Publié par : youcefallioui | janvier 13, 2016

Yennayer 2967 ! Nouvel an amazigh-berbère 2967 ! Paix, respect et lumière sur le monde !

URAWEN N YENNAYER –  2967 IY IMAZIGHEN ANDA MA LLAN YAKW D MEDDEN N TALSA – HEUREUX YENNAYER 2966/2967 POUR TOUS LES IMAZIGHEN ET TOUS LES PEUPLES DE LA TERRE !!

LAAWACER N YENNAYER 2967
Yennayer, fête divine amazighe des lumières

Dicton kabyle : « Dieu multiplie les fêtes pour que nous vivions unis et en bonne intelligence ! » (A Rebbi ssigwet laâwacer, i-wakken a-nezg a-nâacer !)

Je ne vous parlerai que du Yennayer de ma mère et de la femme kabyle en général et des enfants qui s’empare du pouvoir pendant l’une des journées de la fête des lumières de Yennayer. Par conséquent, il ne sera pas question ici de mythologie latino-romaine ou du Dieu Janus. Personnellement, j’ai toujours fêté Yennayer dans ma famille tel que je vous le raconte aujourd’hui. Il y a probablement des choses que je n’ai pas bien compris, tel le rite de Yemma Yennayer. En revanche, j’ai participé avec mes parents et mes grands-parents et surtout ma mère à la préparation de cette fête. J’ai pris part au carnaval (buâfif) avec mes frères et mes sœurs et nous sacrifions toujours le mouton pour la rencontre des neiges dans la vallée de la Soummam. Et bon nombre de chants et de poèmes que je rapporte ici ont été entendus et recueillis auprès de ma mère (Tawes Ouchivane) ; chants encore connus des femmes de ma famille.
C’est d’ailleurs par l’un d’eux – qui s’appelle « les vœux de Yennayer » (Urawen n Yennayer » que je commencerai mon propos. Car je tiens à vous souhaiter le nouvel an berbère – Aseggwas amaynut amazigh – comme nos ancêtres le souhaitaient autrefois en se rendant visite mutuellement : les portes d’entrée devaient rester ouvertes pour que les visiteurs sachent qu’ils étaient les bienvenus. Les invités remerciaient leurs hôtes au nom de « Notre mère Yennayer ». Mon père disait : « Que le Souverain Suprême fasse que la lumière de Yennayer rejaillisse sur nous tous ! Cette lumière de la vie que l’on porte au fond de soi afin que chaque jour garde la saveur des fêtes d’antan héritées des ancêtres » (Ad ig Ugellid Ameqqwran tafat n Yennayer a d-senfeg fell-anegh akken nella ! Tafat-agi n tudert nettawi yid-negh bac yal-ass ad yettef di lbenna n laâwacer igh d-jjan Imezwura !)

Voilà donc comment on formulait les vœux de Yennayer en kabyle.

Nous disions : Urawen-iw n Yennayer, Laâwacer n tafat !

« Nous fêtons Yennayer de la lumière », se dit en kabyle : Nnreccel Yennayer n tafat !

Ce qui signifie : « Mes vœux de Yennayer, fête divine et de lumière ! »

Fête des lumières, Yennayer recèle pleines de particularités.

C’est d’abord la fête du nouvel an amazigh.
-C’est aussi la fête des enfants – Jour du Carnaval (Aâfif ou Amghar Uceqquf qui s’appelle Vava-Inuva… Chanté par Idir, sur une adaptation de Ben Mohammed…
– Un jour parmi la semaine de Yennyer est dit : Ass n Wegraw n warrac. Les enfants s’emparent du pouvoir pour régler leurs comptes avec les adultes qu’ils estiment ne pas avoir été assez respectueux à leur égard…

Le carnaval des enfants

Cette journée, le convoi des enfants, guidé par un seul adulte qui doit se taire – car la parole est uniquement aux enfants – passent devant toutes les maisons du village. Devant chaque maison, la maîtresse et le maître de la maison devaient être devant la porte cochère qui restait ouverte le temps que le convoi (Agraw n yennayer) passe. Les enfants s’arrêtent donc devant chacune des maisons. Un enfant masqué s’avance et dit ce que l’on appelait :  « La satyre de satisfaction des enfants ». Celle-ci pouvait être acerbe vis-à-vis d’une maîtresse de maison qui n’a pas été gentille, tout comme elle pouvait revêtir le cachet d’un compliment.

Bonheur, paix et lumière sur  le monde berbère et le monde entier  au seuil de ce nouvel an berbère 2967 !!

Que nous soyons enfin reconnus dans notre monde de paix, de culture, de laïcité, de respect de l’autre. Que le monde de notre peuple « le monde amazigh/berbère » soit reconnu par le genre humain et les hommes et les femmes de bonne volonté où qu’ils soient ! Nous voulons garder notre différence de peuple autochtone pour mieux enrichir l’humanité de nos valeurs universelles de liberté, de paix, de respect  et de savoir ; valeurs et croyances ancestrales autochtones ouvertes sur le monde et le respect de tout être humain, de sa culture, de ses croyances et de ses racines… Comme dit la pensée des anciens Kabyles : « Chaque pays a ses visages, mais Dieu est partout le même ! » (Yal tamurt s wudmawen-is, ma d Rebbi yiwen i’gellan !)

N.B. : Cet article a été supprimé en grande partie, car d’aucuns s’approprient mes écrits sans même avoir la délicatesse de me citer… Je sais que, selon la délicate formule du grand linguiste Louis-Jean CALVET, « C’est comme ça que les hommes et la science avancent » ; mais, quand même, il y a des limites…

D’aucuns mettent en avant le personnage mythologique kabyle « La mère du monde » (Yemma-s n ddunnit), alors que le mythe n’est connu de personne… D’ailleurs, « La mère du monde » porte un prénom qui révèle comment elle a été créée par le Souverain Suprême… Cette même création fait l’objet du « chant de la genèse kabyle »… Il y a plein d’éléments qui montrent que la source n’appartient pas à certains qui osent se permettre de se l’approprier !

Surtout quand de petits étudiants s’érigent en « donneurs de leçons » en avançant par un « nous de majesté » qu’ils sont spécialistes de la culture berbère ! Spécialiste ! Rien que ça ! Comme si la culture berbère avait besoin de spécialistes qui ne maîtrisent même son support fondamental : la langue !

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Responses

  1. Azul a Dda Youcef !

    Je découvre votre blog – Quelle mine d’or !! Je reste ébahi devant tant de culture et de savoir concernant notre langue et nos traditions. Cela me rassure un peu car quand je parcours Internet, je découvre des choses bizarres… On parle encore comme si nous étions sous le règne des généraux français. Il y a des choses écrites sur Awzellaguen qui vont vous faire bondir de colère… Là où vous parlez d’Adni, on lit « Fractions » ; là où vous parlez de Mezwer, on lit chouyoukhs ; enfin, vous voyez ce que je veux dire… Avec une petite empreinte « maraboutique »… Ce qui est surprenant et inquiétant c’est que cela vient de jeunes d’Awzellaguen qui font leurs études en France !!! Ils parlent de « Chérif » comme parlait Bugeaud, Camon et Bosquet… Enfin, j’ai fait une licence d’histoire, mais, j’avoue que ce n’est que dans vos ouvrages que j’ai pu trouver une « planche de salut » : car vous expliquez les choses et les événements en Kabyle. J’invite tout le monde à lire vos livres, surtout quelques trésors comme les Archs. En fait, il y a justement quelqu’un qui prétend que cela vient de l’arabe… J’aimerai avoir votre opinion là-dessus… Si vous pouviez nous dire aussi quelques mots sur votre rencontre avec votre mémoire-bibliothèque des Awzellaguen – le grand Amusnaw que vous appeliez tous « Jeddi », si je m’en réfère à votre dernière conférence à Paris… Je vous avoue avoir été dans la salle ; mais je n’osais pas vous questionner… Timidité bien mal placée, connaissant votre gentillesse et le respect que vous témoignez à tous…

    Merci encore pour tout monsieur Allioui et chapeau bas, comme l’a déjà dit l’un de vos lecteurs sur votre blog, d’une richesse inestimable. J’avoue vous avoir plagier en imprimant presque 400 pages de votre blog !! Je l’avoue !
    Merci et bonne santé !

    • Bonjour Sofiane,

      Merci d’abord pour votre message, même si je le sens un peu crispé. Vous parlez de jeunes qui écrivent sur l’histoire. Ce sont des étudiants en histoire, il est normal qu’ils essaient d’aiguiser leurs savoirs concernant cette science. Je regrette qu’ils soient restés dans les livres… Ils devraient en sortir et questionner les Anciens des Awzellaguen qui restent… J’ai eu l’honneur et le bonheur de converser avec Dda Lakhdar Oujaâbi (Jeddi) deux ans à peine avant qu’il nous ait quittés. C’est un souvenir qui m’émeut encore ! Grâce à lui, j’ai pu faire des recoupements par rapports aux témoignages que je tiens de mon père, de mon grand-père et d’autres Anciens de notre Arch… L’arch est un mot tout ce qu’il y a de kabyle ! Il est chargé de significations que la langue arabe ne saura jamais restituer… C’est le hasard stochastique qui fait que de nombreux radicaux dans la langue kabyle se retrouvent à la fois dans la langue arabe et même en français et… en anglais ! Quand on lit le grand trésor qu’est le dictionnaire de Jean Marie Dallet, nous tombons souvent sur des erreurs causées par cette ressemblance de racines linguistiques. Un seul exemple : jnu en kabyle signifie « créer, inventer » ; Amejni c’est le Seigneur Dieu, chez les Anciens. Et pourtant, J.M. Dallet dit que cela vient du mot français « genou ». Vous voyez donc où peut conduire le fait stochastique (le hasard linguistique) quand la personne ne maîtrise pas la langue kabyle. Quant aux termes « fractions », etc. Que vous citez, cela tient d’une même absence de maîtrise de la langue kabyle. Quant à « l’empreinte maraboutique » qui semble vous déranger ; nous la retrouvons encore aujourd’hui, chez quelques esprits bornés – réifiés – qui prennent cette position comme une sorte de revanche sur les laïcs. Il n’y a pas longtemps – pendant une enquête que je faisais auprès des jeunes d’Ighzer – j’apprenais que des instituteurs les frappaient parce qu’ils parlaient kabyle à l’école ! J’étais effaré en entendant leurs témoignages ! Cela vient effectivement d’instituteurs qui se disent (et se croient) « marabouts ». Ce sont, là aussi, des esprits aliénés, voire réifiés. Et l’on ne peut que se poser la question suivante : « Quand ils rentrent chez eux, dans quelle langue parlent-ils à leurs enfants, à leur épouse, à leur mère ?? »
      Vous savez, je vous l’avoue : moi aussi, j’avais commencé par des études d’histoire… Mon premier mémoire s’intitulait « Brève histoire de la Kabylie – Etudes historique et linguistique »… C’est cet aspect linguistique qui est négligé par les jeunes dont vous parlez… Pour eux, en dehors de l’arabe, point de salut… Mais la tamazight avance et rien ne peut l’arrêter ! Et s’ils veulent montrer ou démontrer qu’ils ont des choses à dire, il faut qu’ils sortent de l’ethnologie coloniale. Quant aux marabouts en général, mes amis d’enfance sont des « marabouts » ; beaucoup de femmes de ma famille viennent des familles maraboutiques… Les meilleurs amis de ma famille, de mon père, étaient des « marabouts » ; mais des marabouts qui disaient aussi – tout comme les laïcs que nous sommes – « Que c’est sur la taqvaylit que tout est bâti ! » (Af teqvaylit i tebna !) Mon père disait de son meilleur ami (Si Tahar At Muhend) : « C’est un frère ! » Par conséquent, eux aussi, ce sont des Kabyles ! Laissons les esprits chagrins et les ignorants partir encore à la chasse de la bêtise et de l’ignorance… Le Glay avait analysé tout cela avec justesse… A ses thèses, j’avais opposé d’autres Ar tufat, lehna tafat !

      Ceux qui ne maîtrisent pas la langue kabyle s’imprègnent de façon erronée des écrits d’ethnologues français. Pour nous âacer, signifie « vivre en communauté (dans l’arch) en bonne intelligence et solidaire ». Je doute que l’on retrouve une telle signification incorporative et polysynthétique en arabe !


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