Publié par : youcefallioui | avril 2, 2016

Kabylie…Et la réification continue…

HOMMAGE A JEDDI ET HMANU

Azul Azenfan a’gma Waâli !

Et tous mes remerciements pour le respect que vous continuez de me porter !

Je vous réponds de façon décousue, vous m’en excuserez !

Mais, c’est une bonne et belle occasion pour rendre hommage à deux grands hommes de mon arch dont la mémoire est encore vive en nous : Dda Lakhdar Oujaâvi – que nous appelions Jeddi – et mon ami Hmanu, Abderrahmane BOUGHERMOUH  – Cinéaste et réalisateur de « La Colline oubliée » (Tawrit itwattun). Comme quoi, même les ahuris peuvent nous conduire vers des chemins auxquels ils sont incapables d’accéder !

 

« Il a préparé un doctorat de sociologie »… Au début, je vous avoue de ne pas avoir bien compris où vous vouliez en venir… Faut dire que je reçois parfois des insultes, mais je devine quels en sont les auteurs… Et ce ne sont pas toujours des « étrangers », hélas !

Comme quoi, malgré mon grand âge, je conserve encore une part de naïveté et surtout un amour indéfectible dès qu’il s’agit de mon peuple, malgré tous les ahuris !

Mais, j’ai fini par comprendre pourquoi vous aviez relevé la nuance…dont cette personne semble connaître aussi la portée ! Mais, je ne vais pas étaler ici mes diplômes ! Je suis trop vieux maintenant et seuls les actes comptent !

Vous étiez mon élève en économie et en gestion des entreprises au temps de l’Institut Patronal. Comme vous le savez, en ma qualité d’expert-comptable et de psychosociologue, j’ai été pendant près de 23 ans Conseiller dans une structure du patronat français : le MEDEF. Structure, soit dit en passant, ouverte et capable d’accueillir des talents, et ce d’où qu’ils viennent et quelle que soit leur origine.

Mais, par-delà diplômes des écoles étrangères dont nous sommes tous bardés, il reste une seule école qui demeure, à mes yeux, la référence, c’est l’école de mon père et des Anciens de ma tribu. J’ai eu le bonheur et l’immense honneur d’avoir été reçu, pendant près de deux heures (alors qu’il était souffrant !), par le dernier grand Amusnaw des Awzellaguen – Dda Lakhdar Ou-Jaâvi – que les gens des Awzellaguen appellent « Grand-père » (Jeddi). Vous comprendrez sans peine pourquoi nous l’appelions ainsi. Ce fut un moment extraordinaire ! Deux heures pendant lesquelles Jeddi était revenu sur l’histoire de la Kabylie dans une langue kabyle que seules quelques personnes utilisent encore. Et, même si ma modestie devait en souffrir,  j’ose dire, haut et fort, que j’en fais partie. Je suis fier de revendiquer mon appartenance à cette prodigieuse école qui fait de la langue et de l’antilogie ses bases maîtresses qui ont permis que le peuple kabyle demeure encore dans sa noblesse de peuple amazigh, malgré tous les ahuris – et j’oserai dire : les abrutis !- que la Kabylie continue de compter en son sein.

Avec toute la modestie, dont je pense être capable, ce vilain monsieur – qui se permet de cracher sur la mémoire d’Abderrahmane Bouguermouh – gagnerait à avoir une autre lecture de la Kabylie (Tamurt n Leqvayel). Il gagnerait aussi à me lire afin de reprendre sa diégèse qui manque d’objectivité et de discernement… Il apprendra tellement de choses, qu’il finirait peut-être  –  à moins que nous soyons en présence d’un obstiné réifié –  par sortir de la réactance dans laquelle il continue de vivre…

Comme je l’écrivais dans mon livre sur l’histoire des Archs kabyles : « Pendant que les Arabes parlent de Umma âarabiya, certains Kabyles croient encore que nous sommes sous le joug des généraux français qui ont divisé la Kabylie, et continuent de la dilacérer de façon stupide et préréflexive…  ».

Ibn Khaldoun avait démontré que les Zwawa (Igawawen) du Djurdjura Occidental sont les frères des Zewagha (Izeggwaghen) des Babors… Ils tirent leur origine d’un même ancêtre, Semgan de la nation Kotama des Babors…  (Cf. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, pp. 255 et ss). Une question historique cruciale que j’avais déjà traitée dans un modeste mémoire de maîtrise d’histoire intitulé : « Brève histoire de la Kabylie – Etude historique et linguistique de l’antiquité à nos jours », Université Paris 8 Vincennes, (1976/77).

Venons-en aux faits !

Je vous remercie pour ce lien qui, au-delà de ses insuffisances connotés par le mépris de son auteur (inconscient dans sa bêtise !), mérite quand même quelques éloges, même si, comme vous dites, l’auteur est encore prisonnier de l’école Bugeaud et consort. 2016 – 2966 !

A l’heure où tant de défis restent à relever pour que nous sortions enfin de la domination arabo-islamique, d’aucuns sont encore au stade de « Petite Kabylie » et « Grande Kabylie » ! Pour ce monsieur qui veut dépasser le stade aliénant dans lequel nous avaient cantonnés l’ethnologie coloniale – c’est raté !!

On peut d’ailleurs se demander pourquoi il fait un travail – si méritoire et méritant – de façon anonyme. Contribution importante (à mes yeux), qu’il affabule du titre Polynésie ??? !! Je perds mon latin, je veux dire mon kabyle, car c’est la seule langue dont je peux prétendre la maîtrise et la connaissance presque parfaite.

Qu’il me traite avec mépris, comme vous l’aviez senti, ne me touche absolument pas… J’oserai même vous dire que vous exagérez… mais, j’en suis revenu à votre intuition après avoir lu ce qu’il s’est permis d’écrire sur mon ami d’enfance, le cinéaste Abderrahmane BOUGUERMOUH, réalisateur du premier film kabyle en adaptant le livre de Mouloud Mammeri « La colline oubliée » (Tawrirt itwattun). Et oui ! J’ai fini par comprendre où vous vouliez situer le débat quand j’ai constaté qu’il a situé Abderrahmane BOUGUERMOUH au stade de simple assistant (d’un autre réalisateur algérien) et mit en sourdine le fait qu’il fut le réalisateur de Tawrirt Ittwattun « La colline oubliée » !

Cette insulte de la mémoire de Abderrahmane BOUGUERMOUH n’est atténuée que par le fait qu’elle vient d’un abruti aliéné et réifié.

Toutes les choses ont des limites, sauf la bêtise et l’ignorance : « Si tsegla i d-yekka lxuf ! » N’est-ce-pas ? Et j’ai compris alors pourquoi l’auteur de ce travail, somme toute méritant, n’ait pas osé décliner son identité ! « Il fait la part gros pour « Ceux » de sa Grande Kabylie, comme vous dites ! » C’est bien triste, n’est-ce pas ! Nous sommes en présence d’une personne réifiée et la Kabylie en compte encore beaucoup ! Hélas ! Mille fois hélas ! Mais, comme dit encore le dicton : « Les chiens aboient, la caravane passe ! » (Iqwjan seglafen, tirkeft teggwi abrid !)

Mais, ce genre d’individus me renvoient à cette pensée extraite d’un conte kabyle – qu’il devrait chercher à connaître ! – dont le titre est révélateur du drame de l’aliénation linguistique auquel nous devons encore faire face : « Yenna-yas Waârab : Leqvayel wergin ur rebban lefhel ! » Traduction en français : « L’Arabe a dit : Les Kabyles ont de tout temps sacrifié leurs braves ! »

Mais, qu’à cela ne tienne : S-nnig webrid, s-ddew webrid, leqrar-is d-abrid !

Il est simplement dommage que cette personne ait gâché une contribution si importante ! A la connaissance parfaite, nul n’est tenu ! Par conséquent, je ne puis lui reprocher SON AGNOSIE qu’en regard du respect que je continue de témoigner pour la mémoire de mon ami d’enfance Hmanu, Abderrahmane BOUGHERMOUH qui reste – et que les esprits agnosiques le veuillent ou non ! –  le seul et unique réalisateur du premier film kabyle « La Colline oubliée » (Tawrirt Itwattun) !

Et comme Hmanu me disait lui-même : « Moi, mon travail, je l’ai fait ! Et je l’ai bien fait ! Quant aux esprits chagrins et aliénés, je les emmerde ! »

Conclusion en hommage à Jeddi et Hmanu qui nous ont quittés après avoir fait, chacun à sa façon, leur devoir d’hommes libres, leur devoir d’Imazighen :

Avant de le quitter, Jeddi crut bon de clôturer notre rencontre par une formule sacrée. La formule qui clôture le mythe fondateur « Le maître des montagnes » (Bab Idurar) – où le peuple kabyle était comparé à l’arbre de vie. C’est à travers cet arbre de vie, (Aleccac n tudert) que les anciens Kabyles voyaient leur fédération (Tamawya) Laquelle n’a pas encore terminé avec le stade le plus ultime de l’aliénation : la réification dans laquelle certains encore prisonniers de l’ethnologie coloniale.

Extrait du mythe fondateur « Le maître des montagnes et des vallées » : (selon Jeddi, il fallait rajouter « et des vallées » (d yelmaten).

A tarwa n Tmawya ! A tarwa n Tmawya !

A-kwen Ig Ugellig Ameqqwran

Am tasaft tezdi ccetla !

At Wadda d Ljedra ! (Archs du Djurdjura occidental jusqu’aux  plaines, Bouira, Dellys et Tigzirt)

At Ufella d Lghella ! (Archs du Djurdjura oriental, Vallée de la Soummam, Tiggura, Aguergur, Achtoub, Takintoucht, Babors jusqu’au massif du Collo).

Iten isddukklen d-izuran !

A Ceux qui crachent en l’air et qui suivent du regard où leur crachat va retomber… (sur leur visage !)

Iqqar baba, a-t Ig Ugellid Ameqqwran di Tgemmi-ynes : « Tella tadsa di twaghit ! »

A bon entendeur salut !..

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Responses

  1. Azul a Dda Yusef !

    Bravo pour ce coup de colère que je comprends ! Je vous soutien pleinement et je comprends à quels abrutis vous faites allusion. Nous sommes en 2016, les Kabyles ne sont pas encore sortis – comme vous dites si bien – des méandres de l’ethnologie coloniale. A croire que le général maréchal Bugeaud qui a détruit une grande partie de la Kabylie en commençant par la Vallée de la Soummam est encore vivant ! Il doit bien rire dans sa tombe : c’est lui qui, dès 1840, après affrontements avec l’Arch des Uzellagen avait mis en route cette idée de diviser la Kabylie en « Grande et en Petite. Nous savons tous ce que cette « Petite Kabylie » avait souffert des actions des généraux ! A cause de quoi ? A cause de sa résistance : tout simplement ! Et nous avons encore des idiots qui continuent de blablater à la Bugeaudienne !!!

    Merci pour tout ! Je veux juste que vous traduisez la phrase tirée du mythe « Le maître des montagnes ».
    Nous sommes de tout coeur avec vous ! Et bonne continuation car vous êtes une référence incontournable !

  2. Je veux juste ajouter que Dda Abderrahmane Bouguermouh est parti avec une grande peine au coeur ; surtout après avoir visionné une vidéo où un homme politique kabyle (vous savez qui c’est…) déclarait à Tizi Ouzou que le film « La colline oubliée » ne devrait pas être réalisé par un « Petit Kabyle ». L’insulte est à la hauteur de cet énergumène qui se dit « défenseur de la culture kabyle », alors que c’est un simple manipulateur et kabyle de service.
    Merci encore pour tout à Dda Yusef et chapeau bas ! Nous sommes toujours à vos côtés ! MS


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