Publié par : youcefallioui | avril 13, 2018

NNANNA ZAHRA – FEMME LIBRE ET SOUVERAINE

 

NNANNA ou LA FEMME LIBRE ET SOUVERAINE

 

Tennid : « Ma yella tebgha tmettut a d-teffegh si tlam,

Macci d-argaz ara s-ifken lqedd d waâmam ».

Tu as dit : « Si la femme veut sortir de la nuit,

Ce n’est pas l’homme qui lui donnera la voie(x) (Le turban).

 

Tu nous as quittés un 13 avril… Le printemps n’a plus le même parfum ni la même grâce.

 

PAR TA GRACE (S SUAADA YNEM)

 

Le premier souvenir qui me revient à la mémoire, j’avais 6 ans. Profitant de l’absence de mon père, des énergumènes, qui se faisaient  passer pour des maquisards, étaient venus enchaîner mon frère Mohand Tayeb. Ils l’avaient emmené droit devant eux au local que nous appelions alors « refuge ». C’était là que les maquisards se réfugiaient pour se reposer et se nourrir.

J’avais couru vers toi, car je pensais que ma mère n’était pas de taille à affronter ceux qui venaient d’emmener « ton petit frère » comme s’il était un criminel. Ils étaient sept, commandé par un certain Mohand (je me rappelle très bien de son prénom) qui voulait se venger de quelque chose qui lui était resté encore « au travers de la gorge ». Beaucoup de lâches et de parvenus profitaient d’un certain pouvoir que leur accordait la guerre pour « régler leurs comptes ».

J’arrivais essoufflé, tu étais en train de mettre de l’ordre dans la cour en coupant du bois avec une hache. Cela tombait bien !

Me voyant bouleversé, elle comprit tout de suite qu’il s’agissait de mon frère Mohand Tayeb… Elle brandit sa hache et partit en courant vers le refuge qui était à cinq minutes de la maison. Je la suivis en courant. Arrivée devant le groupe qui entourait mon frère, et voyant le « Mohand », elle savait tout de suite que l’initiative venait de lui. Elle s’avança vers mon frère et coupa la corde à l’aide de la lame de la hache, tout en menaçant Mohand de lui fondre la tête s’il venait à bouger !

Le second souvenir, se passait la nuit. Son « petit frère » était déjà au maquis et nous n’avions pas de nouvelles de lui. Elle chaussait ses palladiums (« chaussures de maquisards »), après que ma mère ait rempli un sac de nourriture. Je la voyais disparaître dans la nuit… Une nuit, comme beaucoup d’autres, où nous n’avions pas fermé l’œil. Nous attendions tous son retour. Quand enfin elle gratta à la porte, nous eûmes tous un soupir de soulagement… Elle avait bien retrouvé son « petit frère » à l’endroit convenu et lui avait remis vêtements chauds et nourriture.

Mon troisième souvenir n’était pas vraiment le troisième… Beaucoup d’évènements s’étaient passés en pleine guerre… Mon frère était toujours au maquis… Mon grand-frère Mohand Tahar, Dadda Lmadjid, mes oncles Amar et Arezki ainsi que beaucoup d’autres oncles et cousins étaient déjà tombés au champ d’honneur…

—————-

Alors que nous étions en train de nous reposer au jardin, où nous travaillions, un groupe de harkis était venu surveiller les environs…

Ils nous avaient surpris en plein repas. L’un d’eux dit d’un air provocateur à l’intention de Nnanna : « Vous ne nous invitez pas à prendre part au repas ? »

Ma mère et les autres femmes ne crurent pas bon de répondre. Mais, Nnanna, la lionne du Djurdjura et de la Soummam, lui rétorqua : « Un traître n’a pas droit à la nourriture des maquisards qui se battent pour libérer leur pays ! »

Le harki lui répondit alors : « Ah oui, tu as ton petit frère au maquis, qui se cache comme un lapin ! » Nnanna lui répondit : « C’est toi le lapin ! Mon frère, c’est un lion qui se bat pour son pays ! » Cria-t-elle à son attention avec ses yeux verts flamboyants qui lançaient des flammes.

Elle lui tint tête ! Et ce fut lui qui s’avoua vaincu !

Bien des années après, ce fut l’indépendance… Nous pensions naïvement et avec beaucoup de nostalgie à une Algérie qui allait tenir toutes les promesses de ceux qui étaient tombés au champ d’honneur… hélas ! Mille fois hélas ! L’ennemi parti, la liberté était (de nouveau) verrouillée par des médiocres et des moins que rien !

Nous étions en 1974. Je devais venir en France passer un concours à l’école de commerce. J’attendais en vain mon passeport.

Cela faisait deux ans déjà que mon père avait fait l’ultime voyage.  De guerre lasse, j’étais parti d’Alger en pensant à cette lionne de ma grande sœur ; une lionne que nous appelions tous Nnanna. Ce qui signifiait « Grande sœur ». Pour les autres, c’était Zahra Ouchivane.

Mais, s’agissant de notre Nnanna à nous, quand nous l’appelions ainsi en parlant d’elle ou en faisant appel à elle, ce n’était pas un vain mot : aussitôt venaient à nous, comme dans un film, ses yeux d’un vert flamboyant, sa voix forte et pleine d’énergie – qu’elle tenait de mon père -, et sa belle taille portant des robes kabyles à fleurs qui la mettaient en valeur. Tout le monde parlait de sa prestance… Elle marchait la tête haute le regard porté au loin, comme si elle observait l’horizon.

Face à un problème, je me disais toujours : « Je vais demander conseil à Nnanna ! »

Quand je lui fis part de mes problèmes de papiers, elle me dit aussitôt : « Nous allons voir tout de suite la femme de Si Omar. C’est mon amie et Si Omar ne peut rien nous refuser… Il connaît beaucoup de gens et il saura t’aider. »

Si Omar connaissait le sous/préfet d’Akbou et j’eus mon passeport (et l’autorisation de sortir du territoire) dans les deux jours qui suivaient ; passeport qui était caché par un secrétaire de Mairie d’Ighzer Amokrane !

La veille de mon départ pour la France, je lui rendis visite. Et j’eus droit à tous les conseils d’usage : comme si elle était là quand mon père me les avait enseignés. « Souviens-toi bien, me dit-elle, mon père disait : « Qu’as-tu apporté ? » Et non pas « Combien de temps es-tu resté ? » (D-acu i d-ggwid, macci d-acu tekkid !?)

« Je sais pourquoi tu pars… l’Algérie aurait dû tenir ses promesses… Ceux qui nous gouvernent ont détruit le rêve de leur jeunesse. La protection des ancêtres et celle de notre père, le sage des lumières, t’accompagneront… ».

_____

Beaucoup d’années ont passé…

Quand le 13 avril dernier, mon neveu Ahmed m’avait appelé pour m’apprendre ta mort, je ne savais pas qu’une lionne comme toi pouvait partir si vite ! Tant que tu étais vivante, tu me rassurais de l’absence de nos parents et de tous ceux et celles qui nous sont chers . Je suis donc venu te voir pour la dernière fois, un peu comme si l’on marchait vers son propre tombeau.

J’ai eu le bonheur d’avoir eu une grande sœur comme toi… Notre dernière conversation avait porté sur notre littérature orale… Tu m’avais dit en me fixant droit dans les yeux : « Tu as écrit beaucoup de contes, mon frère ? » Je te répondis que j’écrirais encore. « As-tu écrit « La vache des orphelins ? » me dis-tu encore. Je te répondis que non. Alors, tu me dis d’un ton sévère et presque moqueur : « Ah ! Si tu n’as pas écrit « La vache des orphelins », c’est comme si tu n’avais rien écrit ! »

C’est alors que tu t’es mise à m’expliquer pourquoi ce conte était si important à tes yeux. Tu t’es mise alors à me raconter l’histoire de notre famille, que j’avais déjà entendu de la bouche de mon père et de ma mère.

Je t’avais promis que je l’écrirai en te le dédiant ainsi qu’à cette grande dame que mon père appelait « La vache des orphelins » (Tafunast Igujilen).

Malheureusement, quand le livre est sorti, toi tu n’étais plus de ce monde pour le prendre entre tes mains comme je le pensais alors… J’ai compris alors pourquoi, tu m’avais dit d’un ton las et triste : « On ne sait jamais… Peut-être aujourd’hui, peut-être demain… ». Comme si tu sentais que la mort n’était pas loin.

Ce fut un printemps bien triste… Nous étions tellement proches. Nous nous chamaillions souvent ! Mais, tu ne me gardais jamais rancune… A ceux et celles qui voulaient « nous séparer », tu leur rétorquais : « Seul Youcef dit : « Nnanna vaut bien plus que sept hommes ! » (Ala Yusef, ig’qqaren Nnanna teswa s’nnig sebâa yergazen !)

Ce qui est vrai ! Et je l’ai toujours pensé !

J’étais déjà orphelin. Mais, avec ton départ, je me suis senti comme un enfant perdu… malgré mon âge !

Ton livre est sorti, ô ma douce et chère grande sœur ! Ô ma sublime Nnanna ! Tu n’es pas là pour le voir et le sentir de tes mains.

—————————————–

J’ai gardé en mémoire un poème de toi :

Erfed aqerruy-ik teddud (Lève la tête et marche devant toi)

Ur ttaggwad lâabd am kecc (N’aie peur d’un quidam comme toi)

Macci d lgerra d walud (Ce n’est pas la pluie et la boue)

Nagh d-izem a-k yecc (ce n’est pas un lion qui va te dévorer)

Kecci d-argaz yifen irgazen (Toi, tu es un homme au-dessus des hommes)

Awal-ik amzun isecc (Tes paroles sont pareilles à un bon repas)

Ma yella tebghid a-ttrud (Si jamais, tu voulais pleurer)

Effer iman-ik di tferkecc ! (Cache-toi derrière un l’arbre sacré !)

 

Moi aussi, j’ai fait un poème sur toi :

Nnanna… Anda nedda

Akka is nessawal

D tamettut d wawal

Mi terâad am tsedda

Tettef Igenni terna akal

Ar tama-s nedda s ttkal

Akken i nebghu nedda.

 

Nnanna truh d-ayen

Tedfer abrid m baba

Amzun t-tala g_Elmayen

Tban teqqur i lebda

Ala udem-is i d-yeqqimen

Nettwali-tt anda nedda.

Anda nedda iban d-ilem

D lehzen ad agh illem

D-azetta u-wur nezmir

Achal i nsenned ghur-em

Lehmala-m wergin tertem

Awal-im ibedd ur yeffir.

 

Mi-m hkigh d leghwbayen

Trefded awal berdayen

A gma aâziz, nekk aqli da !

Tekks-ed fell-i i’gelqayen

Macci yunwass d âamayen

Afu deg’wfus i nedda !

 

SANS NNANA

Ma douleur semble une offense

Et je n’ai plus beaucoup de larmes

Je vois partout ton beau visage

Aux côtés de nos parents

Et de beaucoup d’autres qui nous ont aimés

Puisque la mort existe

Cela nous rend-il plus sages ?

Ces instants fugaces

Où nous rions ensemble

Reviennent sur leurs pas

Comme de profondes traces

Sur les chemins perdus

Où ta belle voix résonne

Sans peur de l’inconnu

Le printemps est là

Et tu n’es plus pour admirer la nature

Les fleurs et le lilas

Tu chantais bien souvent

Tu aimais rire aux éclats

Femme libre tu étais

Tu portais haut ta coiffure

Tu jouais avec le vent

Tu aimais les robes à fleurs

Comme les signes d’un beau printemps.

D’où te venait cette fierté

De toutes ces femmes insoumises

Qui crachent sur la barbarie

Et qui osent rire aux éclats

Ton visage de feu épanoui

Que deviendrai-je sans toi ?

Vos visages pris par la nuit

Il est des mois que je n’aime plus

Ils vous sont ravis à nous

Pour aller au bout du bout

Je ne sais plus où j’en suis

Que deviendrons-nous sans vous ?

 

Repose en paix, ma très chère grande sœur Zahra (Nnanna Taazizt) ! Tu avais vécu en femme libre et fière. C’est de famille… Depuis que notre ancêtre avait quitté le Tassili pour chercher refuge en Kabylie… Nous étions alors dans les années 500… Au temps de Samac (Di lwakud n Sumec). 

Le vendredi 13 avril 2018

 

 

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Publié par : youcefallioui | avril 4, 2018

Publié par : youcefallioui | avril 4, 2018

SOCIOLOGIE DE L’ALIENATION…

SOCIOLOGIE DE L’ALIENATION

DU DISCOURS DE L’ARBRE, DE L’ABEILLE ET DE L’OISEAU CHEZ LES ANCIENS KABYLES « C’EST DU MESSAGE DES ANCETRES QU’APPARAIT LE BIEN-ETRE ET LA BIEN-SEANCE » (SI TMEZRIT I D-TTBIN TALWIT)

 DU DISCOURS DE LA NATURE 

L’aigle a dit : « Etrange étranger ! Les pays des autres sont durs : s’ils ne te tuent ; ils te feront mille misères ! » (Yenna-yas ijider : « Ay awerdali n werdal ! Timura m_medden waârent : m’ur k-nnghint, a-k ssdaâfent ! »

 L’alouette a dit : « Ceux qui maltraitent un étranger ne connaissent rien du bonheur de la vie : leur cœur est sec, leurs enfants verront la vie sèche comme une épine. » (Tenna-yas tqubaât : Win yekkaten deg’werdali, lebghi-s ur iggwid sani : ul-nsen iqqur, dderya-nsen tesmuqqur).

 Le corbeau a dit : « Même si je suis noir, je clame le droit d’asile ! »  (Tenna-yas tgerfa : « Xas berrikegh, jjaaqegh af laânaya !)

 Le merle a dit : « L’homme devrait faire comme moi : je vais où je veux ; mais je respecte l’arbre où je fais mon nid » (Yenn-yas uzerkwetif : Amdan ad ig am nekki : anda bghigh yeggwi yifer ; mi hudregh aleccac anda bnigh lâac ! »

 L’alouette a dit : « Si le hibou chante la nuit : c’est dans le noir qu’il cherche la lumière ! » Tenna-yas tqubaât : « Ma yella bururu icennu deg id : di tlam i’gettnadi tafat !)

 L’abeille a dit à l’homme : « Protège-moi et je te protègerai !) « Tenna-yas tzizwit i wemdan : Ssegdel-iyi a-k ssgedled !)

 L’abeille a dit : « Dites-moi où est la fleur, je vous dirai mon bonheur ! » (Tenna-yas tzizwit : « Mmlewt-iyi amkan ujejjig, a-w nemmlegh zzhu g_ul-iw).

 L’abeille a dit : « Le jour où le miel ne sera plus bon, ce sera la fin du monde ! » (Tenna-yas tzizwit : Ass m’ara texser tament, a-ttenger ddunnit !)

 Le loriot a dit : « Homme qui connaît le sens de la vie, laisse-moi de quoi me nourrir dans ton champ ! » (Yenna-yas ucerreqraq : Ay amdan yessnen tudert, ejj-iyi kra di tigert !)

L’olivier a dit : « Tous ceux qui prennent soin de moi, verront leurs enfants naître au printemps ! » (Tenna-yas tzemmurt : Kra g_wid itelhan yid-i, di tefsut igren arrac ! »)

 Le frêne a dit : « Homme, fais bien attention à l’arbre, c’est de moi que tu as pris racine ![1] » (Tenna-yas teslent : Ay amdan hader aleccac, yak s’gi i tgid azar !)

 

DE L’HERMENEUTIQUE KABYLE

Cette habitude de faire parler l’abeille, les oiseaux, les insectes et les animaux en général ainsi que les végétaux et les éléments physiques comme le vent, l’arbre et la montagne permettaient aux anciens Kabyles de disposer d’une plus grande liberté. « Je parle par la voix de l’oiseau, donc je peux me permettre de tout dire : c’est l’oiseau ou l’arbre qui parle, ce n’est pas moi ! » Cette création littéraire dispose également d’un nom qui lui est propre en kabyle (tajanett). J’ai déjà expliqué le lien physiologique qui existait entre les anciens Kabyles et le monde physique, animal et végétal. Ce qui m’a toujours surpris, c’est d’apprendre bien des années après, à travers notamment les différentes recherches scientifiques, des thèses très proches de ce que j’avais appris de mes parents et des Anciens de ma confédération (arch). Cette science de l’interdépendance entre tous les êtres vivants qui existent sur la terre paraissait tellement évidente aux vieux Sages kabyles ! Ils n’avaient pas besoin d’appareils sophistiqués pour observer la nature. Ils pouvaient sans verbiage aucun dire et expliquer la relation qui existe entre la terre et l’homme, la fleur, l’insecte et l’oiseau. Une vision universelle qui permet de dépasser certains clivages.

Si le chardonneret est ainsi appelé en français à cause du chardon dont il se nourrit, la même relation sémantique existe en kabyle : le nom de l’oiseau « chardonneret » (abuneqqar) vient du « chardon » (aneqqar). On peut en dire autant par rapport à « l’homochromie[2] » ou à la « cline[3] » ou à d’autres aspects ornithologiques. Comme en français et dans d’autres langues, la variation du caractère morphologique déterminé, par exemple, par le milieu ambiant a entraîné le nom de certaines espèces d’oiseaux. Il en est ainsi des oiseaux du Bassin méditerranéen comme le loriot (acerreqraq), la fauvette grise (tiberdfelt), la bergeronnette (tabuzegrayezt), la huppe (tebbib) ou bien encore le râle des genêts (amenzezzu). Toutes ces correspondances séculaires « de nature écologique et culturelle » sont étonnantes car elles sont menées sur des territoires différents. Elle révèle, me semble-t-il, cette dimension universelle qui lie les humains, où qu’ils soient sur la terre, malgré les différences culturelles et linguistiques. 

« Quand il n’y aura plus d’abeilles sur terre, l’homme aura disparu depuis longtemps ! » On prête cette pensée à Albert Einstein. En faisant parler l’abeille dans les contes kabyles, les Anciens disaient : « Quand le miel ne sera plus bon, il n’y aura plus de vie sur la terre ! » On peut donc en déduire que « l’oppression de la nature » révèle et stigmatise l’oppression que font subir des hommes à d’autres hommes.

C’est ce côté universel de la pensée kabyle qui m’a toujours intéressé et que j’essaie, autant que faire se peut, de dévoiler tel que je l’ai reçu. L’alouette ou un autre oiseau n’est qu’un prétexte pour faire passer un message. Une pensée qui révèle une situation d’oppression interne, perverse et dangereuse car trop visible pour être vue, comme dans le cas de la tyrannie qui pèse sur les Berbères sur leur propre terre.

Cette tyrannie était « visible » tant qu’il s’agissait du colonialisme français. Mais depuis l’indépendance des pays africains, elle ne s’est pas arrêtée même si elle est devenue « invisible ». Des Africains continuent d’oppresser d’autres Africains d’une façon, parfois, beaucoup plus abominable !

Selon mon ami et maître feu Joseph Gabel[4],  « Cette invisibilité est d’une grande perversité, car elle recèle en elle les stigmates d’une forte aliénation qui conduit à la réification du peuple berbère. C’est le syndrome de l’iceberg ; ou si vous préférez le syndrome du Kabyle. » Et l’on comprend donc pourquoi beaucoup de récits et de mythes anciens stigmatisent la tyrannie des mots imposée par les modèles dominants occidental et arabo-oriental.

Dès lors, la question que se posait l’inconscient Kabyle est la suivante : « Comment dénoncer cette oppression interne qui paraît bien peu visible à l’œil extérieur ? »

Pour parler de cette situation d’oppression linguistique et d’oppression tout court subie par les Kabyles et les Berbères en général, les Anciens n’avaient rien trouvé de mieux, pour faire passer le message à travers de nombreux récits comme les contes et les mythes mais aussi les énigmes et les dictons, que de classer ces récits dans un chapitre qu’ils avaient appelé Les stigmatisantes[5] (tizeknatin). Ils réprouvent et condamnent beaucoup de situations où l’aliénation et l’oppression occupent le terrain de l’intelligence, du savoir et de l’amour[6].

 

 

 

 

Ouvrages à consulter de Youcef Allioui :

–          L’ogresse et l’abeille – Teryel  t-tzizwit, L’Harmattan, 2007.

–          L’oiseau de l’orage – Afrux ubandu, L’Harmattan, 2008.

–          La sagesse des oiseaux – Timsifag, L’Harmattan, 2008.

–          Sagesses de l’olivier – Timucuha n Tzemmurt, L’Harmattan, 2009.

–          Les chasseurs de lumière – Iseggaden n tafat, L’Harmattan, 2010.

[1] Croyance ancestrale kabyle : « L’homme descend du frêne : premier arbre de la création. » (Amdan ittwajna-d si teslent : aleccac amezwaru i d-ijna Ugellid Ameqqwran).

[2] De la même couleur que le milieu ambiant.

[3] Variation progressive d’un caractère morphologique suivant le milieu auquel l’oiseau a fini par s’adapter.

[4] Docteur en médecine, Joseph Gabel (1912-2004) était aussi un sociologue et un philosophe français d’origine hongroise. Penseur engagé, il est resté toute sa vie fidèle au marxisme tout en étant hostile au stalinisme et à la pensée de Louis Altusser. C’est sans doute le plus grand spécialiste de l’aliénation. Cf. La fausse conscience, Les éditions de Minuit, 1977.

[5] J’ai déjà donné une classification des différents récits dans la littérature orale kabyle. Cf. La langue et la mémoire, L’Harmattan, 2015.

[6] Y. Allioui, Sagesses de l’olivier – Timucuha n tzemmurt, L’Harmattan, 2009.

Publié par : youcefallioui | avril 3, 2018

 

 

Publié par : youcefallioui | mars 28, 2018

CROYANCES ET RELIGIONS

CROYANCES ET RELIGIONS

 

Pour mes enfants : Damia Tawes et Améziane Gaya. Afin que le message de vos ancêtres soit à jamais ancré dans votre mémoire.

 Pensée kabyle : « Le mythe est un rite, une énigme qui nous féconde. Qui veut planter un arbre de paix récoltera ses fruits ; qui veut semer le vent de la violence récoltera ses sarcasmes ! Et rien chez le Seigneur Dieu ne te permet de poser un mauvais regard sur ton prochain. »

Pensée kabyle : « Le pays qui t’accueille, c’est ton pays ! »

A travers les mythes et les légendes berbères, c’est toujours la recherche de croyances qui mettent en avant un mieux-être, une relation respectueuse et fraternelle avec les siens et les autres. Un temps, des instants précieux, à ménager, à protéger et à (re)construire. C’est ce souci qui semble se profiler à l’horizon du mythe dit au coin du feu, de l’âtre, dont la clarté de la flamme rappelle la fragilité de ce monde.

De ce monde, dont la lumière peut soudainement disparaître et faire place à un ciel sombre et menaçant dont les foudres peuvent s’abattre soudainement sur des innocents qui ne demandaient qu’à vivre en paix avec ceux qui leur sont chers et dont le sourire les rassure chaque jour qui passe.

Jadis, le mythe semblait refléter la même manifestation, le même souci. Les croyances œuvraient pour le rapprochement des hommes et des femmes. Pour que l’homme devienne supportable à l’homme (et surtout à la femme !, disait ma grand-mère), afin qu’ils apprennent à partager ce qu’ils ont de plus précieux, comme dans le mythe « Le partage » souvent ressassé, comme beaucoup d’autres, par mon défunt père, « le chasseur de lumière » (Aseggad n tafat).

 

Ceci est un mythe, écoutez  et soyez heureux !

A-Macahu ! Tellem cahu !

 

Que les Anciens me pardonnent de le résumer ainsi ! (Laânaya n yizri d-izem  !)

 

« Dans les temps premiers, quand pour la toute première fois l’homme sage reçut son premier repas des mains du Souverain Suprême (Agellid Ameqqwran), il se garda de le manger entièrement. Il mangea seulement la moitié et laissa l’autre moitié de côté. Après l’avoir observé, le Souverain Suprême lui demanda : « Mais pourquoi ne fais-tu point honneur à ton repas ? Tu sais bien que je pourvoies à ta nourriture et que je t’en donnerai un autre quand viendra l’heure de manger ! »

Le vieux sage lui répondit : « Pardonne-moi, ô Souverain Suprême ! Je m’étais dit que si jamais un passager un étranger venait à passer par là, je n’aurais pas de quoi l’honorer. En effet, comment aurai-je le courage de lui montrer mon visage si je n’ai pas un peu de nourriture à lui offrir ? »

Le Maître des Cieux (Bab Igenwan) lui répondit alors : « Tu es de ces hommes qui voudront toujours partager. C’est en votre honneur et en votre nom que je veillerai à ce que la terre ne soit jamais atteinte par la longue nuit et le désastre éternel. C’est en votre visage et aux noms de tous ceux qui vous sont chers que je ferai en sorte que la lumière réapparaisse chaque matin et éblouisse à jamais les jours que vous aurez à vivre. A votre clarté de cœur et de l’âme, j’adjoindrai la lumière du jour et celle de la nuit. »

 

La protection du mythe est pareille à celle du temps ! (Laânaya n yizri d-izem !)

 

Quand on scrute les moindres recoins de la mythologie kabyle, on croit déceler un effort d’adaptation à la nature et à l’autre qui est peut-être différent de soi, mais qui peut être aussi très proche pour peu que l’on veuille bien faire l’effort d’aller vers lui et de l’accepter comme le dit si bien l’énigme de chez nous : « Lui c’est moi, moi c’est lui ; même si nous sommes différents. »

C’est, me semble-t-il, de ce dépassement, de cet affranchissement de soi, de ses propres codes et de ses croyances que prend sa source la mythologie berbère de Kabylie, comme d’ailleurs d’autres mythologies anciennes. Une pensée ancienne kabyle dit : « On peut juger de la civilisation d’un peuple à sa façon de traiter celui qui vient de loin : celui qui a laissé les siens, sa maison et sa terre, l’étranger. »

Ce fut sur cette pensée que les cités kabyles anciennes avaient construit leur droit d’asile. Ce droit qui faisait que l’étranger était sacré et qu’il pouvait disposer du droit d’asile (Laânaya) sans condition aucune dans n’importe quelle cité sur tout le territoire berbère.

Notre mythologie ne refuse pas l’autre. Elle le respecte et elle cherche à le comprendre afin de mieux le protéger. Celui qui la transmet croit toujours conforter ses propres croyances en essayant de comprendre, voire d’adopter celles de son prochain. C’est ainsi qu’il faut comprendre le prosélytisme successif des Berbères, dans un syncrétisme savamment cultivé et revendiqué à jamais.

Ceux et celles qui nous traitent de « mécréants » n’y ont vu là qu’une faiblesse de caractère chez le peuple berbère. A ceux-là, je réponds par un dicton kabyle : « L’âne mange là où il fait ses besoins ! »

La pérennité de ce peuple  (agdud amazigh) et celle de sa pensée, de sa langue et de sa culture démontrent le contraire. C’est ce qui les dérange ! En réalité, en adoptant les croyances venues d’ailleurs, les Berbères ne se sont jamais détachés de celles de leurs ancêtres, les Imazighen.

Cette façon de croire est semblable chez tous les peuples autochtones ou « premiers ». Les Esquimaux, qui avaient embrassé la religion chrétienne, l’expliquent aussi de cette manière : le mythe de Jésus, se sacrifiant pour son peuple, les rapproche de leur mythe à eux où tout grand sage, tout grand homme ou tout grand chef doit se sacrifier pour les siens (nous venons de vivre un pareil exemple).

Mais le mythe est d’abord parole ; il est aussi langue à travers laquelle les croyances (bonnes ou mauvaises) se propagent.

La parole est culture. La culture est peuple. En ce sens que lorsque une langue se meurt, le peuple qui la parle change de nom ou disparaît.

C’est donc grâce à ce syncrétisme revendiqué que les anciens Kabyles disaient : « Si Dieu te réclame ton cœur, donne-le- lui ! S’il te réclame ta terre et ta langue, dis-lui : « Non ! » Car sans ta terre et ta langue, tu n’as ni cœur ni foi ! »

 Le grand philosophe français François Hadot, professeur au collège de France et maître de l’art de vivre dans une société décente et démocratique, disait : « Le bien-être, c’est savoir vivre en pleine conscience, en pleine lucidité, en donnant toute son intensité à chacun de ses instants et un sens à sa vie tout entière. »

C’est à peu de chose près ce que disait mon père : « Notre culture et notre mythologie nous ont appris à vivre dans le respect des autres ; dans le bien-être et la spiritualité en nous mettant en garde contre toutes les oppressions et tous les fanatismes.

C’est pour cela que les Anciens prêtaient serment en s’appuyant sur toutes les croyances (Jjmaâ l_liman). C’est aussi pour cela que les Kabyles disent : « Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même. » (Yal tamurt s wudmawen-is, ma d Rebbi yiwen i’gellan.)

 

 

 

Publié par : youcefallioui | février 7, 2018

HOMMAGE A MME LA MINISTRE BENGHEBRIT

QUAND LA LANGUE MATERNELLE DEVIENT

UNE VERTU PSYCHOLOGIQUE

Mon père : « Dieu vous a fait l’honneur d’être nés Kabyles… Soyez en fiers et dignes pour continuer de perpétuer ce trésor qu’est votre langue et dont le Souverain Suprême (Agellid Ameqqwran) vous a gratifiés en vous offrant une si belle langue qui vous donne le pouvoir d’apprendre facilement les autres langues… Votre langue maternelle, C’est le lait que vous aviez bu au sein de votre mère et qui vous a aidés à grandir ; c’est aussi la berceuse qui vous endormait dans le berceau, et qui vous a aidés à connaître le rêve et la douceur de la vie…

 

Comme disaient nos Anciens :

Si Dieu te réclame ton cœur, donne-le lui !

Mais, si Dieu te réclame ta terre et ta langue, tu lui dis : « Non ! »

Car sans  ta terre et ta langue, tu n’as plus ni cœur ni foi !

 Ma yessuter-ak-d Ugellid Ameqqwran ul-ik : efk-as-t !

Ma yessuter-ak-d Ugellid Ameqqwran akal-ik t-tmeslayt-ik, inn-as : ala !

Mebla akal-ik t-tmeslayt-ik, ur tesâid, ur tesâid tasa ! »

 

Enfants, ma mère nous racontait l’histoire de cette petite fille qui se laissait mourir car sa belle-mère refusait de lui raconter des histoires. Elle s’asseyait au pied du chêne où était enterrée sa mère et racontait à voix haute que sa marâtre la privait des légendes qui faisaient grandir les enfants. Alors une voix – celle de sa mère – sortit de la souche de l’arbre pour lui raconter les contes merveilleux qui faisaient grandir les enfants… Comme dans beaucoup de légendes et de mythes – tels que ceux que je rapporte ici – les Anciens avaient su savamment réunir prose et poésie. Ce qu’ils appelaient d’un mot savant qui signifie « le sens du son » (azarawal). Dans ce conte pour enfant – même si mon père disait que les contes n’ont pas d’âge – à travers l’arbre, ma mère contait et chantait en pleurant à chaudes larmes :

 

Il était une fois, ô ma fille chérie !

Un pays où la nuit veille sur les enfants

Une étoile dans le ciel qui ne faiblit jamais

Qui dit des légendes où tous les enfants jouent

Autour de la lune, ils font de belles rondes.

Il était une fois, ô ma fille chérie !

Un pays où le jour a le goût du printemps

Où les enfants se cherchent dans les champs de blé

Quand les coquelicots rougeoient sous les rayons

Quand l’oiseau chante et que l’abeille butine.

Il était une fois, ô ma fille chérie !

Un nuage dans le ciel caressé par le vent

Pour qu’il lâche la pluie qui fait rire les enfants

Il était une fois où le soleil s’amuse

A dire tous ces mots qui font vivre le temps.

Quand je discutais avec ma mère à propos de cet interdit qui entourait et qui entoure toujours la transmission de notre littérature orale berbère et notamment kabyle dans les écoles algériennes, elle donnait son sentiment en disant : « Je ne comprends pas ce qui peut les déranger dans un conte ou une poésie pour enfant ! »

Après un moment de réflexion, elle s’exclama : « Que je suis innocente ! C’est évident : ils ne veulent pas de notre langue car elle est différente de l’arabe ! Et comme ils disent que nous sommes des Arabes… C’est un peu l’histoire du merle qui se moque du hibou… L’alouette a pris la défense du hibou en disant au merle : (Bien qu’il te paraisse lugubre, le chant du hibou est pareil au tien, sinon plus beau : car lui, c’est dans le noir qu’il cherche la lumière !) »

Elle continua son raisonnement en disant : « Ceux qui nous gouvernent se prennent pour des merles dont le chant doit s’imposer à nous. Ils nous considèrent donc comme des hiboux qui chantent de façon lugubre… En réalité, ils n’aiment pas notre langue parce qu’elle les dérange par sa beauté et le sens qu’elle donne à notre vie. Mais elle les dérange surtout à cause de la conscience et de l’aptitude qu’elle nous donne pour comprendre le monde dans lequel nous vivons… »

C’est suite à cet échange, que nous avions eu ensemble, que ma mère avait souhaité apprendre à écrire en kabyle. Elle me disait en riant : « L’alouette a dit : Il n’y a pas d’âge pour apprendre à voler : il suffit de remuer les ailes ! »

Je reste encore profondément ému à chaque fois que je repense au courage qu’elle avait déployé quand elle voulait que je lui apprenne à écrire. Elle avait alors 74 ans ! Je la vois encore – inclinée sur la feuille de papier, le stylo à la main – qui appuyait de toutes ses forces physiques et mentales pour retranscrire. Après avoir appris à écrire son nom et son prénom, le premier mot qu’elle voulut apprendre à écrire fut « conte » (tamacahutt).

J’aurais donné cher que mon père voie cela ! Lui qui, pour me convaincre, me répétait bien souvent cette phrase : « Ecris ce que tu peux en kabyle, les enfants le trouveront ! Tu verras, cela t’aidera aussi à mieux comprendre ta langue, les autres et les choses de la vie ! »

Tant et si bien que j’avais commencé à écrire les premiers contes et récits anciens dès l’âge de  15 ans.

J’ai appris depuis que lorsqu’une langue se meurt, c’est son peuple qui disparaît ou change de nom.

J’ai aussi appris que lorsque une personne perd sa langue originelle, c’est comme s’il changeait de cerveau… Tout en lui est confus, au point de souhaiter la mort de celles et ceux qui ont conservé le trésor qu’il avait ainsi perdu…

 

 

Publié par : youcefallioui | janvier 7, 2018

HOMMAGE A IDIR – TAJMILT I YIDIR

IDIR OU LE CHASSEUR DE LUMIERE – YIDIR ASEGGAD N TAFAT 

Un peuple qui n’a pas de mémoire est voué à disparaître.

Un peuple qui sacrifie ses braves ne verra jamais la lumière.

 Akken is yenna Waârab : « Leqvayel werjin ur rebban lefhel ! »

 « Anwa i-k iwwten ay Aqvayli ? Yenna-yas : « Medden yakw zran d gma ! »

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Les affres des années 70… Quand une musique sublime alliée à une voix singulière vinrent nous tirer de la nuit noire dans laquelle nous cherchions en vain une petite lumière…

Nous étions à l’Institut Pédagogique Alger quand, un matin, je fus témoin d’une conversation fort révélatrice d’un nouvel état d’esprit chez les jeunes arabophones. Une conversation entre des jeunes filles qui se disaient arabes et qui, en tournant un bouton de leur transistor, tombèrent involontairement sur Idir qui interprétait à Vava Inouva

D’habitude, quand les arabophones tombaient par hasard sur une chanson kabyle, ils tournaient vite fait le bouton pour changer de station radiophonique.

Cette fois-là, il n’en fut rien. Bien au contraire ! Mes camarades filles arabophones furent subjuguées par la voix et la musique Idir. Et chacune d’elles de s’exclamer : « Que c’est beau ! » Une autre ajoute : « Par Dieu, c’est magnifique ! » Notons au passage que c’étaient des camarades étudiantes qui ne comprenaient pas le kabyle. Une autre ajoute encore l’air enthousiaste : « C’est vraiment magnifique ! »

D’autres hochèrent de la tête (en souriant !), approuvant amplement ce qualificatif. Mais voilà que l’une d’elle ajoute d’un air sombre : « Je ne vois pas pourquoi cela passe sur la chaîne kabyle ! » C’est alors qu’une autre crut bon de corriger : « Mais, Idir est kabyle ! C’est pour cela… Crut-elle bon d’ajouter à l’attention de sa camarade : « C’est pour cela, je te dis, qu’il passe sur la chaîne kabyle ! »

Mais, cela ne désarma pas pour autant son interlocutrice qui répondit : « Oui mais quand même ! C’est dommage que cela passe sur la chaîne kabyle ! »

C’était trop tard, pour tous ceux qui nous « vomissaient » en entendant la chanson kabyle ! Nous étions traités comme des étrangers ! Mais, le message d’Idir était définitivement passé ! Et plus rien ni personne ne pouvait le faire taire ! C’est dire que l’écoute d’Idir avait provoqué tant de sentiments contradictoires chez ceux-là mêmes qui épousaient les thèses aliénantes du système culturel dominant instauré par un Kabyle arabisé, Boumediene[1].

On ne tarda pas alors à assister à l’apparition d’une attitude tout à fait nouvelle et fort surprenante chez la jeunesse arabophone et notamment la frange féminine qui s’identifiait, j’oserais dire bien malgré elle, à l’image de l’idole de la jeunesse kabyle. Cela eut donc un double effet. Séduire les récalcitrants et les dédaigneux, mais aussi surtout décomplexer les jeunes kabyles qui avaient honte – le mot peur serait plus juste ! – de parler leur langue.

Un homme de conviction et de courage

Idir, dans son immense talent et sa grande sagesse, avait toujours eu le mot juste. Dans toutes les interviews, bien que ses positions soient toujours courageuses et sans détours, sa façon de manier le verbe faisait passer un message qui amadouait les ennemis de l’amazighité.

Bien souvent, quand j’entendais Idir, mon réflexe de militant Amazigh attendait que l’auditeur s’exprime en kabyle… Trop souvent encore, je me suis rendu à cette réalité : Idir a fini par faire bousculer tous les préjugés sur notre langue et notre culture. Il avait ouvert ô combien de portes ! Des portes qui étaient fermées par l’ignorance, la bêtise la haine et le racisme vis-à-vis des Berbères.

Parfois (surtout à la caserne), ce fut terriblement angoissant face à ce rejet, à ce racisme à travers lequel se manifestait le rejet de notre langue et de notre identité. Ce rejet était souvent porté par des berbères qui s’ignoraient ; souvent des Kabyles arabisés. Mais la porte qui s’était ouverte ne saurait se fermer devant le mépris et l’intolérance.

Ce qui ne signifiait pas que nous avons abattu tous les murs de la haine, il s’en fallait de beaucoup[2] ! Quel est le kabyle qui n’avait pas entendu un agent de l’État le reprendre avec mépris pour lui dire de parler en arabe ?

Mais, nous avons franchi une étape. Et plus rien ni personne ne pouvait effacer d’un trait de plume[3], ou d’une seule expression comme celle qui avait cours et que l’on entendait à tout bout de champ : « Parle dans ta langue, l’arabe ![4] » (Ehder b_llught-ek !)

 La langue de nos ancêtres… Tamazight contre l’ignorance et l’obscurantisme

Dicton kabyle : « Tout ce qui est beau donne de la lumière aux mauvais jours » (Kra yeddan di ccbha, ittak tafat di trekna).

Nous ne pouvions donc qu’être surpris devant cette forme de révolution qui se manifestait par une douce musique et des voix magnifiques celle d’Idir et de Zahra. Je me suis alors surpris en train de penser que nous étions sortis du tunnel sombre et noir dans lequel Boumediene et consorts voulaient nous enfermer à jamais.

La lumière que nous découvrions au sortir de ce tunnel fut à l’image de la voix d’Idir et de Zahra et de cette musique extraordinaire qui avait su capter l’attention des oreilles les plus sourdes. Que d’espoirs ! Que de joies ! Que de fierté retrouvée ! L’image est la voix d’Idir était devenue tels des étendards, un fanal porté par les chasseurs de lumière dans l’un de nos mythes racontés par les Anciens[5].

À partir de cette date tant attendue, date qui marquait la sortie de l’album d’Idir, qui portait le titre de la chanson phare A Vava Inouva, nous assistions alors à une explosion de la jeunesse kabyle qui exposait l’image d’Idir tel un étendard d’un chasseur de lumière d’antan ; dont plus personne ne pouvait plus ni écraser, ni atténuer les éclats. J’entends encore une amie Tawes[6] Kabyle d’Alger me dire : « Idir nous a lavés de la honte de soi… J’avoue que c’est grâce à lui que j’ai repris mon véritable prénom en le prononçant haut et fort ! »

A côté de cette explosion de la jeunesse en général, les pairs d’Idir étaient également secoués par les résonnances de A Vava Inouva. Ce fut donc une période éloquente et définitive pour tous les chanteurs et toutes les chanteuses kabyles, et ils furent nombreux !  Il est difficile de les citer tous ici[7]. Mais, dans la même période, Djamal Allam était venu donner un élan supplémentaire avec la chanson « Tella » qui fut aussitôt reprise par des chanteurs arabophones. Ce qui ne pouvait se faire immédiatement avec A Vava Inouva qui sort des poncifs faciles à adapter.

Enfin ! Le message est non seulement passé mais entendu dans cette langue amazighe/berbère qui n’avait pas droit de cité ! Si dire tout de la révolution qu’un Idir avait su provoquer ! De cette intemporalité dans laquelle étaient cantonnées notre langue et notre culture, Idir avait su donner à la langue et à la culture Amazighes un nouvel espace qui avait su détruire le mur de la haine, des préjugés et de l’indifférence. Une amie disait à juste titre : « Sa voix a crevé la panse de l’ignorance ! »

Idir avait su donner un espace sans frontières où le système culturel dominant ne tolérait aucune différence. Un système affligeant et tyrannique qui voulait enfermer à jamais la langue et la culture berbères dans une nuit noire où elles ne verraient plus jamais la lumière.

Nous comprenons, au passage, pourquoi l’un des albums d’Idir porte ce titre, fort révélateur – emprunt à la mythologie kabyle –  à lui seul ô combien la nuit fut à la fois sombre et noire : « Les chasseurs de lumière ».

L’assassinat de Matoub… Et la voix d’Idir qui s’éleva pour crier sa douleur et son indignation… 

 Après l’assassinat de Matoub Lounès, en 1998, je vis Idir monter sur la tribune installée sur la place de Belleville (Paris 11ème) pour fustiger non seulement l’État algérien, qui n’a pas su protéger cette figure emblématique de la culture berbère, mais aussi et surtout les artistes arabophones, tel Khaled ou Mami, lesquels à travers leur silence, semblaient cautionner l’assassinat du « Rebelle[8] » et toutes les oppressions qui continuent de frapper les kabyles depuis 1962.

C’est donc à ce titre aussi, qu’il m’a semblé important de dire Idir avec tous les moyens dont je dispose. Je ne ferai une œuvre totalement digne de lui et de la sienne ; je ne ferai peut-être pas non plus taire toutes les mauvaises langues ; mais, j’ose espérer que, dans ma naïveté et mon espoir de restituer les choses de façon aussi claire et aussi objective que possible, les esprits chagrins n’y verront pas qu’un opportunisme de façade.

Qu’il me soit permis alors de revenir sur quelques aphorismes qui concernent l’homme, le poète, le musicien et le chanteur à la voix claire et cristalline dont la pureté nous rappelle, à nous qui étions bergers dans la haute montagne du Djurdjura, l’eau claire et lumineuse de nos sources qui dévalait du haut de cette montagne magique avec une rapidité dont le bruit ressemblait, maintenant que j’y repense, à cette voix inimitable d’Idir et à ce courage dans les moments difficiles.

Une métaphore – Taweqda

À ce titre, Idir n’est pas seulement un chanteur poète, musicien compositeur interprète, il demeure aussi, par sa personnalité riche et complexe, modeste et avenante à souhait, une véritable énigme, une belle métaphore (taweqda) capable à elle seule de transcender tous les espoirs.

Une allégorie que l’on ne peut comprendre si l’on ne voit pas en lui ce qui est caché. Si l’on ne voit pas en lui le porteur, le défenseur et la voix de la Kabylie qu’il porte au plus profond de sa personne.

L’homme dépasse de très loin tout ce que l’on pourrait dire de lui. Par ses observations et ses prises de parole, peu de musiciens, de poètes, aussi bien kabyles qu’étrangers, ont son sens du verbe, sa curiosité, ses connaissances et cette lumière qui jaillit de ses yeux et illumine son visage dès qu’il s’agit de sa langue maternelle (tamazight), cette étoile qui brille depuis des millénaires dans le ciel et dont il cultive les racines afin que son peuple continue de perdurer.

Cette aisance innée lui vient de sa mère. L’hymne qu’il lui avait consacré montre, s’il en est besoin, ô combien le message dont il continue d’être le porteur vient, comme disaient les anciens, de la nuit des jours, de la nuit des temps ou de la naissance du monde (seg-wasmi i d-tejna ddunnit).

Son aisance et son intérêt pour les langues et les cultures étrangères montrent aussi tout simplement l’amour qu’il porte, encore une fois, pour sa langue maternelle, l’Amazigh de Kabylie. C’est un trait de caractère de sa personne qui fait de lui un être à part, un poète chanteur et musicien marqué à jamais du saut de l’âme kabyle qu’il porte en lui depuis le berceau.

MERCI IDIR ! PARDONNE-LEURS, ILS NE SAVENT PAS CE QU’ILS FONT !

 Aseggwas Amaynut ilhan, ifulken !

 BONNE ET HEUREUXE ANNEE 2018 !

 [1] C’est dire le drame de l’aliénation linguistique.

[2] Et cela revient en force. Mais, les Kabyles n’ont à s’en prendre qu’à eux-mêmes ! Comme en témoigne le lynchage médiatique dont Idir vient d’en faire l’objet ! Juste avant, Aït Menguellat venait de connaître la même chose ! Triste et sans avenir est le peuple qui ne respecte pas ses poètes !

[3] Comme celle menaçante et acerbe du quotidien officiel (du parti unique) El-moudjahid, surnommé, à juste titre « Le-tout-va-bien », par les Algériens.

[4] Un ami, qui crut bon de faire de l’esprit, écopa de plusieurs jours de prison et de coups et violence, pour avoir osé dire au policier : « Tu peux traduire en kabyle, s’il te plait ! » (Di laânaya-k, tzemred a d-trejjmed aya-gi s teqbaylit ?)

[5] Cf. Les chasseurs de lumière, op.cit. C’est aussi le titre d’un album d’Idir. Le titre est si éloquent qu’il me semble nécessaire de le rappeler.

[6] Qui se faisait appelée Samia, car son prénom faisait l’objet de moqueries de ses camarades arabophones et souvent de Kabyles arabisés qui s’ignoraient en tant que tels !

[7] Nouara, Brahim Izri, Chenoud, Matoub Lounès, Agraw, Djurdjura, Madjid Soula, Les Abranis, Yugurten, Azenzar, Takfarinas, Nora At Brahem, Malika Domrane, Sofiane, Ixulaf, etc. Que ceux et celles que nous avons oubliés nous pardonnent !

[8] Surnom du regretté et éternel Lwennas MATOUB.

MON PERE – LE SAGE DES LUMIERES

VAVA – LEWLI N TAFAT

Il y a quarante-cinq ans que mon père s’en est allé vers un autre monde. Il y a quarante-cinq ans déjà que je n’entends plus ses éclats de voix. Cette voix si forte et si douce à la fois, si rocailleuse qui portait au loin dans cette langue kabyle qui vient de la nuit des temps, comme il le disait si bien, « Depuis la naissance du monde » (Seg-wasmi i d-tejna ddunnit).

Je reviens en arrière en me penchant sur ce passé extraordinaire que j’ai vécu l’espace de quelques courtes années avec ce père que j’ai eu la chance d’avoir eu. Il était non seulement mon père, mais aussi et surtout mon meilleur ami, mon confident et mon professeur. Durant les longues années d’études et de recherche que j’ai faites dans les écoles et Universités françaises, jamais je n’ai eu des enseignants de sa qualité.

Il m’est difficile de revenir sur tout ce que mon père m’avait enseigné sur la langue et la culture kabyles. Il était si sévère dès qu’il s’agissait de notre langue ! Il nous disait d’un ton autoritaire : « Donnez de la hauteur aux mots ! Le kabyle n’est pas une langue ordinaire ! » (Fkewt lqedd i wawal ! Taqbaylit macci t-tamenwalt !) J’ai mis bien des années à comprendre le sens de certains mots que j’entendais de sa bouche. J’aimais sa façon de sourire avec indulgence avant de répondre à mes questions : « Voussvouss[1], mon fils, tu ne sais pas ce que cela veut dire !? Assoyons-nous un instant, tu veux bien ? »

Il aimait m’enseigner les choses de la vie. Il y avait un arbre sur le flanc du ravin qui surplombe (encore, mais pas pour longtemps) la Soummam sous lequel il aimait que nous nous assoyons pour parler. Nous passions ainsi des heures à l’abri des regards. A la fin de chacun de nos nombreux échanges, il terminait toujours par cette phrase d’une voix douce et grave : « Mets taqvaylit dans ton cœur et la protection des ancêtres ! Fais du bien à celui qui tombe, quant à Dieu laisse-le aux autres ! » (Ger taqbaylit deg wul-ik, d laânaya Imezwura ! Erfed w’ur nesâi ifadden, ma d Rebbi anef-as i medden !)

Que voulait-il dire exactement par ces mots ? Je restais souvent des jours et des jours à ressasser ce genre de formules dont il nous abreuvait. J’avais beau les tourner dans tous les sens, il y avait toujours un autre sens qui venait se rajouter à ce que j’avais déjà trouvé[2].

J’aimais écouter « ce mendiant superbe ». Je l’avais surnommé ainsi car mon père s’habillait comme un démuni, un mendiant superbe. Avec lui, l’habit n’avait jamais fait le moine. Seule sa prestance, sa générosité, son intelligence flamboyante portée par une voix sans pareille le distinguait des autres. On oubliait aussitôt ses pauvres habits qu’il se plaisait à rapiécer lui-même pour voir un homme subjuguant au kabyle étonnamment riche, raffiné et sans pareil !

Cela me permet de rapporter une anecdote racontée par mon ami le cinéaste Abderrahmane BOUGUERMOUH. Son propre père était en train de discuter de choses et d’autres avec d’autres vieux de notre arch. Chacun y allait de sa prose et de sa rhétorique pour en imposer aux autres. L’un d’eux voulait à tout prix montrer qu’il avait toutes les clés et les subtilités de notre chère langue. Agacé par tant de prétention, monsieur Bouguermouh père finit par s’exclamer face aux prétentions de son vis-à-vis : « Ô un tel ! Celui qui veut entendre le kabyle, qu’il aille voir d’abord Mohand Améziane Ouchivane ! » (A flan ! wi’bghan ad isel i Teqvaylit, ilaq ad iruh qbel ad izer Muhend Amezyan Ucivan !)

C’est dire que « La langue de mon père » était revêtue par les Anciens d’un sceau exceptionnel dont il était difficile de retrouver les éclats chez d’autres vieux. Dda Mohand Qasi, le dernier Amousnaw de notre tribu, disait de mon père : « Seul Améziane Ouchivane savait lire les nuages et le vent ; seul lui était capable de comprendre le chant des oiseaux… et de cueillir du miel en juin sans se protéger des morsures des abeilles ! »

Ecouter mon père parler de la nature était une leçon que beaucoup d’écologistes d’aujourd’hui devraient avoir entendue !

D’après notre mythologie, le Souverain Suprême aurait créé le premier homme (Verver Amezwaru) du frêne, premier arbre de la création, selon nos croyances. Mais comme l’arbre a besoin de l’eau pour vivre, le Souverain Suprême avait compris qu’il fallait créer la première femme, « La mère du monde » (Yemma-s n ddunnit) de l’eau : d’une perle de rosée (si tiqit n nnda). On aura compris que sans l’eau (la femme), point d’arbre sur terre ! On aura également déduit que sans l’eau et l’arbre point de vie sur terre[3] ! Mon père disait : « A chaque fois qu’un arbre s’abat, c’est un homme qui s’en va ! » Comme tous les peuples premiers et autochtones, ce que les anciens Kabyles appelaient « At-tmurt », les Imazighen ont toujours privilégié la pensée synthétique, voire holistique, plutôt qu’individualiste et analytique.

La voie holistique voit toutes les choses et tous les êtres vivants comme liés. Cette approche ne sépare pas l’élément du tout, l’individu du groupe ou l’homme de la nature. Aussi, ce qui me paraît digne d’intérêt, c’est l’importance accordée par les anciens Kabyles à l’environnement et à la nature qu’ils désignent d’un seul et même mot tarwest. Ce mot renvoie à une philosophie, voire à une croyance, qui affirme l’interdépendance entre tous les êtres vivants qui peuplent la terre. Une importance qui prend toute son ampleur à travers la culture orale et notamment les énigmes où les éléments physiques sont étudiés comme des éléments et des « personnages » vivants au même titre que les biotopes des mondes végétal, animal et humain, désigné par un lexème mystérieux Akkiw, lequel, toujours selon mon père, signifierait « L’univers  ».

Pour faire plus « intellectuel », je veux simplement expliquer que pour mes ancêtres, la première des sciences s’appelle « La mère nature » (Tarwest[4]). C’est la science de l’interdépendance entre tous les êtres vivants. Tout comme les humains, tous les êtres vivant sur cette terre ont une âme. Mon père disait : « Du plus petit insecte jusqu’au plus grand des oiseaux, la terre a besoin de tous ses enfants, femmes et hommes compris ! » Lorsque nous ramassions les olives, il ne manquait jamais de nous dire : « Laissez-en un peu sur les plus hautes branches, c’est la part des oiseaux ! » La pensée des Anciens est simple et claire et elle s’inscrit aussi dans ce dicton : « L’insecte est petit, mais il nourrit les oiseaux ! » (Abeєєuc macci, d-acu yettqewwit ifrax !)

L’importance des insectes dans la chaîne de la vie sur terre est aujourd’hui une évidence connue de tous. Mais dans des temps bien reculés, les Kabyles avaient déjà leur fête… des insectes ! Et mon père s’extasiait à juste titre en disant qu’à sa connaissance seul le peuple kabyle réservait une journée de fête aux insectes (tameghra ibaeεac) auxquels était consacré  également un souper du même nom, « le souper des insectes » (imensi ibaeεac) !

Enfin, pour ne pas trop charger cet hommage anniversaire des 45 ans après la disparition de cet homme, chez qui l’humanité n’était pas un vain mot, je me souviens de sa réflexion sur la vie nocturne du village kabyle. Ecoutons-le : « Quand je travaillais nos champs dans la vallée de la Soummam (Azaghar), j’arrivais parfois fort tard dans notre village (dans la montagne). Au fur et à mesure que j’avançais vers chez nous et que j’arpentais nos ruelles, ce qui surprenait, c’était le silence « qui s’échappait » de certaines maisons, alors que d’autres habitations étaient « remplies » par des éclats de rires et des éclats de voix… Il m’avait fallu un certain temps pour découvrir que le silence était suscité par les récits comme les contes et les mythes et que les éclats de voix et les rires étaient déclenchés par les joutes oratoires et les énigmes. Alors, j’ai fini par comprendre que le peuple kabyle est, à bien des égards, un peuple fort singulier qui étonnera toujours le monde s’il continue, grâce à sa langue, de chercher la lumière dès que la nuit tisse sa toile ».

Et enfin, pour terminer, écoutons-le dire un mot sur la femme en général et notamment sur ma mère.

« Tout dans la femme est semblable à l’arbre. Pendant que l’homme gesticule et vocifère, la femme observe et construit en silence. Tout comme l’arbre, elle écoute en silence ; elle comprend tout et ne dit rien à personne. Comme la nature, elle donne et protège la vie … C’est le meilleur visage de Dieu. Le Dieu qui est dans la nature ; dans la fleur fragile ; dans l’eau de la rivière qui coule ; dans le chant de l’oiseau qui chante ; dans le plus petit insecte ; dans l’arbre tranquille ou secoué par le vent. La partie juste de Dieu ne peut être qu’une femme… Sans votre mère, je ne serai arrivé à rien… Je serais encore un mendiant. C’est elle qui vous a mis au monde. C’est elle qui m’a tout construit. J’ai autant appris de ses silences et de ses souffrances que par tout ce que j’ai pu apprendre de la vie des hommes et des livres saints. »

 

  Merci très cher Père ! Tanemmirt a Vava azenfan ! J’espère que le Souverain Suprême t’avait fait un accueil digne et patient, comme tu l’as été avec nous, les tiens et les humains que tu as rencontrés sur ton chemin.  Pardon de ne pas avoir toujours été à la hauteur que tu m’avais fixée… C’est parfois au-dessus de mes forces et de mon discernement. « J’entre dans l’âge de la sagesse », comme tu disais, je te promets de mieux faire à l’avenir.

 

[1] Héros de la légende : « Les chasseurs de lumière ».

[2] A cause de la polysynthèse – propre aux langues autochtones et premières –, que je n’avais découvert que près de 40 ans après.

[3] Mais, cette information mythologique recèle une croyance (implicite, mais non révélée) très importante… Laquelle ? Je laisse le soin aux lecteurs de la chercher.

[4] Littéralement, polysynthèse oblige, Tarwest signifie plus exactement « Celle qui enfante ».

Quelque chose en nous aussi d’un grand poète discret…

Albâad yella wlac-it,

Albâad wlac-it yella.

Mohand Ou-Yahia ou l’insoutenable légèreté de l’être

Il y a 13 ans disparaissait mon ami Mohand Ou-Yahia. Mathématicien, Poète, dramaturge et traducteur inégalable, il me laisse le souvenir douloureux – un peu comme tous ceux qui sont partis trop tôt – de n’avoir pas traduit Platon avec lui… Il était tellement heureux quand il apprend que le mot « allégorie » (taweqda) existait en kabyle ! Nous devions travailler ensemble sur L’allégorie de la caverne de Platon.

J’ai souvent goûté à son huile d’olive, quand la nourriture du restaurant universitaire ne NOUS plaisait pas ! Il me disait alors avec son air malin et espiègle : « Erju a l’Ancien, ghur-i kra n lwiski ara-k d-iren rruh ! »

Et il sortait alors la bouteille d’huile d’olive de son sac… Je n’oublierai jamais non plus notre rencontre autour de la poésie à l’Université Paris 8 Vincennes. Je dois ce sublime cadeau à Ali SAYAD, grand homme de lettres berbères qui avait organisé cette rencontre entre Muh-Ya et moi.

Je saisis cette occasion pour dire que Ali SAYAD, grand homme de lettres et de culture berbères, est probablement l’un des intellectuels berbères les mieux placés pour réfléchir à la promotion de tamazight.

 Ma rencontre avec Dda Lmulud grâce à Muh-Ya…

Nous étions, je crois en 1981/82 quand nous fêtions Yennayer ensemble. Je lui dois la plus belle surprise de ma vie. Dans la soirée, nous attendions tous impatiemment la venue de Dda Lumulud… Et le voilà qui entrait avec son beau burnous ! Yennayer à Paris avec Dda Lmulud (Mouloud Mammeri), ce fut l’une des plus belles fêtes de ma vie ! Pendant que je discutais avec Muh-Yia, il se rapprocha de nous, écouta un moment, et finit par me dire  : « Toi, tu es des At Oufella ; vous parlez un kabyle ancien » (Keçç n’At Ufella ; tettmellayem taqbaylit taneslit). Quelques années après sa mort, nous venions d’assister à la première du film « Le colline oubliée » de mon ami d’enfance Abderrahmane Bouguermouh, le fils de Mouloud Mammeri usa de la même expression à mon égard : « Vous, vous êtes des At Oufella » (Kunwi n’At Ufella). Comme quoi, noble sang ne saurait mentir !

LA BELLE PAGE DE Muh-Ya SUR WIKIPEDIA

Abdallah Mohya, plus connu sous le nom de Muḥend u Yeḥya ou Mohia ou Muḥia ou Muhya en berbère, est né le 1er novembre 1950 à Iɛeẓẓugen (Azazga) en Algérie et mort le 7 décembre 2004 à Paris. Il est dramaturge, conteur, parolier et poète algérien prolifique, mais peu connu du public national et international. Décédé en 2004, il a enregistré ses productions d’une manière souvent artisanale sur un support audio (une quinzaine de cassettes audio en vente en Kabylie), quoiqu’il soit catégoriquement contre ce fait, estimant que la culture ne s’achète pas. Fondateur du théâtre d’expression kabyle, il a consacré plusieurs années de sa vie à traduire et à adapter des poèmes, des chansons et surtout des œuvres théâtrales universelles telles que En attendant Godot (Am win yettrajun Rebbi ) de Samuel Beckett, La Décision (Aneggaru a d-yerr tawwurt) et L’exception et la règle (Llem-ik, Ddu d udar-ik) de Bertolt Brecht, La Jarre (Tacbaylit) de Luigi Pirandello, Le Médecin malgré lui (Si Lehlu) et Tartuffe (Si Pertuf) de Molière, Le Ressuscité (Muhend U Caâban) de l’écrivain chinois Lu Xun, La Farce de Maître Pathelin (Si Nistri), Pauvre Martin (Muhh n Muhh) de Georges Brassens, Les Émigrés (Sin-nni) de l’écrivain polonais Sławomir Mrożek à la langue mais aussi à la réflexion kabyle.

Son œuvre, fruit de plus de trente années de travail, d’interprétation et de réflexions philosophiques, est aujourd’hui l’objet de la convoitise d’une pensée nouvelle en Kabylie, mais aussi en occident, qui tend à mener une démarche plus constructive du regard mutuel entre l’occident et l’Afrique septentrionale. Par ailleurs, Mohya a pu sensibiliser, à travers ses œuvres, beaucoup de gens autour de la revendication identitaire berbère. Son nom et son œuvre sont incontournables et resteront une référence pour qui veut connaître la culture berbère sous son angle moderne. En décembre 2004, tout en laissant une œuvre inachevée, il est décédé dans une clinique parisienne [Laquelle ?] après une longue bataille contre le cancer. Après son décès, les titres de la presse nationale algérienne n’ont pu publier qu’une seule photo de lui, laquelle photo circule depuis sur Internet et les réseaux Sociaux. Les sources sur sa vie privée et artistique restent encore insuffisants pour le faire connaitre au grand public algérien. Des témoignages de ses contemporains existent cependant sous forme d’hommages rendus un peu partout lors des journées et festivités commémorant l’identité berbère en Algérie et en France.

Publié par : youcefallioui | décembre 7, 2017

NOUS AVONS TOUS QUELQUE CHOSE DE… MAMMERI

Le message du chantre de la culture berbère

Mouloud Mammeri (1917-1986)

 Sa réponse aux donneurs de leçons algériens après le printemps berbère de 1980 – Suite à l’interdiction de sa conférence sur la poésie kabyle ancienne.

« Vous me faites le chantre de la culture berbère et c’est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une composante des cultures de tous les pays où elle existe. Elle contribue à les enrichir, à les diversifier. Et à ce titre je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer. »

Un extrait du livre « Poèmes kabyles anciens » qui nous permit de connaître le « Premier printemps berbère » (Tafsut Imazighen)

Au terme de cette partie de l’analyse, il apparaît donc que la littérature kabyle n’est, pas plus qu’une littérature plus élaborée, tributaire d’une explication fonctionnaliste qui en épuiserait toutes les résonances. Ce qui ressort au contraire, ce sont les homologies fondamentales. Si l’on met de côté la fonction très générale de toute littérature dans  n’importe quel groupe social (une fonction justement trop générale pour qu’on pût la traiter avec un minimum de rigueur et de précision), force est de revenir à la société berbère elle-même et de tenter d’expliquer sa littérature de l’intérieur, tel que le groupe l’appréhende et la vit. Peut-être le point de vue des Kabyles sur leur propre littérature est-il au moins valable et éclairant que le regard extérieur qui, en tentant de la saisir, la désagrège. Peut-être, en prenant au mot les utilisateurs (et créateurs) de ces productions, y réintroduira-t-on un sens qui, sans cela, s’envole en fumée ou se rapetisse à un point tel que l’attachement quelquefois passionné qui leur a été porté pendant des siècles devient une aberration. Au vrai, c’est de langage qu’il faut changer.

Si l’on adopte cette perspective nouvelle, la première donnée qui d’abord s’impose est que la civilisation kabyle traditionnelle (et, à vrai dire, la civilisation berbère tout entière) était une civilisation du verbe. Non pas seulement parce que l’inexistence pratique de l’écrit hypertrophiait du même coup coût la valeur de la parole, mais par choix ou par vocation,. D’autres peuples se sont exprimés dans la pierre, la musique, le commerce ou les mythes. Ici, la parole a valeur imminente, voire despotique.

On cite des mots, une grande partie de la culture courante est faite de cela. Une seule phrase suffit parfois à résoudre une situation difficile. On se bat pour des mots. Dans les assemblées, la parole est maîtresse. Le proverbe dit : « Qui a l’éloquence à tout le monde à lui[1] ». Le maître du dire (bab n wawal) est souvent aussi le maître du pouvoir et de la décision (bab n rray). On peut payer d’un poème une dette. On peut donner à un beau geste la consécration d’un beau dit, et à vrai dire c’est usage courant et presque obligé.

Dans cette optique, la poésie apparaît comme le degré le plus éminent, le plus exalté (exaltant) d’une pratique par ailleurs commune. L’analyse du système ancien des valeurs que l’on va tenter d’établir maintenant va le montrer de façon concrète[2].

[1] Bu yiles medden akw ines. (La note est de Mouloud Mammeri).

[2] M. Mammeri, Poèmes kabyles anciens, op. cit. pp. 44-45.

Le mythe de la langue – IZRI N YILES

Je tiens ce mythe de mon père. Nous sommes en 1969. En se rendant au village (Ighzer Amokrane), il tomba sur des gendarmes qui voulaient obliger un jeune à parler en arabe, alors que ce dernier ne parlait que kabyle… Mon père interpella les gendarmes en leur disant : « Mes enfants ! C’est à vous de parler kabyle, si ce jeune ne comprend pas l’arabe ! Ce n’est qu’ainsi que vous allez restaurez l’ordre et la paix dans le pays ! » Et les gendarmes furent compréhensifs… L’un d’eux parlait effectivement kabyle…

IZRI G_ILES

Ceci est un récit sacré, que les ancêtres vous ont légué !

Ecoutez-le ! Dites-le à vos enfants ! Et soyez heureux !

1 – Il était une fois un village kabyle qui s’appelait « Le rocher coupé » (Azru Gzem). Ce village avait la particularité d’avoir un fou qui subjuguait les enfants par sa langue. Un jour, il se mit à leur raconter qu’ils pouvaient accéder au paradis. « Comment faire ? » Telle fut la question des enfants.

Le fou leur répondit : « Il vous suffira d’aller jusqu’à la falaise à la sortie du village et de sauter dans le vide… la porte du paradis est juste en bas du ravin. » Les enfants le crurent…

L’Assemblée du village condamna le fou à la peine capitale.

Mais la vieille la plus sage de la cité – sans doute la chef de l’Assemblée des femmes (Agraw n tlawin) – décida en lieu et place de la condamnation à mort, que l’on coupe la langue au fou… « Puisque, disait-elle, c’est sa langue qui a provoqué la mort de tous les enfants. » Afin de conjurer cette malédiction provoquée par le fou, les habitants décidèrent de partir vivre ailleurs, dans d’autres contrées. Mais les pays des autres ne sont pas toujours accueillants. Les pays des autres ne respectent pas toujours ceux qui viennent de loin…

2 – …………………..

3 – Des jours, des mois et des saisons passèrent. Un jour de printemps, seule la vieille qui avait décidé de la sentence à infliger au fou revint au village. Dans sa sagesse, elle disait : « Mourir pour mourir, autant mourir chez soi ! »

Quand elle entra dans la cité, elle entendit des voix d’enfants qui venaient de l’aire de jeux. Tout en décidant d’aller voir, elle se croyait devenue folle. Mais arrivée sur le plateau, elle vit bien les enfants en train de jouer, seuls. Tous les enfants étaient là : les plus sages comme les plus turbulents.

Elle s’approcha doucement d’eux et leur dit : « Vous êtes revenus les enfants, vous n’êtes pas morts !? »

Les enfants répondirent en chœur : « Oui, grand-mère, nous sommes tous revenus, nous ne sommes pas morts ! »

Elle leur demanda encore : « Et le fou, où est-il, lui ? »

Les enfants lui répondirent : « Lui, il ne pourra jamais revenir ! »

Alors la vieille leur demanda : « Et pourquoi ne peut-il pas revenir (à la vie), lui ? »

Les enfants lui répondirent en choeur  : « Parce que lui, il avait perdu sa langue ! »

C’est un mythe, soyez heureux !

Je l’ai dit la nuit, la lumière va le démêler,

Je l’ai conté au jeune noble, le rocher a ri et pleuré,

Je l’ai conté au clair de lune, le vent l’a essaimé !

 La protection du mythe est pareille à celle du lion !

 

 

 

TAFUNAST IGUJILEN – LA VACHE DES ORPHELINS

  • Exorde d’une autre interprétation du conte kabyle

« Pourquoi ce conte est-il si aimé chez les autochtones de Kabylie ? » me questionnait un jour mon ami et maître Joseph Gabel[1]. Beaucoup de raisons peuvent s’ajouter à celles que je viens de donner ci-dessus. La première déduction, cheville ouvrière du récit, s’inscrit dans la mythologie kabyle.

Dans ce récit mythologique qui est consacré à l’enfant orphelin, l’on comprend qu’une société ne peut atteindre un certain degré de « viabilité », de « civilisation » au sens « d’humanisation » et non pas au sens galvaudé par les civilisations occidentales pour s’opposer à d’autres grandes civilisations considérées comme « primitives » ou « agrestes et arriérées ». A la lecture de ce conte, nous comprenons que les anciens Kabyles mettaient en avant quelques référents sociétaux et psychosociaux sans lesquels une société ne peut prétendre au titre de « société civilisée » ou de « peuple ouvert et laïc » (agdud awesԐan, anaRexsi), selon leur formule. Cette ouverture est celle de l’esprit et de l’intelligence ouverts vers l’autre, l’inconnu, l’étranger. Ce dernier, d’où qu’il vienne et quelles que soient ses croyances, pouvait bénéficier de l’asile sans condition aucune ; comme si c’était lui qui dictait les conditions de l’attribution de ce droit ! Et le sort qui est fait à l’enfant orphelin, tout comme celui qui est fait à l’étranger, sont les deux indicateurs – aux yeux des Anciens – qui permettent de dire haut et fort que la société kabyle peut prétendre au titre de « société civilisée », d’où le nom qu’ils ont donné à leur confédération : l’Arch[2] (LԐarc).

Nous avons lu comment les gens d’armes ou gardiens de la cité du roi – avaient été choqués par la vision d’Aïcha, jeune fille étrangère, habillée bizarrement, comme « une sauvageonne et accompagnée d’une gazelle. La ville est différente de la campagne où chacun est ouvert à chacun ; où l’assiette de l’étranger était mise tous les soirs… Et on laissait chaque jour une part du repas, avec cette interrogation : « Et si un étranger de passage venait à se présenter… qu’aurions-nous à lui donner ? »

« Si l’étranger est parfois accueilli avec méfiance, c’est en grande partie parce qu’il est porteur d’une historicité non comprise ou ignorée ; il apparaît comme un Dasein de pure spatialité[3]. Il est assez curieux d’observer à cet égard qu’un passé inconnu indispose souvent davantage l’opinion publique qu’un passé connu, fût-il notoirement défavorable[4].

Pour mieux comprendre le mot Dasein, qui exprime l’altérité, je ne puis que renvoyer au vocable qui désigne l’étranger dans la langue kabyle : awerdali, mot composé qui signifie « celui qui n’est pas d’ici » (a-wer-da-ur-illi).

L’Archisation, si je puis me permettre ce néologisme, consistait à mettre en place un certain nombre de garde-fous pour permettre aux plus faibles – notamment la femme veuve ou sans appui, l’enfant orphelin, la personne âgée et l’étranger démuni qui a été obligé de quitter les siens et sa maison[5] – non seulement d’avoir un espace commun aux autres, mais aussi et surtout de conserver une place dans la collectivité.

L’orphelin disposait ainsi de certains droits ou faveurs[6]. Il était stagiaire de l’Assemblée générale de citoyens (amanun n Wegraw) pour apprendre le fait politique. Pris en charge par les sages de la cité, il pouvait ainsi en apprendre le fonctionnement politique afin de devenir un citoyen comme tous les autres enfants dont les parents assuraient cet enseignement à la maison. Le dicton dit : « Chaque père conseille son fils, s’il veut qu’il écoute sa mère ! » (Yal baba-s ittwessi mmi-s ma yella ibgha ad isel i yemma-s !)

Ce sont, me semble-t-il, tous ces ingrédients qui parsèment le conte kabyle et qui demeurent l’une des clés essentielles pour l’éducation des enfants dans une société qui se veut viable et capable de donner un avenir rayonnant à son peuple. Pour ce faire, aucune société ne peut s’en sortir sans un seuil minimum de rentabilité culturelle. Une relation de causalité et de dépendance qui engendre une société où il fait bon de vivre.

Aujourd’hui, les parents ne racontent plus de contes à leurs enfants. On comprend alors la déchéance culturelle qui règne dans un pays comme l’Algérie, où la Kabylie a perdu tous ses repères faute de ne pouvoir se renouveler dans ce qu’elle recèle de richesses culturelles laissées à l’abandon.

[1] J. Gabel, La fausse conscience, éditions de Minuit, 1969. L’auteur fut médecin, psychosociologue spécialiste de l’aliénation. Cf  Y. Allioui, « Les chasseurs de lumière » – Iseggaden n tafat, L’Harmattan, 2015.

[2] Et non pas Aârouch (bélier de race), comme d’aucuns continuent de l’écrire ! Pour faciliter la lecture du mot arch, la voyelle a est mise en avant en lieu et place de la constrictive pharyngale Ԑ (â), (lԐarc/lâarc).

[3] Une sorte d’existence atemporelle (dasein, en allemand).

[4] La fausse conscience, op. cit. p. 107.

[5] Extrait du code de l’étranger, (lqanun/asqif uwerdali) du village Ibouzidène (communication de mon père et de Dda Mohand Qasi At Boujemâa Ibouziden). Nous sommes bien loin de l’accueil qui est fait aux réfugiés en Europe, et un peu partout à travers le monde, aujourd’hui ! Il semble que l’enfermement sur soi et le rejet de l’autre soient les caractéristiques des temps actuels.

[6] Ce qui est mis en avant dans le récit « Le mythe de la lune et l’orphelin » (Izri n wagur d-ugujil). Lire Y. Allioui, Sagesses de l’olivier – Timucuha n tzemmurt, L’Harmattan, 2009, 214 p.

Publié par : youcefallioui | octobre 17, 2017

CAFE LITTERAIRE avec YOUSSEF ZIREM – 29 OCTOBRE 2017

CAFE LITTERAIRE AVEC YOUCEF ZIREM – LE 29 OCTOBRE A PARIS 20ème
320 rue des Pyrennées – Métro Jourdain ou Pyrennées.

Ceux et celles qui veulent un livre particulier (de ce que j’ai écrit), qu’il me le signale pour que je le commande. Merci de votre venue !
Pensées Kabyles de mon père Mohand Améziane Ouchivane :

– Siwel ! Ula d Rebbi a-k-d Isel ! Appelle (dans ta langue), et même Dieu t’entendra !
– Ezzu, essew, ekrez, leqqem nagh ddunnit a-k tdeqqem !
– Ezzu nagh aru ! Yiwet deg’sent nagh i snat ttawint Agdud ar tafat !
– Agdud d tameslayt, tameslayt d-agdud ; mmi temmut tmeslayt, agdud ittemmat nagh ittâawwad isem.
– Bnu axxam, a d-ibin gma-k !
– Nanna-s i wleccac (tejra), anwa argaz yifen irgazen ?
– Tenna-yas : Argaz yifen irgazen, d wid i-yi izzan, iy isswen, iy ifersen, lghella-ynu tezga ger-asen.
– Tamurt mi temmughben, d-irgazen i’gxussen.
– Tenna-yas Teslent (I d-Ijna – i d-xleq – Ugellid Ameqqwran d aleccac amezwaru ar ddunnit : « Ijna-yid- Ugellid Ameqqwran bac a d-ikkes deg’i Agdud ittharaben izuran ».
– Yal-ma ara teghli tejra, d-amdan i’gemmuten.
– Wid ur nezzi, wid ur neghri, wid ur necfi, lxir ur ssinen, ur d-ttbin tmurt-nsen !
– Lmut yiwet, tudert atas ! Atas !

  • Kra ggwin iknan zdat ddel, Irennu-yas Rebbi asadel ! Celui qui s’incline devant l’oppression et l’injustice, Dieu lui rajoute un bâillon sur la bouche !
  • Ssnen-t d-argaz yifen irgazen : ikkat ighil yerna Irumyen : iwala acemlal yeghli : ghlin-as-d imetawen ! (Les gens le connaissent comme un brave : il est courageux et s’est battu contre les  Français : quand il a vu le grand olivier tomber : des larmes coulèrent de ses yeux !

AMESLAY N YEMMA : Tawes Ou-Chivane :

  • « Anda tenter tmettut, lehbus ccuren d-irgazen ! (Là où la femme est brimée, les prisons sont pleines de braves).
  • Tenna-yas tqubaât : « Wi’sâan tahbut, yecc kan azgen ! Wi’sâan azgen, yecc kan tarebâett ! Win ibghan tilawin, yagh kan yiwet ! »
  • Traduction : Qui possède une galette, n’en mange que la moitié ! Qui possède la moitié (d’une galette), qu’il n’en mange que le quart ! Celui qui aime les femmes, qu’il n’en épouse qu’une seule ! »
  • Mebla tamettut, tenger tefsut ! Sans la femme (heureuse), plus jamais de printemps !
  • Tamurt ibghan tafsut, a-tt hader tamettut ! (Le pays qui veut le printemps : qu’il fasse attention à la femme !)
  • Ttgallan jmaâ liman, nutni ddren amzun d-ileghwman ! (Ils jurent par toutes les croyances, alors qu’ils vivent semblables aux chameaux !)
  • Taqcict ma tedhsa, saâd n tmurt iban ! (La fille, si elle heureuse, le bonheur du pays est tracé !)
  • Argaz yifen irgazen ; ssawalen-as « Mmi-s g_emma-s, macci mmi-s n baba-s ! » (L’homme digne de ce nom est appelé « fils de sa mère » et non pas « fils de son père » !
  • Tamacahutt mezziyet ; azal-is meqqwer : Jjan-tt-id Imezwura ! (Le conte est petit, mais il est très important : c’est l’héritage des ancêtres !)
  • LEQDER AM Uâaqqa n lleft : ad ighli al-lqaâa, ur t-tettafedh ara ! (Le respect est comme un grain de navet : il tombe par terre et tu ne le retrouves plus !)
  • Leqder am tmes: win ur t-nessin : ad iregh yerna ad ixnunes ! (Le respect est pareil au feu : celui qui ne le connaît : il se brûle et se met les cendres sur la figure !)

Ceci est une introduction au café littéraire de Youssef ZIREM, journaliste, écrivain et historien kabyle.
Je vous invite donc à cette rencontre à laquelle Youssef m’avait gentiment convié le dimanche 29 octobre à 15h – 320 rue des Pyrennées – Métro Jourdain ou Pyrennées Paris 20ème
Si vous souhaitez que nous discutions un peu autour de notre langue et de notre culture, soyez nombreux et venir à cette rencontre. Je prendrai plein d’ouvrages sur moi. Pour ceux et celles que cela intéresserait de me lire, je serais heureux de leur dédicacer un ouvrage de leur choix… Si d’aventure quelqu’un est intéressé par un ouvrage particulier, qu’il me le signale pour que je n’oublie pas de le commander à mon éditeur pour la circonstance.
Je vous remercie en terminant par une phrase de mon défunt père : Ezzu nagh aru ! Yiwet deg’sent nagh snat ttawint Agdud ar tafat ! Traduction : « Plante ou écris ! L’une et l’autre action conduisent un peuple vers la lumière ! »
Asset-d, a-nessiwel, i-wakken Rebbi ad agh d-sel !
Ar tufat, lehna tafat fella-kwent d fella-wen !

Je ne puis terminer sans remercier mon ami Youssef Zirem pour tout ce qu’il fait et pour l’intérêt qu’il veut bien porter à ce que j’écris… Car, quand j’étais au pays, j’avais aussi beaucoup planter… Juste avant de venir en France (Février 1974), j’avais planté 27 arbres fruitiers. Et ma défunte mère m’avait dit : »Ce sont ces arbres que tu viens de planter qui feront que la protection des Ancêtres (Laânay Imezwura) te poursuivra où que tu ailles !

Vers 1930, comme nous n’avions pas encore de puits, elle allait chercher de l’eau à la Soummam avec son outre pour irriguer les figuiers qu’elle venait de planter devant la maison… Les figuiers, le caroubier et les frênes qu’elle avait plantés (car il ne reste que ça) sont toujours là.

Pensée kabyle : « Win isâan imawlan iqerîiyen, hader a-ten ittu, xas wlac-iten ! » Traduction : « Celui qui a des parents au noble coeur, même s’ils ne sont plus là, il ne doit jamais les oublier ! »
Ay imawlan izenfan ! Akwen Ig Ugellid Ameqqwran di Tgemmi Ynes !

Ass n 29 di tubert 2017, a d-nawi ameslay af ayen i-yi tlemdem. Le 29 octobre 2017, j’essayerai de dire ce que vous m’aviez enseigné. J’espère que je ne vous ferai pas défaut et que chacun de mes mots soit le plus juste possible pour vous rendre hommage et vous signifier que je pense à vous chaque jour qui passe.

Publié par : youcefallioui | septembre 12, 2017

L’avenir d’un pays, ce sont ses enfants…

Pour mes ami(e)s praticiennes et praticiens et pris encore dans les filets de l’enfance…

Dicton kabyle des Babors : « Un pays sans enfants est un pays sans arbres » (Tamurt mebla arrac, amzun ur tesai aleccac). Les anciens Kabyles disaient : « A chaque fois que tu vois un arbre tomber, c’est un enfant qui vient de perdre la vie. Et quand il n’y aura plus d’arbres sur la terre, c’en est fini de l’humanité… ».

Un autre dicton kabyle : « Agrud d tafat n ddunnit » (Un enfant, c’est la lumière du monde).

Voici Le Programme et les Modalités d’Inscription à

 » La 20ème Journée Annuelle de la

Petite Enfance à l’Adolescence  »

Marseille

Parc Chanot – Palais des Congrès

Vendredi 1er décembre 2017

« culture, religion, psyché : quel impact sur les enfants ? »

pour la 14ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l’Adolescence Marseille vendredi 2 décembre 2011

« Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide

Il y a tant de torpeurs
De musiques antalgiques
Tant d’anti-douleurs dans ces jolis cantiques
Il y a tant de questions et tant de mystères
Tant de compassions et tant de révolvers

Tant d’angélus
Qui résonnent
Et si en plus
Y’a personne »

Alain Souchon Laurent Voulzy

Croyants, non croyants, quelques soient la culture, la famille, l’origine géographique, l’étude du religieux soulève des interrogations qui sont au cœur de la psychologie.

Le mot religion a deux étymologies : relegere qui veut dire rassembler et religare qui signifie le lien.

Serait-ce un facteur de lien ? Concorde ou discorde ?

Mais le jeune enfant est animisme, comme l’écrit Jean Piaget à propos de le la psychologie du développement chez l’enfant de 6 à 14 ans, c’est-à-dire tendance à concevoir les choses comme vivantes et douées d’intention.

Il rappelle que de 6 à 7 ans il y a confusion entre vie et action, puis vers 7-8 ans assimilation de la vie au mouvement, puis vers 9-10 ans l’enfant tient la vie pour le mouvement propre, enfin vers 11-12 ans l’enfants va attribuer la vie qu’aux plantes et aux animaux.

Aussi ce sont les influences éducatives, le milieu familial, le groupe social, qui vont en grande partie décider de l’orientation religieuse ou non de l’enfant.

L’humanité a toujours voulu guider ses enfants, en les nourrissant, en les protégeant, en essayant de leur transmettre des connaissances pour qu’ils puissent s’intégrer plus facilement dans la société.

Cette enculturation est (Margareth Mead) le processus par lequel le groupe va transmettre à l’enfant dès sa naissance des éléments culturels, des normes, des valeurs partagées.

Le christianisme veut nourrir le coeur et l’esprit des enfants en mettant certains interdits qui doivent favoriser la vie spirituelle et la relation à Dieu, l’essentiel de la foi musulmane consiste à faire grandir l’être humain en leur transmettant des valeurs morales, intellectuelles et spirituelles, le judaïsme privilégie la responsabilité, l’engagement, la décision, l’hindouisme voit le principe divin en toute chose, croit en la réincarnation et la redoute, considère toute l’humanité comme divine, le bouddhisme, lui est basé sur l’éveil à la sagesse.

En fait les enfants partagent, construisent et se transmettent des croyances, des représentations qui font sens à des pratiques la plupart du temps collectives. Mais on ne peut ignorer la créativité, l’imaginaire des enfants dans ce domaine ou l’éventuelle singularité d’une religiosité enfantine.

Mais la psychologie suffit-elle à expliquer la religion, car la religion est aussi un phénomène social qui a un système de valeur et d’obligation sacrée, et aussi loin qu’on se retourne on s’aperçoit que la religion a toujours fait partie de l’homme.

Les intervenants, tous des professionnels, des chercheurs, de grande renommée vont, tout au long de cette journée, nous offrir une perspective neutre et éclairante sur ce thème «psychologie, religion et culture» qui interroge chacun de nous.

Françoise-Flore COLLARD

Présidente de « Couleur d’Enfants »

1 ) Le Programme de La Journée :

de 8h à 12h10 et de 13h15 à 17h30

NB : Les horaires sont précisés sous réserves. Les temps d’intervention environ 40 minutes. Des modifications d’heures de passages des orateurs pourraient se produire.

> dès 8h pour récupérer vos badges d’entrée : Ouverture des portes

9h Pr George TARABULSY « attachement, développement moral et foi : la construction de l’identité de l’enfant »

Ph. D.- Directeur scientifique – Centre de recherche universitaire sur les jeunes et les familles CRUJeF CIUSSS de la Capitale nationale – Professeur titulaire, Ecole de psychologie, Université Laval-Québec-Canada

9h40 Pr Thierry BAUBET « transculturel et religieux dans la clinique avec les enfants »

Professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent-Chef de Service de Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, Psychiatrie Générale et Addictologie Spécialisée – CHU Avicennes – Bobigny – Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité – CESP Inserm 1178

10h20 à 10h45 pause

10h45 Pr Vassilis SARAGLOU « Croyance et enfance : l’être humain est-il naturellement religieux ou athée ? »

Professeur de Psychologie – Directeur du Centre de Psychologie de la Religion – Université Catholique de Louvain – Belgique

11h25 à 12h10 questions – réponses

après-midi

13h30 M. Jean-Pierre DANIEL – court métrage –

Artisan Pédagogue en Cinéma – Président de l’association des Enfants de Cinéma – Marseille

14h Mme Christine RODIER « pluralités religieuses quel marqueur d’identité pour les enfants ? »

Docteur en Sociologie – Maître-Assistante à la Faculté de Théologie et de Sciences des Religions (FTSR) de l’Université de Lausanne – Suisse

14h40 Pr Boris CYRULNIK « Attachements et croyance »

Psychiatre-Éthologue – Directeur d’Enseignement d’Éthologie Université Toulon-Var

15h20 à 16h questions – réponses et pause

16h Mme Hélène ROMANO « mort et religiosité »

Docteur en Psychopathologie clinique – HDR – Consultation spécialisée de psycho-traumatisme – Expert près les Tribunaux

16h40 Pr Boris CYRULNIK conclusion

Psychiatre-Éthologue – Directeur d’Enseignement d’Éthologie Université Toulon-Var

15h20 à 16h questions – réponses

17h30 fin de la Journée

modérateur : Dr Michel AUBRY

Psychiatre – Chargé de cours à l’Université Aix-Marseille

* L’Association Couleur d’Enfants ne pourra pas être tenue pour responsable en cas d’éventuelle(s) défection(s) de certains orateurs ou de modification(s) d’heures de passages *

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La vache des orphelins… Et ma famille.

Ma grande soeur Zahra : « Tu as écrit beaucoup de contes ? »
Moi : »Quelques uns, seulement, a Nanna ! »
Nanna Zahra : « As-tu écrit sur « La vache des orphelins » ?
Moi : « Mazal, a Nanna ! »
Nanna Zahra : « Alors, tu n’as rien écrit du tout ! » ‘Ihi, ur turid kra nagh kra ! »

Vous allez découvrir pourquoi ma grande soeur a été si sévère avec moi, en lisant ce petit manuscrit où je transcris en kabyle et en français – sur fond de l’histoire de ma famille – le conte aux mille et une versions : « La vache des orphelins » (Tafunast Igujilen).

Il y est question d’une grande dame que les gens de mon village avait surnommée « La Vache des orphelins ».
Une histoire d’amour que seule la Kabylie pouvait nous en donner un exemple qui ne courait pas les contrées !
Ne croyez donc pas ceux et celles qui avaient écrit que les Kabyles n’ont pas de mots pour désigner l’amour… De L’ethnologie coloniale résumée ainsi par une pensée kabyle : « L’étranger ne voit que ce qu’il connaît » (Awerdali, ala ayen yessen i’gettwali !)

Publié par : youcefallioui | septembre 7, 2017

Le conte et la mémoire de ma mère

Ma mère : « Mes chers enfants, sachez que c’est par le conte que tout commence… À machu tellam cahu !

De Yemma Yennayer et du « Sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf)

Mon cher Mohand – Voici quelques précisions par rapport à ce que vous avez entendu…

1 – Du « Sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf) :
« Le sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf) n’est pas le nom du « Porteur de masque » (Bu_Aâfif). J’avais fait un raccourci dans mes écrits ; et cette erreur a été reprise par tous ceux qui, comme vous dites, « m’ont pompé ! » Si ces auteurs m’avaient cité, ils se seraient ainsi dédouanés d’une erreur qui n’appartient qu’à moi seul. Les Anciens disaient : « Win yekkan asaka, a d-yini ansi yekka ! » En clair, qui a emprunté quelque chose, doit dire à qui il l’a emprunté ! » Cette démarche scientifique en cours dans les Universités était déjà mise en pratique de façon scrupuleuse par les anciens Kabyles.
En réalité, « Le sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf) n’est que le personnage endossé par l’enfant dit « porteur de masque » (Bu_aâfif) quand il veut énoncer la satyre (taceffayt) à l’encontre (ou au bénéfice) d’un adulte (souvent une femme) de son village.
Avant que l’enfant ne prononce sa satyre (taceffayt-ynes), il prenait toujours soin de mettre en avant une expression qui qualifie « Le Sage au tesson » (Amghar U-Ceqquf).
C’est à travers cette expression que l’on comprend plus exactement « le mythe du Sage au tesson » (Izri n Wemghar Uceqquf).
J’ai parlé de ce personnage important dans mon livre « Les chasseurs de lumière ». C’est ce personnage qui avait donné naissance au « conte désacralisé » (Izri-Gzem) de « Vava Inuva d Ghrova » (Père-Servant et Ghrova).

2 – De Yemma-s n ddunnit (La Mère-du-Monde) :
Autre inexactitude de cet auteur : Yemma-s n ddunnit, ce n’est pas la vieille mise en scène dans « l’emprunt » (dernière journée de Yennayer, empruntée à Furar (pour punir la vieille qui lui avait manqué de respect). Celle-là s’appelle (selon les Anciens de mon Arch) « Yemma Yennayer » et non pas « Yemma-s n ddunnit » !!
3 – « De l’interdit des figues » (Tamuqint) :
Cet interdit ne s’applique pas aux olives, puisqu’il porte le nom « Interdit des figues » (Tamuqint n tbexsisin). Cet interdit s’appliquait donc seulement aux figues et aux raisins.
Les olives ne font l’objet d’aucun interdit. Il s’agissait d’une recommandation inscrite dans le calendrier mythologique et cosmogonique dont j’ai donné les différents noms ainsi que les explications du sage Dda Lhadj Mohand Qasi At Bujemâa des Ibouziden. Quelques précisions ont été apportées par Dda Lakhdar Ou-Jaâbi – dit « Jeddi » – lors de notre entretien en 2012.
4 – Yennayer et Anayer :
Ce sont des substantifs très proches, c’est pour cela que beaucoup les confondent. Chez les anciens Kabyles, ce sont des homonymes qui veulent dire et signifier des choses tout à fait différentes.
Sans vouloir donner de leçon à qui que ce soit – je ne pense pas être assez armé pour ça – il est fort souhaitable que ceux qui disent et écrivent énoncent leurs sources… Car, si celles-ci sont entachées d’omissions ou d’erreurs, ils n’auront pas à « les porter », comme on dit en kabyle. Je m’excuse donc auprès de toi pour certaines imprécisions qui me semblaient aller de soi (un ouvrage est en préparation sur Yennayer et le calendrier kabyle).
Quant aux autres éléments énoncés par l’auteur dont vous parlez (et que je me garderai de citer), ce ne sont que des aphorismes pour des « vieux » comme moi qui avions porté des mocassins en peau de bœuf… Mais, c’est tout à l’honneur de l’auteur de les rappeler (avec quelques erreurs dont je viens de souligner quelques-unes) pour les générations actuelles qui connaissent peu de choses de l’ancienne Kabylie (Tamawya).
Mais, encore une fois, c’est en se trompant qu’on avance ! Je ne puis jeter la pierre aux autres, alors qu’il m’arrive de me tromper dans ma hâte de transmettre ce que j’ai reçu des Anciens et des Anciennes de mon Arch… dont je salue la mémoire et le grand savoir.
Taddart ur nesâi amghar am urti ur nesâi ddekkwar !
Axxam mebla tamghart, am urti mebla taddekkwart !

Gret Tamawt : Nous devons à Ali et F. SAYAD un magnifique agenda (Tibbur’useggwas) qui gagnerait beaucoup à être réédité. La première édition date de 1982.

Publié par : youcefallioui | janvier 12, 2017

De La Mère-du-Monde (Yemma-s n Ddunnit) chez les Kabyles

A PROPOS DE LA MERE DU MONDE (YEMMA-S N DDUNNIT)
Et de la mythologie kabyle…
Azul a Mohand !
Vous dites que beaucoup « me pompent » à travers ce que j’écris sur mon blog ; et notamment en ce qui concerne Yennayer et quelques aspects de notre mythologie comme « Yemma-s n ddunnit » ; et vous vous élevez contre le fait que je ne sois jamais cité… ou presque !
Yennayer appartient à tous les Imazighen, voire tout le monde ; et chacun en possède une certaine connaissance. Car Yennayer peut différer d’une région à une autre, d’un Arch à un autre, voire même d’un village kabyle à un autre et j’irai encore plus loin, en vous disant de façon sûre et certaine que cette fête divine et bénie se passe aussi différemment d’une famille à une autre… Ce que je raconte – et que d’aucuns reprennent à leur compte – est donc propre à ma famille ! Les mythes me viennent de mes parents et de mes grands-parents ainsi que de certains sages de mon village.

De la transmission orale (TAXERDA)

Mon père avait l’habitude de dire :  » La transmission orale, ce n’est pas du vol ! » (Taxerda macci d takwerda !) Comprenne qui pourra !

J’ai pu bénéficier des savoirs de beaucoup de sages de ma tribu… Et ce grâce au respect que je portai d’abord à mon père de qui j’étais très proche. Les sages l’avaient surnommé « La poutre de l’arch » (Ajeggu n lâarc), c’est dire ce que mon père « valait » à leurs yeux.

Monsieur Bouguermouh (père de mon ami Abderrahmane, cinéaste fort connu), disait en pleine Assemblée à un vieux qui voulait « donner des leçons de kabyle » : « Celui qui veut entendre la langue kabyle, qu’il aille voir Mohand Améziane Ouchivane ! »

Quand nous avions quelque difficulté à dire les choses, mes frères et moi, mon père nous reprenait en disant d’un ton ferme : « Mes enfants, donnez de la hauteur aux mots ! » (A tarwa, fket lqedd i wawal ! » C’est ainsi que nous avons été élevés : dans une école kabyle d’excellence !

 
Je sais donc qui m’a pompé et qui ne l’a pas fait… Car dans une transmission culturelle familiale (taxerdha, comme on dit en kabyle, ou plus exactement dans la métalangue dite tahutzit.
S’agissant de Yemma-s n ddunnit, il est facile de voir si quelqu’un « m’a pompé » comme vous dites ou non… Il suffit de voir s’il connaît le mythe qui en parle… S’il sait raconter ce mythe ; c’est-à-dire, comment les anciens Kabyles le racontent et la démarche qu’il faut respecter…
D’ailleurs, ce sont les mêmes règles qui président quand on veut parler de Yennayer… Si cette personne ne connaît rien de ces règles fondamentales et obligatoires – car il est question à travers Yennayer et la Mère du Monde – de récits sacrés -, cela signifie qu’il m’a effectivement « pompé ».
Il y a environ 700 pages sur mon blog et plusieurs articles où je parle de Yennayer et de récits sacrés, comme celui qui parle de « La Mère du Monde » (Yemma-s n Ddunnit).
J’aurai pu faire en sorte que ces articles ne puissent pas être imprimés… Mais, bien au contraire, je voulais les mettre à la disposition de tous. D’aucuns m’écrivent pour me remercier… C’est donc pour ces personnes-là aussi que ce travail est ouvert à tous.
Je vais vous raconter une anecdote : « Nous étions en cours de linguistique à la Sorbonne avec le grand professeur et défenseur de la langue amazighe, Louis-Jean CALVET. Ce fut ce grand érudit nous avait décomplexés par rapport aux notions, parfois idéologiques, de « langue » et de « dialecte ».
Auteur, entre autres, de livres indispensables, qu’il faut absolument lire : « Linguistique et colonialisme », « Les langues véhiculaires », « Pour et contre Saussure ».
Un camarade (Kaci) lui posa un jour cette question : « Monsieur, j’ai lu un ouvrage où l’auteur a repris à travers plusieurs paragraphes ce que vous avez écrit ; mais il ne vous a jamais cité ! »
ET que lui répondit monsieur Louis-Jean CALVET : « Mais, cher ami, c’est comme ça que les hommes et la science avancent ! »
C’est un peu, ce que j’ai envie de vous dire, par rapport à ceux et celles qui me « pompent » : « C’est ainsi que les hommes et la science avancent ! »
C’est lui qui disait : « La langue est un dialecte qui a réussi ; car il dispose d’un Etat, d’une police, d’une gendarmerie, d’une armée et surtout d’une école ! » Cette phrase est mémorable car, grâce à elle, nous avons fini d’être complexés. Car dans les années 70, les choses n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui… Nous avons fait un pas immense en avant ! Et plus rien ne nous fera reculer !

YENNAYER ANAYER ! Comme disaient les Anciens !

Publié par : youcefallioui | décembre 27, 2016

Chant de voeux de Yennayer – Nouvel an amazigh-berbère

Ccna n Wurawen n Yennayer, laεwacer n tafat

A WI BUDDEN YENNAYER

A-wi budden yennayer,
Yennayer !
I-wakken a-ttelhu ddunnit
Kra yellan ad yesεu sser
Ad yesεu sser !
Ccedda a-ttughal t-talwit
Yal ighzer ad yessenser
Ad yessenser !
Akal ad yerwu tissit.

A-wi budden yennayer
Yennayer !
Lehna a-tress g-exxamen
Aεeqqa ihudr-it yifer
Ihudr-it yifer !
Tagmatt tedda d watmaten
Lghella a-ttefsu iger !
Tamusni a-ttezdegh ulawen.

A-wi budden yennayer
Yennayer !
Tafat i medden merra
Yal afrux ad yefferfer
Ad yefferfer !
Di tmurt i tdel laεnaya
Tudert a-ttebnu af liser
A-ttebnu af liser !
Akken nnan Imezwura.

Chant des vœux de Yennayer – La fête de la lumière

Souhaits de Yennayer

Heureux qui célèbre Yennayer
Pour que la vie soit douce sur terre
Chaque chose aura son charme
Chaque tourment deviendra paix
Chaque rivière coulera
La terre sera irriguée.

Heureux qui célèbre Yennayer
La paix veillera sur chaque maison
Le fruit est protégé par la feuille
Comme les frères protègent l’union
Une bonne récolte éclora les champs
La sagesse occupera les cœurs.

Heureux qui célèbre Yennayer
Chaque être aura sa lumière
Chaque oiseau pourra voler
Dans un pays où le droit d’asile est sacré
Où la vie est faite de bonheur et de paix
Tel est le message de nos Ancêtres.

Publié par : youcefallioui | décembre 14, 2016

Qui a une langue se sent en sécurité ! Win isaân iles yetwennes !

Qui a une langue se sent en sécurité !
Win isaân iles, yetwennes !

Les histoires et les sagesses berbères-amazighes à l’école ?

Quoi de plus optimistes et de plus constructifs à tout point de vue, , pour les enfants Imazighen/berbères, que ces quelques aphorismes ou pensées de mère Awicha des Ijâad Ibouziden ?

Cette arrière-grand-mère – comme toutes les mères et les grands-mères kabyles – était tellement en avance sur son époque ! On aurait aimé que de telles pensées, comme les contes et les comptines et autres pans de la littérature orale kabyle et berbère, soient étudiées à l’école par les enfants algériens.

1 – « Sans amour et sans sagesse, aucun pays ne connaît de fleurs au printemps ! » (Mebla lehmala t-tmusni, wlac tamurt yessnen ijejjigen di tefsut !)

2 – « Le pays où la femme souffre, les prisons sont remplies de braves ! » (Anda tenter timettut, lehbus ççuren d-irgazen !)

3 – « Entends ta femme et Dieu t’ouvrira toutes les portes ! » (Sel i tmettut-ik, Rebbi a-k yelli tiggura !)

4 – « Si tu aimes ta dame et tes frères, tu entendras l’oiseau te le chanter chaque matin ! » (Ma yella themmled lalla-k d wayetma-k, as tesled i wefrux m’ara-k t-iccennu yal asru !)

5 – « L’homme qui sait, sait que la femme sait. » (Azgaz yessnen ; yehsa s tmettut tessen !)
6 – « Une maison où les enfants rient : c’est l’homme et la femme qui se tiennent par la main. » (Axxam anda ttadsan warrac, d-argaz t-tmettut i-geddan afus deg’wfus).

7 – « L’homme qui aime voit mieux que les autres : sa femme éclaire son chemin. » (Argaz ihemmlen, izer xir g-wiyyid : d lalla-s is igan tafat g_webrid).

8 – « Ce qu’il faut à un pays pour connaître le printemps, c’est la liberté de la femme ! » (Is ilaqen i tmurt bac at-tissin tafsut, d llwi n tmettut !)

Ce sont ces messages de sagesse, d’amour et de liberté que les enfants berbères devraient d’abord apprendre à l’école plutôt que ces messages idéologiques et religieux qui les plongent dans un obscurantisme d’un autre âge !
Ce sont ces contes, ces fables et ces comptines que l’enfant algérien devrait retrouver à l’école. Au lieu de cela, il se retrouve face à une langue étrangère (l’arabe classique) et un système pédagogique désastreux. On se retrouve alors avec tous les travers de l’aliénation linguistique que j’ai déjà analysée au cours de mes recherches en sociolinguistique. D’où la réflexion d’un père kabyle sur l’école algérienne et l’arabisation : « Je ne comprends pas ! Nous les envoyons pétillants d’intelligence, ils en font des ânes tout juste bons à se mordre entre eux ! »

En effet, le choc est brutal au niveau psychologique. Aphasie, psittacisme et autres troubles psychologiques sont ainsi observables chez l’enfant kabyle . Depuis plus d’un siècle maintenant, tous les spécialistes insistent sur la nécessité d’introduire la langue maternelle à l’école, surtout dans les premières années scolaires de l’enfant. Ils en sont tous arrivés à la même conclusion : une langue seconde, étrangère, ne peut être solidaire de l’intelligence l’enfant dans les premières années de sa scolarisation, notamment au niveau logique et psychique.

C’est tout le drame de l’enfant kabyle et berbère à qui l’on refuse une « algérianité » et une amazighité pleines et entières, puisque sa langue maternelle (tamazight) est ignorée du système scolaire, voire âprement combattue par les imbéciles et les ignorants.

Depuis peu, la langue amazighe dispose d’un statut secondaire et précaire. Une situation qui ne prédispose point l’enfant à la sécurité psychique qu’il est en droit d’attendre du système scolaire de son pays.
Et l’on comprend alors pourquoi mon vieux père nous ressassaient cette pensée que lui-même tenait de son père : « Qui a une langue se sent en sécurité » (Win isâan iles yetwennes !)

Comme je l’ai maintes fois écrit : « Quand une langue meurt, c’est son peuple qui disparaît ! » Tameslayt d-agdud ! Agdud d tutlayt !

Il suffit de s’interroger pourquoi la majorité des Berbères se disent Arabes. Et il suffit de s’interroger pourquoi le ministre de l’Education Nationale en France, madame Najat Vallaud Belkacem, d’origine berbère du Maroc, veut mettre notre langue de côté pour favoriser, en lieu et place, l’arabe !

 

Publié par : youcefallioui | décembre 11, 2016

MON PERE : LE SAGE DES LUMIERES – Vava : Lewli n tafat…

LE SAGE DES LUMIERES

Mon père : « QUE DIEU ME CASSE COMME ON CASSE UN VASE ! »

Il y a 45 ans, mon père se brisa en tombant du haut d’un olivier. Quelle idée de grimper aux arbres à 74 ans !

« Ô Souverain Suprême ! Si j’ai quelque considération à tes yeux, casse-moi comme on casse un vase ! » (A Rebbi, ma Ԑzizegh ghur-ek, erz-iyi taruzi ubuqal !)

Par une matinée de décembre 1971, alors qu’il était en haut d’un olivier en train de gauler les olives, mon père glissa du haut de l’arbre et, dans sa chute, se fracassa la tête contre terre. Il était onze heures du matin, le 11 décembre 1971.

Ses vœux, d’être brisé comme un vase, furent exaucés ! Et dans ce fracas du vase qui se brisait, je sentis les débris de verre me lacérer l’âme et le cœur.

Mon père : « Si tu veux pleurer, cache-toi et confie-toi aux arbres : eux seuls t’écouteront en silence, sans te moquer ni te juger. Toutes les consolations sont dans la nature. L’arbre est simplement une personne qui fait du silence et de la sérénité son ultime aboutissementC’est de l’arbre que le Souverain Suprême avait taillé le premier homme – Verver Amezwaru – notre ancêtre. Rappelle-toi : à chaque fois qu’un arbre tombe, c’est un homme qui se meurt…»

 Il me disait aussi : « Si tu es au fond des océans, je t’en sortirai ; si tu es pris dans un incendie, je l’éteindrais ; par la puissance divine et celle des ancêtres ! »

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Je devais donc m’y résoudre, m’y faire à la perte non seulement du père le meilleur du monde, mais aussi du meilleur ami qu’il m’a été donné de connaître sur cettre terre ; du meilleur professeur que j’eus depuis qu’il me tenait sur ses genoux pour m’apprendre les choses de la vie à force d’énigmes, de dictons, de contes et formules savantes, dans une langue kabyle que je n’entendrai plus jamais ailleurs.

Je sentis que les digues de la jeunesse venaient de rompre à jamais. Je ne voyais plus la vie comme avant : claire, joyeuse et sans entraves. Avec la disparition de mon père – disparition physique, car il est toujours dans mes pensées et mon cœur – la vie n’avait plus aucun goût. Je ne voyais que du noir partout. Mes sentiments étaient si confus que je suis encore incapable de pouvoir décrire cette douleur indicible qui me brisait le cœur… J’apprenais juste ce qu’était la solitude et l’amertume de n’avoir plus goût à rien. Au bout de deux mois, j’avais perdu 13 kilos.

Je quittais la caserne avec une permission d’une semaine. C’était la cueillette des olives et le temps des labours… Je ne savais plus où donner de la tête. J’attendais un appui du côté de mes frères et il ne venait pas. Chacun d’eux était occupé à faire face à ses propres problèmes. Mohand Rachid était malade. Mohand Tayeb était pressé de revenir à Paris, fêter Noël ; et Mohand Amokrane devait rejoindre son poste de cheminot à Alger.

Je devais donc faire face aux travaux et aux choses. Et la permission de 7 jours était loin d’être suffisante. Ma mère et moi, aidés des femmes de ma tribu, avions continué la cueillette des olives. Nous devions aussi faire les semailles et les labours. Et, à chaque fois, les femmes de ma tribu (Awzellaguen) brillaient comme le firmament ; et aucune étoile du hasard ou de Dieu ne pouvait égaler l’une d’elles. Et leur rire sonore qui emplissait la belle vallée de la Soummam était comme un baume sur ma blessure ouverte à jamais.

Accaparé par les travaux, j’avais complètement oublié que j’étais en permission.

Un matin, je devais monter au village faire quelques achats. J’empruntais le chemin dit de la gare. Voilà que face à moi venait une land-rover de gendarmerie. J’avais le pressentiment qu’ils venaient pour moi. Cela faisait trois semaines que j’ai quitté la caserne…

Arrivé à mon niveau, le chauffeur passa la tête à travers la vitre et m’apostropha en arabe, sans me dire bonjour : « Tu ne connaîtrais pas un certain nommé Youcef Allioui ? » Je lui répondis que oui ! « Comment pouvons-nous arriver chez lui ? » ajouta-t-il. Je lui répondis qu’il était impossible, car la route était impraticable ; mais que j’étais prêt à aller le chercher après avoir fait mes commissions.

Le gendarme me remercia : « Que Dieu bénisse tes parents ! Nous t’accompagnons faire tes commissions, ensuite nous t’attendrons à la gare, en attendant que tu ailles le chercher ! »

 

J’acceptais de bonne grâce. Après avoir fait quelques achats, ils me ramenèrent jusqu’à la gare où ils m’attendaient.

Je continuais mon chemin, à travers les cactus, jusqu’à la maison. J’expliquais alors à ma mère qu’il était temps que je retourne à la caserne… Elle me répondit : « Oh oui ! Mon fils ! Je n’osais pas te le dire ! Si les gendarmes venaient te chercher, les marabouts (elle parlait de nos voisins) se moqueraient de nous ! Tu les connais et tu sais ô combien ils sont mauvais, excepté Si Tahar ! »

J’entrais dans ma chambre prendre mon cabas. Ma mère y mit galettes de blé et autres gateaux qui servirent à accueillir les visiteurs.

Je me suis changé et je l’ai prise dans mes bras en lui demandant de faire attention à elle et de faire appel à mes amis en cas de besoin.

J’arrivais à la gare où les gendarmes m’attendaient. Le chauffeur sortit la tête de la voiture et me dit : « Tu ne l’as pas trouvé ?! »

Je lui répondis : « Si ! Je l’ai retrouvé ! C’est moi que vous cherchez ! »

Je m’attendais à ce qu’ils soient courroucés, mais pas du tout. A partir de ce moment-là, ils me traitèrent comme un ami, plaisantant même sur ma désertion ! Ils avaient reçu l’ordre de me conduire jusqu’à Constantine…

Enigme de mon père : « A mesure qu’elle augmente, elle diminue – La vie » (Akken i tettzid i tneqqes –Tudert)

 

1971 –  J’étais à Batna. Je faisais mon service militaire. J’étais en train de faire la sieste dans ma chambre au 6ème étage. Pour avoir un peu de pénombre, j’ai mis ma casquette sur les yeux. Je somnolais. Ce fut dans un demi-sommeil que je sentis une ombre faire irruption de façon furtive dan ma chambre. A ce jour, je n’ai jamais su qui c’était. Je sentis quelque chose de léger glisser sur ma poitrine. On aurait dit un papillon. Je ne savais pas que ce serait un papillon de nuit. J’enlève la casquette, je me redresse et je vois un bout de papillon violet tomber par terre près de mon lit. Je me redresse. Je m’inclines et ramasse le papier. Je constatais que c’était un télégramme. Je l’ouvre. Je lis. « Mon père est mort. Devons-nous t’attendre pour l’enterrement ? Ton grand frère Mohand Amokrane. »

Je relis plusieurs fois cette phrase que j’eus du mal à croire. Tout en relisant le texte, je descendis vers le bureau du commandant Chaker. Je traverse la cours qui séparait le bâtiment de son bureau. Je frappe et j’entre. Je lui montre le télégramme en jugeant utile de lui répéter la première phrase. Celle-là qui me déchirait la langue, l’âme et le coeur.

Le commandant Chaker me dit : « Vous êtes sûr que ce n’est pas une plaisanterie d’un copain pour que vous ayez une permission ? » J’allais lui répondre pour lui dire qu’aucun de mes copains ne pouvaient se permettre une telle plaisanterie, quand le téléphone sonna.

Le commandant Chaker décrocha. Il me regarda et dit : « C’est pour vous ! » Je pris le combinet. Ce fut la voix de mon grand-frère Mohand Amokrane : « Est-ce que nous t’attendons pour l’enterrement ? » Je lui répondis d’un ton assuré et froid : « Bien sûr ! J’arrive ! » Comme si je m’accordais moi-même la permission.

Le commandant Chaker me dit alors : « Je vous présente mes sincères condoléances ! Je vous accorde une semaine ! Bonne route et ne revenez pas en retard ! »

Je remonte dans ma chambre, prends quelques affaires et me voilà un quatre d’heure après à la gare de Batna dans les Aurès. Je faisais mon service militaire à l’Ecole Nationale des Armes de Combat. Je pris le billet et j’eus la chance de constater que le train arrivait dans le quart qui suivait.

Quelques heures après, me voici à Constantine. Comme ma correspondance pour la Kabylie n’arrivait qu’à 17h30, je pris le temps d’aller saluer mon ami Akli. Le hasard fit bien les choses, je le trouve avec deux de ses copains « arabes » de Constantine. Des jeunes bien élevés que j’ai vite fait d’apprécier. Nous passames ainsi l’après ensemble en vadrouillant dans la ville que j’aimais beaucoup. Après avoir flâné dans la belle Cirta – ancienne capitale amazighe de Massinissa -, Akli et ses deux copains me raccompagnèrent à la gare de Constantine.

Je pris congé d’eux. Je montai dans le train. J’entrai dans un compartiment et passai ma tête par la fenêtre. Ils attendaient le quai pour me saluer.

C’est alors qu’Akli me demanda : « Au fait, tu reviens quand ? » Je me suis surpris à lui répondre : « Je ne sais pas… Je vais à l’enterrement de mon père… ». Comme si je venais de réaliser une telle chose, un tel événement. Tous les trois me regardèrent médusés, interloqués ! C’est vrai que j’ai été d’un tempérament plutôt gai pendant tout l’après-midi. C’est ce qui expliquait leur étonnement !

Le train démarra et aucun d’eux ne put ouvrir la bouche de nouveau. Ils me suivirent du regard un long moment. Ils se regardèrent longuement avant de tourner les talons et de quitter le quai de la gare tout en continuant de tourner la tête pour suivre le train des yeux.

Quelques heures après, je devais reprendre une autre correspondre à Beni-Mansour. Un train desservait la vallée de la Soummam et, en ce temps-là, s’arrêtait à Ighzer Amokrane. J’ai toujours été un autre en dehors de la Kabylie. C’est d’ailleurs un sentiment tout à fait confus et involontaire. Je me devais d’adopter une autre conduite comme si je changeais totalement de personnalité. Ai-je été l’espace d’un temps – de toutes ces années passées en dehors de la Kabylie natale – un schizophrène ? Toujours est-il que je ne redevenais moi-même qu’en terre kabyle. Comme si l’environnement me parlait déjà dans cette langue que j’ai apprise au berceau. C’est ça ! Je reviens dans mon berceau !

Ailleurs, je me rendais compte que je n’étais plus moi-même dans le plus mauvais sens du terme. Il m’arrivait d’être grossier, menteur et roublard car j’avais à faire à des Algériens qui avaient perdu la langue de leurs pères. Je ne me sentais à l’aise et dans ma peau et dans ma tête qu’en compagnie d’autres Kabyles. Nous étions liés par le même cordon ombilical à cette Kabyle où les racines amazighes étaient encore vivaces et lumineuses.

Ce  n’est donc qu’une fois dans le train en partance pour la maison que les larmes me brouillèrent les yeux avant de se transformer en sanglots que j’essayai d’émettre avec le plus de silence possible. Bien heureusement, le compartiment était vide. Ce jour-là, il y avait peu de monde dans le train. Seul le contrôleur qui passa et qui m’entendant pleurer, n’osa pas me demander mon billet. Il faut dire que c’est une vieille connaissance. Il me fit un sourire compatissant comme s’il devinait la tragédie que je suis en train de vivre.

Il avait bien vieilli mais je me rappellais de lui quand j’allais au collège de Sidi-Aïch. Je trichais ; je resquillais. Nous jouions à cache-cache et j’arrivais toujours à passer entre les mailles du filet jusqu’au jour où toute une armada de contrôleurs nous attendaient à la gare de Sidi-Aïch. J’écopais d’une amende salée, mais comme je n’avais pas de quoi payer, je finis au commissariat. J’expliquais au commissaire qui parlait avec un accent des At Weghlis que je n’avais pas le sous et qu’il m’arrivait souvent de faire les 12 kilomètres, qui séparaient Ighzer Amokrane du collège, à pied ! « D’accord, dit-il, mais ne reviens pas ! Débrouille-toi pour payer ton voyage ! »

Je fus tiré de ma rêverie par son cri : « Akbou ! Akbou ! » Je n’étais plus qu’à deux stations de la maison : d’abord Mechâav, et ensuite Ighzer Amokrane. Plus que 12 kilomètres pour vivre l’expérience la plus éprouvante que j’aurai à vivre de toute ma vie. Je ne savais pas alors que la mort de ma mère m’affecterait tout autant, sinon plus.

C’est alors seulement que l’image de mon père vint à moi. Il avait l’habitude de guetter le train du samedi matin dans l’espoir de m’y voir descendre. Bien avant que le train ne s’arrête, je regardais par la vitre et je le voyais surveillant de loin, juste au dessus de la maison de notre voisin Waâmer At Mohand, s’il pouvait détecter ma présence. Je dis bien « détecter » car il avait le flair dès qu’il s’agissait de deviner si j’étais dans le train.

Je viens de m’apercevoir que j’ai utilisé le verbe « deviner ». Ce verbe fait ressurgir aussitôt de ma mémoire la dernière lettre de mon père dont le contenu était fort insolite. Sept pensées des Anciens dont il en attribuait une à mon grand-père, son propre père et mieux encore, vingt-sept énigmes belles et surprenantes dont la dernière fut prémonitoire : il s’agissait de l’énigme sur la vie qui diminue à mesure qu’elle augmente, à mesure que l’homme vieillissant s’approche de la mort.

Sept jours, jour pour jour, séparait cette dernière lettre, du télégramme qui m’annonçait sa mort. Une lettre soignée et bien écrite comme toutes les lettres où mon père voulait me faire passer un message important. Notre langue se revêtait, à ses yeux d’un sceau des lumières, d’une marque à tonalités divines. Une langue dont les mots, selon mon père, répandait une lumière sur le peuple autochtone qu’est le peuple kabyle.

Les mots de mon père marquaient en moi une présence indélibile. Je la sentais en moi où que je fus. Mes plus beaux rêves étaient ceux où il apparaissait avec son grand sourire et sa voix claire, forte  dans une tendresse infinie à mon égard. Je me réveillais alors heureux, plein d’optimisme, comme si le monde m’appartenait. Quand je devais quitter la Kabylie et aller en région arabophone pour continuer mes études, je lui fis part de mon appréhension face au racisme dont nous étions déjà en butte de la part de nos « frères » berbères arabisés.

Je ne lui disais pas tout. Je ne lui disais rien de ces disputes qui parfois se transformaient en bagarres où la violence des mots dépassait celle des coups. Il en était fort conscient. Il me mettait toujours en garde, car il avait vécu la même chose. Il me disait d’un ton solennelle, comme pénétré par la puissance divine ! « Défends-toi comme se défendent les nobles, car nous sommes de noble lignée ! Dans les moments où tu te sentirais en danger, sache que, par la puissance divine et celle de nos ancêtres, si tu es au fond des océans, je t’en sortirai ; si tu es pris dans un incendie, je l’éteindrais ! »

C’est à mourir de rire, n’est-ce pas ? Et pourtant !! Il suffit parfois de croire… Et la mort ne devient alors qu’un passage par lequel tout peut passer ; même ce qui, habituellement, ne passe pas… Il est ainsi des mystères que l’être humain n’arrivera jamais à percer.

 

LA PROTECTION DES ANCETRES EST PAREILLE A CELLE OFFERTE PAR MILLE LIONS !
Laânaya Imezwura am tin tgemma n yizmawen !

Quand on scrute les moindres recoins de la mythologie kabyle, on croit déceler un effort d’adaptation à la nature et à l’autre qui est peut-être différent de soi, mais qui peut être aussi très proche pour peu que l’on veuille bien faire l’effort d’aller vers lui et de l’accepter comme le dit si bien l’énigme de chez nous : « Lui c’est moi, moi c’est lui ; même si nous sommes différents. »
C’est, me semble-t-il, de ce dépassement, de cet affranchissement de soi, de ses propres codes et de ses croyances que prend sa source la mythologie berbère de Kabylie, comme d’ailleurs d’autres mythologies anciennes. Un dicton kabyle ancien dit : « On peut juger de la civilisation d’un peuple à sa façon de traiter celui qui vient de loin : celui qui a laissé les siens, sa maison et sa terre, l’étranger. »
C’est d’ailleurs sur cette pensée que les cités kabyles anciennes avaient construit leur droit d’asile. Ce droit qui faisait que l’étranger était sacré et qu’il pouvait disposer du droit d’asile sans condition aucune dans n’importe quelle cité sur tout le territoire berbère. Notre mythologie ne refuse pas l’autre. Elle le respecte et elle cherche à le comprendre afin de mieux le protéger. Celui qui la transmet croit toujours conforter ses propres croyances en essayant de comprendre, voire d’adopter celles de son prochain. C’est ainsi qu’il faut comprendre le prosélytisme successif des Berbères, d’abord judaïsés, puis christianisés et enfin islamisés dans un syncrétisme savamment cultivé et revendiqué à jamais.

Beaucoup n’y ont vu là qu’une simple faiblesse de caractère chez le peuple berbère. La pérennité du peuple amazigh et celle de sa langue et de sa culture démontrent le contraire. En réalité, en adoptant les religions venues d’ailleurs, nombreux sont les Berbères qui ne se sont jamais détachés de celle de leurs ancêtres.
Cette façon de croire n’est pas propre aux Imazighen. Nous la retrouvons chez tous les peuples autochtones qui se disent eux-mêmes, comme les Kabyles « Les fils de la terre » (At-tmurt); comme chez les Esqimaux qui avaient embrassé la religion chrétienne et se sentent si proches de Jésus. Ils l’expliquent aussi de cette manière : « le mythe de Jésus, se sacrifiant pour son peuple, les rapproche de leur mythe à eux où tout grand sage, tout grand homme ou tout grand chef doit se sacrifier pour sa communauté ». Mais le mythe est parole ; il est aussi langue. La parole est culture. La culture est peuple.

C’est donc grâce à ce syncrétisme revendiqué que les Anciens disaient : « Si Dieu te réclame ton cœur, donne-le- lui ! S’il te réclame ta terre et ta langue, dis-lui : « Non ! » Car sans ta terre et ta langue, tu n’as ni cœur ni foi ! »

Le grand philosophe français François Hadot, professeur au collège de France et maître de l’art de vivre dans une société décente et démocratique, disait : « Le bien-être, c’est savoir vivre en pleine conscience, en pleine lucidité, en donnant toute son intensité à chacun de ses instants et un sens à sa vie tout entière. »
C’est à peu de chose près ce que disait mon père : « Notre culture et notre mythologie nous ont appris à vivre dans le bien-être et la spiritualité en nous mettant en garde contre toutes les oppressions et tous les fanatismes. C’est pour cela que les Anciens prêtaient serment en s’appuyant sur toutes les croyances. C’est aussi pour cela que nous disons : « Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même. »
Axxam herz-it
Mmi-k rebbi-t
Gma-k hader-it
Iger essew-it
Aleccac leqqem-it
Erfed w’ur nesâi ifadden
Ma d Rebbi, anef-as i medden !

Ta maison, protège-la
Ton enfant, éduque-le
Ton frère, fais attention à lui
Ton champ, irrigue-le
L’arbre, greffe-le
Prête secours à celui qui est démuni
Quant à Dieu, laisse-le aux autres !

Publié par : youcefallioui | septembre 17, 2016

Couleurs d’enfants… Lenwal n warrac

  • Bonjour à mes amies et amis psychologues et autres « spécialistes » de l’enfance.
  • Si vous souhaitez participer à

     » La 19ème Journée Annuelle de la

    Petite Enfance à l’Adolescence « .

  • Je vous invite à vous inscrire… Vous apprendrez tellement de choses sur l’enfance et l’adolescence et sur vous-mêmes au contact de personnalités enrichissantes tel que monsieur Boris Cyrulnik : « De la souffrance peut naître le meilleur ».
  • Youcef Allioui : « Ce qui est en nous de meilleur peut guérir de toutes les souffrances ».

« C’est ainsi que l’enfant blessé, qui pleure tout seul dans la nuit, fait descendre la lune qui brille au loin dans le ciel, pour le consoler… Ce sont les larmes de l’enfant que l’on voit conserver par la lune ; larmes qu’elle porte sous forme de cicatrices… » (Conte kabyle : La lune et l’orphelin).

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Voici Le Programme et les Modalités d’Inscription à

 » La 19ème Journée Annuelle de la

Petite Enfance à l’Adolescence « 

Marseille

Parc Chanot – Palais des Congrès

Vendredi 2 décembre 2016

«  le chaos affectif : la carence mène-t-elle à la délinquance ? « 

 pour la 14ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l'Adolescence Marseille vendredi 2 décembre 2011  …On ne sait pas toujours à quel point les enfants

Gardent de leurs blessures un souvenir cuisant

Ni le temps qu’il faudra pour apprendre à guérir

Alors qu’il suffisait  peut-être d’un sourire  – Yves Duteil (blessures d’enfance)

     Une toute petite variation des données de départ peut, par une succession d’accumulation provoquer des résultats inattendus. Edward Lorenz parle d’effet  papillon. Ce qui veut dire qu’un battement d’aile d’un papillon en Amérique peut finir par déclencher une tornade en mer de Chine et c’est le chaos…

    Or dans cette théorie il y a des processus qu’on ne peut complètement prédire, il est difficile d’envisager un comportement sur le long terme.

    Cette journée va essayer de nous apporter des réponses sur ce que et sur ce qui provoque le chaos affectif, sur les carences que l’enfant va supporter ou non, sur l’éventuelle délinquance vers laquelle il peut être amener à se laisser aller.

    Que va faire notre cerveau limbique pour réguler des émotions ressenties alors que tout est confus, désordonné, et est ressenti comme inextricable.

    La bonne qualité des inter-réactions entre l’enfant et l’environnement  lui permet d’acquérir des repères constants nécessaires à son développement harmonieux. Mais quand il existe une insuffisance de maternage ou un excès de maternage, voire une absence complète de maternage: comment va-t-il s’en sortir sans basculer dans la violence, dans la délinquance.

    Au vu du comportement de l’enfant : protestation, révolte, alternance d’espoir et de désespoir, on peut constater qu’une certaine dose de détachement émotionnel se met en place comme si après la disparition ou l’abandon de l’image sécurisante, le comportement se réorganisait sur l’absence permanente et l’effacement de la culpabilité ;

    Carences affectives ou excès fusionnels ces enfants manquent ou ont manqué d’intégrations structurantes précoces et plus tard ces victimes de ce chaos affectif ne vont être capable, la plupart du temps, d’intégrer aucune règle et ne pourront se soumettre en rien…

 

    Pourtant on peut poser la question : pourquoi et comment certains adolescents arrivent-ils à se reconstruire après un choc psychique et d’autres non. Comment s’en sortent ces enfants dit « cas-sociaux, qui sont en institutions ou en famille d’accueil  ou ballottés de droite à gauche ?

    Quelles sont donc les composantes neuro endocriniennes de nos animaux. Que nous apprennent-ils ? Par exemple qu’un agneau dispose de 48 heures pour s’attacher à sa mère et si la colle affective ne prend pas, son espérance de vie ne dépassera pas quelques jours. A l’inverse, un chaton privé de mère se développe quand même.

     Et ces enfants ?

     Certains vont, après une rupture du lien se créer un cadre sécuritaire et d’autres n’y arriveront peut-être pas.

     Pourtant les personnes qui parviennent à déclencher un processus résilient après avoir affronté le chaos deviennent au contraire, altruistes. Elles ne se replient pas dans un clan pour affronter l’adversaire, mais rêvent d’aider ceux qui ont connu le même malheur et de leur procurer les moyens de s’en sortir alors comment vont s’en sortir ces « 40 voleurs en carence affective » ?

     Comme le dit Boris Cyrulnik: « De la souffrance peut naître le meilleur ».

… des questionnements qui vont certainement trouver réponse tout au long de cette 19ème Journée Annuelle de la Petite Enfance à l’Adolescence.

             Françoise-Flore COLLARD

             Présidente de « Couleur d’Enfants »

Association « Couleur d’Enfants » Présidente : Mme Françoise-Flore COLLARD

229 avenue du Prado – F – 13008 Marseille ☎ 04 91 82 24 70

email :  couleurdenfants@gmail.com

Association « Couleur d’Enfants » loi 1901 déclarée en Préfecture des Bouches-du-Rhône le 30/12/1999 sous n°0133094448

N° de prestataire de formation professionnelle : 93 13 1332 13

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Publié par : youcefallioui | juin 25, 2016

Lwennas MATOUB… Un jour…

MA RENCONTRE AVEC LWENNAS MATOUB

 

(Le poète et chanteur kabyle fut assassiné en 1998[1]

« Al-bâad yella wlac-it

Al-bâad wlac-it yella ! »

D’aucuns sont là, mais ils sont absents,

D’aucuns sont absents, mais ils sont toujours là. Ainsi il en est de Lwennas Matoub.

 

Un jour, en sortant de la Sorbonne, je tombai nez à nez sur Lwennas MATOUB alors qu’il était en retard pour assister à un séminaire sur le racisme. Je le connaissais « comme tout le monde » ; mais non personnellement. J’ai eu déjà l’occasion de l’apprécier quand je lui avais recommandé un jeune photographe (Hafid de Revin – Ardennes). Hafid m’avait demandé de lui faire parvenir les photos qu’il avait faites de lui lors de son passage au Zénith (une salle de spectacle parisienne).

Je lui ai donc envoyé les photos par l’intermédiaire de Be-Ben (ACB – Paris 20ème).

Quelque temps après, Hafid m’apprend que Matoub l’avait contacté personnellement e qu’il acceptait qu’il devienne l’un de ses photographes attitrés.

Quand Lwennas arriva en face de moi (à la Sorbonne), je voyais un jeune homme tout de blanc vêtu : tennis blanches, pantalon blanc et un tee-shirt de la même couleur. Je ne le reconnus donc pas… Quelle ne fut pas surprise  (et cela fut une très grande et bonne surprise !) quand il s’approcha de moi et me prit dans ses bras comme si nous étions des amis de longue date !

Je ne laissai rien paraître de ma grande surprise, cachée sans doute par la joie immense que j’avais de le serrer dans mes bras !

Sur ces entre-faits, il me dit : « Je crois que je suis en retard pour le séminaire ? » Je lui répondis qu’en effet, car j’en sortais.

Lwennas : « C’est bien dommage ! Mais, je profite de votre rencontre pour que nous en parlions autour d’un verre, si vous êtes d’accord. » Je fus également ému qu’il se mette à me vouvoyer ! Je lui répondis en le tutoyant : « Akken is yenna Dda Slimane : wlac ssur ger-anegh ! » Il avait compris !

Nous voilà dans la place qui donne sur l’entrée de la Sorbonne. Nous prîmes place dehors, à la terrasse.

Lwennas : « D-acu ara teswedh ? Qu’est-ce que tu prends ? Ajouta-t-il en français ! Je lui répondis : « Ini-d qbel keccini d-acu ara teswed ! Dis-moi d’abord, toi, ce que tu vas prendre ! » Il me répondit : « Wergin ! Di laânaya-k ! » Ce que je pourrai traduire en français : « Jamais, je ne ferai de demande avant toi ! » C’est vous dire que j’étais « scotché » par tant de respect à l’égard de ma petite personne, de la part d’un grand homme comme Matoub !

Un ami commun, qui le connaissait bien, m’avait parlé de son «goût » pour la bière…

Je lui dis : « Nekki, akken is yenna Dda Slimane AZEM : Hemlegh kan lamonate, ugar le coca ! » Si je puis traduire encore : « Moi, comme avait-dit Dda Slimane Azem, je n’aime que la limonade, surtout le coca ! »

A ma grande surprise : « S’il vous plait, monsieur, deux coca ! » Commanda-t-il de sa grande et belle voix !

Je découvrais, grâce à Lwennas MATOUB ce que devait être le respect entre les gens et notamment entre les Kabyles… Ce qui manque en ces temps où, comme il me disait avec une pointe de regret, : « Des maquerelles et des gourous ; de ces Kabyles qui passent leur temps à vous dénigrer ou à vouloir vous bannir… ».

Et s’ensuivait une discussion qui dura un peu plus de deux heures… Je profitai pour lui faire un reproche : le seul que je voulais lui faire depuis longtemps : « Dans un cercle fermé, je t’ai entendu parler en mal de ce que les généraux français avaient appelé « La Petite Kabylie ».

Il me regarda longuement, fixement, visiblement ému, car il ne s’attendait pas à une telle remarque : « Eccdhegh… Ilha ssmeh ! Mebla kunwi, ur nettili ! »  J’ai glissé et je demande pardon (le pardon est de bon aloi ! Sans vous, nous ne serions pas ! »)

Je fus ému… Et je ne trouvai rien d’autre à lui dire que la phrase suivante : « Je suis content que tu te sois rendu compte que nous t’aimons… ».

Il m’entoura de ses bras en disant : « J’apprends tous les jours… Je suis fougueux et toujours plein de colère et de ressentiment pour le mauvais destin qui nous est fait… ».

Nous avions parlé de beaucoup de choses… et notamment de notre littérature orale… Avant qu’il ne me dise : « Je vais te raconter, moi aussi, un conte… Peut-être qu’un jour, vous le transcrirez…  ». (Ula d nekki ad ak d-hkugh yiwet tmacahutt… Yibbwas ahat, ad-att tarudh… ).

Conte que je n’ai pas encore transcrit…

Au moment de nous séparer, il me dit : « Je te laisse mon numéro de téléphone, si vous voulez qu’on se revoie un jour… N’hésite surtout pas à m’appeler…, me dit-il encore, en reprenant le tutoiement. Et, avant de nous séparer, il me dit dans le sourire juvénile qu’on lui connaissait :

« A-wi’ddan d wi’tyifen, ad yettâannadh a-t yawedh ! »

Sur à quoi, je répondis : « A wi’ddan yid-ek a Lwennas, wlac wi’ik yifen d-amwanas ! »

Il éclata de son rire sonore avant d’entrer dans le taxi (non sans m’avoir proposé que le taxi me dépose chez moi). Je déclinai l’offre car je me rendais chez des amis…

 

Pour toi Lwennas :

« Pour toi je fais silence avec tous les mots et toutes les voix.

Est-ce que tu m’entends ?

Pour toi je fais silence.

Pour toi je fais silence avec tous les mots et toutes les voix. »

Tu étais si respectueux, si bon, si courageux, si grand et si puissant… de générosité et de talent.         

 

PS : Je n’ai jamais appelé Lwennas… A mon grand regret… qui me fait à chaque fois la gorge nouée… Pourquoi ? A chaque fois que je voulais lui parler, il était entouré… très ou trop entouré

[1] Le poète et chanteur kabyle fut assassiné en 1998 (en Kabylie) à l’âge de 42 ans.

Je lui ai rendu hommage dans l’un de mes ouvrages : « Les Chasseurs de Lumière » (Iseggaden n tafat).

 

Publié par : youcefallioui | avril 7, 2016

L’âne et l’abeille – Aghyul d tizizwit…

Tamusni am tafat…

Ay ul-iw ili-k d-amnay

Ur rekkeb ara f lhawa

Lhila ixezznen t-tament

Aslagh-ynes d nniya

Kra g-gwin yeggwden ar tafat

S ssber i-tt-id ihella !

La sagesse et le savoir sont une lumière…

Ô mon coeur, sois bon cavalier !

Ne chevauche pas le vent !

La jarre qui est pleine de miel

Son ange-gardien, c’est l’humilité !

Tous ceux qui arrivent à la lumière et au savoir

C’est avec courage qu’ils les ont conquis ! (Ma mère, Tawes Ouchivane – 1909-1992).

 

L’âne et l’abeille – Aghyul d tizizwit

Un dernier petit livre pour les enfants amazighs ou Imazighen (et les adultes aussi !) qui souhaitent apprendre des choses sur la langue et la culture amazighes… Comment lire en tifinagh et en transcription latine. – Comment jouer et chanter les animaux, les oiseaux, les insectes dans le monde amazigh-berbère de Kabylie, où la nature était sacrée. Comme disaient les Anciens : « C’est sur la nature que toutes les choses de la vie reposent ! » (Af tarwest kullec i’gress !)

A l’heure où l’officialisation de notre langue maternelle, tamazight se pose et s’impose – la langue originelle de tous les Algériens et de tous les Africains du Nord (Imazighen), peuple premier et autochtone (arabophones compris !) – il faut encourager nos enfants à découvrir ce trésor culturel – énigmes, poèmes et comptines – que le monde entier nous envie !

Nous avons de quoi être fiers en tant que peuple premier ! Il suffit pour cela que nous nous réapproprions le trésor millénaire que nos ancêtres « Les hommes libres » (Imazighen) – Tel le grand Aguellid Masensen (Massinissa) qui ouvrit, en son temps, l’école aux enfants amazighs après avoir, selon les historiens, créé un alphabet tifinagh dont les enfants se servaient pour apprendre leur langue amazighe (tamazight) en même temps que la langue grec…

Dicton kabyle : « Qui a une langue se sent en sécurité ! » (Win isaân iles, yetwennes !)

Car, quand une langue ne se parle plus, son peuple cesse d’exister !

I-mi, mecki tameslayt teffegh iles, agdud-is teffegh-it tudert !

Ane et Abeille

Publié par : youcefallioui | avril 2, 2016

Kabylie…Et la réification continue…

HOMMAGE A JEDDI ET HMANU

Azul Azenfan a’gma Waâli !

Et tous mes remerciements pour le respect que vous continuez de me porter !

Je vous réponds de façon décousue, vous m’en excuserez !

Mais, c’est une bonne et belle occasion pour rendre hommage à deux grands hommes de mon arch dont la mémoire est encore vive en nous : Dda Lakhdar Oujaâvi – que nous appelions Jeddi – et mon ami Hmanu, Abderrahmane BOUGHERMOUH  – Cinéaste et réalisateur de « La Colline oubliée » (Tawrit itwattun). Comme quoi, même les ahuris peuvent nous conduire vers des chemins auxquels ils sont incapables d’accéder !

 

« Il a préparé un doctorat de sociologie »… Au début, je vous avoue de ne pas avoir bien compris où vous vouliez en venir… Faut dire que je reçois parfois des insultes, mais je devine quels en sont les auteurs… Et ce ne sont pas toujours des « étrangers », hélas !

Comme quoi, malgré mon grand âge, je conserve encore une part de naïveté et surtout un amour indéfectible dès qu’il s’agit de mon peuple, malgré tous les ahuris !

Mais, j’ai fini par comprendre pourquoi vous aviez relevé la nuance…dont cette personne semble connaître aussi la portée ! Mais, je ne vais pas étaler ici mes diplômes ! Je suis trop vieux maintenant et seuls les actes comptent !

Vous étiez mon élève en économie et en gestion des entreprises au temps de l’Institut Patronal. Comme vous le savez, en ma qualité d’expert-comptable et de psychosociologue, j’ai été pendant près de 23 ans Conseiller dans une structure du patronat français : le MEDEF. Structure, soit dit en passant, ouverte et capable d’accueillir des talents, et ce d’où qu’ils viennent et quelle que soit leur origine.

Mais, par-delà diplômes des écoles étrangères dont nous sommes tous bardés, il reste une seule école qui demeure, à mes yeux, la référence, c’est l’école de mon père et des Anciens de ma tribu. J’ai eu le bonheur et l’immense honneur d’avoir été reçu, pendant près de deux heures (alors qu’il était souffrant !), par le dernier grand Amusnaw des Awzellaguen – Dda Lakhdar Ou-Jaâvi – que les gens des Awzellaguen appellent « Grand-père » (Jeddi). Vous comprendrez sans peine pourquoi nous l’appelions ainsi. Ce fut un moment extraordinaire ! Deux heures pendant lesquelles Jeddi était revenu sur l’histoire de la Kabylie dans une langue kabyle que seules quelques personnes utilisent encore. Et, même si ma modestie devait en souffrir,  j’ose dire, haut et fort, que j’en fais partie. Je suis fier de revendiquer mon appartenance à cette prodigieuse école qui fait de la langue et de l’antilogie ses bases maîtresses qui ont permis que le peuple kabyle demeure encore dans sa noblesse de peuple amazigh, malgré tous les ahuris – et j’oserai dire : les abrutis !- que la Kabylie continue de compter en son sein.

Avec toute la modestie, dont je pense être capable, ce vilain monsieur – qui se permet de cracher sur la mémoire d’Abderrahmane Bouguermouh – gagnerait à avoir une autre lecture de la Kabylie (Tamurt n Leqvayel). Il gagnerait aussi à me lire afin de reprendre sa diégèse qui manque d’objectivité et de discernement… Il apprendra tellement de choses, qu’il finirait peut-être  –  à moins que nous soyons en présence d’un obstiné réifié –  par sortir de la réactance dans laquelle il continue de vivre…

Comme je l’écrivais dans mon livre sur l’histoire des Archs kabyles : « Pendant que les Arabes parlent de Umma âarabiya, certains Kabyles croient encore que nous sommes sous le joug des généraux français qui ont divisé la Kabylie, et continuent de la dilacérer de façon stupide et préréflexive…  ».

Ibn Khaldoun avait démontré que les Zwawa (Igawawen) du Djurdjura Occidental sont les frères des Zewagha (Izeggwaghen) des Babors… Ils tirent leur origine d’un même ancêtre, Semgan de la nation Kotama des Babors…  (Cf. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, pp. 255 et ss). Une question historique cruciale que j’avais déjà traitée dans un modeste mémoire de maîtrise d’histoire intitulé : « Brève histoire de la Kabylie – Etude historique et linguistique de l’antiquité à nos jours », Université Paris 8 Vincennes, (1976/77).

Venons-en aux faits !

Je vous remercie pour ce lien qui, au-delà de ses insuffisances connotés par le mépris de son auteur (inconscient dans sa bêtise !), mérite quand même quelques éloges, même si, comme vous dites, l’auteur est encore prisonnier de l’école Bugeaud et consort. 2016 – 2966 !

A l’heure où tant de défis restent à relever pour que nous sortions enfin de la domination arabo-islamique, d’aucuns sont encore au stade de « Petite Kabylie » et « Grande Kabylie » ! Pour ce monsieur qui veut dépasser le stade aliénant dans lequel nous avaient cantonnés l’ethnologie coloniale – c’est raté !!

On peut d’ailleurs se demander pourquoi il fait un travail – si méritoire et méritant – de façon anonyme. Contribution importante (à mes yeux), qu’il affabule du titre Polynésie ??? !! Je perds mon latin, je veux dire mon kabyle, car c’est la seule langue dont je peux prétendre la maîtrise et la connaissance presque parfaite.

Qu’il me traite avec mépris, comme vous l’aviez senti, ne me touche absolument pas… J’oserai même vous dire que vous exagérez… mais, j’en suis revenu à votre intuition après avoir lu ce qu’il s’est permis d’écrire sur mon ami d’enfance, le cinéaste Abderrahmane BOUGUERMOUH, réalisateur du premier film kabyle en adaptant le livre de Mouloud Mammeri « La colline oubliée » (Tawrirt itwattun). Et oui ! J’ai fini par comprendre où vous vouliez situer le débat quand j’ai constaté qu’il a situé Abderrahmane BOUGUERMOUH au stade de simple assistant (d’un autre réalisateur algérien) et mit en sourdine le fait qu’il fut le réalisateur de Tawrirt Ittwattun « La colline oubliée » !

Cette insulte de la mémoire de Abderrahmane BOUGUERMOUH n’est atténuée que par le fait qu’elle vient d’un abruti aliéné et réifié.

Toutes les choses ont des limites, sauf la bêtise et l’ignorance : « Si tsegla i d-yekka lxuf ! » N’est-ce-pas ? Et j’ai compris alors pourquoi l’auteur de ce travail, somme toute méritant, n’ait pas osé décliner son identité ! « Il fait la part gros pour « Ceux » de sa Grande Kabylie, comme vous dites ! » C’est bien triste, n’est-ce pas ! Nous sommes en présence d’une personne réifiée et la Kabylie en compte encore beaucoup ! Hélas ! Mille fois hélas ! Mais, comme dit encore le dicton : « Les chiens aboient, la caravane passe ! » (Iqwjan seglafen, tirkeft teggwi abrid !)

Mais, ce genre d’individus me renvoient à cette pensée extraite d’un conte kabyle – qu’il devrait chercher à connaître ! – dont le titre est révélateur du drame de l’aliénation linguistique auquel nous devons encore faire face : « Yenna-yas Waârab : Leqvayel wergin ur rebban lefhel ! » Traduction en français : « L’Arabe a dit : Les Kabyles ont de tout temps sacrifié leurs braves ! »

Mais, qu’à cela ne tienne : S-nnig webrid, s-ddew webrid, leqrar-is d-abrid !

Il est simplement dommage que cette personne ait gâché une contribution si importante ! A la connaissance parfaite, nul n’est tenu ! Par conséquent, je ne puis lui reprocher SON AGNOSIE qu’en regard du respect que je continue de témoigner pour la mémoire de mon ami d’enfance Hmanu, Abderrahmane BOUGHERMOUH qui reste – et que les esprits agnosiques le veuillent ou non ! –  le seul et unique réalisateur du premier film kabyle « La Colline oubliée » (Tawrirt Itwattun) !

Et comme Hmanu me disait lui-même : « Moi, mon travail, je l’ai fait ! Et je l’ai bien fait ! Quant aux esprits chagrins et aliénés, je les emmerde ! »

Conclusion en hommage à Jeddi et Hmanu qui nous ont quittés après avoir fait, chacun à sa façon, leur devoir d’hommes libres, leur devoir d’Imazighen :

Avant de le quitter, Jeddi crut bon de clôturer notre rencontre par une formule sacrée. La formule qui clôture le mythe fondateur « Le maître des montagnes » (Bab Idurar) – où le peuple kabyle était comparé à l’arbre de vie. C’est à travers cet arbre de vie, (Aleccac n tudert) que les anciens Kabyles voyaient leur fédération (Tamawya) Laquelle n’a pas encore terminé avec le stade le plus ultime de l’aliénation : la réification dans laquelle certains encore prisonniers de l’ethnologie coloniale.

Extrait du mythe fondateur « Le maître des montagnes et des vallées » : (selon Jeddi, il fallait rajouter « et des vallées » (d yelmaten).

A tarwa n Tmawya ! A tarwa n Tmawya !

A-kwen Ig Ugellig Ameqqwran

Am tasaft tezdi ccetla !

At Wadda d Ljedra ! (Archs du Djurdjura occidental jusqu’aux  plaines, Bouira, Dellys et Tigzirt)

At Ufella d Lghella ! (Archs du Djurdjura oriental, Vallée de la Soummam, Tiggura, Aguergur, Achtoub, Takintoucht, Babors jusqu’au massif du Collo).

Iten isddukklen d-izuran !

A Ceux qui crachent en l’air et qui suivent du regard où leur crachat va retomber… (sur leur visage !)

Iqqar baba, a-t Ig Ugellid Ameqqwran di Tgemmi-ynes : « Tella tadsa di twaghit ! »

A bon entendeur salut !..

Publié par : youcefallioui | mars 25, 2016

Bruxelles, ma belle… Tu souriras encore !

Bruxelles, ma belle… Tu pleures et je pleure avec  toi… Mais, tu sauras panser tes blessures et retrouver ton beau sourire ! Alors ta Grand Place te prendra dans ses bras pour rire encore et encore !

Pour mes amis et frères Belges :

En hommage profond à Dick Hannegarn, le poète à la juste parole…

 

Ce matin du 24 mars 2016, – comme tous les autres matins, j’écoutais France Inter. Après la matinale de Patrick Cohen, arrivait l’émission « Boomerang » d’Augustin Trapenard. L’invité de l’émission est le chanteur-poète Belge Dick Hannegarn, le géant blond-roux que j’ai eu le bonheur de voir sur scène dans cette belle ville de Bruxelles dans les années 70 – au temps du « Sacré Géranium » -, alors que j’étais hébergé par des amis, en attendant des jours meilleurs…

Interrogé par l’animateur sur sa poésie, qu’elle ne fut ma surprise de l’entendre faire référence à « La parole juste des Berbères ». Il racontait alors à l’animateur – lequel porte pourtant un illustre prénom berbère, Augustin –, mais qui visiblement n’était pas du tout intéressé par le sujet ! –, comment les Berbères du Maroc rencontraient Juifs et Arabes marocains pour leur faire entendre « La juste parole » (Ameslay azerfan) pour que la paix et l’entente cordiale et respectueuse continuent de s’étendre et d’essaimer entre les trois communautés marocaines ; afin qu’une coexistence pacifique, harmonieuse et fraternelle continue donc de régner entre eux et sur eux pour les prémunir de ressentiments qui mettraient vite en danger cet équilibre que les Berbères voyaient comme un précieux héritage de l’histoire.

Devant son insistance sur ces rencontres où les Berbères (nous, nous nous disons Imazighen), tenaient à semer leurs justes paroles, j’attendais encore de l’animateur qu’il saisisse la balle au bond et qu’il l’interroge sur le sujet pour en savoir davantage car, visiblement, Dick Hannegarn pensait aux événements tragiques qui venaient de frapper la capitale belge, « sa belle Bruxelles ». Vaine attente, d’un animateur fermé sur lui-même !

Je n’ai pas pu m’empêcher d’être interpellé par « cette anecdote berbère » ? Pourquoi diable, le chanteur Belge, fit-il allusion à cette cérémonie que les Berbère appellent Izlan – une joute oratoire faite pour instaurer et faire durer l’entente entre un groupe de personnes ou simplement entre deux personnes du même village ou un couple).

C’est un fait qui peut paraître anodin, au moment où Bruxelles vit la même tragédie que celle qui avait frappé Paris. Mais alors, quel rapport m’étais-je demandé ? Le chanteur Belge serait-il à ce point stupide d’oublier ces événements et d’aller fourrer son nid dans une coutume berbère du Maroc ?

C’est à ce moment qu’une intervention, datant de la veille, d’une journaliste de France Inter m’interpella. Dans son compte-rendu sur la tragédie qui avait frappé Bruxelles, la dite journaliste – dont je tairai le nom par simple « décence berbère » que tout homme doit à la femme – dans son compte-rendu sur les attentats fit un détour historique – qu’elle aurait dû éviter – à partir duquel elle spécula sur la forte migration berbère du Rif vers Bruxelles. Elle en parlait comme d’une « invasion », en mettant le nombre de 500.000 Rifains lesquelles, selon elle, serait arrivés en masse à Bruxelles ! Il fallait frapper l’imagination de l’auditeur pour le faire plonger dans la confusion…

A défaut de dire tout et n’importe quoi, les journalistes ont besoin de s’initier à l’histoire des pays quand ils sont appelés à traiter des faits qui peuvent les toucher les peuples de près ou de loin.

L’amalgame – toujours conscient ou inconscient – est là ! Et il nous effleure, je veux dire plus exactement, nous coupe comme une lame de rasoir !

Manifestement, cette journaliste – comme beaucoup d’autres en ce moment ! – parlait de choses et d’événements dont elle semble ignorer les fondements de l’histoire tragique des Imazighen du Rif. Les Rifains s’étaient réfugiés en Belgique et dans d’autres pays (comme l’Algérie). Ce fut à cause d’une guerre sanglante qu’ils durent supporter contre une coalition qui regroupaient les armées de trois pays : La France, l’Espagne et l’armée du roi du Maroc de l’époque !

Cette guerre avait causé des centaines de milliers de victimes – dont plusieurs dizaines de milliers d’enfants !

En 1926, pourquoi ces trois pays s’étaient-ils unis pour faire la guerre au peuple amazigh du Rif ? Parce que un homme juste, un Amazigh, qui répondait au nom de Mohand Abdelkrim, ne supportait plus de voir son peuple réduit à l’état d’esclavage ! Devant les crimes, les injustices et les famines subis par son peuple, il poussa un cri – un juste cri ! Une parole juste, de révolte contre l’état esclavagiste dans lequel le peuple amazigh du Rif était plongé.

Ce fut au nom de cette juste parole berbère – à laquelle faisait allusion le chanteur et poète Belge (Dick Hannegarn) que la dite coalition leur fit une guerre meurtrière et INJUSTE. Une guerre barbare qui avait causé l’exode de centaines de milliers de Rifains qui abandonnèrent leur terre pour un pays plus juste où ils pouvaient – juste – se reconstruire et bâtir un tant soit peu de nouveau un avenir, même incertain…

Cet exode fut massif vers la Belgique. Il est aisé d’en saisir les raisons : ce pays n’avait pas participé aux massacres qu’ils durent subir de cette coalition INJUSTE qui leur daignait le droit de vivre justement sur leur terre en qualité d’autochtones amazighs ; une terre sur laquelle leurs ancêtres vivaient, selon la formule juste berbère, « depuis la nuit des temps » (Seg-wasmi i d-tejna ddunnit).

Le stade le plus haut de l’aliénation culturelle conduit vers ce que le sociologue juif de l’aliénation, Joseph Gabel, appelait « la réification ». Un stade au-delà duquel l’individu se transforme au point de perdre tout semblant d’humanité. Sa parole est alimentée, dans une explication sans fin par de pseudo-spécialistes en mal de représentation. Ces derniers prétendent qu’ils sont capables de décrypter la pensée d’un individu entré en transe dans le syndrome de l’assassin, si cher à mon ami et maître feu Joseph Gabel.

En ces temps troublés, il est triste et dommageable pour tous que des journalistes et des animateurs soient englués dans l’ignorance et les amalgames.

C’est cela qui manque le plus à travers le monde et chaque jour davantage également en Europe !

L’absence de paroles justes – surtout quand elles émanent de journalistes – ajoute bois sur bois au feu de ceux dont la réification a atteint un point de non-retour.

Et l’on comprend alors pourquoi Dick Anneggarn – en poète averti – voulut mettre l’accent sur « la parole juste des Berbères ». Il voulait (juste) dire que le vivre ensemble exigeait beaucoup de retenue, de respect de l’autre, d’écoute et de fraternité, surtout en ces temps pollués et souillés par des paroles injustes qui ont besoin, plus que jamais, d’une parole juste, fut-elle berbère !

Parlant de la Shoah et des guerres coloniales, Joseph Gabel avait coutume de me dire, lors de nos veillées nocturnes : « Voyez-vous, cher ami, l’histoire est comme une mère : Elle n’aime pas qu’on l’oublie ! Car, en l’oubliant, on perd la notion du temps, des choses et des événements. Pire encore, tout notre espace de vie se déshumanise en s’ouvrant à tous les fanatismes… C’est si simple pourtant : il suffit juste de lui dire : « Pardon de t’avoir oubliée » pour qu’aussitôt s’éclaire son visage et regarde de nouveau le soleil qui brille dans le ciel ! »

Une pensée amazigh/berbère dit : « Les paroles justes peuvent faire face aux actes les plus abominables » (Awal ma yesâa nnafâa, izmer ad icc llafâa !) Littéralement : « La parole juste est capable de dévorer l’hydre à sept tête ! »

Merci ! Mille fois merci ! Monsieur Dick Hannegarn, le poète à la juste parole.

L’Association des Juristes Berbères de France (AJBF) – Pourquoi les Berbères en général et les Kabyles en particulier sont-ils attachés à la laïcité ?

L’Association des Juristes Berbères de France (AJBF) existe depuis 24 ans. En apprenant son existence, il y a déjà quelques années, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un certain plaisir, un certain bien-être !
Pourquoi ? Les média, les journalistes et les politiques ont pour habitude de noyer – le verbe n’est pas assez fort ! – les Berbères (Imazighen, de leur vrai nom) dans ce qui est appelé « la communauté musulmane », faisant fi ainsi à la fois de la minorité chrétienne berbère et de sa majorité laïque !
Il y a quelques jours, un ami, soucieux du mot juste, me dit : « Enfin une Association de professionnels qui n’a pas peur d’afficher sa berbérité, là où il est toujours plutôt de bon ton de cacher ses origines ! »
En effet, beaucoup de Berbères – Imazighen – n’osent pas toujours faire autant : déclarer leur berbérité ! Les causes sont trop nombreuses pour qu’on s’y attarde dessus dans cet article, à travers lequel ma seule ambition est de rendre hommage à cette Association où la gent féminine s’impose à la fois par le nombre et la qualité .
Les juristes berbères de France ne voulaient donc pas séparer équité et devoir de la fierté d’être Soi comme acteurs majeurs dans le grand espace républicain qu’est la France. Et, en ces temps troublés où la violence fait place à l’intelligence, je mesure, à l’aune de toutes les vicissitudes quotidiennes, le courage de tous les membres de l’AJBF.
Cette position qui paraissait toute naturelle aux acteurs de l’AJBF devrait normalement, dans le meilleur des mondes, s’imposer à toute la communauté berbère (amazigh) sans peur et sans honte aucune, car comme disaient si bien nos vieilles grands-mères kabyles fières et chauvines à l’excès : « Il n’y a pas de honte à se montrer quand on est beau et fier ! »
C’est donc tout naturel que des Juristes berbères ont voulu consciemment restituer dans un pays où règne un climat démocratique (bien malmené ces derniers temps, par ce que l’un de mes amis appelle, à travers un article : « La déchéance de la pensée », ce qu’ils connaissent et ressentent de la vie démocratique et laïque de la cité berbère (Ighrem amazigh).
A mes yeux, c’est donc de façon tout-à-fait spontanée, c’est-à-dire autochtone, que la création de l’AJBF avait vu le jour. Après mûre réflexion, je suis arrivé à l’heureuse conclusion suivante : pour chacune et chacun de ces juristes qui mettent en avant leur berbérité (leur amazighité), ce n’est qu’une façon claire et sans détour d’affirmer qu’ils sont porteurs d’un projet revendiqué comme un renouvellement d’un héritage démocratique et laïc ancestral qui leur vient de la nuit des temps. De cette nuit qui avait vu naître – un peu comme le raconte notre mythologie – l’Agraw, c’est-à-dire l’Agora berbère.

Comment apprend-on la démocratie dans la société berbère ?

Je me rappelle d’une matinée de mon enfance où mon père et moi allions chercher du bois à dos d’âne et de mulet. Pour atteindre la forêt, il nous fallait traverser un fleuve mythique qui s’appelle encore « Le fleuve acide » (Asif Asemmam). Pour traverser ce fleuve, il fallait bien le connaître pour trouver le chenal ou le gué, c’est-à-dire le passage où nous pouvions traverser en tout sécurité ; car, en ce temps-là, le torrent fluvial était fort et, par conséquent, dangereux.
Une fois que nous avions fini de traverser le fleuve, mon père se retourna vers moi et me dit : « Tu vois, mon fils, pourquoi les Kabyles appellent « la démocratie » du même nom que « le gué » ; car il permet d’aller librement à ses occupations en traversant en toute sécurité même les endroits les plus dangereux ».
Comme mon père avait coutume de le faire, pour mieux frapper mon imagination d’enfant et d’adolescent, je venais donc d’apprendre que « le gué » s’appelle en kabyle « Asaka » ; et c’est par le même terme que les Kabyles anciens désignaient « la démocratie » et « la grande question qui la sous-tend ».

Lisant sans doute dans mes pensées, mon père compléta sa remarque par l’envers de la démocratie, c’est-à-dire la dictature. Comme de coutume (qui est porteuse de droit !), les yeux pétillants de malice et, je crois aussi du bonheur de m’apprendre des choses qui étaient importantes à ses yeux, mon père ajouta : « Sais-tu par quel mot on désigne « le dictateur, dans notre chère et belle langue ?
Il n’attendit pas ma réponse et continua : « On l’appelle « Awersus ». Et sais-tu ce que le mot Awersus signifie aussi dans notre chère et belle langue ? » Un peu gêné, je lui répondis que non.
« Je te le montrerai tout à l’heure », me dit-il !
Que croyez-vous que mon père m’avait montré et qui porte le même nom que le dictateur ? C’est un buisson très épineux ! Et mon père de conclure : « Tu vois, fiston, ce buisson est si épineux que même les ânes ne s’en approchent pas ! Il faut au paysan kabyle beaucoup de courage et de détermination pour l’élimer de ses terres.»

En me remémorant, cette traversée du fleuve, je trouvai d’emblée la réponse à la réflexion que me posait mon cet ami. Ce fut avec fierté (je l’avoue !), que je me mis à expliquer à ce vieil ami les raisons profondes qui ont, probablement, présidé à la création de L’AJBF. Des mots précieux aux yeux de mon père et des anciens Kabyles : La démocratie et la laïcité.

Souffrez que je vous en dise encore quelques mots, tels que la cité berbère de Kabylie les vivait et continue (tant bien que mal…) de les vivre.

Les mots de la démocratie dans la langue kabyle

Comme chacun sait, en démocratie, les mots sont extrêmement importants. Les soubassements de la démocratie sont appelés Tamfadda. Et ceux qui veillent au respect de ces fondations démocratiques étaient appelés Imfadden (Timfaddin, au féminin). Ces hommes et ces femmes étaient également désignées par une belle métaphore : « Les poutres de la cité » (Isulas n yighrem).
Qu’il me soit permis de donner encore quelques lexèmes sociopolitiques et juridiques importants usités dans la « république kabyle » : « La Fédération » (Tamawya/Taqbilt), « La pentapole » (Adni), « l’ordonnance ou décret de loi » (takana ), « L’Assemblée solennelle » (Agraw akufi), « Institutionnaliser » (Xezzeb), « Autonomie » (Tazwit), « Pluralisme » (Tasegwta), « Laïcité » (Tassnarexsa ), « Election démocratique » (Tiferni usaka), « Elections entachées d’irrégularités » (Tiferni uwersus). Le président de « La république kabyle », au sens que lui donna le chantre de la culture berbère l’écrivain, grammairien et poète, Mouloud Mammeri, qui était élu démocratiquement était appelé « Mezwer Usaka » et le président de la cité kabyle élu de façon non démocratique était appelé « Mezwer dictateur » (Mezwer awersus), etc.
« Le majoral ou président de la cité » (Mezwer/Lmezwer/Amezwaru n taddart nagh n yighrem) est attesté depuis l’antiquité, c’est-à-dire depuis bien avant l’époque de Massinissa et de Jugurtha. Le chef de la cité s’appelle différemment selon les confédérations kabyles : Lamine, Amghar ou Amokrane. Une autre belle métaphore le désigne par « Le berger de la cité » (Ameksa n taddart).

De l’élection du Majoral ou Mezwer en Kabylie

Je vais vous dire quelques mots sur cette démocratie berbère de Kabylie que nos juristes ont réactualisée (inconsciemment ou consciemment) à travers la création de l’Association des Juristes Berbères de France.

Le soir de l’élection du « Majoral » (Mezwer) par « les grands électeurs, issus des primaires » (Igan n Wegraw), le crieur public, sillonnait les ruelles de la cité en criant : « Ô gens de la cité, soyez heureux ! Ce soir, c’est l’élection du Majoral de la cité ! L’Assemblée est à tout le monde, mais à chacun ses idées ! » (Ay At-taddart a-t rebhem, iv-agi t-tiferni Umezwaru ! Agraw i medden, yal-wa d rray-is !)

Après « les primaires » (Tiferni n Wedrum), on arrivait à ce qui était appelé « L’élection au capuchon » (Tiferni uqelmun). Car, le soir de la désignation du Majoral (Mezwer), il était fait obligation « aux grands électeurs », représentants des différents clans, (Igan n tferni) et les chefs des différents partis et sages du village (Imeskanen), de poser le capuchon de leur burnous sur la tête, au niveau de la fontanelle. Le dicton dit : « Celui pour qui tombe le capuchon doit quitter son parti ! » (Win wi yeghli uqelmun ad yeffegh ahrum !)
La règle est sévère ! Cette façon de procéder avait pour but d’empêcher les hommes de s’emporter. Nous connaissons tous le caractère ombrageux du démocrate kabyle ! Ce qui les obligeait ainsi à discuter calmement de l’élection (ou de la réélection pour une année encore) du Majoral ou Mezwer. Le Mezwer n’était élu que pour une période d’un an. Il ne pouvait être réélu plus de trois fois que si ses pairs venaient à lui accorder le titre symbolique mais, ô combien honorifique, de « Majoral montreur de la voie (démocratique) » (Amezwaru Amaskan).

Une fois l’élection terminée, le crieur public sillonnait de nouveau les ruelles de la cité kabyle en criant : « Ô gens du village, soyez heureux, c’est un untel qui est élu Majoral de la cité ! » (Ay At taddart a-t rebhem, d flan i d-Amezwaru n taddart !)

Aussi, permettez-moi de me répéter en faisant une dernière observation, que suscite en moi le procès herméneutique dont il est question ici. Il me semble que les modes de création et d’interprétation que sous-tendent les juristes de l’AJBF ne sont qu’une remontée sans fin à des présupposés politiques, socioculturels et juridiques à travers une réactualisation constante de la mémoire collective berbère.

Publié par : youcefallioui | février 25, 2016

VOUS AVEZ DIT : » Langue maternelle !?  » – D tamazight, anagh ?

Vous avez dit : « Langue maternelle ? »

Même l’âne sait quand on l’appelle en kabyle !
(Ula d-aghyul yehsa mi-s ssawlen s teqvaylit)

J’avais à peine six ans quand mon frère Mohand Rachid alla dire à mon père que j’étais incapable de prononcer correctement le mot « âne » (aghyul). Un miracle se produisit quand mon père m’appela d’une voix douce pour me demander de répéter le mot aghyul ! Comme à son habitude, il avait le don pour me faire franchir tous les obstacles de la langue. En retour, je m’appliquais à faire honneur à son enseignement. Une fois devant lui, je ne sus comment j’avais fait pour prononcer correctement le mot aghyul ! Qu’elle ne fut pas ma fierté et celle de mon père qui me dit : « Bravo, mon fils ! La langue kabyle est votre seule lumière ! » (Ahhuddu, a mmi, taqbaylit i t-tafat-nwen !)

Le bonheur absolu est dans la langue maternelle de l’enfant qui ne saurait être heureux sans utiliser à loisir les mots de sa langue maternelle. La terrible guerre d’Algérie nous avaient mis devant cette évidence : grâce à notre langue maternelle, nous arrivions à chanter à et jouer malgré les bombes, les canons et les avions qui bombardaient nos maisons que l’armée française avait fini par détruire.
Les enfants kabyles s’adonnaient aux jeux divers et variés et parfois, inconsciemment, de façon intense pour oublier ! Ils jouaient et chantaient autant pour défier la peur de la mort et tous les interdits que la guerre voulait imposer ! Tous les jours étaient des jours en sursis. Et l’on ne peut mesurer le courage de nos mères et de nos grands-mères qui nous encourageaient à continuer de jouer malgré les larmes de sang que nous avions vu si souvent couler sur leurs beaux visages flétris par la guerre et la torture psychologique de ne pas savoir de quoi demain sera fait.
A ceux qui continuent de nous dire que nous n’avions pas besoin de notre langue, je rétorque qu’aucune autre langue que sa langue maternelle ne saurait apporter à l’enfant la joie de vivre et le véritable enchantement d’être avec les siens ; et surtout pas l’arabe dit classique – qui n’a de classique que le nom ! – cette langue qui tue les Berbères chaque jour qui passe ! Chaque jour qui passe des noms de lieux disparaissent de notre langue et sont remplacés par des noms en arabe qui ne signifient rien pour nous mais qui en disent long sur les visées arabo-islamistes du pouvoir algérien.
Pendant la colonisation, nous étions frappés violemment par les instituteurs militaires français dès qu’ils nous entendaient parler en kabyle à l’école. Et nous étions loin d’imaginer que des instituteurs arabes venus d’Egypte et d’Orient nous humilieraient encore davantage quand l’Algérie accèderait à son indépendance dont – pour paraphraser le dramaturge kabyle Fellag – « Elle avait perdu le mode d’emploi ! » Nous étions interpellés et souvent insultés à la fois par les policiers, les gendarmes – qui régnaient en nouveaux maîtres – par les douaniers et par n’importe quel autre quidam dont la mission était de nous imposer une langue étrangère, l’arabe ! « Parlez en arabe et laissez tomber votre barbarisme ! », nous disait-on avec véhémence et mépris !
Mais, nous avions notre langue et nous y tenions comme à la vie ! A cause de cette tyrannie arabo-islamique, qui a vu le jour avec l’indépendance de l’Algérie, nous assistions à la réapparition des mêmes dictons, poèmes, chants, contes et comptines qui avaient stigmatisé la tyrannie de la France coloniale à l’encontre de celle encore plus pernicieuse mise en place par les gourous de l’Algérie arabo-islamique. Depuis, chaque jour qui passe, contrairement aux années de guerre, les enfants amazighs doivent jouer et chanter pour ne pas oublier. Attiser la flamme de notre langue menacée d’extinction. Ne pas oublier les mots sacrés de notre langue maternelle. Car aucune autre langue ne saurait porter ce que la langue maternelle amazighe a de sacré ! Conscientes du danger, nous entendions souvent nos mères nous dire d’un ton combattif : « La lumière de l’enfant, c’est la langue de sa mère ! » (Tafat n weqcic, t-tameslayt g_emma-s !) Une grande dame de ma tribu – Lla Dehbiya At Muhend – nous racontait comment, lors d’un voyage à Alger avec quelques voisines, des voyageurs (arabes ou qui se prétendent comme) les avaient apostrophées, alors qu’elles discutaient en kabyle, en leur enjoignant de s’exprimer en arabe ! « Moi, disait Lla Dehbiya, je leur ai répondu en kabyle, en leur disant haut et fort « La comptine du faucon et du vautour » (Tahjenjent n lbaz d-ufalku).

Extrait de « La comptine du faucon et du vautour noir »

Le temps a changé ! Le temps a changé !
Le ciel s’est obscurci ! La terre est troublée !
Le brave a fui ! Il a fui le brave ! Ô faucon royal, dis-nous pourquoi ?
Le temps a changé ! Le temps a changé !
Le ciel s’est obscurci ! La terre est troublée !
Ô faucon royal, dis-nous pourquoi ?
Le Français parti, le vautour fait peur ! Le Français parti, le vautour fait peur !
De grâce, ô faucon, dis au vautour : les mots de ma mère : jamais ne mourront !

La Dehbiya racontait : « Pendant que des jeunes Kabyles se levèrent pour demander des comptes à ceux qui s’étaient permis de les « insulter » ; qu’elle ne fût leur surprise quand d’autres voyageurs se levèrent pour l’applaudir et la féliciter ! Il ne restait plus aux provocateurs « arabes » qu’à quitter le bus le plus vite possible ! »
Des faits analogues sont très nombreux. On en remplirait des volumes avec les insultes et les vexations que subissent les Berbères en Algérie et au Afrique du Nord. Les événements récents de Ghardaïa – où des Imazighen sont tués avec la complicité de la police et leurs maisons saccagés et brûlées –, sont là pour nous tenir éveillés. On peut lire dans la presse algérienne tous les rejets et les arguties avancés par les tenants du modèle dominant arabo-islamique dès qu’il s’agit de l’officialisation de la langue amazighe en Algérie. Ces sbires se morfondent alors dans un discours où notre langue est passée au crible dialectal. Ces soi-disant spécialistes ignorent que toutes les langues sont d’abord et avant tout des dialectes. La langue est simplement un dialecte qui dispose d’un Etat.

Ma vieille maman qui n’a jamais été à l’école nous disait : « La langue maternelle est la lumière de l’enfant !) (Tameslayt tayemmat i t-tafat n weqcic !) Un jour, je voulais voir qu’elle serait sa réaction en lui posant la question suivante : « Mère, la kabylité, c’est quoi pour toi ? » Elle me regarda et sourit avant de me répondre : « Mais, mon fils, tu ne sais pas encore que c’est ta mère ! » (Akka, a mmi, mazal teêsiv belli d yemma-k !)

Taqbaylit signifie plusieurs choses importantes pour les Kabyles : « La femme, la langue, la culture, l’honneur et le système de pensée et philosophique qui met en avant les valeurs humaines essentielles comme la liberté, la laïcité, la démocratie et le respect de l’étranger qui bénéficiait du droit d’asile sans condition aucune. D’où le dicton : « Le droit d’asile est comme Dieu, il se suffit à lui-même ! » (Laânaya am Rebbi, tekfa iman-is !)

A force de violences, d’humiliations et de batailles rangées, j’ai fini par me rendre compte que mon père avait raison de nous répéter : « Remerciez Dieu de vous avoir faits Kabyles, et soyez-en dignes ! »

Journée de la langue maternelle ! On l’aura attendue longtemps, celle-là !

URAWEN N YENNAYER –  2967 IY IMAZIGHEN ANDA MA LLAN YAKW D MEDDEN N TALSA – HEUREUX YENNAYER 2966/2967 POUR TOUS LES IMAZIGHEN ET TOUS LES PEUPLES DE LA TERRE !!

LAAWACER N YENNAYER 2967
Yennayer, fête divine amazighe des lumières

Dicton kabyle : « Dieu multiplie les fêtes pour que nous vivions unis et en bonne intelligence ! » (A Rebbi ssigwet laâwacer, i-wakken a-nezg a-nâacer !)

Je ne vous parlerai que du Yennayer de ma mère et de la femme kabyle en général et des enfants qui s’empare du pouvoir pendant l’une des journées de la fête des lumières de Yennayer. Par conséquent, il ne sera pas question ici de mythologie latino-romaine ou du Dieu Janus. Personnellement, j’ai toujours fêté Yennayer dans ma famille tel que je vous le raconte aujourd’hui. Il y a probablement des choses que je n’ai pas bien compris, tel le rite de Yemma Yennayer. En revanche, j’ai participé avec mes parents et mes grands-parents et surtout ma mère à la préparation de cette fête. J’ai pris part au carnaval (buâfif) avec mes frères et mes sœurs et nous sacrifions toujours le mouton pour la rencontre des neiges dans la vallée de la Soummam. Et bon nombre de chants et de poèmes que je rapporte ici ont été entendus et recueillis auprès de ma mère (Tawes Ouchivane) ; chants encore connus des femmes de ma famille.
C’est d’ailleurs par l’un d’eux – qui s’appelle « les vœux de Yennayer » (Urawen n Yennayer » que je commencerai mon propos. Car je tiens à vous souhaiter le nouvel an berbère – Aseggwas amaynut amazigh – comme nos ancêtres le souhaitaient autrefois en se rendant visite mutuellement : les portes d’entrée devaient rester ouvertes pour que les visiteurs sachent qu’ils étaient les bienvenus. Les invités remerciaient leurs hôtes au nom de « Notre mère Yennayer ». Mon père disait : « Que le Souverain Suprême fasse que la lumière de Yennayer rejaillisse sur nous tous ! Cette lumière de la vie que l’on porte au fond de soi afin que chaque jour garde la saveur des fêtes d’antan héritées des ancêtres » (Ad ig Ugellid Ameqqwran tafat n Yennayer a d-senfeg fell-anegh akken nella ! Tafat-agi n tudert nettawi yid-negh bac yal-ass ad yettef di lbenna n laâwacer igh d-jjan Imezwura !)

Voilà donc comment on formulait les vœux de Yennayer en kabyle.

Nous disions : Urawen-iw n Yennayer, Laâwacer n tafat !

« Nous fêtons Yennayer de la lumière », se dit en kabyle : Nnreccel Yennayer n tafat !

Ce qui signifie : « Mes vœux de Yennayer, fête divine et de lumière ! »

Fête des lumières, Yennayer recèle pleines de particularités.

C’est d’abord la fête du nouvel an amazigh.
-C’est aussi la fête des enfants – Jour du Carnaval (Aâfif ou Amghar Uceqquf qui s’appelle Vava-Inuva… Chanté par Idir, sur une adaptation de Ben Mohammed…
– Un jour parmi la semaine de Yennyer est dit : Ass n Wegraw n warrac. Les enfants s’emparent du pouvoir pour régler leurs comptes avec les adultes qu’ils estiment ne pas avoir été assez respectueux à leur égard…

Le carnaval des enfants

Cette journée, le convoi des enfants, guidé par un seul adulte qui doit se taire – car la parole est uniquement aux enfants – passent devant toutes les maisons du village. Devant chaque maison, la maîtresse et le maître de la maison devaient être devant la porte cochère qui restait ouverte le temps que le convoi (Agraw n yennayer) passe. Les enfants s’arrêtent donc devant chacune des maisons. Un enfant masqué s’avance et dit ce que l’on appelait :  « La satyre de satisfaction des enfants ». Celle-ci pouvait être acerbe vis-à-vis d’une maîtresse de maison qui n’a pas été gentille, tout comme elle pouvait revêtir le cachet d’un compliment.

Bonheur, paix et lumière sur  le monde berbère et le monde entier  au seuil de ce nouvel an berbère 2967 !!

Que nous soyons enfin reconnus dans notre monde de paix, de culture, de laïcité, de respect de l’autre. Que le monde de notre peuple « le monde amazigh/berbère » soit reconnu par le genre humain et les hommes et les femmes de bonne volonté où qu’ils soient ! Nous voulons garder notre différence de peuple autochtone pour mieux enrichir l’humanité de nos valeurs universelles de liberté, de paix, de respect  et de savoir ; valeurs et croyances ancestrales autochtones ouvertes sur le monde et le respect de tout être humain, de sa culture, de ses croyances et de ses racines… Comme dit la pensée des anciens Kabyles : « Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même ! » (Yal tamurt s wudmawen-is, ma d Rebbi yiwen i’gellan !)

N.B. : Cet article a été supprimé en grande partie, car d’aucuns s’approprient mes écrits sans même avoir la délicatesse de me citer… Je sais que, selon la délicate formule du grand linguiste Louis-Jean CALVET, « C’est comme ça que les hommes et la science avancent » ; mais, quand même, il y a des limites…

D’aucuns mettent en avant le personnage mythologique kabyle « La mère du monde » (Yemma-s n ddunnit), alors que le mythe n’est connu de personne… D’ailleurs, « La mère du monde » porte un prénom qui révèle comment elle a été créée par le Souverain Suprême… Cette même création fait l’objet du « chant de la genèse kabyle »… Il y a plein d’éléments qui montrent que la source n’appartient pas à certains qui osent se permettre de se l’approprier !

Surtout quand de petits étudiants s’érigent en « donneurs de leçons » en avançant par un « nous de majesté » qu’ils sont spécialistes de la culture berbère ! Spécialiste ! Rien que ça ! Comme si la culture berbère avait besoin de spécialistes qui ne maîtrisent même son support fondamental : la langue !

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