Publié par : youcefallioui | septembre 26, 2012

Slimane Kati ou l’Amazigh qui parlait en silence…

Slimane KATI

Ou l’Amazighe qui avait peur des mots et qui parlait en silence.

Sliman : Amazigh yettaggwaden awal, ittmeslayen s tsusmi.

 

Je ne présenterai pas mon ami Slimane comme un militant de la cause amazighe, ce qui va de soi et ce qui lui déplaira, car sa modestie va en souffrir… Il n’aimait pas se mettre en avant, car c’était avant tout un militant humble et discret qui avait fait du silence et de la discrétion son pluri-universalisme et son amazighité.  

  

Ce qu’il disait avec des mots doux et justes dans un kabyle raffiné : « Le temps marche, certaines causes produisent les mêmes effets, mais nous ne savons plus ce qu’est notre devoir, pourquoi nous vivons, pourquoi nous mourons ». Tel est plus que jamais le désenchantement du monde pour mon ami Slimane, un désenchantement si bien analysé par Max Weber. Seule la kabylité, si bien comprise et aimée par mon ami Slimane comptait à ses yeux. Tout le reste n’est que bavardage inutile et littérature de seconde zone !

J’ai fait la connaissance de cet homme génial et modeste dans les années 70 quand j’étais étudiant à Paris. Nous avions un ami commun : Aziz Saïbi (un autre grand militant de l’amaghité qui nous a quitté dans la fleur de l’âge). J’allais donc à son garage ou nous discutions pendant qu’il s’affairait autour des voitures que les clients lui ramenaient pour diverses réparations.

Quand je l’ai vu la première, il m’avait plu d’emblée. Contrairement à la majorité de la gent masculine – revêche et sachant tout – Slimane était surprenant par sa douceur, sa prévenance et surtout sa modestie. Quand il parlait, il fallait bien prêter l’oreille : « Quand s’il avait peur d’être entendu par quelqu’un d’autre que celui à qui il s’adressait dans un sourire énigmatique et le visage éclairé par l’intelligence et la bienveillance.

Slimane n’haussait jamais la voix. J’ose dire qu’il aurait dû quelques fois ! Mais parler haut et fort et s’imposer devant une personne et notamment devant une femme, il préférait laisser cela aux autres, car il n’aimait pas l’esclandre et encore moins les mots qui blessent et les mots dont se gargarisent la majorité des hommes… Pour lui, seuls les mots doux font partie de la qualité de la vie et d’un certain art de vivre…

Il ne parlait qu’en kabyle et c’est l’une de ses premières qualités… Il n’aimait pas se gargariser de mots, mais il savait où était le mot juste et ce qui pouvait donner du soleil au patrimoine : à la culture et à la langue amazighes.

Il me disait à sa façon de dire les choses : « Je ne sais pas si je me trompe, mais je pense que les Kabyles et les Imazighen en général commenceront à se comprendre lorsqu’ils se pencheront sur leur histoire. »

J’étais donc fort étonné de l’importance qu’il donnait à « la mère de toute les sciences, L’histoire ». Pour lui, c’est la première ouverture sur le monde. Ô combien il avait raison ! »

Mon ami Slimane aimait dire : « Ce qui manque à la Kabylie, c’est la kabylité » (Tamurt n Leqvayel itt  ixussen t-taqvaylit). Même s’il le disait « en silence », il ne croyait pas si bien dire !

Il me disait aussi d’un air triste et désolé : « Ce qui me manque c’est la Kabylie. » (Ayen iy’ixussen t-tamurt n Leqvayel ».

Mon ami Slimane s’en va la rejoindre pour ne plus jamais la quitter.

Nous sommes allés nous recueillir sur sa dépouille ce 25 septembre 2012 à l’hôpital Bichat.

J’ai été heureux de voir que beaucoup d’amis sont venus le saluer pour son dernier voyage et son retour définitif vers la terre des ancêtres, la Kabylie.

Mon ami Slimane KATI est reparti vers les montagnes de sa chère  Kabylie aux arbres et aux rivières sacrées pour se reposer en silence comme il a toujours vécu. Il savait si bien que « Seuls savent ceux qui se turent ». ET les anciens Kabyles le disaient aussi : « Tasusmi tugar tamusni » (Mieux vaut silence que science).

 

AM ULECCAC DEG WEDRAR

 

A’marezg wi’llan am kecci

Si zik i thudred iman-ik

Anamek terrid-t d-ucci

Mi-d yeggwed ar umezzu¥-ik

Tasusmi ger l¥aci

Akken i t-taqvaylit-ik !

 

Ur tessaâlayed ameslay

Ur tessuguted lehdur

Tasusmi ynek tezgaray

Yal awal tebnid-as ssur

Yal yiwen anda ytallay

Kecc tezgid am Ezru n Thur.

 

Atas ay nedda akken

Atas i nqesser s tuffra

Atas  i d-nudant wallen

Atas necca di ccina

Ma yella nekka-d seg’weslen

Sliman sinna i d-yekka.

 

Ur  yecliâ yakw seg’zurar

Ihemmel awal afessas

Atas i’gessen lesrar

Fell-asen yezga d-aâssas

Am uleccac deg’wedrar

Ihedder s tuffra, izmuzgut atas.

 

26 cutembir 2962 (26 septembre 2012)

Youcef Allioui.

 

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Responses

  1. Bonjour monsieur Allioui,
    Je vous ai vu sur youtub. J’ai lu quelques uns de vos livres. Je voulais juste vous dire que vous êtes le rare écrivain kabyle qui me rendez heureuse. Quand j’ai découvert « L’oiseau de l’orage » – livre par lequel vous rendez hommage encore aux femmes, en passant par votre mère que vous aimez tant et dont vous mettez en avant le savoir et la sagesse, tout comme vous le faites pour votre père – ce livre est le plus magnifique cadeau que j’ai reçu de ma vie. J’ai aussi lu « L’ogresse et l’abeille », sans oublier « La sagesse des oiseaux » que je suis en train de découvrir…
    Juste vous saluer de tout mon coeur et vous dire TANEMMIRT – MERCI !! Je vous ai entendu chanter ! C’est beau aussi ! Vous devez savoir tellement de choses… Vous n’aimez pas les expressions « Grande Kabylie » et « Petite Kabylie » que vous dites « expressions réifiantes » car héritées de la colonisation française et vous vous élevez à juste titre contre ceux qui continuent de les utiliser et qui se disent, pourtant, intellectuels engagés. Ils scient inconsciemment la branche sur laquelle ils sont assis !

    Merci pour tout et bon courage et bonne santé pour que nous puissions découvrir encore quelques merveilles venant de vous.

    Tassadit Bouali – At Wagennun – Tizi Wezzu – Tamurt n Leqvayel.

    • Azul a weltma !

      Je vous remercie pour votre message. Il tombe à pic, cela me rassure et va rassurer davantage certains amis qui s’inquiètent du comportement de certains autres Kabyles qui se complaisent dans une certaine écholalie de l’ethnologie coloniale ! J’aurai aimé vous offrir mon dernier ouvrage sur Les Enigmes et les Sagesses kabyles. Oui ! Je le répète haut et fort que les expressions « Grande Kabylie » et « Petite Kabylie » sont des expressions réifiantes, héritées de la colonisation – surtout des Généraux qui avaient condamné ce qu’ils avaient appelé « Petite Kabylie » à toutes les tyrannies et les massacres sans nom. Il suffit de se rendre dans les Babors pour entendre que l’horreur à plusieurs étages.
      La Kabylie a besoin de nous. Il faut que nous arrêtions de jouer aux « doctes négativistes ». Le moment est très mal choisi… J’ai vu des choses cet été en Kabylie : ce feu qui dévorait cette terre où nous avons pris racine ! Cette chère Kabylie qui a souffert tellement dans sa chaire et sa langue et sa culture ! Il est triste de constater que certains Kabyles n’ont encore rien compris à l’oligophrénie.

      Je vous présente mes fraternels respects ainsi que mes remerciements pour vos encouragements.

      Youcef Allioui

  2. merci monsieur j’ai la cher de poule quant j’ai lu ton vrai article qui sorti de ta grandeur des mots qui decrete un grand monsieur slimane kati lah yerahmou oui il me disai souvent Tamurt n Leqvayel itt ixussen t-taqvaylit
    j’ai aimé sa façon de parler sa modesté oui!!!!!! la kabylie a perdu un trésor un homme
    je m’appel djamel de draa el mizan

    • Azul a Djamel !

      Slimane était un ami qui m’avait aidé dans les moments difficiles alors que je ne le connaissais pas alors. Il m’avait fait un petit lit dans son garage et un coin-bureau pour travailler à mes études. C’était un homme merveilleux de douceur, d’amitié, d’amour et de savoir… Sa modestie faisait qu’il s’exprimait peu… Beaucoup de Kabyles devraient s’inspirer de son amour pour les siens qu’il était toujours prêt à comprendre et à aider… Loin des jalousies et de la médiocrité, il avait su tisser autour de lui tant d’amitiés solides et tant de solides liens… Il est parti en silence comme il avait vécu : en grand homme en fait ! Ag Ig Ugellid Ameqqwran di Tigemmi-ynes !

      Merci a gma-ynu pour votre hommage en retour.
      Lehna tafat, ar tufat ! Youcef Ouchivane Allioui

  3. j’ai l’occasion de connaitre ce grand homme dda slimane ad fell-as ya3fu rebbi.c ‘est u grand homme en sens propre de mot.ruhen-agh yirgazen ur nuklal.

    • Azul a Hamid !

      Tanemmirt af urawen-ynek i lmend n Sliman, amdakwel n wul t-tasa ! Yelha asen nessawadh sslam nagh llway i yergazen yuklalen am Sliman. Akka, s yergazen am netta i nehsa belli tamurt n Leqvayel werjin a-teghli !

      Ar tufat, lehna tafat fell-ak yakw d-Imazighen anda ma llan.

      Anda yella wul ad awwdhen Imazighen !


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