Publié par : youcefallioui | avril 30, 2018

SALON DU LIVRE SUR LE MONDE BERBERE – TASGA N WEDLIS N WEMDAL AMAZIGH

CONFEDERATION DES BERBEERES DE France

SALON DU LIVRE SUR LE MONDE AMAZIGH-BERBERE

27 ET 28 AVRIL 2018

Pensée des anciens Kabyles : « Un peuple qui possède une langue se sent en sécurité… S’il pense à la préserver et la promouvoir ». (Agdud isâan iles yetwennes, ma yella yetlehha yid-es).

Mon père Mohand Améziane Ouchivane : « Nos ancêtres avaient bâti des montagnes de mots à travers contes, énigmes, mythes, fables et autres paraboles. Il est arrivé un temps où les Kabyles doivent changer et s’adapter… en remplaçant la jalousie qui les mine et les dévore par la fraternité, la connaissance et le respect… Nous serons un peuple comme les autres, le jour où l’on dira de nous : C’est un peuple qui aime chercher ses traces dans les livres : « Les sages de l’écrit et de la pensée » (Imusnawen n tira d wasal).

C’est dire que j’aurai donné n’importe quoi pour que mon vieux et doux père assiste à ce salon du livre amazigh où nous avions troqué notre jalousie maladive et destructrice par l’Assemblée autour du livre avec respect, fraternité et amour. Des amis, sœurs et frères du Maroc (Tamazirt) étaient venus se joindre à la fête de la connaissance. Mieux encore, un écrivain Kurde était également présent comme « Invité d’honneur ».

Chacun et chacune s’étaient donnés à cœur de faire en sorte que ce salon du livre amazigh connaisse une pleine réussite. Comment ne pas féliciter ces jeunes gens – j’insiste : ces jeunes filles – qui veillaient au grain et qui faisaient tout pour que nous ne manquions de rien ! N’est-ce pas cela que nos grands-mères appelaient : « L’Assemblée des lumières » (Agraw n tafat) ? Tout était simple ! Tout était merveilleux, un peu comme dans les contes qui ont bercé notre enfance !

Pendant ces deux jours de salon du livre sur le monde berbère/amazigh, j’aimais observer chacun et chacune… Ses visages rayonnants, ses yeux lumineux et ses bouches ouvertes au sourire faisaient de nous un peuple heureux, car capable de se réunir autour de la connaissance et du partage.

Autour des livres et l’espace de deux jours, nous avions eu le bonheur d’échanger sur notre langue et notre culture (et celles des autres) … Mais, l’art du livre n’aurait pas suffi s’il n’y avait pas ses mains bénies et ses visages de lumières de nos sœurs et de nos mères (également de nos filles) qui veillaient à ce que tout se déroule dans les règles de l’art.

Que serait devenu un salon, une réunion si importante à nos yeux et aux yeux des visiteurs et des invités si nous n’avions pas pu goûter à un autre art majeur des Imazighen : l’art culinaire ! Gâteaux, couscous et crêpes kabyles (« aux mille trous », comme avait dit si justement un auteur présent !) faisaient de nous des écrivains d’un monde que les « étrangers nous envient ». Quel autre peuple peut-il se targuer de réunir dans un salon du livre les deux arts majeurs ? La Confédération des Berbères de France l’a fait !

Nous avions été reçus avec les meilleurs gâteaux et crêpes qui soient et un couscous qui porte si bien son nom en kabyle « Le couscous du soleil » (Seksu n tafukt) … Que nous dévorions des yeux (en salivant) avant de nous mettre à table entre frères et sœurs pour faire honneur à ce met magique légué par les Ancêtres : LE COUSCOUS… qui est en passe de devenir également « place national en France ».

Il arrivait même que l’on s’oublie… Que l’on refasse le monde… Chacun y allait de son mot, de sa phrase, de son poème… Heureusement que Mustapha SAADI veillait au grain… Ce grain magique qui avait fait l’émerveillement de notre enfance ; entre celui qui chante (de Tawes Amrouche) et celui que nous dégustions en ces deux jours bénis où plusieurs femmes kabyles s’étaient évertuées à faire tout pour nous préparer ce couscous inoubliable qui donnait à ce salon du livre une dimension grandiose et fraternelle !

Comme disaient nos grands-mères : « Celui qui mange le couscous, qu’il prenne garde à ne pas l’oublier ! » (Wi’ccan seksu, hader ad a-t ittu !) A voir les visages rayonnants de toutes et tous, je suis sûr que ce salon du livre et des arts sera à jamais gravé dans les mémoires.

Ce dicton s’y prêtait à merveille. Comment oublier cette saveur ! Je me disais en riant intérieurement : « Tu vois, mon cher Youcef, que cela vaut la peine d’écrire dans ta langue… Sinon, tu n’aurais jamais goûté un tel merveilleux couscous ! Tu n’aurais jamais vu tant de joie sur tous les visages : ceux des enfants, des jeunes gens et des jeunes filles ; ceux des visiteurs et des bénévoles (veillant à ce que tout soit parfait !), ceux des auteures et des auteurs qui, comme toi, semblaient vivre un rêve magnifique ! Un rêve où la jalousie avait fait place au bonheur et à la lumière du livre et de la connaissance et du vivre et de communier ensemble sur la langue de nos ancêtres, « les Hommes libres » (Imazighen).

En fin de la seconde journée, les auteur(e)s s’étaient mis à échanger leurs œuvres. Que d’efforts des uns et des autres pour s’inciter mutuellement à ce que ce salon reste dans les mémoires comme un premier jalon d’autres qui vont suivre… et qui suivront.

Que de talents conjugués avec humilité, bienveillance et fraternité. Je reviendrai un jour sur cette fraternité qui m’avait bouleversé quand j’ai perçu une larme chez ces frères et sœurs de culture et de mots qui font le monde amazigh… alors que j’avais parlé de mon doux père et que j’avais dit et chanté de façon inattendue et émotionnelle un extrait de « La première prière de nos ancêtres » (Tasekla tamezwarut).

Il nous appartient quand tout nous fait défaut et que tout s’éloigne de nous, pour donner à notre vie la patience d’une œuvre d’art(s), la souplesse de la langue, comme celle des roseaux que le souffle du vent froisse joyeusement, en hommage à ceux et celles qui ont voué leur vie à notre langue et à notre culture. Un peu de silence aussi quand on veut se rappeler l’espace d’un instant l’homme de tous les printemps : Le chantre de la culture amazighe Mouloud Mammeri (Dda Lmulud).

Je ne pourrai terminer ce mot – au sens kabyle du terme – sans rendre un hommage à mes défunts parents et, à travers eux, à tous les anciens et anciennes Berbères/Imazighen/Timazighin :

 

Yemma, Tawes Ouchivane :

Ô Parole !

Ô parole qui se fait entendre,

Faite de mythes et de légendes,

Les pays qui t’abandonnent,

En hiver, de froid succombent !

 

Ô parole qui se fait entendre,

Faite de sacrée et de poésie,

Les pays qui t’abandonnent,

Succombent sous la canicule de l’été.

 

Ay awal !

Ay awal i d-yessawlen

Awal g_izran ttmucuha

Timura i-k yejja d-ayen

Mmutent g_wewgris n ccetwa !

 

Ay awal i d-yessawlen,

Awal n tedmegh d-usefru

Timura i-k yejja d-ayen

Mmutent di ssmayen unebdu !

 

 

Vava, Mohand Améziane Ouchivane

 

« La langue c’est le peuple ; le peuple c’est la langue. Quand une langue se meurt, son peuple disparaît avec elle… ou change de pensée et de nom. » (Tameslayt d-agdud ; agdud d tameslayt. M’ara temmet tmeslayt, agdud-is ittemmat yid-es… nagh ittbeddil asal d yisem).

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