Publié par : youcefallioui | mai 11, 2015

LE CONTE ET LES VOLEURS – Imakuren t-tmacahutt

Le conte et les voleurs…
Pour toi qui, par un mauvais jour de décembre, m’avait donné un bout de pain et réchauffé le corps et le cœur… C’est seulement depuis que je sais ce que sourire éclaire ; ce qu’une main tendue veut dire et ce qu’une parole gentille peut donner un sens à la vie.

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Il y a bien longtemps… Nous étions au temps où le conte régnait dans toutes les maisons kabyles. Un soir, comme tous les autres soirs…
Nous étions autour du foyer suspendus aux mots magiques de ma grand-mère…
Pendant que nous l’écoutions religieusement, des voleurs s’étaient introduits dans la maison et avaient tout emporté. Quand ma grand-mère termina son conte par la formule magique consacrée, nous constatâmes que la porte était entrouverte… Ma grand-mère se leva et se dirigea vers la porte. Nous nous levâmes pour lui emboîter le pas.
Ce n’est qu’à ce moment-là que nous nous étions rendu compte que des voleurs s’étaient introduits chez nous.
Nous voici dans la cour. Ma grand-mère regarda alors vers le ciel. Nous tous regardames dans la même direction. Une pleine lune pleine d’éclats entourée d’étoiles qui n’arrêtaient pas de jouer entre elles dans une clarté sans nom. Plus loin, comme pour donner une touche finale à ce merveilleux tableau, la voie lactée ou, comme on dit en berbère, « La poutre du ciel » (Ajeggu igenni) ou, selon un mythe consacré, « Le chemin de paille » (Abrid g_walim).

Devant tant de miracles – car il n’y a de miraculeux que les choses que l’on voit tous les jours – ma grand-mère s’exclama : « Ces voleurs sont bien sots ! Ils ont pris de vieilles breloques et de vieux brocs et ils ont oublié toutes ces merveilles du monde !… »

Après un moment de réflexion, ma grand-mère esquisse un large sourire et nous dit encore : « Mes enfants, rappelez-vous que dans une maison où règne le conte, aucun voleur ne peut vous priver de l’essentiel ! »

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Je compris alors – presqu’au bout de mon âge – pourquoi mon vieux père disait : « Le conte kabyle n’a pas été créé pour uniquement vous aider à bien dormir. Bien au contraire ! Nos ancêtres l’ont créé pour vous aider à mieux vous tenir éveillés et à vous tenir debout, car chacun des mots que le conte contient est pareil à une étoile dans le ciel… C’est à travers ses mots que nous nous sentons pleinement vivre… Un seul conte kabyle vaut toutes les pages écrites dans d’autres langues. Car une langue, ce n’est pas seulement l’écrit, c’est d’abord et avant tout la parole vivante… Quand une langue ne se parle plus, elle a beau s’écrire, son peuple cesse d’exister ! »

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