approcha doucement d’eux et leur dit : « Vous êtes revenus les enfants, vous n’êtes pas morts !? »

Les enfants répondirent en chœur : « Oui, grand-mère, nous sommes tous revenus, nous ne sommes pas morts ! »

Elle leur demanda encore : « Et le fou, où est-il, lui ? »

Les enfants lui répondirent : « Lui, il ne pourra jamais revenir ! »

Alors la vieille leur demanda : « Et pourquoi ne peut-il pas revenir, lui ? »

Les enfants lui répondirent encore : « Parce que lui, il avait perdu sa langue ! »

C’est un mythe, soyez heureux !

Je l’ai dit la nuit, la lumière va le démêler,

Je l’ai conté au jeune noble, le rocher a ri et pleuré,

Je l’ai conté au clair de lune, le vent l’a essaimé !

 La protection du mythe est pareille à celle du lion !

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El Watan – 30 juillet 2015

Les baâthistes et les islamo-conservateurs partent à nouveau en croisade contre la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit.

Ayant déjà déversé leur haine sur elle dès sa nomination, ils reviennent à la charge, cette fois-ci, en prétextant «une menace sur la langue arabe», dont ils s’autoproclament défenseurs attitrés.

Pour cela, ils saisissent au vol une proposition sur l’introduction des langues maternelles dans l’enseignement primaire, faite à l’occasion de la conférence nationale sur l’évaluation de la réforme de l’éducation, tenue au début de la semaine à Alger.

Cette mesure, proposée par des pédagogues et des spécialistes, porte sur l’introduction graduelle de la langue maternelle dans l’enseignement primaire afin de permettre aux élèves d’avoir une meilleure intégration dans le système éducatif.

Ce qui est considéré par ce courant islamo-conservateur comme «une manière déguisée de briser l’enseignement de la langue arabe classique en Algérie». De ce fait, il enclenche la bataille idéologique qui a miné le système éducatif algérien durant les années 1970 et 1980.

Et pour cela, ce courant a actionné ses relais médiatiques et politiques afin de s’attaquer directement à la personne de la ministre de l’Education, qualifiée une nouvelle fois de «juive» et d’«ennemi de cette langue arabe».

Loin de tout débat basé sur des approches scientifiques et linguistiques qui régissent la question de l’enseignement des langues et sans se référer aux expériences internationales en la matière, les représentants de ce courant hostile à toute évolution positive de la société ont déjà affiché leur refus de cette décision.

A travers les journaux et les chaînes de télévision qui leur sont proches et en utilisant les réseaux sociaux, de nombreux «idéologues et dépositaires» autoproclamés de la langue arabe demandent l’annulation de la «mesure».

Le premier à lever les boucliers contre cette mesure est l’Association des oulémas qui, selon certains titres de la presse nationale, «demande au Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et à la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, d’annuler cette décision qui constitue un précédent grave dans l’histoire de l’enseignement en Algérie».

Le gouvernement soutiendra-t-il la ministre ?

Pour sa part, le responsable de l’Association pour la défense de la langue arabe, Ahmed Benaamane, met à nouveau en avant sa thèse de «la langue officielle unique en Algérie qui ne devrait être que la langue arabe, alors que la dardja et les autres langues parlées ne devraient pas avoir le même statut».

Les partis islamistes saisissent aussi cette occasion pour tirer à boulets rouges sur la ministre de l’Education, en usant parfois un langage odieux. C’est le cas du député du parti FJD de Abdallah Djaballah, Lakhdar Benkhallaf, qui n’a pas hésité à s’en prendre à Mme Benghebrit en adoptant un langage qui frise l’insulte à l’égard de la ministre, pour la simple raison qu’il la considère comme une francophone ou une «francophile».

La même posture est affichée par le chargé de communication du mouvement Ennahda, Mohamed Hadibi. Sur sa page facebook, ce dernier estime que «les tenants du pouvoir livrent leur bataille contre la langue arabe», avant de poster une photo de la ministre de l’Education frappée d’une croix et d’une mention «dégage !».

La mobilisation des islamistes a eu lieu même à l’intérieur de l’APN où le groupe parlementaire de l’Alliance de l’Algérie verte (AAV) a également dénoncé, dans un communiqué, cette mesure.

Ce courant rétrograde se sent visiblement renforcé, notamment depuis sa «victoire» face à l’ancien ministre du Commerce sur la question de la vente d’alcool et le ministère de la Justice en bloquant le projet de loi contre les violences faites aux femmes. Sa force, il la tire essentiellement de la faiblesse du pouvoir qui prête le flanc, en jouant sur le populisme, à ce courant.

Et l’intervention du Premier ministre pour bloquer la mesure de Benyounès en est une preuve. Abdelmalek Sellal va-t-il, cette fois-ci, soutenir Mme Benghebrit ?

Madjid Makedhi (El Watan, 30/07/2015)

La ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, se déclare «surprise» de la polémique suscitée par la proposition d’introduire la langue dialectale dans l’enseignement primaire.

L’introduction de la langue dialectale dans le cycle primaire suscite la polémique. Qu’en est-il au juste ?

Il faut préciser que l’introduction de la langue dialectale dans l’enseignement n’est pas encore décidée. Cette mesure fait partie des 200 recommandations élaborées par plusieurs groupes de travail, mis en place lors de la conférence nationale sur l’éducation, qui s’est tenue à Alger le week-end dernier.

De celles-ci nous avons tiré quelques actions à soumettre au gouvernement en septembre prochain, pour être mises en place durant l’année scolaire 2015-2016. Il s’agit de mesures pédagogiques qui permettront d’améliorer la qualité de l’enseignement et surtout l’apprentissage, dont l’outil est la langue.

S’il y a un taux d’échec dans le cycle primaire, c’est parce qu’il y a un problème dans la transmission du savoir. Nous ne voulons pas faire uniquement le diagnostic de l’enseignement, mais aussi les actions à mener à court et moyen termes pour améliorer la situation.

Raison pour laquelle nous avons organisé une rencontre de trois jours, à Laghouat, regroupant les proviseurs, les inspecteurs, les chefs d’établissement, les conseillers pédagogiques de dix wilayas du sud du pays, à laquelle j’ai pris part avec l’ensemble du staff du ministère, soit près de 150 participants.

L’objectif est d’abord d’exprimer notre insatisfaction quant aux résultats assez faibles que ces wilayas ont enregistrés, mais surtout de réfléchir ensemble à des mesures pour améliorer les résultats l’année prochaine.

C’est vous dire que nous ne voulons pas rester passifs face à cette situation. Une rencontre similaire regroupera dix autres wilayas des Hauts-Plateaux à Alger, les 2 et 3 août prochain.

L’introduction du dialecte dans l’enseignement primaire sera-t-il à l’ordre du jour à la prochaine rentrée scolaire ?

D’abord, je tiens à souligner que cette recommandation est née d’un débat très riche lors des travaux en plénière de la conférence nationale, ainsi que des ateliers techniques. Les spécialistes étaient unanimes à dire que l’apprentissage chez les enfants repose sur la langue maternelle.

En l’utilisant dans l’enseignement, expliquent les spécialistes en neurosciences, on développe une partie importante du cerveau. Ils disent également que pour augmenter les capacités linguistiques des enfants, il faut s’appuyer sur les langues maternelles. Il y a consensus autour de cette question.

Ce qui est important pour nous, c’est d’intégrer ces éléments et d’aller plus loin, dans le but d’améliorer l’apprentissage de la langue arabe. Dans les régions berbérophones, par exemple, nous avons constaté que les échecs touchent surtout les enfants qui arrivent à l’école sans passer par le préscolaire.

Cette étape est primordiale parce qu’elle permet d’habituer l’enfant à la langue arabe, de le familiariser avec elle et de lui permettre d’être plus réceptif une fois à l’école. La langue maternelle n’est qu’un outil ou moyen de transfert du savoir.

Ce qui est fondamental pour nous, c’est qu’il faut améliorer l’apprentissage de la langue arabe.

Que pensez-vous des attaques virulentes contre cette mesure ?

J’en ai été surprise. Sachez cependant que pour nous ce qui est important sur le plan didactique, c’est la nécessité absolue d’améliorer l’apprentissage de la langue arabe et de valoriser le patrimoine algérien dans le contenu de l’enseignement. Savez-vous que les auteurs algériens sont presque absents des contenus des manuels scolaires.

Il est donc important d’asseoir la dimension algérienne à l’enseignement et revenir aux trois langues : l’arabe, le tamazight et le français.

Selon vous, y a-t-il eu incompréhension ?

Probablement, surtout que la conférence a été intensive et que peut-être nous n’avons pas suffisamment communiqué. De toute façon, aucune décision n’a été prise pour l’instant. Mais le constat établi lors de la conférence est unanime.

La langue arabe est très mal enseignée. Même dans les wilayas du Sud, comme par exemple Adrar, où un nombre important d’enfants fréquente les écoles coraniques, les résultats sont très faibles. Et ce n’est pas par hasard que les échecs sont souvent importants durant le cycle primaire. Il y a donc un grand problème d’ordre didactique et pédagogique.

C’est à partir de ce constat que nous avons décidé de mettre tous les inspecteurs de langue ensemble à Laghouat, pour débattre et arriver à une méthodologie pédagogique. S’il n’y pas de maîtrise de la langue arabe scolaire, il n’y aura pas de réussite, y compris dans les matières scientifiques et les mathématiques.

Nous avons pu identifier toutes les propositions à mettre en œuvre dès la rentrée prochaine. Nous sommes tous convaincus que l’éducation a besoin de s’appuyer sur un véhicule qui est l’arabe scolaire, mais aussi l’élargissement de l’enseignement de tamazight, qui passe de 11 wilayas à 20 à la prochaine rentrée scolaire. Nous avons réuni les wilayas qui ont obtenu de bons résultats et celles qui ont enregistré un taux d’échec important pour favoriser les échanges d’expérience à travers des ateliers pour se placer dans une dimension opérationnelle, afin d’apporter des corrections aux erreurs. Nous ne nous contentons pas de diagnostics. Ensemble, nous réfléchissons à des solutions pédagogiques.
 

Salima Tlemçani (El Watan, 30/07/2015)

Conclusion ? – Les anciens Kabyles disaient : « Toutes les choses ont une limite, sauf l’ignorance ! » La seule question que nous nous posons encore : « Quand l’Algérie des lumières, qui se noie dans la nuit, en sortira-t-elle ? »

Pour la mémoire et le désarroi du peuple amazigh du Mzab : At Waâvan.

DU DRAME DE GHARDAÏA ET DES TUERIES SUBIES PAR NOS FRERES IMAZIGHEN – Berbères – DU MZAB (At Waâvan)

Rien de ce qui arrive comme violence contre les Berbères (Imazighen) n’est étranger à leur langue et leur culture. C’est donc leur identité qui est à chaque fois visée comme porteuse de leurs malheurs causés par les autres, les Berbères arabisés dits « les Arabes ».

La substance d’un peuple, ce sont les mots portés par sa langue maternelle. Le dicton rifain est là pour nous tenir éveillés : « Le mot (de tamazight) c’est le sang » (Awal d-idamen). Si un prétendu anthropologue déclare que les Chaambas ne sont pas des Arabes mais des Berbères, il oublie de dire que le référent anthropologique et social d’une ethnie, voire d’un peuple, c’est la langue. Quand une personne ou une partie d’un peuple perd sa langue, il la délaisse forcément au profit d’une autre langue… Et c’est cette autre langue qui dicte sa pensée et ses comportements de rejet de ceux qui continuent d’utiliser la langue qu’il avait perdue…

Tout est langue… Psychologiquement nous pouvons expliquer l’arabisation des Berbères par cette image : « Une langue est comme une peau d’un individu… Quand celui-ci la perd – perd donc sa peau – il est obligé, ou il a été obligé de s’entourer d’une autre peau. Une fois dans cette autre peau – dans cette autre langue – deux cas peuvent se présenter : soit la peau est plus grande, alors il y a du jeu : ce qui lui permet de réfléchir pour en sortir afin de se remettre dans la sienne ou faire tout pour la défendre et défendre ceux qui la portent encore. L’autre cas est celui où la peau est plus petite que sa peau originelle : alors, il se retrouve coincé dans un espace restreint où il ne peut plus bouger. Sa nouvelle peau l’étouffe au point d’attiser en lui des idées meurtrières. Soit il fait un effort surhumain pour retrouver sa première peau[1]. C’est une entreprise difficile ! C’est pour cela que dans la presque[2] totalité des cas, c’est l’étouffement qui s’impose à celui et celle qui ont perdu leur peau, leur langue d’origine. Il en est ainsi de la majorité des Berbères arabisés dont certains vouent une véritable haine vis-à-vis de leurs frères amazighophones ! La réactance au niveau de l’inconscient est la suivante : « Vous détenez ce que moi j’ai perdu, pense intérieurement l’aliéné linguistique… Et les conséquences sont souvent dramatiques… comme on le voit à travers les tristes et terribles événements, la tragédie qui touchent nos frères amazighs du Mzab (At Waâvan).

Nous sommes face d’une pensée négatrice et meurtrière de tout ce qui peut représenter la berbérité ou l’amazighité. Dans beaucoup de textes oraux, la pensée amazighe révèle les fondements d’une situation d’oppression face à l’arabisme . Cette situation – qui baigne dans l’ambiguïté – révèle une pensée qui met au grand jour une situation d’oppression que vivent les Berbères où qu’ils soient en Afrique du Nord, c’est-à-dire sur la terre de leurs ancêtres. Cette situation d’oppression interne est dangereuse de par sa perversion car trop visible pour être vue, comme dans le cas de la tyrannie qui pèse sur les Imazighen aujourd’hui qui ne peuvent prétendre à vivre en paix sur leur terre.

Tant que les Algériens avaient en face d’eux l’ennemi colonial français, les choses étaient doublement claires. Claires, parce que l’ennemi est extérieur ; encore plus claire, ce fut les Berbères – aussi bien au Maroc qu’en Algérie – qui combattirent âprement l’ancienne puissance colonisatrice. Un fait tout à fait singulier qui mérite d’être souligné au passage : à l’époque où les Kabyles faisaient face à l’armada française, il était courant d’entendre à partir de la Tunisie des émissions en Kabyle ! C’est dire que nous n’échappons à ce référent absolu qu’est le référent linguistique. Il ne s’agit donc ici ne de pétrole ni de gaz de schiste qui ne sont que des éléments « secondaires » et j’oserai dire « stochastiques ». L’explication est ailleurs. C’est un leurre que de présenter les choses seulement sur le plan économique même si il y a effectivement des éléments socioéconomiques qui peuvent expliquer en partie les événements tragiques que vivent les At Waâvan. Quand des enfants kabyles se font assassinés à l’arme de guerre, il n’était question ni de pétrole ni de gaz. Nous voyons bien que le critère de référence ou « de différence qui tue » (J. Gabel) est absolument sociolinguistique et culturelle. Il n’y avait pas de pétrole à Tizi Ouzou, mais de la poésie ancienne kabyle… Il n’y avait pas non plus de gaz de schiste en Kabylie quand 126 jeunes furent massacrés à l’arme de guerre par la gendarmerie algérienne.

Rappelons quelques aphorismes propres à la société amazighe en générale et à celle des At Waâvan – dits Mozabites – en particulier.

Le peuple berbère Mozabite a construit une société rigoureuse fondée sur l’effort. La société Mozabite est une société active, très bien organisée et industrieuse dont les membres ne connnaissent pas le chômage.

Comme toutes les autres sociétés berbères, elle tire sa stabilité de son essor économique et culturel. C’est une stabilité qui est indispensable à toute la société algérienne. Nos frères « Arabes d’Algérie » – je veux dire les arabophones – devraient s’en inspirer au lieu de vouloir détruire cette société organisée, très active et soucieuse du bien-être de chacun de ses citoyens. C’est en partie ce constat qui saute aux yeux des populations arabes qui alimentent une sorte de jalousie maladive à l’encontre d’une société berbère dont leurs ancêtres faisaient partie juste avant qu’ils ne fussent totalement arabisés au point d’oublier qu’eux aussi sont d’essence et de culture amazighes.

L’Etat algérien est évidemment celui qui porte toutes les fautes des troubles que vivent les citoyens algériens de quelque région qu’ils soient. Cette inconscience oligarchique peut mettre en danger – si l’Etat n’y met pas fin rapidement – tout le pays. Tous les ingrédients politiques internationaux montrent que les pays orientaux arabo-islamiques tels que l’Arabie Séoudite, le Qatar et autres « petits mauvais génies pétroliers » cherchent à nuire à l’Algérie. Rien de ce qui peut venir de ces pays nuisibles et inconstructifs ne peut faire le bonheur de notre pays qui a construit son identité et ses valeurs sur un combat libérateur qui sert encore de référence aux peuples oppressés et brimés, au monde entier.

L’Algérie des Lumières gagnerait à prendre ses distances vis-à-vis des pays parasites tels que les pays que nous venons de citer. Une sourde haine les habitent dès qu’il s’agit de l’Algérie. Et leur dessein est celui de nuire à notre pays et à notre peuple dont ils veulent restituer – comme à l’époque de l’invasion arabe – les guerres entre les Imazighen et les Arabes. Ils connaissent bien l’histoire de notre pays… Et rien de ce qui nous touche ne les laissent indifférents… Seule l’instabilité et, à long terme, l’écroulement de l’Algérie leur importe. Ils étalent leur toile d’araignée comme ils le font au Maroc, notamment dans le Figuig. Ils ne sont assurément pas étrangers aux prêches racistes et incendiaires de certains imams arabes qui contrôlent pour eux une grande partie – sinon la majeure partie – de la vie spirituelle et religieuse algérienne.

On ne peut s’étonner alors que les chaînes de télévision séoudiennes et arabo-orientales s’égosillent en boucle sur « Le conflit entre les Arabes et les Berbères ». Certes, les journalistes séoudiens et qattaris mettent le doigt là où cela fait mal : la blessure amazighe à l’intérieur de laquelle ils se plaisent à remuer leurs couteaux ! Mais à qui la faute ? Sinon aux hommes politiques algériens et à l’oligarchie irresponsable algérienne qui nourrit le pays de corruption et de réification à tous les stades de la société. Que dire d’un Ouyahia – Kabyle de service par excellence – qui continue de vivre et de soutenir ceux-là mêmes qui travaillent à la ruine de l’Algérie.

Il va de soi – avant que l’on ne me taxe de naïf – qu’il existe également des Berbères – et notamment des Kabyles, je viens d’en citer un ! – qui, loin de porter secours à leurs frères, se conduisent de façon honteuse pour ne pas dire ignominieuse vis-à-vis des leurs. Comme l’écrivait si bien l’éminent linguistique kabyle Salem CHAKER : « Etre Berbère est d’abord un problème de conscience ». Lorsqu’on n’en est dépourvu, on a beau parler berbère ou kabyle, la honte de soi résonne d’un silence assourdissant quand il ne s’agit pas d’un soutien honteux (comme celui de l’ancien premier ministre Ouyahia, Kabyle de son état aliénant voire réifiant, quand il se complait dans des déclarations (anda ybecc weghyul ad yernu gma-s) de soutien au gouvernement algérien qui observe une inertie maladive dés que l’on massacre des Algériens, sous prétexte qu’ils sont Berbères, Amazighs.

Il en était ainsi des Kabyles massacrés périodiquement quand les différents régimes algériens entraient en crise ; il en est également ainsi quand ces mêmes régimes cautionnaient le massacre des Touaregs pour sauvegarder les intérêts économiques (uranium et autres minerais ) de la puissance coloniale qu’est la France. L’épouvantail terroriste est alors brandi pour endormir les masses qui se soucient peu des ces « rebelles touaregs » qui ne font que défendre leur terre. « Rebelles » ? Cela ne vous rappelle rien ! Nous étions taxés également de qualificatifs identiques – « rebelles » – quand la France coloniale détruisait nos maisons dans les montagnes kabyles… Que monsieur Ouyahia sache que la maison parentale où j’ai vu le jour est toujours en ruines… détruite en 1957, à la suite du Congrès de la Soummam (L’Acte fondateur de l’Algérie indépendante).

Cette tyrannie était donc « visible » tant qu’il s’agissait du colonialisme français… Aujourd’hui, l’Arabie Séoudite s’ingère dans la destinée des pays du Maghreb comme si elle refaisait à elle seule l’invasion arabe à laquelle firent face Aksel dit Koceila et Damia Dihya dite encore « La Kahina ».

Et chaque jour durant, la télévision séoudienne (Iqraa) se fait l’écho de cette bataille entre les Berbères et les Arabes. Mais, cette même télévision oublie de dire que les Mozabites sont agressés sur leur terre et dans leur maison par des Arabes venus de l’extérieur, installés là pour des raisons évidentes : arabiser la population amazighe. Cette installation des Arabes dans des villes qui surplombent souvent les cités berbères, on la voie partout en Kabylie et notamment à Tizi Ouzou et à Bgayet (Bougie).

Le plus douloureux dans toute cette histoire c’est de voir des Algériens tuer d’autres Algériens. Quelle plus grande faillite pouvait-il arriver à un régime que celle-ci !? Le plus douloureux, c’est de voir les Séoudiens et autres petits pays arabes orientaux s’imposer à un peuple que le monde qualifiait de farouche et fier combattant de la liberté !

Il me revient à la mémoire cette grande phrase de l’écrivain berbère marocain Mohamed KHEIREDDINE : « Etre soumis par plus vile que soi ! » (in Le déterreur).

Mon grand-père Mohand accueillant un invité arabophone : « Dans notre fédération se parle une langue particulière, celle de vos ancêtres ».

Et son invité arabe de lui répondre : « Je suis venu chez vous pour entendre le son de cette langue des ancêtres que moi et les miens avions perdue… Je remercie le peuple kabyle d’avoir su préserver ce trésor… ».

J’avais découvert le Mzab et plus particulièrement Ghardaïa et les cités qui l’entourent pendant mon service militaire. J’étais agréablement surpris par cette organisation qui aurait donné ses lettres de noblesse à toute l’Algérie, si le régime était un tant soit peu soucieux d’un développement endogène et harmonieux… Un ami me disait : « Chez eux, point de chômage ! Point de fioriture ! Car la cité est chevillée aux traditions millénaires ! » Ce peuple vaillant et travailleur a su transformer une terre désertique en un petit paradis ! Je doute qu’il y ait beaucoup de société capable de réaliser de telles prouesses face au désert.

Je le compris davantage lorsque les Mozabites (At Waâvan) organisèrent durant le mois de juillet 1992

« Le premier colloque international pour la langue amazighe ».

Nous fûmes plusieurs dizaines de chercheurs à faire partie de la délégation. Quelle ne fut notre surprise quand nous découvrîmes qu’ils avaient construit un hôtel pour nous accueillir ! Je me demande si le régime algérien n’a pas gardé en tête cet acte militant ! Car, voir des policiers algériens tirer encore sur d’autres Algériens, c’est entrer dans une situation inextricable et tragique que seule la folie d’un régime, soutenu par une oligarchie inconsciente et corrompue, peut expliquer.

Et ces maisons détruites ! Comme au temps de la colonisation ! Et ces jeunes abattus, comme au temps de la colonisation ! La raison fuit là où la violence détruit tout ce qui peut rappeler cette Algérie des Lumières chère aux Anciens Kabyles qui ont lutté tant et tant pour qu’elle recouvre sa liberté !

Et les ruines des maisons de mes frères Mozabites réveillent en moi un sentiment que je suis incapable de définir : il me rappelle les années de guerre d’Algérie où notre maison fut détruite et que nous allions de village en village en qualité de réfugiés ! Le paradoxe ne s’arrête – hélas ! – pas là. Bientôt des partisans de la lutte pour la liberté du Mzab et l’arrêt de la barbarie que subit la population sur sa terre vont venir grossir les rangs des réfugiés politiques en France comme le firent bon nombre de combattants kabyles quand, à la tête de Boumediène, l’armée des frontières massacra les derniers survivants kabyles qui ont tenu la dragée haute aux parachutistes français.

Nous ne pouvons échapper au référent absolu qu’est la langue. On dit souvent que Boumediène était Berbère de Kabylie (les biens-pensants et autres imbéciles utilisent l’expression coloniale, chère à Bugeaud, de « Petite Kabylie ». Je suis tenté de leur répondre et les autres, ils sont de quelle Kabylie ?

Oui, Boumediène était un Kabyle arabisé ! Un Kabyle dont, pourtant, l’illustre famille – At Oukherroub – se distingua par sa participation à l’insurrection kabyle de 1871 contre le colonialisme français ! C’est pour fuir les atrocités imposées aux Kabyles que sa famille s’installa dans la région arabophone.

La haine de soi n’est pas propre aux Berbères arabisés. Pour ne citer qu’un exemple qui nous donne toute la dimension de ce dernier stade de l’aliénation linguistique qu’est la réification : Staline – d’origine géorgienne – avait massacré près de quinze millions de Géorgiens !

Alors, faut-il encore donner des preuves linguistiques et culturelles à la barbarie et à la tyrannie qui frappent nos frères du Mzab ?

Le grand poète kabyle Lewnis Aït Menguellat a déjà maintes fois analysé ce problème de la réification à travers ses grandioses créations poétiques où la formule allégorique, à laquelle il nous a habitués, permet de tout expliquer : « C’est dans le cerveau de l’autochtone que le remède réside ! » Ainsi pensent ceux qui veulent exterminer les Imazighen !

Les anciens Kabyles disaient : « La haine de soi n’est pas palpable. Elle est semblable à la nuit noire qui tombe sur tout peuple qui oublie ses racines au point de vouloir les déraciner… Mais l’arbre de vie n’est pas facile à abattre ; ses racines sont si profondes dans la terre qu’elles résistent à toutes les tempêtes avant de remplir de nouveau ses branches des mêmes fruits qui nourrissent les enfants… »

Relisons Boualem Sansal : « Le zèle poussa certains à se croire plus authentiques que les vrais, ils détruisirent tout ce qui pouvaient rappeler leurs origines et leurs croyances passées. Il en est ainsi, le reniement ce qu’on a été est le premier acte de foi [3]».

[1] Pendant mon service militaire, j’ai connu de camarade totalement arabisé qui avait appris tamazight au bout de quelques mois !

[2] Cet euphémisme s’impose en pensant au grand Kateb Yacine et au non moins grand Slimane Ben Aïssa qui scandait : I-nâal bbu li ma yhebbnac !.

[3] Boualem SANSAL, Petite éloge de la mémoire, Gallimard, p. 86.

Publié par : youcefallioui | juillet 1, 2015

A la mémoire de Michel MOLINIER…

Notre ami Michel MOLINIER vient de nous quitter… et je pense à la douleur de Micheline, son épouse et compagne de toujours, ses enfants et ses petits enfants dont les racines sont également les nôtres… Nous sommes de tout coeur et de toute notre âme avec vous. Et comme disait si bien Michel :
« Rien de ce qui fut noble ne sera asservi ! Tels sont les Imazighen ! »

J’ai connu Michel quand il était Président de l’Association berbère TAFSUT NORMANDIE. Lui et son épouse Micheline nous avaient accueillis plusieurs fois lors des festivals culturels et salons du livre de Rouen.
J’ai gardé de Michel beaucoup de bons souvenirs… au point où mon admiration allait jusqu’à souhaiter lui ressembler un peu tant son intelligence se reflétait dans sa modération et sa modestie. Avocat à la Cour, il parlait peu de son métier. Il aimait plutôt mettre l’accent sur la langue et la culture amazighes… Comme si rien ne pouvait être plus important, à l’heure où les langues et les cultures autochtones sont plus que jamais menacées.
J’ai gardé de nos échanges ces réflexions sociolinguistiques justes et appropriées pour que les Imazighen avancent dans ce chemin escarpé « chanté, comme il disait, par Slimane Azem d’abord puis par Idir, Lewnis Aït Menguellat et Matoub Lounès dont l’engagement sans failles devait lui coûter la vie !
« Tant et si bien », oserai-je écrire, que ce qui fait la vie d’un peuple, c’est sa langue et sa culture… Les nôtres glissent imperceptiblement vers un gouffre d’où elles ne pourraient plus jamais revenir… Ce sont un peu les réflexions qui habitaient Michel lorsqu’il voulait aborder dans mon sens sur l’urgence de sauvegarder tout ce qui nous vient des Anciens et dont nous avons déjà perdu beaucoup de racines… « C’est pour cela, disait-il encore, que les arbres sont chancelants ! »
L’arbre est effectivement source de vie pour les Anciens Amazighs ou Imazighen. Tout vient de l’arbre : de ce frêne, premier arbre de la création chez les Anciens kabyles.
On aura saisi où Michel souhaitait mettre ou élever le débat… Au point qu’il disait qu’il regrettait de ne pas parler tamazight, car il aurait su mieux exprimer toute la détresse que notre langue est en train de vivre : Quand, par exemple, le représentant du Consulat d’Algérie refusait obstinément de prendre en charge les quelques heures de tamazight dispensées dans le cadre des activités de l’Association amazighe Tafsut Normandie.
Michel disait son indignation sur un ton mesuré, alors que Micheline s’emportait contre cette bêtise et cette ignorance qui continuent de s’abattre – même en France – sur la culture et la langue amazighes !
Je ne puis m’empêcher de citer plus longuement Michel pour que l’on comprenne où il situait le débat.
Eoutons-le : « Quand j’avais commencé à découvrir la culture berbère, j’ai été surpris et émerveillé par sa richesse linguistique et la sagesse millénaire qui continue de lui servir de supports… Nous nous sommes donc engagés, Micheline et moi, dans l’Association Tafsut pour apporter notre pierre à l’édifice cette langue qui supporte une culture qui vient, comme toutes les cultures autochtones, des premières pensées de l’homme sur sa condition d’être humain dans la façon qu’il souhaitait appréhender son environnement et le vaste monde qu’il découvrait chaque jour autour de lui… Je savais qu’il y avait une mythologie berbère très importante, notamment celle qui est assise sur le respect de la nature et de la terre mère… J’étais surpris de constater qu’on parlait de toutes les mythologies sauf de la mythologie berbère… Qui remettait en cause la destruction des richesses naturelles et la destruction pure et simple de l’environnement. Quand j’ai appris que, dans cette mythologie, l’Homme est censé venir de l’arbre – de l’arbre de vie – porté par l’eau, à partir de laquelle la première femme du monde – « La mère du Monde » (Yemma-s n Ddunnit), comme tu dis, j’avais compris que l’Algérie et les pays du Maghreb manquaient un point vital de leur sort et de leur destinée en ignorant et, pire encore, en combattant cela. Tout dans ce message allégorique prédestinait à une vie meilleure et la construction d’un bonheur des peuples d’Afrique du Nord… C’est comme boire à la source par un matin de printemps où la Rosée du matin attend le soleil pour assouvir sa soif de la lumière du jour après une nuit froide… Comment les pays comme l’Algérie, le Maroc, la Lybie et la Tunisie pouvaient-ils ignorer leur naissance et leur essence ? J’entends souvent les Tunisiens parler de Carthage… Mais, ils ne parlent jamais des Imazighen et notamment de Massinissa qui avait combattu cette puissante cité qui s’accaparait les terres des paysans tunisiens de l’époque, c’est-à-dire des Imazighen. On parle de Carthage comme pour passer sous silence le passé glorieux d’un Massinissa qui est l’une des lumières de l’Afrique du Nord.
J’ai lu attentivement ce que des historiens sérieux ont écrit sur Massinissa à qui la Tunisie actuelle doit beaucoup. L’épopée de ce roi berbère, fils de Gaya et roi des Massyles devrait être étudiée dans toutes les écoles à partir du primaire jusqu’à l’Université. On le disait jeune et flamboyant ! N’avait-il pas, selon Tite-Live, vaincu Hannibal au combat singulier ? N’avait-il pas imposé l’étude de la langue amazighe dans les écoles berbères de Numidie ? N’avait-il pas transformé une grande partie de l’Algérie et de la Tunisie en un jardin fertile extraordinaire, en mettant l’agriculture au niveau des nations les plus avancées ? Ce fut le premier qui criait « L’Afrique aux Africains ! » Quelle avance sur les penseurs démocrates de notre époque ! Il était réputé et célébré dans tous les pays de la Méditerranée. Sage et conscient, il permit à ses enfants et à son peuple de s’instruire. Dans les écoles de Massinissa, on étudiait certes tamazight, mais aussi le grec et le latin ! Quelle avance sur les gouvernants actuels ! Massinissa fut sans aucun doute le penseur de l’Algérie moderne ; du moins tel qu’il aurait aimé la voir aujourd’hui, tout comme les autres pays… Il fit de Cirta (l’actuelle Constantine) et de Saldae (l’actuelle Vgayet) des capitales culturelles enviées à travers le monde. C’était un homme qui avait repris le flambeau de son père, le roi Gaya surnommé à l’époque « Le prophète des cités ».
Tu vois, c’est tout cela que j’aurai aimé que l’on étudie dans les écoles des pays d’Afrique du Nord, car des temps difficiles attendent ces pays et ils finiront par le regretter de rejeter ainsi l’histoire, la langue et la culture berbères. L’ignorance finira par les perdre, car d’autres sauront utiliser contre le peuple berbère une idéologie dominante qui peut être, dans peu d’années, meurtrières pour tous.
Tout dans l’histoire et la culture berbères recèle des solutions pour sortir l’Afrique du Nord des dangers de demain. »
Voilà le témoignage de notre ami et frère Michel MOLINIER. Ces propos datent déjà de près de 10 ans ; et nous sommes en plein dans ce qu’il prévoyait… le reniement de l’histoire et de la langue amazighes conduisent et continueront de conduire les pays d’Afrique du Nord à la ruine ! Leur seule sauvegarde et leur seule garantie résident dans ce que, encore une fois, Michel appelait : « La lumière qui éclaira l’homme qui vit le premier l’importance de la rosée du matin. »

« C’est profond ! » Me dit l’un de mes amis à qui j’avais soumis cet article à la mémoire de Michel MOLINIER avant de le publier. En effet, c’est profond ! Car cela vient de la nuit des temps ; de ces nuits qui virent Massinissa bâtir la grande et majestueuse Cirta ; de ces nuits qui virent Jugurtha, Takfarinas, Juba 1er, et bien d’autres Berbères-Premiers (comme dans notre mythologie : Berber Amezwaru) se battre contre tous les envahisseurs afin que leur peuple puisse prétendre à la clarté du jour où leur langue et leur culture amazighes reviendront en force sur la terre des Imazighen.

Repose en paix Michel ! Nous continuerons de porter ton message d’homme sage et éclairé et d’homme amoureux de l’histoire, de la langue et de la culture amazighes. Merci pour tout ce que tu as fait en apportant de façon discrète ta pierre à notre édifice.
Toi qui disait si bien : « Rien de ce qui fut noble ne sera asservi ! Tels sont les Imazighen ! » Moi je te réponds aujourd’hui :

 » Rien de ce qui fut noble ne sera oublié ! Car tu vécus en noble, en homme d’honneur »… que nous avons eu le bonheur et le privilège de connaître. Merci pour tout et repose en paix !

Rouen - 1Michel, toujours en retrait, entre Françoise et Youcef Allioui

Rouen - 19

Micheline Molinier avec l’enseignante de tamazight.

Rouen - 8

Françoise, la secrétaire à qui rien n’échappe, Michel et Youcef Alloui

 

MON DERNIER LIVRE  – « La langue et la mémoire »Tameslayt d Wasal – éditions L’Harmattan, Collection « Présence berbère ».
Il s’agit du quatrième livre sur les énigmes kabyles – Yiwet tirgit yeccur axxam – Tamsaâreqt. Une seule braise éclaire la maison – L’énigme.
Savourons la portée allégorique et ô combien riche de sens de cet énoncé qui définit si bien l’énigme kabyle.

couverture

Merci pour ceux et celles qui avaient déjà appelé les éditions L’Harmattan pour s’informer de la sortie du livre. J’espère que vous apprécierez son contenu et qu’il vous permettra d’apprendre un peu plus sur la Kabylie et son parler amazigh riche et savoureux !

Faisons le pari que les bibliothèques de livres sur notre langue et notre culture tiendront une place importante dans les salons et les chambres de nos enfants. Ce n’est qu’avec les livres et leur langue que la sagesse, la science et les peuples avancent.

Nous savons tous aujourd’hui que beaucoup de langues autochtones/premières sont appelées à disparaître . La récente officialisation de tamazight par le royaume du Maroc est une éclaircie dans ce ciel obscur imposé aux Berbères. Notre espoir – notre exigence – est que l’Algérie s’investisse rapidement dans la réappropriation de sa culture d’origine.
Sans sa langue, le peuple amazigh est un chef-d’œuvre en péril, en ce sens que lorsqu’une langue disparaît, son peuple cesse d’exister. Il est plus que temps que l’Algérie recouvre toutes les réalités de son peuple et qu’elle en finisse avec son aliénation culturelle et linguistique.
La réification linguistique et culturelle de l’enfant amazigh ne prendra fin que grâce à la reconnaissance officielle de tamazight, sa langue maternelle. L’arabe classique ne sera jamais solidaire de l’intelligence de l’enfant amazigh. Seule sa langue maternelle, pour peu qu’elle soit encouragée, lui offrira toutes les sécurités, à commencer par la sécurité psychique indispensable à son développement cognitif et social.
Rendue obligatoire sur tout le territoire national, celle-ci devra être accompagnée d’une planification linguistique sérieuse et réfléchie, selon les exigences que requiert l’instauration d’une pédagogie de la langue maternelle, tant du point de vue de l’élaboration des manuels scolaires, de la formation des maîtres que de sa restauration, comme au temps d’avant la colonisation, dans la communication ordinaire et dans tous les usages de la vie quotidienne.
Sans sa langue maternelle à l’école, l’enfant amazigh se sentira toujours infirme. Pour cela, il a d’abord besoin de son parler maternel loin du fantôme d’une langue pure qui relèverait davantage d’une position mythique et négative .
Nous sommes heureux de découvrir des travaux lexicographiques sur le « berbère moderne » (tamazight tatrart). Mais, cette attitude volontariste, bien que salutaire, doit absolument prendre en compte la contradiction entre le souhait d’une pureté langagière et l’usage réel des différents parlers amazighs .
Il faut veiller à ce que le purisme ne soit pas un simple dogme – une sorte de gongorisme – qui n’aurait aucune attache avec l’usage d’une langue. Les lexiques seuls – bien que qualifiés de « modernes¬ » – ne suffisent pas à rendre la réalité sociale du langage et encore moins les difficultés des codes langagiers en cours dans une société. Il suffit pour cela de se pencher sur la seule littérature orale kabyle, qui est d’une richesse qui n’a probablement pas son équivalent dans le monde, pour mieux appréhender toute recherche lexicographique.
Sans replonger dans les contes foisonnants et les mythes – qui nous éclairent sur le côté obscur de la pensée amazighe – prenons un exemple simple et concert, celui du jeu des énigmes berbères pour que lecteur de cette traduction voit où le traducteur veut en venir.
Le jeu des énigmes nous restitue des étapes qui vont du message à construire au choix des mots (lexique) qui fait appelle à la phonologie du vocable avant d’entrer dans le paramètre du choix des formes et des constructions à travers la grammaire qui exprime la phonologie de la phrase – accentuation, allitération et intonation – pour aboutir, enfin, à une phrase construite et mûrement réfléchie à travers laquelle le jouteur expose son énigme.
Le vocabulaire utilisé dans ce jeu comporte un certain nombre de codes et d’expressions dont le sens dépend entièrement sinon étroitement du contexte qui a provoqué l’énigme ou de la source historique ou mythologique à laquelle elle renvoie.
Dans les schémas forts nombreux de la composition de l’énigme, on ne peut manquer de remarquer les stratagèmes ingénieusement mis en place – comme dans les écoles modernes – pour asseoir des constructions linguistiques qui prennent en compte de façon savante une grammaire des sons et des rythmes.
On aura alors compris ce qu’est la notion d’enracinement langagier à travers un discours rhétorique et théorique qui s’appuie sur de nombreux stratagèmes linguistiques qui font de la littérature orale une base inévitable pour tout travail lexicographique sérieux et digne de ce nom.
Toute traduction s’appuie sur des unités signifiantes. « Celles-ci s’ordonnent selon deux axes, l’un de substitution (paradigmatique), l’autre de contiguïté (syntagmatique). Chaque unité peut ainsi varier avec ses voisines et s’enchaîner avec ses parentes. »
Nous constatons alors qu’une traduction n’a de sens que si le traducteur pense à obtenir, autant que faire se peut, le fidèle enracinement qui lie la langue cible à sa société, à ses usagers.
Un peu comme dans le dicton ancien qui dit : « La racine suit la tige » (Azar yetabaâ tara), sous peine de n’être reconnue par personne et de connaître le même anéantissement – que nous avait imposé l’école française pendant la colonisation –, la langue amazighe doit d’abord et avant tout suivre la société et le peuple où elle a pris racine.

Je soumets aux esprits sagaces une autre énigme que l’on doit à mon vieux père qui était un grand « amoureux » de ce « genre littéraire majeur » (Fernand Bentolila) :

C’est dans le trèfle que j’ai trouvé son nom – L’hyène (Deg iffis i yufigh isem-is – Ifis).

Les anciens Kabyles utilisaient un dicton qui synthétise et stigmatise l’aliénation linguistique : « Qui a une langue se sent plus en sécurité ! » (Win isâan iles yetwennes !)
Ma sage et vieille maman disait : « La lumière de l’enfant, c’est sa langue maternelle. » (Tafat n weqcic t-tameslayt g_emma-s !)

Sans doute qu’elle se rappelait le jour de septembre 1961 où je revins de l’école… les mains ensanglantées pour avoir osé parler en kabyle alors que ma langue maternelle était interdite par les instituteurs français. L’indépendance de l’Algérie et ceux qui se l’étaient appropriée alors qu’ils étaient incapables d’en lire le mode d’emploi (pour paraphraser Fellag), nous ont imposé à peu de choses près la même situation néo-coloniale : nous étions également battus par des instituteurs arabes pour oser parler kabyle à l’école. Pire encore, les générations qui nous avaient suivis ont connus les mêmes châtiments d’instituteurs kabyles !! Nous voyons comment un peuple peut être atteint du dernier stage de l’aliénation – la réification – quand des enfants sont non seulement privés de leur langue maternelle à l’école, mais châtiés – par des instituteurs également kabyles ! –  pour en avoir fait usage ! Quelques jeunes de mon village m’avaient raconté comment ils étaient punis sévèrement ! J’avais alors saisi l’occasion – lors d’un enterrement – pour apostropher l’un de ces instituteurs, tout juste bon à garder les ânes et les poules – sur les maltraitances qu’il avait fait subir à ses élèves ! J’ai profité pour lui poser juste cette simple et petite question : « Je veux juste savoir une chose : quand tu arrives chez toi, dans quelle langue parles-tu à ta mère et à tes enfants ? »… Il ne m’a jamais répondu… Depuis, il fait tout pour m’éviter !

Comme quoi, comme disaient nos pères, « Toutes les choses ont une limite sauf l’ignorance !) et l’aliénation de certains enseignants » (Yal taghawsa si tilisa, sskedd TASEGLA !)

Publié par : youcefallioui | juin 6, 2015

LA LANGUE ET LA MEMOIRE – TAMESLAYT D WASAL…

Voici mon dernier livre qui va paraître dans quelques semaines. J’espère qu’il plaira à ceux qui ont l’habitude de lire… j’oserai dire : de me lire. Je parle évidemment des Kabyles nobles et non pas de ceux qui se comportent comme des porcs et qui ne peuvent rien faire contre moi… Bien au contraire, cela me donne des étincelles et des ailes !

couverture

Nekkwni seg’wid yesserwaten maççi seg’wid yettcakaten !

Pour Saïd Medjber, Joseph Gabel et Fernand Bentolila,
avec toute ma gratitude.

Va avec les sages, tu glaneras de leur sagesse.
Ddu d-imusnawen a d-gemmrev di tmusni-nsen.
Atas i’geqqaren : “Nessen !”  
Ma d nutni qqaren kan : “Wissen !“

Nombreux sont ceux qui disent : Nous savons !
Quant à eux, ils disent seulement : « Peut-être ! »

Pour les enfants amazighs.

Mon père, Mohand Améziane Ouchivane (1898-1971) : « Le pays, ce sont les enfants. Si les enfants jouent et  rêvent, ce pays a trouvé la porte du bonheur et de la paix. Mais si les enfants sont tristes et sans rêve, ce pays-là, fuis-le ! » (Tamurt d-arrac. Ma yella puraren yerna pargun, tamurt-nni, taggurt l_lehcaca d lehna tufa-yas. Ma yella êeznen yerna éeqmen, tamurt-nni xas erwel fell-as !)

« Jouer ! Jouer ! Viendra le temps où vous ne pourrez plus jouer ! Viendra le temps où la langue et la mémoire seront malmenées par le vent furieux. Le vent mauvais, venu d’ailleurs, qui les privera de la terre et de leurs racines ! Regardez le ciel ! Ecoutez les oiseaux et les champs de blé ! Voyez le papillon qui admire la rosée ! Regardez la fourmi qui s’engouffre dans la fourmilière ! Si vous buvez à une source,  laissez-là propre pour que les oiseaux s’y désaltèrent ! » (Urarew-t ! Urarew-t ! A d-yass wakkud anda’ra tfak turart fell-awen ! A d-yass wakkud anda tameslayt d wasal a-ten iceggeb wadu : adu aburaysu asen ikkes akal yakw d-izuran ! Tillewt igenni ! Hessewt i yifrax d-igran n tmusni ! Walit afertetu yegren allen di nnda ! Muqlet tawettuft ikecmen di tbulga ! Mi teswam di lƐinser, tejjem-t d-azedgan bac ad swen yefrax !)

Je pense que mon père aurait aimé cela :

En ce jour béni, je pardonne à tous ceux que j’ai traités de porcs ! Je leur demande aussi de bien vouloir m’excuser !

Publié par : youcefallioui | juin 6, 2015

D’une comptine à la réification… Si tehjenjent ar takufra…

D’une comptine (de jadis) pour enfant à la vie d’aujourd’hui… où l’intelligence se confond…

Pour ma princesse
(Ta grand-mère Tawes, dont tu portes si bien le nom, disait : « Toute blessure se guérit et toute saleté se lave à grand eau ! » Kra ljerh illan yettji ; kra n wammus d-ibanen zemren-as waman ! )

Tamacahutt n wungif arkus innumen ammus

Ammus n wengif yesdduqqus
Am umqerqur yeffren di lqus
Nagh am utarus yezzughuren agherrus
Ayen tennid ur s-itthus
D-ayen is fkan, iban ixuss…

Zik-nni, qqaren imusnawen :
Yella wammus is izemmren d-afus
Yella wammus is izemmren d lmus
Yella wammus ddwa-ynes t-tamusni d rrsus !

Qqaren zik-nni :
Uhdiq s tit, ungif s-elhezz am teghlit !

Le conte du simple d’esprit volontaire

La conduite du simple d’esprit fait sursauter
Tel un crapaud dans une cage
Tel un chien de chasse qui traîne une vieille peau
Tu as beau lui parler, il n’est sensible qu’à sa bêtise
C’est tout ce qu’il connaît, on ne juge pas un demeuré…
Jadis, les sages disaient :
Il y a des saletés qui se lavent à la main
Il y a des des saletés qui se lavent au couteau
Il y a des saletés contre lesquelles seuls la sagesse et les hauts-dits peuvent quelque chose !

El cuento o La historia de la sencilla espíritu voluntario

La conducta de las sorpresas de una sola mente
Al igual que una rana en una jaula
Como un perro de caza que cuelga una piel vieja
Usted puede hablar con él, él es sensible sólo a su estupidez
Eso es todo lo que sabe, no se considera un residieran …

Antiguamente, los sabios dijeron :

Hay suciedad que lavar a mano
Hay suciedad que lavar el cuchillo
Hay suciedad en contra de que sólo la sabiduría y de alto dits puede algo !

The tale of the simple volunteer spirit

The conduct of the single-minded surprises
Like a frog in a cage
As a hunting dog who hangs an old skin
You may talk to him, he is sensitive only to his stupidity
That’s all he knows, it is not considered an resided …

Formerly, the sages said :DSC_0001

There is dirt that wash by hand
There are dirt that wash the knife
There is dirt against which only wisdom and high-dits can something!

Moralité : ce qui est bien avec les simples d’esprit, c’est qu’ils nous font avancer ! Il n’y a rien de plus tragi-comique que de se pencher un instant avec un sourire sur la conduite volontaire et affichée d’un idiot ! Comme on dit en kabyle : “Yella tadsa di twaghit !” nagh daghen : “Lefhama n wungif iggwi-tt wasif !”

Cela me fait réviser mon anglais (qui devient fort approximatif) et mon espagnol qui devient de plus en plus amusant !

Voici mon dernier livre qui va paraître dans quelques semaines. J’espère qu’il plaira à ceux qui ont l’habitude de lire… j’oserai dire : de me lire. Je parle évidemment des Kabyles nobles et non pas de ceux qui se comportent comme des porcs et qui ne peuvent rien faire contre moi… Bien au contraire, cela me donne des étincelles et des ailes !

couverture

Yiwen isserwat,wis-sin yettcakat, wi-s tlata isell i lehwa tekkat ! D-acut ? D-acu-t ?

Dernier message à celui que j’ai traité de porc !

Je t’ai traité de porc car tu le méritais. Les excuses et les raisons que tu essaies de me fournir pour faire passer « tes porcheries » ne tiennent pas debout ! Ce n’est pas en faisant dans l’obscénité que tu vas combattre – soit disant ! – les ennemis de l’amazighité ! Bien au contraire, tu leur dis simplement que tu leur ressembles en faisant leur jeu. Ce sont des porcs et tu te comportes comme l’un d’eux : comme un porc ! Tu dis que tu n’y es pour rien ! Comment se fait-il que ces obscènités soient véhiculées à travers un pseudonyme prestigieux que tu utilises (pour que je t’accepte lors de ta demande !)
Moi, je te dis que c’est en travaillant sur ta culture et ta langue en veillant au respect de tes parents et des tiens ainsi que de tout ton peuple (agdud amazigh) que tu peux combattre les ennemis de l’amazighité ; en leur faisant toujours savoir – comme le chante si bien le grand Ferhat Imazighen Imoula – « L’Amazigh est beau, décent, élégant et Noble » (Amazigh d-azedgan !)

Último mensaje que yo traté de cerdo!
He tratado de cerdo, ya que merecías. Las excusas y razones por las que tratando de dar para recibir « sus pocilgas » no retener el agua! No es por hacer en obsènité usted va a luchar – supuestamente! – Los enemigos de los amazigh! En su lugar, sólo les dices que ves como ellos haciendo su juego Estos son los cerdos y se comporta como uno de ellos. Al igual que un cerdo!
Yo digo que está trabajando en su cultura y su idioma asegurando el respeto a sus padres y quieren y todo tu pueblo (agdud amazigh) que se puede luchar contra los enemigos de amazigh; siempre haciéndoles saber – como cantado tan grande Ferhat Imazighen Imoula – « El Amazigh es hermosa, digna, elegante y noble » (amazigh d-azedgan!)

Last post than I treated pig!
I’ve treated pork because you deserved it. Excuses and reasons you trying to give me to get « your pigsties » do not hold water! It is not by making in obsènité you gonna fight – supposedly! – The enemies of the Amazigh! Instead, you just tell them you look like them by making their game These are pigs and you behave like one of them. Like a pig!
I tell you that it is working on your culture and your language ensuring respect your parents and want and all your people (agdud Amazigh) that you can fight the enemies of Amazigh; always letting them know – as sung so great Ferhat Imazighen Imoula – « The Amazigh is beautiful, decent, elegant and noble » (Amazigh d-azedgan!)

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Le marché des mondes et du pétrole…

Vous entendez souvent, très souvent, trop souvent les médias vous parler des mondes… « Le monde asiatique », « le monde occidental », « le monde arabe », etc. etc. Vous n’entendez jamais parler d’un monde que l’on bannit des médias, que l’on essaie d’effacer à tout prix – face à la loi des mondes du marché pétrolier et gazier – et pourtant ce monde de culture, de langue et d’histoire millénaires existe aux portes de l’Europe, de Paris. C’est un monde stigmatisé, brimé, ignoré, dont le peuple est malmené, massacré tous les jours.

Ce qui se passe au Mali avec le peuple amazigh touareg que l’on écartèle, que l’on chasse de ses terres… pour l’uranium… Les islamistes servant d’excuses et de paravents…

Le monde berbère est un monde de paix. Les Imazighen (connus sous le nom de Berbères) ne combattent que pour leur survie : défendre leur terre, leurs femmes et leurs enfants…

Les Imazighen ont une langue qui s’appelle Tamazight. Les Imazighen sont plusieurs dizaines de millions d’âmes à travers l’Afrique et notamment l’Afrique du Nord. Vous entendrez souvent les pouvoirs d’Afrique du Nord se dire et dire que nous sommes des arabes.

Vous entendrez souvent les médias français vous dire que l’Afrique du Nord est arabe (avec l’assentiment des pouvoirs maghrébins)… Et pourtant, il n’y a pas que le pétrole…

Il y a des millions d’êtres humains qui constituent le monde amazigh-berbère dont la devise universelle est la suivante : « Laisse-moi vivre dans la joie, la paix et la connaissance et je me passerai du pain, je mangerai la  terre ! »

Un peu d’histoire : La terre berbère-amazighe a été envahie tout à tour par : Les Phéniciens (Carthaginois : dont parlent souvent les Tunisiens en faisant fi de leur histoire : ce fut le grand Agellid Massinissa qui détruisit Carthage qui expropriait les Imazighen de leur terre : les Tunisiens d’alors !), les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabes, les Turcs et les Français).

On parle de tous les peuples de leurs héros, mais qui parle du peuple amazigh et de ses héros : Massinissa, Jughurta, Juba 1er, Takfarinas (face aux hordes romaines) ; Koceila, Damia Dihya At Tabet (surnommée la Kahina) face aux hordes arabes… Ces hommes et ces femmes, qui ont combattu pour la liberté de leur peuple et contre la barbarie, ont précédé de plusieurs siècles ceux et celles que nous connaissons aujourd’hui à l’heure de leur entrée au Panthéon !

Pensée amazighe de Kabylie : « Si Dieu venait à te réclamer ton coeur, tu es libre de le lui donner. S’il venait à te réclamer ta langue et ta terre, dis-lui : Non ! Car sans ta langue et ta terre, tu n’as plus ni coeur ni foi ! » (Ma Yessuter-ak-d Ugellid Ameqqwran Ul-ik, xas fkas-t ! Ma yessuter-ak-d iles-is d wakal-ik, in-as : Ala ! Mebla iles-is d wakal-ik ur tesâidh ul, ur tesâidh tasa ! »

En réalité, ceux que l’on nomme « Arabes » ne sont que des Imazighen plus ou moins arabisés, car leur langue est avant tout berbère. Mais, comme disait si bien l’un de nos illustres intellectuels, Salem CHAKER – pour ne pas le nommer – « L’amazighité est d’abord une affaire de conscience » , tout en sachant que c’est également et surtout une affaire idéologique et économique. 

La France coloniale y a largement contribué à leur arabisation et à leur islamisation !

Quelques articles de ces jours derniers dans la presse algérienne (El Watan) touchent enfin au fond du problème de l’aliénation linguistique et historique : « Parlons algérien ! » Oui, parlons algérien : parlons tamazight !

Relisons, l’espace d’un instant, le grand Kateb YACINE :

« On croirait aujourd’hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu’au jour où je me suis perdu en Kabylie. Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route. Je lui ai parlé en arabe. Il m’a répondu en tamazight. Impossible de se comprendre. Ce dialogue de sourds m’a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j’aurais dû parler tamazight, la première langue du pays depuis les temps préhistoriques. » (Kateb Yacine, in Les ancêtres redoublent de férocité, Paris, Editions TNP, 1967).

__________________________________________ Pour que vivent à jamais les peuples opprimés en dehors du marché des mondes et du pétrole !

Venez participer au second festival international des films berbères-amazighs – du 30 au 31 mai 2015

Asst-ed a-tt gerwem i tafaska tis-snat n-Isura Imazighen – di Paris si 30 ar 31 magu 2015

https://mail.google.com/mail/u/0/?ui=2&ik=1ed90fa5df&view=att&th=14d90451735d28f6&attid=0.2&disp=safe&zw

_____________________________________________________________________________________
Bonjour,
Le Festival international des films berbères et de la Méditerranée est ravi de votre participation à sa seconde édition en tant que d’être membre du jury.
Je vous rappelle que le Festival démarre ce samedi 30 mai à 12h au Cinéma le Luminor – 20, rue du Temple, paris 4.
Les projections ont lieu en continue de 12h à 22h le samedi et le dimanche, et sont ponctuées d’événements autour de la culture berbère : une exposition de photos, l’intervention d’un conteur, une programmation  musicale, la dégustation de saveurs sucrées berbères, des rencontres avec des professionnels, et d’autres surprises.
En pièces jointes, vous trouverez le programme détaillé de la manifestation, ainsi qu’une invitation à la soirée d’inauguration qui a lieu le samedi 30 mai à 20h.
Au plaisir de vous accueillir et de vous rencontrer.
Cordialement,
Hélène Sitbon
Conseil en communication  relations presse
Tél 01 45 61 24 20 – 06 84 01 50 49 

Prévisualiser la pièce jointe Invit-Finale FIFB 2015 .pdf

Publié par : youcefallioui | mai 11, 2015

LE CONTE ET LES VOLEURS – Imakuren t-tmacahutt

Le conte et les voleurs…
Pour toi qui, par un mauvais jour de décembre, m’avait donné un bout de pain et réchauffé le corps et le cœur… C’est seulement depuis que je sais ce que sourire éclaire ; ce qu’une main tendue veut dire et ce qu’une parole gentille peut donner un sens à la vie.

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Il y a bien longtemps… Nous étions au temps où le conte régnait dans toutes les maisons kabyles. Un soir, comme tous les autres soirs…
Nous étions autour du foyer suspendus aux mots magiques de ma grand-mère…
Pendant que nous l’écoutions religieusement, des voleurs s’étaient introduits dans la maison et avaient tout emporté. Quand ma grand-mère termina son conte par la formule magique consacrée, nous constatâmes que la porte était entrouverte… Ma grand-mère se leva et se dirigea vers la porte. Nous nous levâmes pour lui emboîter le pas.
Ce n’est qu’à ce moment-là que nous nous étions rendu compte que des voleurs s’étaient introduits chez nous.
Nous voici dans la cour. Ma grand-mère regarda alors vers le ciel. Nous tous regardames dans la même direction. Une pleine lune pleine d’éclats entourée d’étoiles qui n’arrêtaient pas de jouer entre elles dans une clarté sans nom. Plus loin, comme pour donner une touche finale à ce merveilleux tableau, la voie lactée ou, comme on dit en berbère, « La poutre du ciel » (Ajeggu igenni) ou, selon un mythe consacré, « Le chemin de paille » (Abrid g_walim).

Devant tant de miracles – car il n’y a de miraculeux que les choses que l’on voit tous les jours – ma grand-mère s’exclama : « Ces voleurs sont bien sots ! Ils ont pris de vieilles breloques et de vieux brocs et ils ont oublié toutes ces merveilles du monde !… »

Après un moment de réflexion, ma grand-mère esquisse un large sourire et nous dit encore : « Mes enfants, rappelez-vous que dans une maison où règne le conte, aucun voleur ne peut vous priver de l’essentiel ! »

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Je compris alors – presqu’au bout de mon âge – pourquoi mon vieux père disait : « Le conte kabyle n’a pas été créé pour uniquement vous aider à bien dormir. Bien au contraire ! Nos ancêtres l’ont créé pour vous aider à mieux vous tenir éveillés et à vous tenir debout, car chacun des mots que le conte contient est pareil à une étoile dans le ciel… C’est à travers ses mots que nous nous sentons pleinement vivre… Un seul conte kabyle vaut toutes les pages écrites dans d’autres langues. Car une langue, ce n’est pas seulement l’écrit, c’est d’abord et avant tout la parole vivante… Quand une langue ne se parle plus, elle a beau s’écrire, son peuple cesse d’exister ! »

Publié par : youcefallioui | avril 17, 2015

20 avril – Printemps berbère ou l’écho de l’Amusnaw

I WASAL N DDA LMULUD

A LA MEMOIRE DE MOULOUD MAMMERI

Le 20 AVRIL ou l’écho de l’Amusnaw

Une amie m’a reproché d’avoir délaissé mon blog. « Le 20 avril, c’est dans trois jours, écris-nous quelque chose, s’il te plait ! »

Récemment, une vieille grand-mère (Nna Tasaâdit), qui m’avait entendu parler des énigmes, demande à son petit-fils de m’en transmettre deux créations qui lui sont propres « pour me rendre hommage », me dit-il. J’ai été très touché pour cet éloge !
J’ai donc pensé à celui à qui il revenait de droit : Mouloud Mammeri ou Dda Lmulud, comme nous l’appelons en kabyle ; tant et si bien que notre langue nous offre encore quelques espaces pour nous retrouver et nous sentir comme un peuple entier grâce à ces mots que seuls les Imazighen et notamment les Kabyles utilisent encore… Ce sont autant d’indices d’une mémoire qui vient de la nuit des temps… Une mémoire dont nous sommes porteurs et dont nous accumulons tant bien que mal la richesse.
Voici donc ces énigmes que je restitue à la mémoire du grand Amusnaw kabyle Mouloud Mammeri. Nous lui devons d’être là ; de marquer par notre présence épistolaire cette mémoire millénaire que tous les vents furieux de l’ignorance et de la bêtise n’ont pu faire disparaître malgré tous les chocs violents auxquels elle a dû faire face et qu’elle continue de combattre avec paix et sérénité comme ce chêne de l’Assemblé auquel faisait allusion l’énigme de Nna Tasaâdit de cette belle et merveilleuse contrée kabyle qu’est Bou-Zeggane :
« Le chêne de l’Assemblée, sa parole porte comme une batte – Le sage » (Tasaft n Wegraw, awal-is yugar alqaw – Amusnaw).

La seconde énigme nous renvoie vers l’association parole/tissage, expression allégorique et polysynthétique que l’on peut retrouver dans beaucoup de langues autochtones comme tamazight.

« Un métier à tisser sans lisse et sans fils de trame qui est brodé avec allégorie et confiance – La parole » (Azetta mebla ilni d- ulman izda s tweqda d laman – Awal).
Beaucoup de Kabyles m’accostent dans la rue pour me saluer et me féliciter à propos de ce que j’écris. Beaucoup reviennent sur les énigmes. « C’est un genre littéraire majeur » (Fernand Bentolila) auquel j’ai déjà consacré plusieurs ouvrages.
Mon dernier et plus beau souvenir, je le dois à cette petite fille d’environ six ans qui plus est porte le même prénom que ma douce mère – Tawes – ce qui est fort rare aujourd’hui, à l’heure où les Kabyles s’envolent vers d’autres prénoms qui ne signifient rien pour nous ! Tawes m’apostrophe donc dans la rue pour me dire une énigme qu’elle avait relevée dans l’un de mes ouvrages.

Quand sa maman se pencha vers elle pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille tout en me fixant du regard, j’étais loin de « deviner » qu’elle était en train de lui dire quelque chose comme : « Dis-lui une devinette… C’est ce monsieur qui a écrit le livre que je t’ai acheté sur les énigmes ! »
La petite se gratta l’oreille – un peu comme dans le conte « L’oiseau de l’orage ». Arrivé à leur niveau, elle me dit l’air bien gêné : « Oh la la ! Je me souviens de la devinette, mais je ne sais pas comment je vais la dire ! »
Je fais mine de l’aider : « C’est laquelle ? Elle parle de quoi, la devinette ? » Lui dis-je en souriant. Elle me répondit alors : « Elle parle de la chauve-souris… ça y est, je me rappelle ! » Et dans l’instant, beaucoup de monde put entendre une devinette kabyle en plein marché de Belleville : « Quel est l’oiseau qui allaite ? » (Anwa afrux yessuttudhen ?)
D’entendre cette devinette déclinée dans les deux langues, en français d’abord puis en kabyle m’avait rempli de joie ! Ce fut donc en plein marché de Belleville (Paris 11ème) que la petite fille, la maman et moi avions discuté des énigmes et des devinettes pendant près d’une heure !
Comme quoi il suffisait d’une devinette pour que la braise – jetée un 20 avril par Dda Lmulud l’Amusnaw – se remette à briller dans les yeux d’une petite fille au point de m’éclairer… Et de me dire qu’il est très important que je partage cette belle anecdote qui aurait plu et faire sourire le grand Mouloud Mammeri. J’aurais aimé que pareille chose ait lieu quotidiennement dans les écoles algériennes et notamment en Kabylie… Dire une énigme, c’est comme se sentir vivre et faisant partie d’un peuple autochtone : le peuple amazigh d’Afrique du Nord.
C’est à chaque fois dans des moments semblables que se détermine en moi ce rapport charnel aux textes oraux des Anciens, dont Mouloud Mammeri disait de son vivant : « Il faut se hâter de happer les dernières voix… ». La plupart de ces textes oraux ont été et continuent d’être véhiculés par les femmes. Dès lors, continuer à donner une forme à ces énigmes, à ces textes oraux qui viennent de la nuit des temps, c’est comme redonner vie à tous ces mots qui osaient, malgré la guerre et la misère, sortir de ce silence douloureux, à travers les voix d’enfants qui seuls pouvaient le rendre supportable en donnant une grande légèreté aux sentiments et aux mots.

C’est ce que représente pour nous le 20 avril : un vent doux et léger qui donne tout leur sens aux sentiments qui unissent le peuple kabyle à travers ses mots, tant et si bien qu’Awal signifie pour nous « toutes les étoiles dans le ciel où le feu majestueux dont parlait Mouloud Mammeri – celui de la culture, de l’histoire dans l’union et la solidarité, seul capable de donner tout son sens au 20 avril.
« Ne chantez pas jusqu’à lasser vos oreilles  ! Ne dansez pas jusqu’à épuiser vos corps ! Sachez aussi dire les mots en silence en communion, la main dans la main, en regardant le vaste pays de vos ancêtres qui vous entendent perpétuer leur mémoire. » « Mythe du maître des montagnes » (Izri n Bab Idurar).

Publié par : youcefallioui | mars 6, 2015

MOHAND AMOKRANE OUCHIVANE « LE GEANT »

MOHAND AMOKRANE ACHIVANE « LE GEANT » N’EST PLUS…

Mon frère Mohand Amokrane n’est plus. Mon père l’avait surnommé « Le géant » (Imqelfed). Il disait : « Je l’ai prénommé Mohand Amokrane, car il est né au temps où les légendes soutenaient l’arbre de vie de la Kabylie. »
Mohand Amokrane le géant, Dadda Meqqwran n’est plus. J’ai fini par croire qu’il était immortel. Force de la nature, ancré dans la terre comme la souche d’un vieux chêne millénaire, je pensais naïvement que mon grand-frère, Dadda Meqqwran, comme nous l’appelons, nous ses petits frères et sœurs était immortel. Du moins, je pensais que ce géant allait tous nous enterrait avant de partir à son tour vers ce monde inconnu où de temps en temps, j’entends l’appel, le murmure doux et insondable de mes chers parents qui, dans les moments de doute et d’angoisse, cherchaient à me tranquilliser.
J’ai fait la connaissance de mon grand frère Amokrane en 1963. J’avais 13 ans. C’était la fin de la guerre d’Algérie. J’ai appris petit à petit toutes les secousses et tous les dangers que cette guerre lui avait valus. Fidèle au grand Messali HADJ, il avait eu du mal à s’en sortir face à une horde de chacals qui lui reprochaient sa fidélité à Messali à l’heure où tous les renards et les scabreux en tout genre changeaient d’opinion comme on change de chemise, quitte à vendre leurs amis et leurs âmes. A travers lui, j’ai appris à connaître ce que l’on appelait et que l’on continue d’appeler les « Messalistes ». J’ai trouvé en eux beaucoup de choses qui auraient fait de l’Algérie un pays des lumières, comme l’appelaient les anciens Kabyles. Les amis de mon grand frère étaient droits ; solidaires et sans faille dès qu’il s’agit de soutenir quelqu’un de leur sensibilité politique. Brave et sans détours, ils n’ont jamais sacrifié leurs idées. Ils sont restés fidèles à leurs idéaux et rien de ce qui changeait les autres – comme pour obtenir une attestation de maquisard ! – ne les changeait. Bien au contraire, ils faisaient face aux tempêtes – fort nombreuses – qui suivaient l’indépendance de l’Algérie. Les vents, d’où qu’ils venaient, étaient mauvais. Mais, ils faisaient face la tête haute et dressaient la tête sans trébucher avec aucun doute dans leurs yeux.
J’ai vu des amis à Dadda Mokrane venir proposer leurs services à mon père. De toutes les régions, ils venaient. Il y en avait de tous les coins d’Algérie et surtout de Kabylie. Un soir, nous vîmes arriver un homme – un géant comme Dadda Mokrane – accompagné par un voisin. Il faisait presque nuit. Il était originaire de Larebâa N’At Yiratènes. Pensant que mon grand frère avait succombé pendant la guerre – notamment dans la guerre fratricide que leur faisait le FLN – il avait longtemps cherché après la famille et les proches de son ami… Quand il apprit que nous étions encore à Awzellaguen – car beaucoup avaient fui la Soummam – il n’avait pas hésité un seul instant pour venir si nous avions besoin de quelque chose. Il passa la nuit chez nous, entre nous, comme s’il était des nôtres. Il fut si heureux quand mon père lui apprit que mon grand frère était installé à Alger. Difficile installation ! Il avait beaucoup souffert des attaques des uns et des autres, car Messaliste il était, Messaliste il était resté et se revendiquait comme avec fierté et sans peur aucune ! On finit par le licencier pour ses propos et opinions politiques. Des amis de mon père durent intervenir pour qu’il réintègre son poste à la SNCFA.

Ce qui me rapprochait le plus de Dadda Mokrane, c’est le respect et l’amour qu’il portait à nos parents. Jamais, il ne pouvait élever la voix – comme le font beaucoup d’autres fils – devant mes parents. Il arrivait que ma mère s’emportât contre lui ! Il lui répondait calmement : « Tu es ma mère ; tu peux même prendre un bâton pour me battre, je tournerai juste le dos pour mieux recevoir tes coups ! »
Quand je discutais avec lui à propos des sages de notre Arch… Il disait toujours : « Aucun d’eux n’arrive à la cheville de mon père que ce soit dans la sagesse, dans le courage ou la générosité. » Tout ce qui touchait mon père le tourmentait… Comme le fait que mon père ait été torturé et emprisonné à plusieurs reprises par les Français, sans qu’aucune reconnaissance ne lui ait été accordée. Un monsieur bien placé des Awzellaguen répondit à ma mère – qui lui disait qu’elle voulait juste que les sacrifices de mon père soit reconnus – « Je ne sais pas ce qu’il a fait ! » Normal, comme tous les planqués, il était en Tunisie pendant toute la durée de la guerre ! Ce fut les seuls moments où Dadda se mettait en colère. Il disait : « Quand je le vois dans le rue, je me retiens pour ne pas lui cracher dessus ! » C’était ce genre de personnes qui ont détruit la Kabylie, voire l’Algérie toute entière.
Dadda était juste et n’avait peur de personne. Il avait même un certain plaisir à se mesurer à ceux qui oubliaient bien souvent la bienséance et le respect. Il était vif à la fois dans son geste et dans sa parole. Il ne supportait aucun acte d’incivilité. Respectueux et affable à l’excès, il surprenait souvent ceux qui se méprenaient à son égard. Le prenant pour « un mou », ils s’en mordent bien souvent les doigts quand ils se rendent compte qu’ils se sont trompés de personne. En 1970, j’étais étudiant à Alger. Un samedi, alors que je me promenais à Hussein Dey, j’assistais à une rixe où un homme se faisait carrément rosser par cinq individus, rien que ça ! Je crus bon d’intervenir… C’est de famille ! Voilà que deux autres arrivaient et me tombent également dessus… Alors que j’allais m’affaler sous les coups, voilà que des bras secourables – des bras d’un géant – m’apportaient secours en tapant efficacement dans le tas. Ce fut grâce à la voix que je reconnus mon frère : « Celui qui touche à mon frère, je le tue ! » dit-il en arabe algérois.
Pendant qu’ils prirent la fuite, il releva d’abord le monsieur à qui j’avais porté secours avant de se pencher sur moi et de me dire : « Tu n’as pas été atteint ailleurs ? » Je saignais du nez. Il me tendit un mouchoir… J’ai toujours pensé la chose suivante : Cela faisait la seconde fois que je me faisais attaquer après avoir voulu défendre une autre personne… Et pour la seconde fois, mon grand frère surgissait comme par enchantement ! Il est vrai que la première fois, c’était près de chez lui ; je trouvais donc cela normal… Mais, la seconde fois, j’étais au boulevard de Tripoli, bien loin de la maison… Un peu comme l’aurait fait mon père, Dadda Mokrane me dit : « Je suis fier de toi… » Nous rentrâmes ensemble à la maison « comme des frères ». Une douce chaleur m’envahissait… quand je sentis son regard doux et protecteur se poser sur moi.
Dadda Mokrane ne craint pas l’adversité. Droit et juste, il était toujours prêt à porter secours à celui ou celle qui en avait besoin. Personne ne pouvait malmener quelqu’un devant lui sans qu’il ne lui porte secours, même au péril de sa vie. On en rit encore quand mes frères et mes neveux me relatent le dernier incident qui nous opposa à nos voisins qui voulaient nous interdire le chemin d’accès à notre propriété, estimant que nous n’y avons pas droit… après 80 ans d’utilisation du dit chemin ! Devant un tel comportement qui niait toutes les valeurs du voisinage, Il était tellement hors de lui qu’il disait : « Si je trouve l’un d’eux sur mon chemin, je l’écrase et je ferai marche arrière pour l’achever s’il est encore vivant ! »
Il nous raconta alors comment mon père – toujours prêt à rendre service – avait accepté d’échanger le droit de passage par ce chemin en abandonnant aux voisins l’autre chemin qui passait devant leurs portes. Dans une époque lointaine, leurs Anciens seraient venus demander à mon père de bien vouloir accepter cet échange. Avec le temps, ils avaient oublié que mon père rendit un service pour partager un droit… celui de pouvoir rentrer tranquillement chez lui. Mais à la mort de mon père, ces derniers se crurent fort en droit et « fort en force et en nombre » pour nous interdire le passage. Ils ont oublié les paroles de mon père : « Je l’ai prénommé Mohand Amokrane, car il est né au temps où les légendes soutenait l’arbre de vie de la Kabylie. »

Le géant a succombé à un cancer dans la nuit du 28 février 2015. Il a fait preuve d’un courage que peu d’hommes et de femmes pouvaient dégager face à cette maladie. Nous l’avons enterré un jour de pluie. Dès le lendemain, un soleil éblouissant vint nous réconforter. Nous nous retrouvâmes unis dans la tristesse et la douleur comme il l’aurait souhaité. Frères, enfants et petits-enfants ainsi que les proches étaient là. Et c’est à chacun de se remémorer son souvenir en racontant une anecdote… Nous étions en rires et larmes… entre la douleur et la douceur de cette tendresse de communier ensemble pour dire les mots… Les mots qu’il aurait aimé entendre… Des mots de sagesse et de fraternité… Des mots qui faisaient de nous ce chêne aux racines profondes qui tiennent encore bien qu’ayant perdu leur souche. Branches solides et solidaires, secoués par le vent mauvais de la mort, nous venions de perdre notre souche… Mais, les enfants – ses petits-enfants – jouant et criant ici et là font entendre sa voix, comme s’il venait de renaître, comme s’il était toujours parmi nous. Alors, ce sont des rires qui fusent ici et là entremêlés de larmes qui accompagnaient les mots des anecdotes que chacun et chacune racontaient à son propos.
J’aimais particulièrement entendre les témoignages de ses belles filles que Dadda Mokrane chérissait comme ses filles. Chacune d’elle racontait comment il veillait sur elle. Comment il disait en haussant la voix pour que son fils entende : « S’il t’embête, tu me le dis ! » Et il montrait sa canne !
Après l’enterrement, ma petite nièce – qui adorait son grand-père Mokrane – pleurait doucement à l’arrière de la voiture. Pour la consoler, je lui dis que Jeddi-is « son grand-père » serait très malheureux de la voir pleurer ainsi… Elle essuya ses larmes et me dit : « Je l’aime tellement que je ne voudrai en aucun cas qu’il soit malheureux à cause de moi… Il faut que je sois heureuse pour qu’il continue d’être heureux au paradis ! »
Si le paradis existe on aurait aimé que tous ceux qu’on aime et qui sont partis après avoir honoré le genre humain par leur courage, leur fidélité, leur savoir, leur fraternité, leur générosité envers les autres et notamment envers les plus faibles, leur bonne humeur qui égayait les petits enfants, leur joie de les tenir dans leurs bras… on aurait aimé que ce paradis puisse exister pour qu’ils continuent d’être heureux afin que le Dieu miséricordieux efface leur chagrin et les console de toutes les peines qu’ils avaient eues en ce bas monde.
Le géant qu’était Dadda Mokrane disait : « Un jour, je rejoindrai mes chers parents… Si le paradis existe, je voudrai que Dieu me permette de me repose à leurs côtés… Ainsi l’éternité me semblera plus courte et plus agréable à vivre. »
Mon cher grand-frère – de t’avoir connu si juste et si droit, si courageux et si modeste, si généreux et si fraternel, si bon et si respectueux envers nos parents – je suis sûr que le Souverain Suprême (Agellid Ameqqwran) exaucera tes vœux. Et si, à mon dernier jour, je pouvais vous retrouver ensemble, cela rendra ma mort beaucoup plus douce, comme un voyage… Un merveilleux voyage qui reste à faire.

Dadda

Publié par : youcefallioui | février 13, 2015

ROGER HANIN… Un Algérien des Lumières

Roger Hanin, l’Algérien…

L’Algérie a perdu beaucoup de ses enfants. Beaucoup de ceux et celles qui l’aimaient et qui continuent de l’aimer l’avaient quittée bien malgré eux/elles. La mort dans l’âme et dans la noirceur du ciel, des pas vers l’inconnu… Leur vie se brisait du jour où ils avaient quitté cette terre où le soleil donnait un éclat sans pareil aux horizons.
Ils avaient refait leur vie… En avaient-ils le choix ? Beaucoup d’entre eux/elles – tel Roger Hanin – s’étaient battus de nouveau pour se faire une autre place sous d’autres cieux, sous d’autres soleils qui n’ont pas toujours le même éclat. Cette clarté où toutes les couleurs du monde se confondent et se rassemblent pour faire le bonheur de tous ceux et toutes celles qui savaient si bien la guetter à chaque matin de leur vie. Parfois même dans leur sommeil, ils avaient hâte de troquer ce qu’ils voyaient en rêve avec la réalité, celle de la joie de voir et de pouvoir admirer encore et encore ces premières lueurs de l’aube que seule la langue berbère – langue polysynthétique et autochtone – est capable de désigner d’un seul mot chargé de tous les sens : Essxem. Et l’on comprend alors pourquoi peu de contrées peuvent émouvoir à ce point ; car nulle autre contrée – aussi belle soit-elle – ne livre dans une nudité totale sa clarté comme un enfantement dans un bonheur et une plénitude infinis que la langue berbère peut encore nommer d’un seul mot : tamradwa.
Cette terre berbère-amazighe qui les avait vus naître ne les jamais oubliés malgré le vent déchainé et violent qui les avaient emportés dans la bêtise et l’ignorance de ceux qui cultivaient et cultivent toujours le moindre effort… Celui qui détruit ce que la terre et l’homme ainsi que la femme de bonne volonté et armés d’intelligence ont mis des siècles à construire… La barbarie qui s’habille d’ignorance et de bêtise revient et essaie de régner en mettant en avant l’absence de raison.
Mais « l’Algérie des Lumières » (Lezdayer n tafat), comme l’appelaient les anciens Kabyles finit toujours par se relever, rejaillir du cœur de ses enfants – comme l’oiseau phénix renaît de ses cendres – dans un éclat encore plus beau où la mer, les montagnes, les hauts plateaux, les plaines et le désert attendent à l’unisson – dans une attente de tous les instants – unis par le même souffle où la miséricorde du Souverain Suprême les enveloppe dans son burnous sacré.
Roger Hanin était habité de ce souffle divin à travers le parfum d’une terre exaltante à laquelle il avait manqué. Il savait, lui – le Juif d’Algérie – que « son pays » le chérissait. Il savait que l’Algérie le portait dans son cœur tout comme ses enfants qui l’avaient quittée un matin très tôt bien avant l’aube ou un soir très tard dans l’obscurité qui cache les yeux brillants des braves. Roger savait que l’Algérie considère ses enfants – surtout ceux qui s’étaient exilés la mort dans l’âme – telle une sève dont elle ne pourrait jamais se passer : elle a besoin de leur amour pour continuer de vivre et de briller.
Comme chassé par le sirocco de la discorde et de la violence, Ils partirent… Ils furent nombreux à le faire. La blessure est restée ouverte… Roger le savait. L’Algérie est une terre éternelle que les Anciens avaient labourée et irriguée de leur sang et de leur amour. Elle a gardé une tendresse infinie pour tous ses enfants qui l’avaient quittée sans mots dire – car seuls savent ceux qui se turent – aveuglés par les larmes qui coulaient sur leur poitrine et qu’en vain ils essayaient de cacher.
Tant de larmes et tant de sang versés ! Tant d’années d’exil dans une solitude cachée. Il est des mots que l’on ne dit pas. Il est des pensées que l’on n’ose pas. Il est des cris que l’on étouffe et que l’on tait. Roger Hanin avait vécu ainsi. Mais il était sûr d’une chose : un jour il y retournerait. « Je reviendrai » avait-il déjà écrit dans les années sombres où des Algériens ( ?) massacraient, égorgeaient, décapitaient et immolaient femmes, enfants et vieillards : d’autres Algériens.
Mais l’Algérie n’oublie jamais ceux et celles qui l’aiment et qui continuent de l’aimer. Vaste et profonde dans l’amour et la tendresse qu’elle éprouve pour tous ses enfants et surtout pour ceux et celles qu’elle voyait, tout comme Roger, partir en silence, la tête baissée et le cœur lourd de peine et d’angoisse., l’âme blessée et la tête baissée pour mieux savourer les derniers pas dont ils la foulaient pour la dernière fois, en se disant : « Je reviendrai ! »
Une mère pleure toujours ses enfants. Elle les pleure quand ils la quittent ; elle les pleure encore plus fort quand – la tempête cessante – ils peuvent enfin se retourner vers elle… Quand ils sentaient que la mort allait leur briser les ailes, dans leur dernier souffle accompagné d’un dernier regard, ils voient en elle leur seul rêve inachevé… Un rêve qui devient éternel et à jamais renouvelé.
Roger Hanin a achevé son rêve ; celui de retourner se reposer pour l’éternité dans le sein de sa Mère-Patrie enfin retrouvée : L’Algérie.
C’est un droit noble et solennel que chaque Algérien devrait revendiquer. Il reste un privilège dont sont privés beaucoup d’autres fils et filles d’Algérie.

Un message !

Avant de te quitter, mon cher Roger, je veux te charger d’une mission très importante : celle de porter les salutations filiales à cette terre d’Algérie où tu reposeras désormais. Les salutations de ses autres fils et filles qui n’ont pas encore obtenu le privilège qui vient de t’être accordé. Dis-lui, rappelle à cette Algérie que bon nombre de ses enfants – qui lui avaient voué un attachement et un amour sans nom, toute leur vie durant, au point de tout lui sacrifier – reposent encore loin d’elle ; que l’exil qu’ils avaient connu de leur vivant continue avec leur absence.
Jean El-Mouhoub AMROUCHE, Taos AMROUCHE, Slimane AZEM, Mohammed ARKOUN… La liste est longue et je ne crains de t’imposer un lourd fardeau que tu as déjà porté avec panache et fierté… comme tout Algérien qui se respecte.
Il y a une dizaine d’années, j’ai eu le bonheur et l’honneur de te serrer la main lors d’un salon du livre juif… J’étais aux côtés du grand Marek Alter et de l’illustre Simone Weil. Nous avons effleuré cet exil auquel continue d’être condamnés ces enfants d’Algérie. Tu avais déjà remarqué qu’ils étaient pour la grande majorité d’entre eux des Amazighs, Berbères de Kabylie. C’est-à-dire des descendants des « Algériens des origines » (l’expression était de toi), des autochtones que tes ancêtres juifs avaient déjà trouvés sur cette terre qui allait devenir la leur et par la suite la tienne, quand ils adoptèrent la Berbérie comme terre d’adoption.
« Que leur reproche-t-on ? » m’avais-tu dit ? Je te répondis : « Etre des autochtones – des Imazighen – et à ce titre attachés viscéralement à la langue (tamazight) et la culture de leurs ancêtres, les Imazighen ou, selon ta formule, « Des Algériens d’origine ».
Mon père avait l’habitude de dire : « Seul le peuple juif est venu sur notre terre sans idée belliqueuses et sans intention conquérante… ».
Repose en paix auprès des tiens mon frère !

Je me dois à l’Algérie
Par Roger Hanin. Acteur.

Paris. Il fait nuit. Je suis dans mon bureau. Je pense à l’Algérie. Comme elle me paraît loin. J’ai peur de ne plus pouvoir la retrouver en pensée. Je ne veux forcer ni mon cour ni ma mémoire. Où en suis-je de l’Algérie ? J’écoute cette phrase et j’entends : » Où en suis-je de ma vie ? » Même sensation. L’Algérie, comme ma vie, m’a laissé bonheurs, souffrances, frayeurs. Et pourtant, dans le silence de mon bureau, j’ai l’impression, ce soir, que je ne la connais plus et que je n’ai ni droit ni qualité pour en parler.
Et si je me taisais tout simplement ? Ah, bien sûr ! Ce serait plus conforme à l’élégance intellectuelle, et l’intelligentsia trouverait cette esquive correcte. Mais, décidément ce soir, je ne suis pas correct !… Je n’ai jamais été correct. Ni intellectuellement correct, ni politiquement correct, ni « algériennement » correct.
J’ai honte de cet affaissement que je ressens pour mon pays. Mon pays… J’ai dit » mon pays « … Chaque fois que j’évoque l’Algérie, c’est vrai, je dis « mon pays». Est-il donc si loin cet Éden blanc de soleil, parfumé d’eucalyptus et de jasmin, orange et rouge et jaune de ses fruits, ses fleurs… Je ne me rappelle donc que cela ?… D’où vient que se télescopent l’horreur, l’OAS, les crimes, les offenses, la haine, le sang, l’exode ? Tout se mélange. Et pourtant, résiste en moi une petite pousse de refus qui s’entête. Je ne peux pas me contenter d’un constat. Même brouillé.
L’Algérie n’aurait donc plus de visage ? Difficile d’admettre l’adieu et de tirer sa révérence. Musique fade sur fond de « Vous ne me devez rien, je ne vous dois rien ». L’Algérie ne me doit rien, mais moi je dois à l’Algérie. Je dois d’y être né, d’un père d’Aïn-Beida, d’un grand-père et de toute une lignée venue de la basse Casbah. Je dois à l’Algérie d’avoir vécu de soleil, d’avoir été nourri de son amour pudique et braillard, excessif et profond, ensemencé des cris de la rue, où j’ai appris la vie, la lutte, la fraternité…
Et voilà que chaque jour, lorsque j’ouvre un journal, je lis : «Des Algériens ont assassiné lundi quarante Algériens dans le massif de l’Ouarsenis ». » Mardi : «Des Algériens ont égorgé à Médéa trente femmes algériennes, dix enfants algériens. » Mercredi : «Des Algériens ont torturé des vieillards algériens, coupés en morceaux des bébés algériens. » Jeudi… J’arrête l’horreur.
Et ces crimes seraient commis au nom de Dieu ?
Je ne crois pas que Dieu veuille ce sang. Le Coran n’a jamais imaginé des scènes aussi déshonorantes, des sacrifices aussi écœurants. Je ne suis pas musulman. J’en arrive à le regretter car aujourd’hui je pourrais parler plus haut, plus fort. Je suis juif et je dois une gratitude éternelle à l’Algérie d’avoir gardé sur sa terre et dans sa chair, des centaines de milliers de Juifs pendant des siècles et des siècles jusqu’à l’arrivée des Français, qui ont trouvé en envahissant le pays une communauté israélite intacte, heureuse et différente.
C’est cela l’Algérie… C’est cela l’islam : le respect, la tolérance, l’amour…
En dehors des analyses intelligentes et généreuses, il faut agir !

Aujourd’hui. Il y a urgence ! Chaque heure qui passe sonne notre lâcheté. Les chefs religieux de l’islam doivent parler sans craindre de porter l’anathème. Les chefs politiques doivent se déclarer en état de guerre civile car c’est bien de cela qu’il s’agit : il y a en Algérie des hommes et des femmes qui veulent vivre d’une certaine manière et il y a en face d’eux, d’autres hommes et d’autres femmes qui veulent vivre d’une autre manière.
Je forme des veux pour que le prochain président de la République d’Algérie parvienne à faire vivre ensemble tous les Algériens dans leur patrie, qu’ils ont gagnée dans le courage et la dignité, dans le sang et les larmes, mais où ils ne veulent plus vivre dans les larmes et le sang.
Il ne faut plus que l’Algérie éloigne d’elle, par la terreur qu’elle inspire, ceux qui voudraient lui dire leur amour et leur fidélité. Il faut rendre, de nouveau, l’Algérie fréquentable, en y allant ; prouver que l’Algérie n’est pas un pays de chaos, mais une terre noble qui ne refuse pas la fraternité et appelle le courage partagé.
Je viendrai bientôt.

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