Publié par : youcefallioui | mai 30, 2013

Faites que Sheshonq se réveille ! Lisez son histoire !

Pour toi, mon père :

« Ecris ce que tu peux en kabyle, tes enfants et les tiens le trouveront et ainsi ils comprendront mieux le monde où ils sont et l’importance des trésors protégés par la langue de leurs ancêtres. » (Mohand Améziane Ouchivane – 1898-1972) 

Pour toi, ma mère :

« Je crois que si je savais écrire, j’aurai écrit jour et nuit. Je ne sais ni lire ni écrire, mais quand je vois un livre, je ne puis m’empêcher de penser à toutes ces choses merveilleuses que Yemma Awicha nous racontait… Si un jour tu écris, pense à elle… (Tawes Ouchivane Allioui-Bouzidi – 1909-1992). 

 

histoire

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FDP Histoire d’amour (1)

Arguments :

Quand la langue bretonne fut menacée par l’Etat jacobin français – tout comme il l’avait fait avec le tamazight en Afrique du Nord – un grand érudit breton le comte de La Villemarqué se posa la question suivante :

« Comment faire en sorte que notre langue ne tombe pas dans l’oubli ? »

La réponse à sa question fut la suivante : Il se mit aussitôt à recueillir tout ce qui constitue la littérature orale bretonne : Contes, mythes, récits hagiographiques, fables, etc.

Pour chaque récit, il mettait en avant ce qu’il appelait « Arguments » pour expliquer et expliciter les éléments historiques, sociologiques, psychologiques et linguistiques qui embrassent toute la culture bretonne et le peuple breton.

Près d’un siècle après, les Bretons qui se sont battus pour que leur langue revive et soit enseignée se sont penchés sur les écrits que La Villemarqué avait soigneusement recueillis auprès des petites gens de son peuple. Aujourd’hui, ce trésor – c’est ainsi qu’il est appelé par les Bretons (Le Barzhaz Breizh) – sert de référence. Ses travaux sont réédités afin de permettre aux enfants bretons de découvrir la richesse de leur langue et de leur culture grâce aux enseignants de la langue bretonne.

Quand la question lui fut posée sur la traduction d’auteurs étrangers en breton, sa réponse, que j’ose paraphraser, fut à peu près celle-ci : « C’est une bonne chose que de traduire les auteurs étrangers ; mais ce qui est urgent de faire – car nous risquons de le perdre à jamais – c’est ce que nos Anciens nous ont légué comme richesse littéraire dans notre langue. C’est ce que nos ancêtres ont écrit dans leur tête et dans leur mémoire qui court le danger de disparaître…Victor Hugo, Rousseau ou Voltaire ne courent aucun de ces dangers. Nous aurons tout le temps pour les traduire, si un jour on veut les traduire. »

Revenons à tamazight :

Par le passé, la véritable caractéristique de la littérature orale berbère de Kabylie se distingue dans sa capacité d’inventer perpétuellement un monde nouveau. En l’absence de l’écriture, la parole portée de bouche à oreille depuis la nuit des temps assumait une fonction primordiale dans la vie de l’individu social et dans la marche et la résistance du peuple kabyle.

Elle demeure à tout le moins le symbole de l’esprit d’un peuple premier, autochtone, qui veut prêter sa pierre à l’édification d’une Humanité où les différences sont une source de richesses et non pas une sorte de monstruosité ou de scandale qui mettrait en danger une soit disante unité nationale. Avec l’arabisation et l’absence de la langue amazighe à l’école, à cause de la non-reconnaissance officielle du peuple Berbère et de sa langue en Afrique du Nord, les Anciens pressentaient déjà les dangers que cette situation de « clandestinité » faisait courir à l’ensemble de leur culture.

On comprend alors leur inquiétude de voir leur mémoire subir une destruction totale à cause de l’absence de l’écrit. La littérature orale berbère de Kabylie embrasse des domaines riches et variés. Le conte (tamacahut) et la poésie (isefra) sont les plus représentatifs.

Mais il existe aussi d’autres chapitres tout aussi captivants tels les mythes (izran), les proverbes et maximes (inzan, inhisen, lemtul), les joutes oratoires (izlan) et les énigmes (timsaâraq) et bien d’autres variantes encore qui font l’incroyable richesse de cette littérature orale berbère.

Notre littérature orale demande donc de façon urgente à être transcrite sinon, elle disparaîtra. Il ne restera d’elle alors que quelques bribes que les ethnologues – en mal de folklore – se donneront le plaisir d’exposer comme les vestiges d’un peuple dit « sans écriture ».

Pourquoi les Berbères demeurent-ils partout étrangers sur leur propre terre ? Quand les livres d’histoire parleront-ils de ce peuple ? Pourquoi la haine et l’ignorance continuent-elles de triompher face à un trésor culturel et linguistique qui appartient à toute l’humanité ? Tous les Maghrébins – arabisés ou non ; francisés ou non – gagneraient à découvrir la littérature orale de leurs ancêtres les Imazighen.

Pour ce faire, cette transmission a encore besoin d’écrit. – Mais l’écrit a besoin de lecteurs !C’est l’écrit qui permettra la transmission de ce trésor de connaissances amassé au fil des siècles par les hommes et les femmes de cette Berbérie (Tamazgha).

La richesse d’un pays se mesure d’abord à son histoire et à sa diversité culturelle et linguistique. La langue amazighe clame avec force son droit d’exister. Elle montre encore « aux yeux des sages qui savent lire avec le coeur » qu’elle recèle des richesses étonnantes qui méritent reconnaissance et respect.

La lecture avec le coeur ne suffit plus. Il faut une lecture qui vienne de l’écrit : avec donc les yeux et le cerveau qui doivent se joindre au coeur et à la raison qui nous fait remplir de joie à la lecture d’un texte légué par les Anciens.

Les anciens Kabyles disaient déjà : « Celui qui a une langue se sent en sécurité » (wi’sâan iles yetwennes).

Je pense que ce dicton mérite d’être complété comme suite « Une langue et son peuple ont besoin de l’écrit pour se sentir en sécurité ».

Comme les chantefables et les comptines qui font l’objet du dernier ouvrage qui vient de sortir et que j’espère vous prendrez plaisir à lire… C’est un autre pan nouveau de notre littérature orale : ce trésor qui nous vient de la nuit des temps.

Pour nous, achetez un livre écrit dans notre langue est non seulement un acte scientifique, mais aussi et surtout un acte  militant au noble sens du terme car il donne à nos enfants « la sécurité psychique » dont ils ont besoin comme tous les enfants du monde… Faisons comme « les peuples civilisés » : Une famille se mesure à l’importance de sa bibliothèque… 

_________________________________________________________

« J’ai lu d’un seul trait votre dernier ouvrage – je parle de la partie française. Je vous retrouve  avec un infini plaisir. Je constate que vous pouvez nous étonner davantage encore grâce à votre profonde connaissance et votre amour si éclatant de votre culture et de votre langue. Je vous remercie de m’avoir faire découvrir toute cette richesse de la culture berbère. Je comprends mieux maintenant quand vous utilisez l’expression  » langue et culture millénaires »…

Permettez-moi de vous féliciter en espérant que les vôtres – Les Imazighen en général et les Kabyles en particulier – éprouvent le même plaisir que moi en lisant votre livre. Vous faites oeuvre utile ; c’est ainsi que les hommes et la science avancent. » J.M. Courrier.  

 

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Responses

  1. Azul Mass Allioui,
    la transcription de tamazight dans les livres, est plus qu urgent dans un monde où la mondialisation est entrain d engloutir, d affecter et transformer le monde sur toute ses dimensions.
    les intellectuels qui essayent de prendre en charge cette tâche, si dificil,compliqué, où chaque region revendique sa propre vision de la standardisation, sont le produit pour la plupart de l ecole française coloniale ou post-independante.
    cependant, dans cette démarche de transcription de tamazight, ne sont-il pas influencés par le model du transcrit français?.donc je veus dire, ne sont-ils pas entrain de transposer le model français, pour écrire le berbere?
    l une des consequenses de cette transposition direct sans essayer d’inventer un model original et adequat à notre langue amazigh est l’abondance des tirets, jusqu au point où ces derniers rendent la lecture plus au moins dificil, lente et pouvant entraver une lecture aisé et confortable, de plus qu ils sont pas trés esthtique si l’en prend le texte d’une vue génerale. n est il pas l une des causes que les lecteurs sentent une sorte de malaise et de dedain et de lenteur lorsque le monde d’aujourd’hui ne demande que simplicité, facilité, rapidité et surtout efficacité?
    prenons pour example ceci: « ak-d-fkagh idlis » pour quoi ne pas ecrire « akd fkagh idlis »,de même pour « fkigh-ak-ed » à la place de « fkigh akd ». je sais que la version preumiere est tiré de certaines lois dans la langue française, mais sommes nous vraiment forcé à les suivre á la lettre au detriment de l’interêt de notre langue?
    ceci merite-t-il un débat? je ne sais même pas car j ai juste dit un avis personnel, de plus je ne connais que peut de connaissance dans le domaine.
    je vous remercie monsieur et permettez moi par cette occasion de rendre un grand hommage à toutes celles et tout ceux qui militent pour la reabilitation de tamazight vivants ou absents, célèbres ou anonymes.

    tanmirt sw atas.

    • Azul a gma-ynu !

      Vous avez raison de chercher à comprendre comment arriver à une meilleure standardisation de l’écriture. En fait, la segmentation est nécessaire dans la langue amazighe car, dans sa diversité, notre langue est « consonantique ». Au Maroc, ils n’utilisent pratiquement pas de voyelles.
      Je vais reprendre votre exemple et vous me comprendrez mieux :
      Akd peut signifier à la fois : « avec un tel » (comme à Bgayet), ou Akd : « le temps », comme dans les Babors, ou Akud : la vallée de la Soummam.

      A travers ces exemples, cela ne signifie pas que je vous donne tort, non ! La segmentation doit être respectée quand elle est utile. Ainsi dans l’un de vos exemples, rien ne nous interdit d’écrire : Ak d-fkegh (suppression d’un tiret). En revanche, dans Fkigh ak-d, je pense qu’il est utile. Car en utilisant les particules de direction « d » et « n » on aura donc « Fkigh-ak-ed » ou « Fkigh-ak-in ».

      Tout est dépend, me semble-t-il, des situations. L’essentiel est que nous conservions un certain bon sens au-delà de certains dogmes linguistiques qui s’imposent en dépit du bon sens.
      Aussi, mes remarques ne font que compléter les vôtres ; je n’essaie en aucun cas de vous imposer mon point de vue. Ecrire le plus clairement possible est la clé de demain. Ce qui me semble plus urgent, c’est la réintroduction d’un certain nombre de phonèmes, tels /v/, /p/, /o/. Leur absence éloigne notre langue de sa réalité langagière : rapprochement de la langue arabe et éloignement des langues européennes.

      Fraternellement. YA

      • Azul Mass,
        merci bien pour votre réponse et vos éclaircissement.cependant, puisque vous aviez évoqué « akd » ou « akud » (le temps),et pour sauter vers le champ du vocabulaire, ne serait-il pas mieux si l’on utilisait plus frequemment « imir » que les kabyle tendent à oublier et malgré sa large utilisation dans « imir-n, imir-nni, akka imir-a », mais peu utilisé individuelement par les animateurs et le large public.on les entend facilement dire « imir-n,akka imir-a, akud nni… », mais jamais (à ma connaissance) dire « ulac imir », preferant dire « ulac lwaqt », « ulac akud ».
        même remarque pour le verbe « wazi », que la plupart s’accorde à l’utiliser dans ses formes dérivées : « twiza, tiwizi, tiwiza,iwaziwen », mais presque jamais ou tres peu dans sa forme verbiale « wazi ».
        ces mots sont-ils en voie de disparitions?
        c’est dans la pratique de la langue que l’on pourai la sauvegarder.
        coordialement,
        A.C

  2. Azul a Abderzak !

    Désolé de vous répondre si tard. Vous avez raison, beaucoup de lexèmes dans la langue kabyle sont méconnus, oubliés et que nous ne retrouvons plus sinon dans la littérature orale kabyle. Comme vous dites à propos du verbe Wezzi et non pas wazi, car Wazi signifie aigreur d’estomac ou scientifiquement « Pyrosis ». Wezzi signifie effectivement travailler collectivement, aider quelqu’un dans son travail ; ce qui nous donne un verbe important « Participer ». J’entends souvent des Kabyles dire « An-participi ! » Cela prête à rire… mais c’est d’un rire triste et désolé !

    Quant à « imir », cela signifie aussi plus exactement « moment » et non pas « temps ». On ne peut donc pas dire, avec tout le respect que je vous dois, « Wlac imir » pour « wlac akud ». Mais, là où je vous rejoins quand même, il y a des situations exceptionnelles où imir recouvre aussi le sens de akud. Exemple : Almi d-imiren i tegwdhedh !? Ce que l’on peut traduire par : Ce n’est qu’à ce moment-là que tu es arrivé (là-bas) ; mais on peut tout aussi bien traduire : Tu as mis tout ce temps !?
    C’est un long débat qui prendrait tellement de temps de redresser de telles travers langagiers en kabyle. Evidemment, cela nous fait un peu peur, car nous risquons de perdre notre langue à force de bricolages linguistiques. C’est un peu l’histoire du mythe du corbeau… Tout est dans les contes ! Comme cette belle langue et magnifique langue que nous courons le risque de voir s’appauvrir chaque jour davantage sous des prétextes fallacieux qui n’ont ni « réalité terrienne, empirique » (J.L. Calvet) et encore moins un quelconque aspect scientifique.

    C’est tout l’intérêt de vos remarques pour lesquelles je vous remercie.

    Avec toute l’amitié qui m’habite. Lehna tafat, ar tufat !


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